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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104861

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104861

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104861
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET ENDROS-BAUM ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin 2021 et 29 novembre 2021, la société Inova, représentée par Me Endrös, demande au tribunal :

1°) de condamner le syndicat inter arrondissement pour la valorisation et l'élimination des déchets (SIAVED) à lui verser la somme de 257 984,80 euros hors taxes ;

2°) de mettre à la charge du SIAVED la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- sa demande n'est pas prescrite ;

- la dégradation des fours réfractaires est exclusivement imputable à la mauvaise utilisation de l'installation par le SIAVED comme l'ont jugé le tribunal administratif de Lille et la cour administrative d'appel de Douai ;

- elle est fondée à demander la condamnation du SIAVED sur le fondement de la restitution de l'indu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le SIAVED, représenté par Me Chéneau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Inova au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- la créance de la société Inova est prescrite ;

- la société Inova n'est pas fondée à solliciter le remboursement de la somme qu'il lui a versée en exécution d'un jugement annulé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemée,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Da Ponte, substituant Me Endrös représentant la société Inova.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 26 décembre 2000, le syndicat inter arrondissement pour la valorisation et l'élimination des déchets (SIAVED) a confié le marché ayant pour objet la conception et la réalisation d'une unité de valorisation énergétique par production d'électricité à implanter sur l'usine d'incinération des ordures ménagères de la commune de Douchy-les-Mines à un groupement conjoint d'entreprises composés des sociétés Inova, Von Roll, Sogea Nord et Copin Parent Gasnier Gossart. A compter de la fin de l'année 2004, le SIAVED a relevé des désordres sur les bétons réfractaires des fours d'incinération des deux lignes de valorisation des déchets. La société Inova a pris en charge les réparations nécessaires au titre de la garantie de parfait achèvement mais a refusé de prendre en charge les désordres ultérieurs. Le SIAVED a demandé au tribunal administratif de Lille de condamner la société Inova à l'indemniser, sur le fondement de la responsabilité décennale, des préjudices subis du fait de ces désordres. La société Inova a présenté des conclusions reconventionnelles tendant à ce que le tribunal condamne le SIAVED à lui rembourser le prix des travaux effectués au titre de la garantie de parfait achèvement. Par un jugement n° 1106115 du 13 décembre 2016, le tribunal administratif de Lille a rejeté la requête du SIAVED et l'a condamné à verser la somme de 257 984,80 euros à la société Inova. Le SIAVED a versé à la société Inova, en exécution de ce jugement, la somme de 257 984,80 euros assortie des intérêts. Par un arrêt n° 16DA01433 du 22 mars 2018, la cour administrative d'appel de Douai a annulé ce jugement en tant qu'il a condamné le SIAVED à verser la somme de 257 984,80 euros à la société Inova. La société Inova a, en exécution de cet arrêt, remboursé la somme de 257 984,80 euros assortie des intérêts au SIAVED. Par un courrier du 10 décembre 2019, la société Inova a demandé au SIAVED de rembourser la somme qu'elle lui a versée à la suite de cet arrêt. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la société Inova demande au tribunal de condamner le SIAVED à lui verser la somme de 257 984,80 euros hors taxes.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale opposée par le SIAVED :

2. Aux termes de l'article premier de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la connaissance par la victime de l'existence d'un dommage ne suffit pas à faire courir le délai de la prescription quadriennale. Le point de départ de cette dernière est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.

4. Il résulte de l'instruction que la société Inova demande le paiement de la somme de 257 984,80 euros qui correspond au montant des travaux réalisés consistant en la remise en état des bétons réfractaires des fours d'incinération au titre de la garantie de parfait achèvement. Ces travaux ont été réalisés par la société CTP Thermique entre 2004 et 2006 et facturés à la société Inova. Les derniers travaux ont été réalisés au mois d'avril 2006 et la facture correspondant à ces travaux a été réceptionnée le 28 avril 2006 par la société Inova et payée le 30 juin 2006. La société requérante ne fait valoir aucune cause d'interruption du délai de prescription, mais soutient que ce délai n'a commencé à courir qu'à compter de la demande de paiement adressée par le SIAVED à la suite de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai dès lors que le fait générateur est la demande de paiement indu. Toutefois, la demande de paiement indu repose sur la remise en état des bétons réfractaires des fours d'incinération. Or, la société Inova avait une connaissance des faits au plus tard le 30 juin 2006, alors qu'au demeurant, elle disposait des rapports des sociétés CTP Thermique du 5 décembre 2005 et Bureau Veritas du 11 février 2005 qui l'ont éclairée sur la cause des dégradations des bétons réfractaires. Ainsi, le délai de prescription a commencé à courir à compter du 1er janvier 2007 jusqu'au 1er janvier 2011. Ce délai n'a pu être interrompu, dès lors qu'il était expiré, par la présentation de conclusions reconventionnelles par la société requérante le 27 mars 2012 devant le tribunal administratif de Lille dans l'instance n° 1106115. La créance de la société Inova était donc prescrite à la date d'enregistrement de sa requête le 22 juin 2021 et l'exception de prescription quadriennale opposée par le SIAVED doit, par suite, être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Inova ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIAVED, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Inova au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Inova une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le SIAVED et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Inova est rejetée.

Article 2 : La société Inova versera au SIAVED une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Inova et au syndicat inter arrondissement pour la valorisation et l'élimination des déchets.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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