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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104856

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104856

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104856
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPONSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2021, la société civile de construction-vente Marvas, représentée par Me Ponsart, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation primitive de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le service ne lui a pas exposé clairement les considérations de fait et de droit justifiant l'imposition litigieuse en se contentant d'indiquer dans son courriel du 29 mars 2021 que la deuxième condition d'exonération n'était pas remplie et qu'elle ne pouvait donc bénéficier de ce dispositif ;

- son courrier du 30 mars 2021 ne constitue pas une réclamation contentieuse ;

- elle remplit les conditions d'exonération prévues par les dispositions du 2° de l'article 1461 du code général des impôts pour avoir une activité identique à celle de ses membres qui sont des organismes d'habitations à loyer modéré ; notamment d'une part, les commerces construits constituent des locaux nécessaires à la vie économique et sociale des ensembles d'habitation au sens des dispositions de l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation et comme le prévoient les énonciations des paragraphes nos 380 à 430 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous les références BOI-IS-CHAMP-30-30-10-15, d'autre part, le parc de stationnement public s'inscrit dans la compétence d'aménagement, d'accession et de prestations de service que les organismes d'habitations à loyer modéré peuvent exercer au titre de la mission d'intérêt général que constitue la recherche de la mixité sociale et de la diversité de l'habitation prévue par les dispositions du 12ème alinéa de l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, enfin, l'aménagement d'espaces verts aux abords du logement constitue une obligation générale imposée par le permis de construire, relevant du service d'intérêt général du logement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus d'exonérer la société Marvas de cotisation foncière des entreprises est inopérant ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la société Marvas ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 28 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Marvas, société civile de construction-vente détenue à 51 % par l'Office public de l'habitat de Boulogne-sur-Mer, dénommé Habitat du Littoral, et à 49 % par la société d'habitations à loyer modéré Logis 62, demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation primitive de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020.

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Marvas a reçu une lettre de relance établie le 23 mars 2021 en raison de l'absence de paiement au 15 décembre 2020 de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle avait été assujettie au titre de l'année 2020. La société requérante soutient avoir contacté le service des impôts des entreprises de Boulogne-sur-Mer afin d'obtenir des éclaircissements sur cette imposition, lequel lui a répondu par courriel du 29 mars 2021. Ce courriel, que la société requérante ne produit d'ailleurs pas, a été adressé postérieurement à la mise en recouvrement de l'imposition litigieuse. Par suite, la société Marvas ne peut utilement soutenir qu'en lui envoyant le courriel de réponse du 29 mars 2021, qui ne lui exposerait pas clairement les considérations de fait et de droit justifiant l'imposition litigieuse, le service des impôts des entreprises de Boulogne-sur-Mer a méconnu le principe général des droits de la défense.

3. En second lieu, aux termes de l'article 1461 du code général des impôts : " Sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises : / () / 2° Les organismes d'habitations à loyer modéré mentionnés à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, les sociétés anonymes de coordination entre les organismes d'habitations à loyer modéré mentionnées à l'article L. 423-1-1 du même code, ainsi que les sociétés ou organismes visés aux articles 239 ter et 239 quater du présent code dès lors qu'ils sont constitués exclusivement par des organismes précités et si leurs activités sont identiques à celles de leurs membres ; / () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les dispositions du présent livre ont pour objet de fixer les règles relatives à la construction, l'acquisition, l'aménagement, l'assainissement, la réparation, la gestion d'habitations collectives ou individuelles, urbaines ou rurales, répondant aux caractéristiques techniques et de prix de revient déterminées par décision administrative et destinées aux personnes et aux familles de ressources modestes. / A ces habitations peuvent être adjoints, dans des conditions fixées par décision administrative, des dépendances, des annexes et des jardins privatifs ou collectifs, accolés ou non aux immeubles. / En outre, les ensembles d'habitations mentionnés aux premiers alinéas peuvent comprendre accessoirement des locaux à usage commun et toutes constructions nécessaires à la vie économique et sociale de ces ensembles. / () ". Aux termes de l'article L. 411-2 de ce code : " () / Les organismes d'habitations à loyer modéré mentionnés aux alinéas précédents bénéficient, en conformité avec la décision 2012/21/UE de la Commission, du 20 décembre 2011, relative à l'application de l'article 106, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne aux aides d'Etat sous forme de compensations de service public octroyées à certaines entreprises chargées de la gestion de services d'intérêt économique général, d'exonérations fiscales et d'aides spécifiques de l'Etat au titre du service d'intérêt général défini comme : / - la construction, l'acquisition, l'amélioration, l'attribution, la gestion et la cession de logements locatifs à loyers plafonnés, lorsqu'elles sont destinées à des personnes dont les revenus sont inférieurs aux plafonds maximum fixés par l'autorité administrative pour l'attribution des logements locatifs conventionnés dans les conditions définies à l'article L. 831-1 et dont l'accès est soumis à des conditions de ressources. () ; / - la réalisation d'opérations d'accession à la propriété destinées à des personnes dont les revenus sont inférieurs aux plafonds maximum, majorés de 11 %, fixés par l'autorité administrative pour l'attribution des logements locatifs conventionnés dans les conditions définies à l'article L. 831-1 et dont l'accès est soumis à des conditions de ressources. () ; / () / - les services accessoires aux opérations susmentionnées et les services que les organismes d'habitations à loyer modéré se rendent entre eux pour les besoins des opérations susmentionnées. / Au titre de la mission d'intérêt général que constitue la recherche de la mixité sociale et de la diversité de l'habitat, les organismes d'habitations à loyer modéré peuvent exercer les compétences d'aménagement, d'accession et de prestations de services prévues par les textes qui les régissent. () ".

4. Il résulte de l'instruction que la société Marvas, constituée par deux organismes d'habitations à loyer modéré, a pour activité, aux termes de ses statuts, " la construction sur la ville de Boulogne-sur-Mer, rue de Folkestone, l'acquisition, l'aménagement du quartier, y compris pour le compte de tiers, l'assainissement, la gestion d'habitations collectives urbaines et la construction de locaux à usage commun et toutes constructions nécessaires à la vie économique et sociale de ces ensembles ", ainsi que toutes opérations accessoires qui en découlent, la vente en totalité ou par fractions des constructions réalisées. L'opération d'aménagement, de construction et de vente portait sur dix bâtiments à usage d'habitation mais également deux commerces, trois parcs de stationnement, dont un public, ainsi qu'un espace vert. La société Marvas soutient sans être contredite qu'elle a ainsi construit et vendu cent-soixante-sept logements, dont trente-sept ont été vendus à des ménages, cent aux bailleurs sociaux associés à la société Marvas, en logements locatifs sociaux et trente à l'organisme Flandre Opale Habitat pour réaliser de l'accession sociale, deux locaux commerciaux dans lesquels se sont implantées une boulangerie et une pharmacie, ainsi qu'un parking de sept-cent-quatre-vingt places qui a été cédé à la communauté d'agglomération du Boulonnais.

5. La construction et la vente de logements à des particuliers, sans conditions de ressources, et la construction d'un parking public cédé à une collectivité territoriale constituent des activités de promotion immobilière qui ne sont pas destinées à permettre le logement ou l'accession à la propriété de personnes aux revenus modestes. En outre, si la société Marvas se prévaut, pour son activité de construction et de vente d'un parc de stationnement public de sept-cent-quatre-vingt places, de l'exercice de la compétence d'aménagement, d'accession et de prestations de service que les organismes d'habitations à loyer modéré peuvent exercer au titre de la mission d'intérêt général que constitue la recherche de la mixité sociale et de la diversité de l'habitation prévue par les dispositions du 12ème alinéa de l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, il ne résulte pas de l'instruction que son activité d'aménagement, de construction et de vente rue de Folkestone à Boulogne-sur-Mer répondait à cette mission d'intérêt général. Par ailleurs, alors que son activité consiste en la construction et la vente d'immeubles neufs, au titre de laquelle elle a sollicité l'exonération de la cotisation foncière des entreprises prévue par les dispositions de l'article 1461 du code général des impôts, elle ne peut se prévaloir des énonciations des paragraphes n° 380 à 430 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous les références BOI-IS-CHAMP-30-30-10-15, qui ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application par le présent jugement. Par suite, et quand bien même elle a construit et vendu des habitations à des organismes d'habitations à loyer modéré afin de permettre le logement ou l'accession à la propriété de personnes aux revenus modestes, des commerces qui seraient nécessaires à la vie économique et sociale de ces ensembles au sens des dispositions précitées de l'article L. 411-1 du code de la construction et de l'habitation et aménagé un espace vert qui pourrait être regardé comme adjoint à ces immeubles au sens des dispositions de ce même article, la société Marvas ne peut être regardée comme ayant une activité identique à celle de ses membres et n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle peut prétendre à l'exonération de la cotisation foncière des entreprises prévue par les dispositions précitées de l'article 1461 du code général des impôts.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Marvas n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation primitive de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Marvas est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile de construction-vente Marvas et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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