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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104489

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104489

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104489
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCHINDLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juin 2021 et 2 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Schindler, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 16 758,96 euros en réparation des préjudices qu'il a subis en raison de sa prise en charge le 4 juillet 2019 par cet établissement de santé, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir et de leur capitalisation ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix aux " entiers " dépens ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de plein droit du centre hospitalier de Roubaix est engagée en raison de l'infection nosocomiale contractée lors de sa prise en charge le 4 juillet 2019 par cet établissement de santé ;

- il en est résulté des préjudices patrimoniaux d'un montant de 1 947,08 euros, qui se décompose comme suit :

* Assistance par tierce personne temporaire : 682,50 euros ;

* Perte de gains professionnels actuels : 1 264,58 euros ;

- il en est également résulté des préjudices extra patrimoniaux d'un montant de 14 624 euros, qui se décompose comme suit :

* Déficit fonctionnel temporaire : 724 euros ;

* Souffrances endurées : 2 000 euros ;

* Préjudice esthétique temporaire : 800 euros ;

* Déficit fonctionnel permanent : 9 900 euros ;

* Préjudice esthétique permanent : 1 200 euros.

- il en est enfin résulté des frais de déplacement à hauteur de 187,88 euros.

Par un mémoire, enregistré le 29 juin 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Roubaix-Tourcoing demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 4 279,84 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré, M. A, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle fait valoir que les débours qu'elle a exposés ont pour origine l'infection que son assuré, M. A, a contractée lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Roubaix.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 octobre 2021 et 14 mars 2022, le centre hospitalier de Roubaix, représenté par Me Vandenbussche, s'en remet à la sagesse du tribunal quant à l'engagement de sa responsabilité et conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à la limitation de la somme allouée à M. A à 13 258,06 euros et de celle versée à la CPAM de Roubaix-Tourcoing à 3 571,42 euros ;

2°) à la réduction à de plus justes proportions de la somme demandée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il ne conteste pas que M. A a contracté une infection nosocomiale au décours de l'intervention chirurgicale du 4 juillet 2019 ;

- les préjudices de M. A doivent être évalués comme suit :

* Assistance par tierce personne temporaire : 525 euros ;

* Perte de gains professionnels actuels : 1 474,58 euros ;

* Déficit fonctionnel temporaire : 470,60 euros ;

* Souffrances endurées : 1 700 euros ;

* Préjudice esthétique temporaire : 500 euros ;

* Déficit fonctionnel permanent : 7 500 euros ;

* Préjudice esthétique permanent : 900 euros ;

- les frais de déplacement de M. A seront remboursés à hauteur de 187,88 euros ;

- les débours de la CPAM de Roubaix-Tourcoing seront évalués à la somme globale de 2 450 euros au titre des dépenses de santé et de 1 121,42 au titre des indemnités journalières versées.

Par une ordonnance du 15 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 2001291 du 9 juin 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur C, en qualité d'experte ;

- la remise du rapport d'expertise au greffe du tribunal du 14 avril 2021 ;

- l'ordonnance n° 2001291 du 16 avril 2021 par laquelle par laquelle la magistrate désignée par le président du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme de 1 000 euros, comprenant le montant de l'allocation provisionnelle accordée par ordonnance du 27 août 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bruneau,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Klein substituant Me Schindler, représentant M. A et celles de Me Lalieu substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier de Roubaix.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 9 février 1974, a bénéficié au centre hospitalier de Roubaix le 4 juillet 2019, en ambulatoire, de l'ablation du matériel d'ostéosynthèse qui lui avait été posé à la cheville droite au cours d'une intervention chirurgicale du 12 février 2018. Les suites opératoires ont été compliquées par le constat, lors d'une consultation en urgence le 12 juillet 2019 avec le chirurgien, d'une cicatrice inflammatoire sans hyperthermie. Le bilan sanguin a révélé une protéine C-réactive à 21 mg/l. M. A a été hospitalisé du 13 au 15 juillet 2019. Il a bénéficié le 13 juillet 2019 d'une reprise chirurgicale, d'un lavage et d'un prélèvement bactériologiques des tissus superficiels et des tissus profonds. Une antibiothérapie lui a été prescrite. Les prélèvements bactériologiques des tissus profonds sont revenus positifs au germe staphylococcus epidermis multi sensible. Lors de la consultation du 18 juillet 2019 au centre hospitalier de Roubaix, il est encore constaté une inflammation sans écoulement et prescrit une antibiothérapie pour une durée de 20 jours. Lors des consultations ultérieures les 6 et 13 août 2019 au centre hospitalier de Roubaix, les praticiens constatent la persistance d'une inflammation de la cicatrice avec un défaut de cicatrisation sur la partie centrale. Un traitement par antibiotiques lui a été prescrit jusqu'au 6 août 2019. Les suites étant favorables, les soins infirmiers ont été interrompus à compter du 23 septembre 2019.

2. Estimant que l'infection contractée au décours de l'ostéosynthèse pratiquée au centre hospitalier de Roubaix avait un caractère nosocomial, M. A a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de réalisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance n° 2001291 du 9 juin 2020, le juge des référés de ce tribunal a désigné le docteur C, en qualité d'experte. Cette dernière a remis son rapport le 14 avril 2021. M. A a présenté le 16 avril 2021 auprès du centre hospitalier de Roubaix une demande indemnitaire préalable d'indemnisation des préjudices qu'il a subis en raison de l'infection qu'il a contractée lors de sa prise en charge par cet établissement de santé. En l'absence de réponse du centre hospitalier de Roubaix, par la présente requête, M. A demande au tribunal la condamnation de cet établissement de santé à lui verser la somme globale de 16 759,06 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de plein droit du centre hospitalier de Roubaix :

3. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes [dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins] sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante.

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur C, que l'intervention réalisée le 4 juillet 2019 au sein du centre hospitalier de Roubaix s'est compliquée par une inflammation de la cicatrice. Les prélèvements bactériologiques, réalisés le 12 juillet 2019, sur des tissus profonds et superficiels ont révélé que M. A a été victime d'une infection par un staphylococcus epidermidis multi sensible, survenue au cours ou au décours de l'intervention pratiquée le 4 juillet 2019. Il n'est pas établi, ni même allégué, que cette infection aurait été présente ou en incubation au début de la prise en charge de M. A. Eu égard à ces éléments et à la localisation du germe au niveau du site opératoire, l'infection doit donc être regardée, en l'absence de cause étrangère démontrée, comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ouvrant droit à réparation par le centre hospitalier de Roubaix, ce qu'il ne conteste pas.

5. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix est responsable des préjudices des séquelles de M. A qui sont en lien avec l'infection nosocomiale.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. A a été consolidé au 24 décembre 2019.

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

7. La CPAM de Roubaix-Tourcoing exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. A le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

8. La CPAM de Roubaix-Tourcoing justifie avoir exposé pour le compte du requérant, ce que le relevé détaillé des débours définitifs du 28 juin 2021 permet d'établir, sans contestation du centre hospitalier défendeur, des frais d'hospitalisation d'un montant de 2 450 euros. Il résulte également de l'instruction, en particulier du relevé des débours du 28 juin 2021 que la CPAM de Roubaix-Tourcoing a exposé des frais médicaux d'un montant de 476,85 euros pour la période allant du 27 juillet 2018 au 23 septembre 2019. Il ne résulte cependant pas de l'instruction, ainsi qu'il est soutenu en défense, que ces frais, lesquels ont été exposés en partie antérieurement à la contraction de l'infection, seraient uniquement en lien avec l'infection nosocomiale. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier du relevé définitif des débours du 28 juin 2021 et de l'expertise, que la CPAM de Roubaix-Tourcoing a exposé, postérieurement à la date de la reprise chirurgicale, des frais pharmaceutiques d'un montant de 175,52 euros pour la période allant du 15 juillet 2019 et le 28 août 2019 et des frais d'appareillage à hauteur de 56,05 euros pour la période du 13 août 2019 au 17 septembre 2019 correspondant à la fourniture de béquilles et de bas de contention, lesquels sont en lien avec l'infection nosocomiale en cause. Il s'ensuit qu'il incombe au centre hospitalier de Roubaix de verser à la CPAM de Roubaix-Tourcoing la somme de 231,57 euros au titre des frais pharmaceutiques et d'appareillage.

9. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à la CPAM de Roubaix-Tourcoing, au titre des dépenses actuelles exposées par cette dernière pour le compte de M. A, une somme de 2 681,57 euros (2 450 + 231,57).

S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :

10. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que pour la période allant du 16 juillet 2019 au 6 août 2019, soit 22 jours, l'état de santé de M. A a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur d'1 h 30 par jour. Il a également nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de 3 heures par semaine, soit 0,43 h par jour, pour la période allant du 7 août au 23 septembre 2019, soit 48 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les sommes exposées durant ces périodes doivent être évaluées à un montant total de 908,21 euros (15 x 412/365 x (22 x 1,5 + 48 x 0,43)). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à 908,21 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Roubaix.

S'agissant de la perte de gains professionnels actuelle :

12. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.

13. Pour se conformer aux règles rappelées ci-dessus, il appartient au juge de déterminer si l'incapacité permanente conservée par M. A à la suite des séquelles de l'infection nosocomiale a entraîné pour lui des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime n'a pas subi de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au montant de la prestation.

14. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A a été arrêté du 13 juillet au 31 août 2019 en raison des séquelles de l'infection nosocomiale en cause. Il s'est vu allouer sur cette période des indemnités journalières par la CPAM de Roubaix-Tourcoing. Il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de salaire produits par le requérant, que le montant total des salaires nets qu'il a perçus entre le 4 mars 2019, date de son embauche, et le 30 juin 2019, s'élève à 6 912,04 euros, soit une somme de 58,58 euros par jour. Entre le 13 juillet et le 31 août 2019, M. A aurait dû percevoir la somme de 2 929 euros (58,58 x 50). S'il résulte de l'instruction que l'intéressé n'a perçu aucun salaire au cours de cette période, il a cependant bénéficié de la somme de 1 121,42 euros au titre des indemnités journalières. Dès lors, M. A a subi une perte brute de gains professionnels de 2 929 euros et une perte nette de gains professionnels qui s'élève à la somme de 1 807,58 euros (2 929 - 1 121,42). Dès lors, le centre hospitalier devra verser à M. A la somme de 1 807,58 euros et à la caisse celle de 1 121,42 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

15. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'infection nosocomiale dont a été victime M. A a eu pour effet de perturber son activité quotidienne jusqu'au 24 décembre 2019, date de la consolidation de son état de santé. A ce titre, l'intéressé a subi un déficit fonctionnel temporaire total, en lien avec l'infection nosocomiale, du 12 au 15 juillet 2019, soit 4 jours. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à un taux de 50 % du 16 juillet au 6 août 2019, soit 22 jours, à 25 % du 7 août au 23 septembre 2019, soit 48 jours et enfin à 10 % pour une période de 92 jours, soit du 24 septembre au 24 décembre 2019. Par suite, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 513 euros (15 x (4 + 22 x 0,50 + 48 x 0,25 + 92 x 0,10)).

S'agissant des souffrances endurées :

16. Il résulte du rapport d'expertise que M. A a enduré des souffrances consécutives à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Roubaix. L'expert les a évaluées à 2 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 850 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

17. Il résulte du rapport d'expertise que M. A a subi un préjudice esthétique temporaire en raison des conséquences de l'infection nosocomiale, notamment du fait de l'utilisation de béquilles. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 800 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

18. Il résulte de l'instruction que M. A présente un déficit fonctionnel permanent global de 12 % donc 5 points liés à l'état antérieur. Le déficit permanent lié à l'infection nosocomiale a donc été évalué à 7 %. Par référence au barème de l'ONIAM, en prenant en compte un surcroît de déficit de 7 points à partir d'un déficit initial de 5 %, et compte tenu de son âge à la date de la consolidation, soit 45 ans, il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation des séquelles conservées à ce titre par M. A en lui allouant une somme de 9 500 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

19. Il résulte du rapport d'expertise que M. A a subi un préjudice esthétique permanent en raison des conséquences de l'infection nosocomiale, soit une cicatrice plus visible. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 1 000 euros.

20. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix devra verser à M. A la somme de 16 378,79 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing celle de 3 802,99 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

21. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

22. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi, les conclusions de M. A et de la CPAM de Roubaix-Tourcoing tendant à ce que leur soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts sur la somme que le centre hospitalier de Roubaix est condamné à leur verser, sont dépourvues d'objet et doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

23. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".

24. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement de la somme de 1 162 euros à raison des frais engagés par la CPAM de Roubaix-Tourcoing pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

En ce qui concerne les dépens :

25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

26. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros par une ordonnance du 16 avril 2021 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille, à la charge définitive du centre hospitalier de Roubaix.

27. En second lieu, il résulte de l'instruction que le requérant s'est rendu à l'expertise qui s'est déroulée le 3 novembre 2020 au centre hospitalier d'Amiens. La distance la plus courte entre son domicile et cet établissement de santé est de 112 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 7 cv en 2020 soit 0,601 euros du kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par M. A en 2020 pour se rendre à Amiens est de 134,62 euros (112 x 2 x 0,601), auquel il y a lieu d'ajouter les frais de péage, soit 18,40 euros (9,20 x 2). Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant à M. A la somme de 153,02 euros.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. A une somme de 16 531,81 euros, comprenant notamment, au titre des dépens, les frais de déplacement qu'il a exposés pour se rendre à l'expertise.

Article 2 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing une somme de 3 802,99 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Roubaix versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Roubaix.

Article 5 : Le centre hospitalier de Roubaix versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Roubaix et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

Copie en sera adressée au docteur C, experte.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

M. Bruneau

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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