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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103967

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103967

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantVASSEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2021, M. C A, représenté par Me Vasseur, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil à lui verser une indemnité de 5 730,07 euros en réparation des préjudices subis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a eu une erreur de diagnostic résultant de l'insuffisance des examens ;

- il en résulte, pour le requérant, des préjudices d'un montant total de 5 730,07 euros, qui se décompose comme suit :

o Déficit fonctionnel : 406,25 euros ;

o Souffrances endurées : 2 500 euros ;

o Assistance par tierce personne : 256 euros

o Perte de gains professionnels actuels : 2 567,82 euros.

Par des mémoire, enregistrés le 17 août 2021 et le 27 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, exerçant l'activité de recours contre tiers, pour la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil à lui verser une indemnité de 2 224,52 euros au titre des débours versés à son assuré, M. A ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'elle est fondée à exercer l'action subrogatoire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle a versé à son assuré une somme de 381,11 euros au titre des dépenses de santé et de 1 845,41 euros au titre de la perte de gains professionnels.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 mai 2022 et 29 juillet 2022, le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil, représenté par Me Vandenbussche, conclut au rejet de la requête de M. A, au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'intervention chirurgicale s'est déroulée dans le cadre du secteur libéral si bien que le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil n'a commis aucune faute ;

- l'action relève ainsi des juridictions de l'ordre judiciaire ;

- le requérant ne prouve ni faute, ni préjudice et ni lien de causalité entre l'un et l'autre ;

- l'expertise médicale, demandée par l'assureur du requérant, est irrégulière à défaut de respect du principe du contradictoire à son égard ;

- l'expert désigné n'est pas spécialisé en chirurgie viscérale.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 2 janvier 1977, a subi une première opération d'une hernie ombilicale le 27 février 2018. Le 29 mai 2018, M. A a subi une seconde opération de cette hernie, aboutissant à la pose d'une prothèse de 5 cm de diamètre. Le 15 juillet 2019, une échographie permet de constater la récidive de cette hernie, confirmée par le docteur B, consulté au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil le 24 juillet 2019 et qui a recommandé une reprise chirurgicale. Le 19 septembre 2019, le requérant a subi une troisième opération qui a permis de libérer quelques adhérences épiploïques. Le patient a regagné son domicile. Lors d'un contrôle, le 16 décembre 2019, le docteur du requérant constate que les douleurs sont persistantes et qui ne sont pas liées à une récidive herniaire. Une expertise a été diligentée par l'assurance du requérant. Cette expertise médicale conclut à ce que l'intervention chirurgicale aurait pu être évitée.

2. M. C A, le 14 mai 2021, a présenté une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil afin que ce dernier l'indemnise des préjudices subis résultant, selon lui, d'une erreur de diagnostic. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil à lui verser la somme de 5 730,07 euros.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". Aux termes de l'article L. 6111-1 du même code : " Les établissements de santé publics, privés et privés d'intérêt collectif assurent, dans les conditions prévues par le présent code (), le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades, des blessés et des femmes enceintes. (). ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 6154-1 du même code dans sa version applicable au litige : " Les praticiens statutaires mentionnés au 1° de l'article L. 6152-1 et à l'article L. 952-21 du code de l'éducation exerçant à temps plein dans les établissements publics de santé sont autorisés à exercer une activité libérale dans les conditions définies au présent chapitre, sous réserve que l'exercice de cette activité n'entrave pas l'accomplissement des missions définies aux articles L. 6111-1 à L. 6111-1-4 ainsi qu'à l'article L. 6112-1 ". Aux termes de l'article R. 6154-7 du même code : " Pour tout acte ou consultation, le patient qui choisit d'être traité au titre de l'activité libérale d'un praticien reçoit, au préalable, toutes indications quant aux règles qui lui seront applicables du fait de son choix. / En cas d'hospitalisation, il formule expressément et par écrit son choix d'être traité au titre de l'activité libérale d'un praticien. /Les dispositions de l'article R. 1112-23 sont applicables dans tous les établissements publics de santé ". Ce dernier article R. 1112-23 du code de la santé publique dispose que : " Aucun malade ne peut être transféré dans le secteur d'activité libérale des praticiens hospitaliers, s'il a été admis dans l'établissement au titre du secteur public, ni être transféré dans le secteur public s'il a été admis dans le secteur d'activité libérale des praticiens hospitaliers. / Le transfert d'un secteur à l'autre peut toutefois, à titre exceptionnel, être autorisé par le directeur sur la demande motivée du malade ou de ses ayants droit et après avis du chef de service ".

5. En vertu de l'article L. 6154-2 du même code, l'activité libérale peut comprendre des consultations, des actes et des soins en hospitalisation et s'exerce exclusivement au sein des établissements dans lesquels les praticiens ont été nommés ou, dans le cas d'une activité partagée, dans l'établissement où ils exercent la majorité de leur activité publique, sous la triple condition que cet article énonce. Les modalités de la prise en charge du patient en secteur d'activité libérale sont alors réglées en particulier par les dispositions des articles R. 6154-6 du code de la santé publique concernant les frais de séjour, R. 6154-7 concernant les indications relatives aux règles applicables du fait de ce choix ainsi qu'à l'expression écrite du choix et par un renvoi aux dispositions de l'article R. 1112-23 du même code, qui rend impossible le transfert d'un patient, admis dans un secteur d'activité libérale ou en secteur public, dans l'autre secteur.

6. Alors que les rapports qui s'établissent entre les praticiens hospitaliers exerçant une activité libérale dans les conditions définies par les dispositions citées au point 3 et leurs patients traités à ce titre relèvent du droit privé, la responsabilité de l'établissement public de santé dans lequel le patient a été pris en charge dans le cadre de l'activité libérale du praticien peut néanmoins être engagée dès lors que les dommages invoqués sont imputables à un mauvais fonctionnement du service public résultant soit d'une mauvaise installation des locaux, soit d'un matériel défectueux, soit d'une faute commise par un agent de l'établissement mis à disposition du praticien exerçant à titre libéral.

7. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des documents signés par M. A les 27 février 2018, 29 mai 2018 et 19 septembre 2019, que ce dernier a expressément choisi, comme le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 6154-7 du code de la santé publique, d'être " admis dans le secteur libéral du docteur B ", ce qui doit être regardé, compte tenu des termes des dispositions de cet article, comme l'expression du choix d'être traité dans le cadre de l'activité libérale pour chacune des hospitalisations citées au point 1. En dépit d'une mesure d'instruction en ce sens, le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil, qui est seul en mesure de disposer de ces éléments de preuve, n'a pas produit de justification de ce que les consultations des 24 juillet et 6 septembre 2019, qui n'ont pas eu lieu un lundi matin, jour où le docteur B est autorisé à exercer son activité libérale, relevaient bien de cette activité libérale. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'article R. 1112-23 du code de la santé publique que le transfert entre le secteur libéral du praticien hospitalier et le service public hospitalier implique une demande motivée de la part du malade, l'avis du chef de service et une autorisation expresse du directeur du centre hospitalier. Si le centre hospitalier a produit une attestation de sa directrice relative non pas à l'admission de M. A en secteur libéral pour l'ensemble de la période en litige, qui s'écoule du 24 juillet au 19 septembre 2019, mais seulement à ses opérations, pour lesquelles le tribunal dispose, ainsi qu'il a été dit, du choix exprimé par écrit par le patient, ce dernier, en dépit de l'exception d'incompétence soulevée en défense et de la communication des documents produits par le centre hospitalier en réponse à la mesure d'instruction, n'a pas réfuté qu'il était traité en secteur libéral et n'a pas produit le moindre élément, notamment la demande qu'il aurait dû formuler pour cela, relatif à un transfert dans le service public hospitalier pour les seules consultations en cause.

8. Par suite, il résulte de l'instruction que M. A a subi une intervention chirurgicale le 19 septembre 2019, réalisée dans le cadre de l'activité libérale d'un praticien hospitalier, sur l'indication thérapeutique posée par ce même praticien hospitalier au cours d'une consultation qui doit être regardée comme ayant été réalisée dans le cadre de cette activité libérale. Dès lors, la requête de M. A et les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale se rapportent à un litige qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative de telle sorte qu'elles doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A et les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale sont rejetées comme portées devant une juridiction manifestement incompétente pour en connaitre.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale.

Copie pour information sera adressé à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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