mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105476 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MOUGEL-BROUWER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juillet 2021 et 14 novembre 2022, la société Setib, représentée par Me Mougel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le lot 01-01 du marché de travaux pour le programme de gros entretiens de renouvellement dans les collèges dont le département du Nord a la charge au titre de l'année 2020 ;
2°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la candidature de la société Vuylsteker et Fils aurait dû être écartée dès lors qu'elle n'a pas remis les qualifications n° 1231 Micropieux et 1552 Traitement de l'amiante de ses sous-traitants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de la société Setib au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que le moyen soulevé par la société Setib n'est pas fondé.
La requête a été communiquée à la société Vuylsteker et Fils qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemée,
- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 janvier 2021, le département du Nord a lancé une consultation, selon la procédure d'appel d'offres ouvert, en vue de l'attribution d'un marché public de travaux ayant pour objet le programme de gros entretiens de renouvellement dans les collèges dont le département du Nord a la charge au titre de l'année 2020. Le lot n° 01-01 a été attribué à la société Vuylsteker et Fils. Par un courrier du 7 juin 2021, la société Setib a été informée du rejet de son offre pour ce lot. Par la présente requête, la société Setib demande au tribunal d'annuler l'attribution de ce lot.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Le tiers agissant en qualité de concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
3. Saisi ainsi par un tiers dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.
4. Aux termes de l'article L. 2193-4 du code de la commande publique : " L'opérateur économique peut recourir à la sous-traitance lors de la passation du marché et tout au long de son exécution à condition de l'avoir déclarée à l'acheteur et d'avoir obtenu l'acceptation du sous-traitant et l'agrément de ses conditions de paiement. " Aux termes de l'article L. 2193-5 du même code : " Lorsque la déclaration de sous-traitance intervient au moment du dépôt de l'offre, le soumissionnaire identifie dans son offre les sous-traitants auxquels il envisage de faire appel ainsi que la nature et le montant des prestations sous-traitées. / Lorsque la déclaration de sous-traitance intervient en cours d'exécution du marché, le titulaire remet à l'acheteur un acte spécial de sous-traitance. "
5. Aux termes de l'article 3.5 Pièces à remettre du règlement de la consultation du marché en litige : " () Il est précisé que le candidat ne peut pas se limiter à indiquer qu'il dispose de l'aptitude et des capacités requises. Il doit fournir tous les justificatifs exigés pour la présentation des candidatures () L'opération économique (seul, ou en cas de groupement, chaque cotraitant, et les sous-traitants) devra remettre également : () 2 - les certificats de qualification professionnelle établis par des organismes indépendants suivants (ou équivalent) : / • Qualification n° 1231 Micropieux pour les lots 01.01 () 3 - les certificats de qualification professionnelle établis par des organismes indépendants suivants : / • Qualification n° 1552 Traitement de l'amiante (Qualibat, Afnor Certification ou Global Certification) pour les lots 01.01 () Le candidat devra produire des certificats de qualification professionnelle établis par des organismes indépendants suivants : / L'entreprise en charge (ou son sous-traitant) devra justifier impérativement d'un certificat de qualification professionnelle QUALIBAT 1552 - Traitement de l'amiante () ".
6. Si la société Setib soutient que la société Vuylsteker et Fils n'a pas remis les qualifications n° 1231 Micropieux et 1552 Traitement de l'amiante de ses sous-traitants conformément à l'article 3.5 du règlement de la consultation, toutefois, il résulte des stipulations précitées qu'il était loisible à la société Vuylsteker et Fils de ne déclarer ses sous-traitants qu'en cours d'exécution du marché et non obligatoirement lors du dépôt de son offre. En tout état de cause, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la société titulaire du lot n° 01-01 a fourni au département du Nord, au moment de la remise de son offre, les certificats de qualification professionnelle des sociétés auxquelles elle envisageait de sous-traiter une partie des prestations du marché. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Setib ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Nord, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Setib au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
9. Par ailleurs, le département du Nord, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et qui ne justifie pas de frais spécifiques exposés par elle, ne peut prétendre à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Setib au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Setib est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département du Nord présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Setib, au département du Nord et à la société Vuylsteker et Fils.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. LEMÉE
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026