jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104182 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL WIBLAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2021 et 12 septembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) AD Constructions, représentée par Me Wibaut, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sur la somme de 14 747 euros restituée par l'administration le 19 novembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à la suite de sa réclamation " contentieuse " du 19 février 2018, l'administration fiscale a adressé une décision explicite de rejet le 25 mars 2021, soit plus de six mois à compter de cette réclamation, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales ;
- les dispositions de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales ne sont pas applicables à la proposition de rectification du 20 décembre 2017 ;
- le dégrèvement de 14 747 euros ne procède pas de l'initiative de la direction régionale des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord mais fait suite à la réclamation " contentieuse " du 19 février 2018.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL AD Constructions ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société AD Constructions a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service vérificateur avait envisagé de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercice clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Par un courrier du 19 février 2018, réceptionné le 21 février 2018 faisant suite à la proposition de rectification du 20 décembre 2017, la société AD Constructions a demandé la décharge de ces rehaussements et s'est prévalue d'un trop payé en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 dont elle demandait la compensation avec les rectifications envisagées par le service vérificateur et le remboursement de l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée non imputable. Cette demande a donné lieu à un courrier du 19 mars 2018, lequel a fait l'objet d'un recours hiérarchique le 24 avril 2018 réceptionné le 26 avril 2018. À la suite de l'entretien du 1er juin 2018, une décision du 11 juillet 2018, réceptionnée le 16 juillet 2018 a dégrevé la société requérante à hauteur de 14 747 euros. Par courrier du 9 novembre 2018, la société a " réitéré sa réclamation contentieuse " en indiquant que la décision de dégrèvement du 11 juillet 2018 n'avait pas été exécutée. Ce qui a été finalement fait par un avis de dégrèvement du 19 novembre 2018, réceptionné le 6 décembre 2018 et versé par un avis de crédit au crédit mutuel le 27 novembre 2018. Par une autre réclamation du 5 décembre 2018 réceptionnée le 6 décembre 2018, la société requérante a demandé le paiement des intérêts moratoires pour un montant de 271 euros au titre de l'année 2018. Cette réclamation a donné lieu à une décision de rejet du 25 mars 2021. La société AD Constructions demande au tribunal de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires portant sur la somme de 14 747 euros.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, alors en vigueur : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 199 du même code, alors en vigueur : " En matière d'impôts directs et de taxe sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif () ". Aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " () La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects, selon le cas, statue sur les réclamations dans le délai de six mois suivant la date de leur présentation () ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même code : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévue à l'article R. 198-10. Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu de décision de l'administration dans le délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, alors en vigueur : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés () ".
4. Ont le caractère d'un dégrèvement contentieux de la même nature que celui prononcé par un tribunal au sens de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales les remboursements de taxe sur la valeur ajoutée effectués après l'intervention d'une décision de rejet née du silence initialement gardé par l'administration sur la réclamation du contribuable, alors même que le droit à remboursement ne procèderait pas, à l'origine, d'une erreur commise par l'administration dans l'assiette ou le calcul d'une imposition. Ils doivent dès lors donner lieu au versement d'intérêts moratoires. Ces intérêts doivent courir, à compter de la date de réclamation qui fait apparaître le crédit remboursable, c'est-à-dire la réclamation appuyée des justifications qui mettent l'administration en mesure d'y faire droit.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'au sein des observations qu'elle a formulées le 19 février 2018 sur la proposition de rectification du 20 décembre 2017, ce qu'aucune disposition n'empêche, la société a formulé, au regard de la situation relative à la taxe sur la valeur ajoutée pour les périodes de 2014 à 2016, une demande de remboursement d'un excédent de taxe versée, à hauteur de 11 587,15 euros. Cette demande, sans qu'importe l'absence de recouvrement d'impositions supplémentaires et sans que l'administration puisse se prévaloir de la suspension du délai de recours contentieux par le recours hiérarchique, prévue par l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, qui n'était pas alors en vigueur et qui ne porte que sur la proposition de rectification et n'est donc pas applicable au litige, présentait le caractère d'une réclamation susceptible de donner lieu au versement des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du même livre.
6. En deuxième lieu, il n'est pas contesté que, s'agissant de la somme de 3 159,85 euros (14 747 - 11 587,15) pour laquelle la société requérante demande des intérêts moratoires, cette somme n'a été évoquée pour la première fois qu'au cours de l'entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, qui s'est tenu le 1er juin 2018. En rejetant, dans sa décision de dégrèvement du 19 novembre 2018, soit moins de six mois après la réclamation contentieuse, la demande d'intérêts moratoires, l'administration n'a pas, en ce qui concerne cette somme, méconnu les dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
7. En dernier lieu et en revanche, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des termes de la réclamation du 19 février 2018, confirmés par la décision prise le 25 mars 2021 sur la demande d'intérêts moratoires, que cette réclamation était accompagnée de pièces justificatives, issues de la comptabilité de la société, en particulier les comptes de taxe sur la valeur ajoutée collectée. L'administration ne précisant pas en quoi elle n'aurait pas été en mesure de faire droit, au vu de ces pièces, à la demande de remboursement, cette demande doit être regardée comme complète à cette date pour le montant qui y figurait, soit 11 587,15 euros. La société requérante a donc droit aux intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sur cette somme pour la période courant du 19 août 2018, date à laquelle le délai de six mois pour instruire la demande était expiré, sans que le recours au supérieur hiérarchique, ainsi qu'il a été dit, ait suspendu ce délai, et le 27 novembre 2018, date non contestée du remboursement de l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société AD Constructions est seulement fondée à demander au tribunal de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sur la somme de 11 587,15 euros pour la période du 19 août au 27 novembre 2018. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la société AD Constructions et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à la société AD Constructions les intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sur la somme de 11 587,15 euros pour la période du 19 août au 27 novembre 2018.
Article 2 : L'Etat versera à la société AD Constructions la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée AD Constructions et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A. JaurLe président,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026