mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104384 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juin 2021, 19 septembre 2022 et 27 octobre 2022, non communiqué, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie, représentée par Me Marcilly, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Haynecourt à lui verser la somme de 22 534,59 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 février 2021 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Haynecourt la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a droit au versement de l'indemnité de résiliation ;
- le contrat n'est pas entaché de nullité, dès lors que le vice allégué par la commune n'est pas établi et qu'à le supposer établi, ce vice n'est pas d'une gravité telle qu'il justifie la nullité du contrat ;
- elle a subi un préjudice constitué de la perte de chance de percevoir l'indemnité de résiliation sur le fondement de la responsabilité extracontractuelle en raison de la faute commise par la commune.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 décembre 2021 et 21 octobre 2022, la commune d'Haynecourt, représentée par Me Forgeois, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le contrat qu'elle a conclu avec la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie est nul, dès lors que le conseil municipal de la commune n'a pas autorisé le maire à signer ce contrat et que les crédits inscrits au budget primitif 2019 ne permettaient pas de couvrir le montant du marché ;
- la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie n'a subi aucun préjudice du fait de la décision de résiliation ;
- le montant demandé par la société requérante est manifestement disproportionné, dès lors que le marché n'a pas connu le moindre commencement d'exécution.
La clôture d'instruction a été fixée au 1er novembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 15 septembre 2022.
Des pièces, enregistrées le 6 septembre 2024, ont été produites par la commune d'Haynecourt à la demande du tribunal et communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemée,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Forgeois représentant la commune d'Haynecourt.
Considérant ce qui suit :
1. Au mois de novembre 2019, la commune d'Haynecourt a décidé de rénover la salle polyvalente communale. Le 30 décembre 2019, les lots n° 2 et 10 du marché de rénovation " gros œuvre étendu " et " VRD aménagements extérieurs " ont été attribués à la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie. Par un courrier du 29 octobre 2020, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie a demandé à la commune d'Haynecourt le versement de l'indemnité de résiliation pour un montant de 22 534,59 euros. Par une décision du 30 octobre 2020, la commune d'Haynecourt a résilié le marché pour motif d'intérêt général en raison de l'insuffisance des crédits. Par un courrier du 20 novembre 2020, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie a, de nouveau, sollicité le versement de l'indemnité de résiliation. Par un courrier du 23 février 2021, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie a mis en demeure la commune d'Haynecourt de lui verser l'indemnité de résiliation dans un délai de quinze jours. Par un courrier du 15 mars 2021, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie a formé un mémoire en réclamation. Par la présente requête, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie demande au tribunal de condamner la commune d'Haynecourt à lui verser la somme de 22 534,59 euros.
Sur la validité du contrat :
2. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Ainsi, lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va autrement lorsque, eu égard, d'une part, à la gravité de l'illégalité et, d'autre part, aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne peut être réglé sur le fondement de ce contrat.
3. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 4° De prendre toute décision concernant la préparation, la passation, l'exécution et le règlement des marchés et des accords-cadres ainsi que toute décision concernant leurs avenants, lorsque les crédits sont inscrits au budget ; () ".
4. Il résulte de l'instruction que la commune d'Haynecourt n'a pas inscrit à son budget les crédits nécessaires à la conclusion du contrat de rénovation de la salle polyvalente communale d'un montant total de 1 131 792 euros, alors que la section d'investissement du budget primitif de la commune pour l'année 2019 comporte uniquement une somme de 983 938,89 euros au titre des immobilisations en cours pour construction, sans qu'il soit d'ailleurs précisé si cette somme est affectée à la rénovation de la salle polyvalente communale. Dès lors, le maire de la commune d'Haynecourt a signé le contrat en méconnaissance des dispositions précitées du 4° de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, alors qu'au demeurant, lors de la séance du 9 décembre 2019, le conseil municipal s'est opposé à l'attribution de ce marché.
5. Dans ces conditions, le vice qui a entaché la conclusion du contrat en litige, eu égard aux circonstances dans lesquelles il a été conclu, est d'une gravité telle qu'il fait obstacle à ce que le présent litige soit réglé sur le terrain contractuel. Par suite, la société requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à demander le versement de l'indemnité de résiliation prévue contractuellement.
Sur la responsabilité quasi contractuelle :
6. D'une part, l'entrepreneur dont le contrat est entaché de nullité peut prétendre, sur un terrain quasi-contractuel, au remboursement de celles de ses dépenses qui ont été utiles à la collectivité envers laquelle il s'était engagé. Les fautes éventuellement commises par l'intéressé antérieurement à la signature du contrat sont sans incidence sur son droit à indemnisation au titre de l'enrichissement sans cause de la collectivité, sauf si le contrat a été obtenu dans des conditions de nature à vicier le consentement de l'administration, ce qui fait obstacle à l'exercice d'une telle action.
7. D'autre part, dans le cas où la nullité du contrat résulte d'une faute de l'administration, l'entrepreneur peut en outre, sous réserve du partage de responsabilités découlant le cas échéant de ses propres fautes, prétendre à la réparation du dommage imputable à la faute de l'administration. Saisi d'une demande d'indemnité sur ce second fondement, il appartient au juge d'apprécier si le préjudice allégué présente un caractère certain et s'il existe un lien de causalité direct entre la faute de l'administration et le préjudice.
8. En l'espèce, si une faute a bien été commise par la commune d'Haynecourt en signant les contrats pour les lots n° 2 et 10 alors qu'elle ne disposait pas des fonds nécessaires, toutefois, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie ne justifie pas avoir subi un préjudice dans la mesure où elle a été informée dès le mois de janvier 2020 de l'impossibilité de commencer les travaux en raison du recours contentieux contre le permis de construire, puis au mois de juillet 2020 de l'abandon du projet en raison de l'insuffisance des crédits de paiement pour le paiement du marché. Dans ces conditions, la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune d'Haynecourt à lui verser la somme de 22 534,59 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie tendant à la condamnation de la commune d'Haynecourt ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Haynecourt, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Haynecourt et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie est rejetée.
Article 2 : La société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie versera à la commune d'Haynecourt une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Pascal Moreaux Bâtiment et Industrie et à la commune d'Haynecourt.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. LEMÉE
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026