Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104017
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS FIDAL |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 mai 2021 et 20 septembre 2023, la société par actions simplifiée Auchan Hypermarché, représentée par Mes Harivel et Gobin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'hypermarché et le " drive " qu'elle exploite à Englos et Sequedin constituent des établissements distincts au sens des dispositions de la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972, de l'article 1er du décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 et de la documentation administrative référencée BOI-TFP-TSC, paragraphe n° 40, dès lors qu'ils sont géographiquement indépendants, situés sur des parcelles cadastrales distinctes et non contigües, séparés par une voie de circulation, desservis par des voies d'accès propres, exploités de manière indépendante, qu'ils disposent d'une adresse, de salariés, de stocks, d'une logistique et de numéros SIRET propres et qu'ils sont assujettis séparément à la cotisation foncière des entreprises, de sorte que le chiffre d'affaires du " drive " ne peut pas être pris en compte pour la détermination de la taxe due au titre de l'hypermarché.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021 et 9 octobre 2023, le directeur des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par la société Auchan Hypermarché n'est pas fondé.
Par une ordonnance en date du 22 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;
- le décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Auchan Hypermarché a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à la suite de laquelle des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales ont été mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016. La société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972, instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995, relatif à la taxe sur les surfaces commerciales : " Pour l'application de la loi du 13 juillet 1972 (), l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même taxe professionnelle, ils constituent un seul établissement () ". Constituent une unité locale au sens de ces dispositions les locaux d'une même entreprise formant un ensemble géographiquement cohérent pour l'exercice de tout ou partie de l'activité de cette entreprise, notamment ceux comportant une adresse unique ou assujettis à une même cotisation foncière des entreprises.
3. Il résulte de l'instruction que si l'hypermarché Auchan et le " drive " exploités par la société Hypermarché Auchan à Englos disposent de locaux situés sur des parcelles cadastrales distinctes, ainsi que de parkings et de voies de circulation propres, les parcelles sur lesquelles ces locaux ont été érigés sont voisines, celle du drive étant située à l'angle nord de celles sur lesquelles est implanté l'hypermarché, et elles sont bordées par une voie de circulation appelée Galerie Marchande Auchan, qui, si elle est à double sens, dessert essentiellement le " drive ", le centre commercial " Aushopping Englos les Géants ", dans lequel est implanté l'hypermarché, ainsi que les autres établissements de cette même zone commerciale. Par suite, et nonobstant les circonstances que l'hypermarché et le " drive " disposent de numéros de SIRET différents, de salariés, de stocks et de logistiques distincts et sont assujettis, chacun en ce qui le concerne, à la cotisation foncière des entreprises, ils doivent être regardés comme constituant une seule unité locale et, par suite, un seul établissement, au sens des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995 susvisé pour le calcul de la taxe sur les surfaces commerciales prévue par les dispositions précitées de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 susvisée.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
4. La société Auchan Hypermarché ne saurait se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 40 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TFP-TSC, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions, que la société Auchan Hypermarché n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la société Auchan Hypermarché de la somme qu'elle demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Auchan Hypermarché est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Auchan Hypermarché et au directeur des vérifications nationales et internationales.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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