mercredi 5 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104219 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2021 et 5 novembre 2021, Mme A C, représentée par Me Watel, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à lui verser la somme de 63 451,50 euros en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge par cet établissement de santé ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale et de surseoir à statuer sur ses demandes indemnitaires ;
3°) de déclarer le jugement à intervenir commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois ;
4°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, outre les " entiers " dépens, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer est engagée en raison du retard de diagnostic de son kyste ovarien droit ;
- elle a subi une perte de chance d'être opérée de manière plus précoce et, par suite, de conserver son ovaire, qui doit être évaluée à 90 % ;
- il en est résulté des préjudices extra patrimoniaux qui se décomposent comme suit :
* Déficit fonctionnel temporaire : 751,50 euros ;
* Souffrances endurées : 18 000 euros ;
* Préjudice esthétique temporaire : 4 500 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 16 200 euros ;
* Préjudice esthétique permanent : 13 500 euros ;
* Préjudice d'établissement : 10 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2021, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, pour tardiveté ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de faute, sa responsabilité ne peut pas être engagée ;
- une nouvelle expertise est inutile.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bruneau,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Veermesch-Bocquet substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, alors âgée de 14 ans, a présenté le 18 septembre 2017 des douleurs de la fosse iliaque droite. Les douleurs persistant en dépit de la prise d'un antispasmodique disponible sans ordonnance, elle a été admise au service des urgences du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer dans la nuit. Une échographie pelvienne a permis de constater l'existence d'un kyste ovarien droit uniloculaire de 38 mm avec un épanchement liquide dans le cul de sac de Douglas. Il a alors été diagnostiqué par le praticien du centre hospitalier un kyste fonctionnel, appelé à disparaître spontanément et traité par du paracétamol et l'anti-spasmodique précité. Les suites ont été compliquées par le retour des douleurs à compter du 24 septembre 2017, associées à des nausées et une perte d'appétit, date à laquelle Mme A C a été de nouveau admise au service des urgences du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer. Un examen clinique a permis de constater un abdomen souple, une légère sensibilité en fosse iliaque droite et des fosses lombaires souples. Elle a été autorisée à retourner à son domicile avec la prescription d'un traitement par antalgique et la préconisation de consulter de nouveau en cas d'aggravation de la symptomatologie. Les douleurs persistant, la patiente a été, le 25 septembre 2017 vers 17 h 15, une troisième fois admise au service des urgences du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer. La réalisation d'une échographie pelvienne a permis de constater une torsion de l'ovaire droit et un épanchement intra péritonéal de faible abondance. La patiente a, en urgence, bénéficié d'une laparotomie médiane sous ombilicale, laquelle a permis de retrouver un ovaire droit volumineux avec deux tours de spire au niveau de la trompe, en voie d'infarcissement. Une ovariectomie a alors été effectuée. Mme C a été autorisée à quitter l'établissement de santé le 30 septembre 2017.
2. Par un courrier du 10 octobre 2017, Mme D C, représentante légale de sa fille, mineure en 2017, a présenté une demande préalable d'indemnisation au directeur du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, qui en a accusé réception par un courrier du 7 décembre 2018. Mme D C, a par ailleurs adressé le 27 septembre 2018, une demande d'indemnisation auprès de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales du Nord-Pas-de-Calais (CCI), qui a désigné le docteur B, gynécologue obstétricien, en qualité d'expert. En se fondant sur le rapport d'expertise, remis le 8 février 2019, la CCI a, par un avis du 16 mai 2019, conclu à son incompétence. Par la présente requête, Mme A C, devenue majeure, demande au tribunal l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions expertales, que lors de la prise en charge de Mme C au sein du service des urgences du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer le 24 septembre 2017, aucune échographie n'a été effectuée et seul un traitement à base d'antalgiques a été prescrit à la patiente. Les douleurs s'aggravant, la patiente s'est représentée au service des urgences du même établissement de santé le lendemain où une échographie a permis de diagnostiquer la torsion de l'ovaire droit. En ne mettant pas en œuvre l'ensemble des moyens d'investigation nécessaires, dont la réalisation d'une échographie dès le 24 septembre 2017, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, qui ne conteste pas sa faute consistant en une erreur de diagnostic, a retardé la prise en charge adaptée à la pathologie de Mme C. Il s'ensuit que le retard de diagnostic imputable au centre hospitalier est, dès lors, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé.
Sur l'étendue de la réparation :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les praticiens du service des urgences du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer ont, dès le diagnostic de la torsion de l'ovaire droit, eu un comportement conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Il résulte également des termes du rapport d'expertise qu'à supposer même que l'intervention chirurgicale ait été réalisée dès le 24 septembre 2017 en urgence, soit 24 heures plus tôt, eu égard au volume du kyste, lequel a plus que doublé de volume entre le 19 septembre 2017 et le 25 septembre 2017, en passant de 38 mm à 90 mm, l'ablation de l'ovaire détruit par le kyste, et ce même avant l'apparition de la torsion, était inévitable. L'intervention est considérée comme " parfaitement conforme " par l'expert, ce qui implique qu'une intervention par célioscopie n'était pas envisageable. Si l'avis médical produit par la requérante affirme qu'il aurait été possible, le 24 septembre, de conserver l'ovaire, cette affirmation ne repose sur aucune donnée médicale, notamment pas sur une hypothèse chiffrée quant à l'évolution de la taille du kyste entre les deux consultations aux urgences des 24 et 25 septembre. En l'absence d'éléments de nature à contredire les conclusions de l'expertise, à savoir que le kyste avait déjà un volume, le 24 septembre, de l'ordre de 80-90 mm, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le retard de diagnostic lui a fait perdre une chance d'éviter l'ablation de son ovaire droit à hauteur de 90 %. Le dommage corporel constaté, à savoir la perte de l'ovaire et les suites d'une intervention comportant 23 agrafes, ne résulte donc pas du manquement imputable au centre hospitalier.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, que Mme C n'est pas fondée à engager la responsabilité du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer ni, par suite, à demander sa condamnation à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la déclaration de jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois :
8. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". En application de ces dispositions, il incombe au juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire de la victime contre une personne publique regardée comme responsable de la faute, de mettre en cause les caisses auxquelles la victime est ou était affiliée.
9. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, cette dernière ayant été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
11. Aucun dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, n'a été exposé dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026