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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104382

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104382

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104382
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juin 2021 et 6 juillet 2022, la société Dfinitions, représentée par Me Leupe, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 15 mars 2021 par la commune de Coudekerque-Branche d'un montant de 31 440 euros à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Coudekerque-Branche la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la créance dont la commune de Coudekerque-Branche sollicite le recouvrement n'est pas fondée, dès lors que le remplacement des parquets des courts de squash n° 1 et 3 n'est pas justifié.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin 2022 et 7 novembre 2022, non communiqué, la commune de Coudekerque-Branche, représentée par Me Robillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Dfinitions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par la société Dfinitions n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à la trésorerie de la commune de Coudekerque-Branche qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Robillard représentant la commune de Coudekerque-Branche.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 8 janvier 2016, la commune de Coudekerque-Branche a confié à la société Dfinitions le lot n° 9 " sols et équipements sportifs " du marché de construction d'une salle de raquettes pour un montant de 162 600 euros toutes taxes comprises. La société Dfinitions a sous-traité à la société EPS Concept la prestation de fourniture et de pose de trois terrains de squash. Le 13 février 2017, les travaux ont été réceptionnés après la levée des réserves. Les parquets des courts de squash n° 1 et 3 se révélant trop glissants, la commune de Coudekerque-Branche a demandé à la société Dfinitions de procéder à des travaux de réfection des parquets. La société Dfinitions ayant refusé de procéder à de tels travaux, la commune de Coudekerque-Branche a fait appel à la société ABD Bâtiment qui a réalisé ces travaux pour un montant de 31 440 euros aux mois de janvier et février 2021. Le 15 mars 2021, la commune de Coudekerque-Branche a émis un avis des sommes à payer d'un montant de 31 440 euros à l'encontre de la société Dfinitions. Par la présente requête, la société Dfinitions demande l'annulation de cet avis des sommes à payer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle :

2. Aux termes de l'article 2.1.1 Normes et règlements particuliers du cahier des clauses techniques particulières applicable au marché en litige : " Le présent document a pour objet de définir les prestations nécessaires à la réalisation d'un revêtement de sol sportif intérieur et de permettre aux entreprises consultées d'établir leur proposition sans restrictions, ni réserves. / Les travaux seront réalisés selon les règles de l'art, les textes en vigueur au jour de la remise des prix, et notamment : () Les normes françaises, et plus particulièrement : () La norme NF EN 14-904 : Sols multisports intérieurs () ". Aux termes de l'article 2.2.1 Revêtement de sol salles de squash du même cahier des clauses techniques particulières : " Fourniture et pose d'un sol sportif type parquet sur lambourdes, de type ITEM SQUASH ou similaire. () ".

3. Il résulte de l'instruction que la société Dfinitions a installé sur les courts de squash n° 1 et 3 des parquets de type Item Squash qui sont conformes à la norme NF EN 14-904. Si la commune fait valoir qu'elle a dû faire procéder à ses frais à des travaux de réfection des parquets en raison de leur trop forte glissance, toutefois, en se bornant à produire un procès-verbal d'un constat d'huissier réalisé le 5 février 2020 qui indique que le parquet du court n° 3 est glissant sur toute sa surface et que celui du court n° 1 est glissant en comparaison avec le court central n° 2 et a une glissance similaire à celle du parquet du court n° 3, et un article de presse faisant état du caractère glissant des parquets en citant l'ancien président-fondateur de l'association de squash utilisatrice de ces courts, elle n'établit pas que les parquets de ces deux courts ne seraient pas conformes aux stipulations précitées du cahier des clauses techniques particulières applicable au marché en cause et devaient faire l'objet de travaux de reprise, alors que, d'une part, la valeur de glissance du parquet utilisé pour les courts n° 1 et 3 est de 106 et est donc comprise dans la valeur moyenne de glissance entre 80 et 110 et, d'autre part, le cahier des clauses techniques particulières ne prévoit aucune stipulation relative à la valeur moyenne de glissance. Ainsi, la commune de Coudekerque-Branche ne justifie pas que le parquet installé sur les courts n° 1 et 3 par la société Dfinitions ne respecterait pas le cahier des clauses techniques particulières applicable. Dès lors, alors qu'au demeurant, les travaux ont été réceptionnés le 13 février 2017 après la levée des réserves qui ne concernaient pas la glissance des parquets et que le délai de garantie de parfait achèvement n'a pu être porté à cinq ans en l'absence de stipulations contractuelles en ce sens au cahier des clauses administratives particulières applicable au marché prévoyant une dérogation au délai d'un an fixé par le cahier des clauses administratives générales applicable au marché, la commune défenderesse ne pouvait mettre à la charge de la société requérante le montant des travaux réalisés pour procéder au remplacement des parquets de ces deux courts sur le fondement de la responsabilité contractuelle.

En ce qui concerne la garantie décennale des constructeurs :

4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Coudekerque-Branche n'était pas au courant du caractère trop glissant, selon elle, des parquets des courts n° 1 et 3 lors de la réception des travaux après la levée des réserves le 13 février 2017, ni qu'ils seraient devenus davantage glissants avec le temps. En tout état de cause, d'une part, le caractère glissant du parquet n'est pas de nature de compromettre la solidité de l'ouvrage et, d'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement, par les éléments qu'elle produit, la commune de Coudekerque-Branche ne démontre pas que le caractère glissant des courts n° 1 et 3 les rendrait impropre à leur destination. Dès lors, la commune défenderesse ne pouvait mettre à la charge de la société requérante le montant des travaux réalisés pour procéder au remplacement des parquets de ces deux courts sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Dfinitions est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 15 mars 2021 par la commune de Coudekerque-Branche d'un montant de 31 440 euros à son encontre

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Dfinitions, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Coudekerque-Branche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Coudekerque-Branche une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Dfinitions et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer émis le 15 mars 2021 par la commune de Coudekerque-Branche d'un montant de 31 440 euros à l'encontre de la société Dfinitions est annulé.

Article 2 : La commune de Coudekerque-Branche versera à la société Dfinitions une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Coudekerque-Branche présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Dfinitions, à la commune de Coudekerque-Branche et à la trésorerie de la commune de Coudekerque-Branche.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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