mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2104545 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DELBAR ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 juin 2021, le 7 février 2024 et le 5 avril 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme D B et M. A B, représentés par Me Delbar, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de leur recours indemnitaire préalable prise par la commune de Givenchy-en-Gohelle en date du 11 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre la commune de Givenchy-en-Gohelle à prendre toutes les mesures adéquates afin de faire cesser les troubles anormaux du voisinage résultant de l'implantation d'une aire de jeux mitoyenne de leur propriété ;
3°) de condamner la commune de Givenchy-en-Gohelle à leur verser la somme de 15 000 euros à titre d'indemnisation de leur préjudice de jouissance, de leur préjudice moral et de la perte de valeur de leur maison depuis l'installation de cette aire de jeux ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Givenchy-en-Gohelle les entiers dépens de l'instance ainsi que le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune de Givenchy-en-Gohelle engage sa responsabilité sans faute en raison du dommage anormal et spécial que leur cause l'implantation d'une structure de jeux de type " araignée " d'une hauteur de 5,07 mètres sur l'aire de jeux dite " jardin Serrier ", mitoyenne de leur jardin et propriété de la commune ;
- ils subissent des troubles de jouissance de leur propriété et un préjudice moral, résultant du fait que, d'une part, les enfants parvenus à la pointe de la structure peuvent voir dans leur jardin et les interpeller, portant ainsi atteinte à leur intimité, et que, d'autre part, cette aire de jeu est source de nuisances sonores ;
- les désagréments qu'ils subissent sont à l'origine d'une perte de valeur locative de leur bien ;
- l'ensemble de leurs préjudices s'établit à 15 000 euros.
Par des mémoires, enregistrés le 12 août 2021 et le 4 mars 2024, la commune de Givenchy-en-Gohelle, représentée par Me Verhaest, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute d'être dirigée contre une décision identifiable ;
- les conclusions tendant à ce que la commune prenne toutes les mesures adéquates afin de faire cesser les troubles anormaux du voisinage résultant de l'aire de jeux sont irrecevables dès lors qu'elles ne figuraient pas dans la lettre de réclamation préalable reçue par la commune le 11 mars 2021 ;
- l'action à fin d'indemnisation intentée par les requérants est prescrite ;
- les époux B ne peuvent se prévaloir d'un quelconque préjudice dès lors que M. B, en sa qualité de maire puis de conseiller municipal, a participé activement à la mise en place de cette aire de jeu, a voté favorablement la délibération du 16 mars 2016 qui en décidait la construction et que les requérants n'ont émis aucune réserve à l'occasion de son installation ;
- ils n'apportent pas la démonstration de la réalité des désagréments qu'ils soutiennent subir, et le rapport d'expertise ordonné par le tribunal administratif de Lille déposé le 16 février 2018 n'en démontre pas plus l'existence ;
- les requérants, qui ne résident plus à Givenchy-en Gohelle, ne sont pas fondés à se prévaloir de troubles de jouissance ou d'un préjudice moral.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024 à 12 h 00 par une ordonnance du 6 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°1708087 du 27 octobre 2017 par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C en qualité d'experte ;
- le rapport de l'experte enregistré le 22 février 2018 ;
- l'ordonnance n° 1708087-9 du 22 février 2018, par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par Mme C et les a mis à la charge provisoire de M. et Mme B.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Pierre Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Verhaest, représentant la commune de Givenchy-en-Gohelle.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B et M. A B sont propriétaires d'une maison située au n°1 rue de la Chapelle à Givenchy en Gohelle (62). Par une délibération en date du 16 mars 2016, la commune de Givenchy en Gohelle a décidé de la création d'une aire de jeux dans le jardin Serrier, situé à côté de leur propriété. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. et Mme B recherchent la responsabilité sans faute de la commune de Givenchy en Gohelle pour les différents préjudices dont ils s'estiment victimes depuis l'installation de cette aire de jeux.
Sur les conclusions principales :
2. Une aire de jeux aménagée par une commune constitue un ouvrage public dont la présence est susceptible d'engager envers les tiers la responsabilité de la personne publique, même en l'absence de faute. Il appartient toutefois aux tiers d'apporter la preuve de l'existence d'un dommage grave et spécial et d'un lien de causalité entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et les dommages subis. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
3. Il résulte de l'instruction que le projet d'aménagement du tour de l'église, où se situe l'aire de jeu litigieuse, a été initié par une délibération du 19 janvier 2012 adoptée alors que M. B était maire de la commune et que le requérant, en qualité de conseiller municipal, a également voté en faveur de la délibération du 16 mars 2016 qui en décidait l'installation. Les requérants font désormais valoir que la pyramide d'escalade de cette aire de jeu, d'une hauteur de cinq mètres, implantée à six mètres de recul de leur propriété et seulement séparée de ladite propriété par une haie de 2,50 m de hauteur, est la source d'un dommage grave et spécial. En premier lieu, ils soutiennent que les enfants arrivés au sommet de la structure, dont le point culminant peut être aperçu sur 1,20 m depuis leur jardin, ont une vue plongeante sur leur terrain et qu'ils ont pu à diverses occasions être victimes d'interpellations intempestives et d'incivilités. Cependant, aucun élément porté au dossier ne permet d'attester de la réalité, de l'intensité ou de la fréquence des nuisances et des incivilités alléguées dès lors que ni le constat d'huissier qu'ils produisent en date du 19 juin 2017 ni le rapport de l'experte mandatée par le tribunal administratif de Lille qui s'est rendue deux fois sur place un mercredi et un dimanche ne relèvent la présence d'enfants sur l'aire de jeux, et que les photos produites par les requérants, à l'exception d'une seule, montrent une aire de jeu déserte. Par ailleurs, le rapport de l'experte relève que les requérants sont pour partie responsables du préjudice qu'ils invoquent puisque leur propriété empiète sur le domaine public sur une largeur allant de 1,50 m à 1,93 m en fond de terrain, ce qui a été reconnu par la cour administrative d'appel de Douai par un arrêt du 25 janvier 2023 n°21DA01998 devenu définitif, et que cette implantation fautive augmente d'autant le champ de vision sur une partie de leur jardin depuis le sommet de la pyramide d'escalade. En second lieu, les requérants soutiennent que l'aire de jeu est à l'origine d'importantes nuisances sonores. Cependant, ils ne démontrent pas la réalité de ces nuisances, alors qu'au demeurant ils résident à proximité immédiate d'autres équipements publics dont une école, le parking d'un terrain de sport et d'une salle multi activité ainsi que d'une église, tous ces équipements pouvant également être à l'origine de nuisances sonores. Enfin, il est constant que l'utilisation de cette aire de jeu a été encadrée par un arrêté municipal du 12 août 2016, prévoyant notamment des horaires d'utilisation et l'interdiction d'appareils sonores. Les époux B ne soutiennent pas que cet arrêté ne serait pas respecté ou qu'ils auraient été amenés à saisir la mairie de Givenchy-en-Gohelle d'éventuelles nuisances avant l'introduction du présent recours. Par suite, les requérants n'établissent pas que les dommages qu'ils déclarent subir présenteraient un niveau de gravité excédant les sujétions susceptibles d'être, sans indemnité, normalement imposées dans l'intérêt général aux riverains des ouvrages publics.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à engager la responsabilité sans faute de la commune de Givenchy en Gohelle. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation, d'indemnisation et d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les dépens :
5. En vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".
6. Par une ordonnance n° 1708087-9 du 22 février 2018, les frais d'expertise ont été mis à la charge, à titre provisoire, de M. et Mme B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser cette somme à la charge de M. et Mme B au titre des dépens de l'instance.
Sur les frais d'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Givenchy en Gohelle, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.
8. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Givenchy en Gohelle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise sont mis à la charge définitive de M. et Mme B.
Article 3 : M. et Mme B verseront à la commune de Givenchy en Gohelle la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A B et à la commune de Givenchy en Gohelle.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026