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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2104923

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2104923

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2104923
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 23 juin 2021 sous le numéro 2104923, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le titre exécutoire n° 003891-1 émis le 25 février 2021 par le département du Pas-de-Calais pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active, correspondant à des versements pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020 d'un montant total de 10 066,84 euros ;

3°) de la décharger du paiement de cette dette ;

4°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le titre attaqué est irrégulier dès lors qu'aucun bordereau de titres de perception signé et mentionnant la qualité de son signataire n'a pas été produit ;

- ce titre est insuffisamment motivé ;

- la procédure contradictoire a été méconnue dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter, préalablement à la décision attaquée, ses observations ;

- l'indu de revenu de solidarité active exigé est inexistant.

Par un mémoire enregistré le 5 août 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais indique qu'elle n'a aucune observation à formuler.

Par des mémoires enregistrés les 23 août 2021 et 16 septembre 2021, le département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'argumentation de la requête n'est pas fondée.

II. Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021 sous le numéro 2105417, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour le mois de décembre 2018, pour un montant de 152,45 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer l'indu de prime exceptionnelle au titre du mois de décembre 2018 en litige ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse n'est pas motivée en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision litigieuse n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique mais ne comporte aucune des informations prévues par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors qu'elle remplissait les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année ;

- les indus d'aide exceptionnelle de solidarité ne peuvent faire l'objet d'un recouvrement par le biais de retenues sur d'autres prestations.

Par un mémoire enregistré le 29 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du

Pas-de-Calais s'en remet à la sagesse du tribunal.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021.

III. Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021 sous le numéro 2105418, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 octobre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour le mois de décembre 2019, pour un montant de 152,45 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer l'indu de prime exceptionnelle au titre du mois de décembre 2019 en litige ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse n'est pas motivée en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision litigieuse n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique mais ne comporte aucune des informations prévues par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors qu'elle remplissait les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année ;

- les indus d'aide exceptionnelle de solidarité ne peuvent faire l'objet d'un recouvrement par le biais de retenues sur d'autres prestations.

Par un mémoire enregistré le 29 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du

Pas-de-Calais s'en remet à la sagesse du tribunal.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021.

IV. Par une requête enregistrée le 3 août 2021 sous le numéro 2106171, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 10 066,84 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020 ;

2°) de prononcer la décharge de la somme de 10 066,84 euros mise à sa charge ;

3°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle méconnaît les dispositions du 2e alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision litigieuse n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France ni n'avait de vie de couple stable et continue et est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard ;

- elle est de bonne foi et la décision litigieuse méconnaît en conséquence son droit à l'erreur.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, le département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'argumentation de la requête n'est pas fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 14 juin 2021.

V. Par une requête enregistrée le 5 janvier 2022 sous le numéro 2200076, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros ;

3°) de le décharger de l'obligation de payer l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros, à verser à son avocat, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse n'est pas motivée en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision litigieuse n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique mais ne comporte aucune des informations prévues par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors qu'il remplissait les conditions d'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année ;

- les indus d'aide exceptionnelle de solidarité ne peuvent faire l'objet d'un recouvrement par le biais de retenues sur d'autres prestations.

Par un mémoire enregistré le 29 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du

Pas-de-Calais s'en remet à la sagesse du tribunal.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 11 avril 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Liénard, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Liénard a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle réalisé le 28 septembre 2020 sur sa situation personnelle et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à Mme A, le 11 décembre 2020, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 10 066,84 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020. Par une décision du 11 mars 2021, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision. La caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a également mis à sa charge deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros chacun pour les années 2018 et 2019 par deux décisions du 25 octobre 2020 ainsi qu'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros par une décision du 4 décembre 2021. Le 25 février 2021, le département du Pas-de-Calais a émis un titre exécutoire pour le recouvrement de l'indu de revenu de revenu de solidarité active mentionné plus haut. Par les requêtes susvisées, Mme A demande l'annulation de ces décisions et la décharge du montant de ces indus.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes visées ci-dessus, enregistrées sous les nos 2104923, 2105417, 2105418, 2106171 et 2200076, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".

4. D'une part, par une décision du 11 avril 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle dans le cadre de l'instance n° 2200076. Par suite, les conclusions tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle dans le cadre de cette instance sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

5. D'autre part, il y a lieu, en application des dispositions citées au point 3, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre de l'instance n° 2104923.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

Sur le bien-fondé des indus litigieux :

6. L'annulation d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou d'aide exceptionnelle de solidarité, pour un vice de régularité qui n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé de cette décision. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'organisme, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la créance qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

7. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 visé ci-dessus : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; / () " Aux termes de l'article 3 du décret du 14 décembre 2018 visé ci-dessus : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018 () ". L'article 3 du décret du 10 décembre 2019 et l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 visés ci-dessus subordonnent, en des termes identiques, l'attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020 à l'existence pour l'allocataire d'un droit au bénéfice du revenu de solidarité active au cours du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de ces années.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".

9. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'une aide exceptionnelle attribuée aux bénéficiaires de cette allocation, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

En ce qui concerne la résidence stable et effective en France :

10. Aux termes de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. " Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

11. Pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

12. L'indu litigieux mis à la charge de Mme A trouve son origine dans le constat, à la suite d'une enquête d'un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, de la résidence en Belgique de l'intéressée pendant la période litigieuse. Il résulte de ce rapport, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que si la requérante déclare avoir résidé à Boulogne-sur-Mer chez son grand-père qui l'hébergeait gracieusement jusqu'en septembre 2020, elle avait contracté un bail pour une résidence principale à

Wasmes-Audemez-Briffoeil, en Belgique, depuis le 1er décembre 2017 en compagnie de M. E. Il résulte par ailleurs des termes de ce bail qu'avant la conclusion de celui-ci, elle résidait déjà en Belgique, à Tournai. Si Mme A déclare qu'elle se rendait ponctuellement en Belgique pour y chercher un emploi et qu'elle n'entretenait pas une vie de couple stable et continue avec M. E, le rapport d'enquête mentionne de l'existence de nombreux échanges financiers entre les intéressés. Il résulte également du rapport d'enquête que l'ensemble de ses déclarations trimestrielles pour le revenu de solidarité active et la prime d'activité ont été effectuées depuis la Belgique. En outre Mme A n'a pas produit d'éléments permettant d'établir qu'elle avait sa résidence principale en France sur la période de l'indu en litige ni que sa présence en Belgique avait alors un caractère temporaire. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme A doit être regardée comme ayant établi sa résidence en Belgique au plus tard à compter du 1er décembre 2017 et de manière continue jusqu'au 31 août 2020, date de fin de la période de l'indu. En l'absence de résidence en France en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a considéré qu'elle n'avait pas, sur cette période, droit au bénéfice du revenu de solidarité active et, par voie de conséquence, à l'aide exceptionnelle de solidarité et à l'aide exceptionnelle de fin d'année.

En ce qui concerne le droit à l'erreur :

13. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / () ".

14. La décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifié à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les conclusions à fin de remise gracieuse :

15. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

16. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

17. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer

lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

18.Il résulte de ce qui précède que Mme A a fixé sa résidence en Belgique au plus tard à compter du 1er décembre 2017, qu'elle a confirmé de façon répétée dans ses déclarations trimestrielles et de situation durant la période de l'indu en litige qu'elle résidait en France. Eu égard au caractère public des conditions d'octroi du revenu de solidarité active, Mme A a fait de fausses déclarations et ne peut être regardée comme étant de bonne foi. Dans ces conditions, et quelle que soit la précarité de sa situation, sur laquelle elle n'apporte aucune précision, elle ne peut prétendre à bénéficier d'une remise de sa dette.

Sur les vices propres aux décisions litigieuses :

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

19. En premier lieu, par un arrêté en date du 18 juillet 2019, publié au bulletin officiel du département, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme D, cheffe du service pilotage, coordination et contrôle contentieux, à l'effet de signer notamment les " actes relatifs aux recours administratifs préalables obligatoires présentés par les usagers en matière de RSA (article L. 262-47 du Code de l'Action Sociale et des Familles) ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif (). ".

21. En l'espèce, si Mme A soutient que le caractère suspensif des recours dirigés contre l'indu de revenu de solidarité active en litige n'a pas été respecté, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et sur le bien-fondé de l'indu en litige.

22. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil général ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".

23. Aux termes de l'article 3.2.12 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 27 mars 2010 entre le département du Pas-de-Calais, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais et la paierie départementale du Pas-de-Calais en application du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " l'avis de la commission de recours amiable de la CAF ne sera pas sollicité pour les recours administratifs ". Il résulte des dispositions précitées de la convention de gestion que l'absence d'avis de la commission de recours amiable, qui ne peut être saisie que dans les conditions et limites prévues par la convention, n'entache pas d'irrégularité la procédure suivie par le département du Pas-de-Calais, dès lors que la convention en dispose autrement. Le moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

24. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale () ".

25. Les stipulations précitées ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale, et non aux procédures administratives. Au demeurant, il résulte de l'instruction que Mme A a été informée de son droit à apporter toute précision nécessaire et à contester le rapport du contrôleur. Elle a en outre pu faire valoir toute observation utile en exerçant un recours administratif préalable obligatoire qui a été rejeté le 11 mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense et de l'insuffisance de la procédure contradictoire préalable doit être écarté.

En ce qui concerne les indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2018 et 2019 et d'aide exceptionnelle de solidarité :

26. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu pour vice de régularité, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'aide exceptionnelle a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

27. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". L'article L. 212-2 du même code dresse la liste des décisions dispensées de la formalité prescrite par l'article L. 212-1.

28. Il résulte de ces dispositions combinées que le destinataire d'une décision administrative doit pouvoir constater que son auteur l'a signée. Or il résulte de l'instruction que les décisions litigieuses du 25 octobre 2020 mettant à la charge de Mme A des indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019 ainsi que celle du 4 décembre 2021 mettant à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité ne comportent pas la signature de leur auteur de sorte que celui-ci ne peut pas être identifié. Ainsi les décisions litigieuses ne satisfont pas aux exigences posées par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ces décisions ne sont pas au nombre de celles énumérées à l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, il ne résulte pas de l'instruction et la caisse d'allocations familiales ne soutient ni même n'allègue qu'elle serait au nombre des décisions mentionnées au 1° de cet article, relatif aux décisions administratives notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice. Dans ces conditions, les décisions contestées sont entachées de vice de forme.

29. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

30. Les décisions attaquées mentionnent chacune que Mme A a perçu la prime exceptionnelle de fin d'année en 2018 et 2019 ainsi que l'aide exceptionnelle de solidarité alors qu'elle n'y avait pas droit. Ces décisions précisent chacune que Mme A ne remplissait pas les conditions pour obtenir les aides dès lors qu'elle n'était pas titulaire d'un droit à l'allocation de revenu de solidarité active durant les périodes en litige. Par suite, elles énoncent avec suffisamment de précisions les motifs de fait sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

31. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les décisions attaquées ont été prises au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le seul fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

32. En quatrième lieu, si Mme A soutient que le caractère suspensif des recours dirigés contre les indus en litige n'a pas été respecté, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

33. En dernier lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable", l'article L. 121 2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".

34. Les décisions litigieuses émanent de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais, qui est considérée comme un organisme de sécurité sociale en vertu du b) du 1° du I de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale. Elles tendent seulement à la récupération d'indus et ne constitue pas une sanction. Dès lors, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, de telles décisions ne sont pas soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. Le moyen soulevé en ce sens est donc inopérant et doit être écarté comme tel.

Sur le titre exécutoire :

35. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Selon l'article D. 1617-23 du même code : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution () de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". L'arrêté du 27 juin 2007 visé ci-dessus pris pour l'application de l'article précité dispose en son article 2 que : " La validité juridique () des titres de recettes et des bordereaux () de titres de recettes dématérialisés résulte de l'utilisation du protocole d'échange standard d'Hélios dans ses versions 2 et suivantes ainsi que de la signature électronique de l'ordonnateur ou de son représentant dans les conditions prévues à l'article 5 ". L'article 5 prévoit notamment que : " La transmission au comptable public par l'ordonnateur ou son représentant de fichiers aller recette et dépense, signés électroniquement dans les conditions fixées à l'article 4, conformément au protocole d'échange standard dans ses versions 2 et suivantes, dispense l'ordonnateur ou son représentant de produire () les titres de recettes, () et les bordereaux de titres sur support papier au comptable public ". Aux termes du I de l'article 4 du même arrêté : " En application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales, la signature électronique des fichiers de données et de documents électroniques transmis au comptable est effectuée par l'ordonnateur ou son délégataire au moyen : / - soit d'un certificat garantissant notamment son identification et appartenant à l'une des catégories de certificats visées par l'arrêté du ministre de l'économie et des finances en date du 15 juin 2012 relatif à la signature électronique dans les marchés publics (NOR : EFIM1222915A) ; / - soit du certificat de signature "DGFiP" délivré gratuitement par la direction générale des finances publiques aux ordonnateurs des organismes publics visés à l'article 1er du présent arrêté ou à leurs délégataires qui lui en font la demande ".

36. Il résulte du bordereau de titres de recettes n° 338 du 25 février 2021 comporte notamment le titre n° 003891-1 émis à l'encontre de Mme A pour la somme de 10 066,84 euros. Ce document indique que l'ordonnateur est Mme C F, cheffe de service de l'exécution budgétaire, et comporte la mention suivante : " Ce bordereau est signé. Ces éléments sont déduits du flux avec présence de signature électronique ". En l'absence de contestation sérieuse de la part de la requérante tant de la conformité de la solution logicielle proposée par le prestataire du département au regard des protocoles mentionnés par les dispositions précitées que de la validité du certificat de signature employé en application de l'article 4 de l'arrêté du 27 juin 2007, de tels éléments suffisent à établir la réalité de la signature électronique du bordereau dématérialisé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

37. En deuxième lieu, l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dispose : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrement indique les bases de la liquidation () ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

38. D'une part, le titre exécutoire attaqué mentionne qu'il correspond à un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2017 au 31 août 2020. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A avait été préalablement rendu destinataire de la décision de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais du 11 décembre 2020 lui notifiant notamment un indu de revenu de solidarité active, pour la période mentionnée par le titre exécutoire, ainsi que les éléments de calcul de cet indu et ses motifs, décisions auxquelles le titre exécutoire fait implicitement référence. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul de la dette dont il lui était demandé règlement. Le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire doit être écarté.

39. En troisième lieu, le titre exécutoire émis en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active qui n'entre dans aucune des catégories de décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doit être motivé selon les modalités prévues par les dispositions spécifiques du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire attaqué serait irrégulier faute pour le département du Pas-de-Calais d'avoir préalablement mis en œuvre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen doit donc être écarté.

40. En dernier lieu, pour les motifs exposés plus haut, le moyen tiré de l'inexistence de l'indu litigieux doit être écarté.

41. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation des décisions du 25 octobre 2020 mettant à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019 et de la décision du 4 décembre 2021 mettant à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Sur les conclusions à fin de décharge :

42. Le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation des décisions de récupération d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019 et d'aide exceptionnelle de solidarité pour des motifs de régularité, n'implique pas de prononcer la décharge des indus en cause. Compte tenu du motif d'annulation retenu, tenant exclusivement à la compétence de l'auteur des décisions prises, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, de nouvelles décisions.

Sur les frais liés au litige :

43. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Pas-de-Calais, qui n'est pas partie perdante dans les instances 2104923 et 2106171, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. D'autre part, les décisions prises par la caisse d'allocations familiales en matière d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité le sont au nom de l'État. Par suite, les conclusions présentées par Mme A dans les instances n°s 2105417, 2105418 et 2200076, qui tendent à ce qu'une somme soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratives et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2200076 de Mme A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire dans le cadre de l'instance n° 2104923.

Article 3 : Les décisions du directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais du 25 octobre 2020 relatives à des indus de primes exceptionnelles de fin d'années pour les années 2018 et 2019 ainsi que la décision du 4 décembre 2021 relative à un indu d'aide de solidarité exceptionnelle sont annulées.

Article 4 : Les requêtes n° 2104923 et 2106171 présentées par Mme A sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2105417, 2105418 et 2200076 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Desfarges, au département du Pas-de-Calais et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais et à la direction départementale des finances publiques du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

Q. LIENARD

La greffière,

Signé

M. G

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et préfet du Pas-de-Calais, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°s 2104923, 2105417, 2105418, 2106171, 2200076

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