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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104700

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104700

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104700
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDESCARTES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 juin 2021, 25 mars 2022 et 16 mars 2023, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 6 novembre 2023, M. C B et Mme D A, représentés par la société V.E.C., puis par la SARL Descartes Avocats, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de condamner l'État à leur verser la somme de 50 000 euros en réparation de leur préjudice ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 20 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les sommes portées au crédit des comptes de paiement des cartes prépayées rechargeables " CréaCard " nos 530446******7201, 530446******8547, 530446******7321, 530446******5439, 530446******1380 et 530446******3295 proviennent d'une manœuvre de cavalerie ayant consisté pour M. B à recharger ces cartes dans son commerce sans verser la somme correspondante, puis à procéder à des retraits d'espèces ou à des achats dans son commerce pour remettre les sommes dans sa caisse et augmenter ainsi sa trésorerie ;

- le calcul du supérieur hiérarchique pour déterminer le montant des revenus d'origine indéterminée est erroné ; il convient, au regard des relevés des comptes de paiement des cartes prépayées rechargeables, de déduire des sommes portées au crédit par les recharges de paiement, les retraits d'espèces, les paiements en carte bancaire et les commissions perçues par la société " CréaCard ", de sorte qu'il n'existe pas de revenus d'origine indéterminée ;

- l'administration fiscale a commis une faute en procédant à une évaluation erronée des revenus d'origine indéterminée, qui les a obligés à renoncer à leur projet de vente du commerce, envisagé pour des raisons médicales et personnelles, et qui a bouleversé leur organisation familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B et Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 27 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de l'activité de buraliste de M. B et d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. B et Mme A, ceux-ci ont été assujettis à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017, résultant de la taxation au titre des revenus d'origine indéterminée de sommes portées au crédit de comptes se rapportant à des cartes prépayées de paiement " CréaCard ", détenues pour six d'entre elles par M. B, en son nom ou au nom de son activité, et pour l'une d'entre elles par Mme A. Les requérants demandent au tribunal, d'une part, de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes, et, d'autre part, de condamner l'État à leur verser la somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de la faute commise par l'administration fiscale dans l'évaluation des revenus d'origine indéterminée.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Conformément à ces dispositions, il appartient à M. B et Mme A, qui ont fait l'objet d'une procédure d'imposition d'office sur le fondement de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par le service.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la notification des bases imposables du 7 août 2019, que des sommes ont été portées au crédit de comptes de paiement de plusieurs cartes prépayées rechargeables " CréaCard " détenues par M. B et Mme A, par achats de rechargement avec coupons pour un montant total de 897 520 euros au titre de l'année 2016 et 94 900 euros au titre de l'année 2017. Interrogé sur l'origine de ces sommes, M. B a indiqué qu'il consommait dans son commerce des coupons de rechargement sans les payer, puis qu'il retirait au distributeur les sommes ainsi créditées sur les cartes de paiement prépayées pour les déposer sur son compte professionnel afin d'augmenter sa trésorerie. Toutefois, le service a observé que l'examen de comptabilité de l'activité de buraliste ne permettait pas de corroborer les explications du contribuable en ce que les tickets Z de caisse étaient globalisés en ventes monétiques, tout comme les dépôts d'espèces, de sorte qu'il n'était pas possible d'identifier les opérations décrites par M. B. Par ailleurs, le service a constaté que l'examen des autres comptes bancaires ouverts aux noms de M. B, de Mme A et de leurs enfants ne permettait pas de retrouver des retraits d'espèces ou d'autres paiements permettant de justifier les sommes portées au crédit des comptes de paiement des cartes prépayées. Le service a, en conséquence, regardé ces sommes comme des revenus d'origine indéterminée et les a taxées à l'impôt sur le revenu. Il a également rehaussé le bénéfice industriel et commercial de M. B de 148 250 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de 11 250 euros au titre de l'exercice clos en 2017 à raison de sommes versées sur l'une des cartes de paiement prépayée au nom de M. B.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du recours hiérarchique exercé par M. B et Mme A le 22 octobre 2019, le service a retenu partiellement l'argumentation de M. B quant à l'origine des sommes portées au crédit des comptes de paiement des cartes prépayées " CréaCard " ouvertes à leur nom. Pour fixer les revenus d'origine indéterminée au titre de l'année 2016 à la somme de 251 644 euros, le service s'est fondé sur l'extrait du grand livre fourni lors de la vérification de comptabilité de l'activité professionnelle de M. B, duquel il ressort que des recharges " CréaCard " ont été effectuées dans le commerce pour un montant total de 1 2010 812 euros, somme de laquelle il a déduit les versements espèces monétiques effectués dans la caisse de l'activité professionnelle de M. B, reconstitués par le requérant lui-même et évalués à la somme totale de 959 168 euros. Il a ainsi considéré que 24 % du montant total des rectifications en base initiales constituaient des revenus d'origine indéterminée. Pour fixer les revenus d'origine indéterminée taxables au titre de l'année 2017 à la somme de 25 476 euros, en l'absence de tout élément fourni, le service a appliqué ce taux de 24 % à la rectification en base initialement retenue de 106 150 euros.

5. M. B et Mme A soutiennent que le calcul réalisé par le supérieur hiérarchique du vérificateur pour déterminer les revenus d'origine indéterminée en litige est erroné. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que le supérieur hiérarchique a pris en considération la reconstitution des versements espèces monétiques effectués dans la caisse de l'activité professionnelle de M. B soumise par les requérants eux-mêmes. D'autre part, le supérieur hiérarchique a pris en considération leurs dires quant à un détournement de l'utilisation de ces cartes prépayées de paiement afin de se constituer de la trésorerie, alors même que ni la comptabilité de l'activité de buraliste de celui-ci, qui a d'ailleurs donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité le 21 mars 2019, ni les relevés de comptes de paiement produits, qui font apparaître des retraits d'espèces effectués à des distributeurs automatiques situés à la Grande Motte ou appartenant à la caisse régionale de crédit agricole mutuel du Languedoc, des recharges par coupons effectuées dans un temps proche de ces retraits, des paiements effectués dans d'autres commerces avec les cartes prépayées nos 530446******3295, 530446******7201 et 530446******5439, mais aussi des transferts de sommes d'argent portées au crédit des comptes de paiement des cartes nos 530446******7201, 530446******1380 et au crédit de la carte no 530446******3295, ni l'analyse produite par les requérants tendant à démontrer une corrélation entre les sommes débitées des comptes de paiement des cartes prépayées qu'ils détenaient par retraits d'espèces et le montant total des espèces encaissées par le commerce de M. B, ni l'existence d'un taux de commission, ne permettent de corroborer ces dires et de justifier de l'origine et de la nature des sommes qui ont été portées au crédit de ces cartes prépayées. Par suite, M. B et Mme A ne justifient pas de l'origine et de la nature de la somme totale de 251 644 euros au titre de l'année 2016 et de la somme totale de 25 476 euros au titre de l'année 2017. Par suite, M. B et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions litigieuses et des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme A n'établissent pas l'existence d'une faute commise par l'administration fiscale dans la détermination de l'assiette des impositions en litige. Au demeurant, les préjudices allégués par les requérants ne sont pas davantage établis. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de leurs conclusions indemnitaires, M. B et Mme A ne sont pas fondés à demander la condamnation de l'État à leur verser une somme en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge et les conclusions indemnitaires de M. B et Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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