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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105596

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105596

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105596
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, M. B et Mme C A D, représentés par la SELARL Ingelaere et Partners Avocats, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Monchy-le-Preux à leur verser la somme de 75 250 euros en réparation des préjudices subis résultant des nuisances provenant du terrain municipal multisports City Park jouxtant leur maison d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Monchy-le-Preux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de la commune de Monchy-le-Preux est engagée sans faute à raison des dommages anormaux et spéciaux causés par l'existence du terrain multisports en sa qualité de maître d'ouvrage et à l'égard duquel ils ont la qualité de tiers ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité de la commune de Monchy-le-Preux est engagée à raison de la carence du maire à exercer ses pouvoirs de police en vertu de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

- ils ignoraient la construction du City Park lors de l'acquisition de leur bien immobilier ;

- il en résulte des préjudices qui s'élèvent au montant global de 75 250 euros, se décomposant comme suit :

* nuisances sonores : 3 000 euros ;

* préjudice de jouissance de leur bien et préjudice moral : 2 000 euros ;

* perte de la valeur vénale de leur bien immobilier : 70 000 euros ;

* frais de notaire : 250 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 et 23 septembre 2021, la commune de Monchy-le-Preux, représentée par Me Dutat, conclut au rejet de la requête, à la " condamnation des requérants pour fausses déclarations " et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que les requérants n'établissent pas la réalité des préjudices qu'ils invoquent et qu'elle a mis en œuvre les mesures de nature à assurer la tranquillité publique ;

- à titre subsidiaire, ils ne pouvaient ignorer la construction de l'ouvrage public en cause lors de l'acquisition de leur bien.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A D sont propriétaires d'un immeuble à usage d'habitation situé rue de la Gaîté à Monchy-le-Preux (62), jouxtant un terrain municipal multisports dénommé City Park. Estimant que ce terrain était à l'origine de désagréments constitués de nuisances sonores et visuelles, de jets de ballons dans leur propriété et d'intrusions intempestives dans leur jardin, ainsi que d'une dépréciation de la valeur vénale de leur bien immobilier, ils ont demandé, par courrier du 23 mars 2021, à la commune de les indemniser des préjudices dont ils s'estiment victimes. Leur demande indemnitaire préalable étant restée sans réponse, M. et Mme A D demandent au tribunal de condamner la commune de Monchy-le-Preux à leur verser la somme de 75 250 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune de Monchy-le-Preux :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction, en particulier des constats d'huissier de justice des 23 et 28 mars 2022, que l'utilisation du terrain multisports, ouvrage public à l'égard duquel les requérants ont la qualité de tiers, donne lieu à des jets de ballons dans le jardin de ces derniers, la présence d'une quinzaine de ballons ayant été notée à l'occasion des constats précités, à " de multiples cris et hurlements divers " émis par " un groupe d'adolescents () en activité sur le terrain de jeu " ainsi qu'à des bruits " de claquement désagréable et conséquent " résultant des " frappes de balles se répercutant sur les parois métalliques du City Park ", sept frappes ayant été dénombrées en une minute. En outre, les requérants produisent un film vidéo tourné par leurs soins, qui confirme les jets de ballons dans leur propriété ainsi que les désagréments causés par les propriétaires des ballons voulant les récupérer. En défense, la commune de Monchy-le-Preux fait valoir qu'une réunion a été organisée avec les requérants le 27 novembre 2019, que les horaires d'ouverture ont été réduits à la plage 10h -17h30 du lundi au samedi et 15h - 17h30 le dimanche et qu'un locataire a emménagé à proximité immédiate de l'ouvrage pour en assurer la surveillance. S'il ne résulte pas de l'instruction que la fréquence, l'intensité et la nature des nuisances sonores invoquées, produites lors des horaires d'ouverture du parc de jeux, seraient constitutives d'un préjudice grave imputable à l'existence ou au fonctionnement du City Park, il reste que les mesures prises par la commune ne sont pas de nature à prévenir la présence intempestive de ballons dans la propriété des requérants ni les dérangements occasionnés par les usagers souhaitant récupérer ces objets. Ainsi, et malgré l'amplitude réduite des horaires de fréquentation de l'aire de jeux, les époux A D justifient subir des nuisances qui excèdent, par leur fréquence et leur intensité, les inconvénients normaux du voisinage et sont de nature à engager de la responsabilité sans faute de la commune de Monchy-le-Preux, maître de l'ouvrage.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune de Monchy-le-Preux :

4. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, y compris les bruits de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ". L'article R. 1336-5 du code de la santé publique dispose : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité ".

5. Pour invoquer une faute du maire de Monchy-le-Preux dans l'exercice de ses pouvoirs de police, les requérants soutiennent que celui-ci n'a pas pris de mesures suffisantes en matière d'étude d'impact sonore, de restrictions d'horaires et de surveillance. Or, d'une part, le recours à une étude d'impact sonore préalable aux travaux ne relève pas des pouvoirs de police du maire, d'autre part, les horaires d'ouverture du parc ludique qui ont été fixés par le maire, cités au point 3, n'apparaissent pas d'une amplitude excessive, enfin, la commune a organisé la surveillance de l'aire de jeux par la présence d'un locataire sur les lieux, ce qui n'est pas contesté. Les requérants n'établissent ainsi pas qu'une faute dans l'exercice des pouvoirs de police du maire ait été commise. Ils ne sont donc pas fondés à demander la condamnation de la commune de Monchy-le-Preux sur le fondement de sa responsabilité pour faute.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation des nuisances sonores qu'ils invoquent.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'à la date à laquelle M. et Mme A D ont acquis leur maison d'habitation, le 30 janvier 2019, les travaux de construction de l'ouvrage public en cause avaient débuté, ce qu'ils ne pouvaient ignorer. Par suite, cette circonstance est de nature à atténuer, à hauteur de la moitié du dommage, la responsabilité de la commune en cause dans la détermination de l'indemnisation des préjudices des requérants.

8. En l'absence de nuisances visuelles justifiées, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance de leur bien et de leur préjudice moral, tenant à la présence fréquente de ballons, en les limitant à la somme globale de 1 000 euros.

9. En dernier lieu, les requérants soutiennent que leur bien immobilier subit une perte de sa valeur vénale à hauteur de 70 000 euros. Ainsi qu'il a été dit au point 7, et eu égard à la possibilité de remédier au préjudice tenant au jet intempestif de ballons dans leur jardin, de sorte que la perte de valeur vénale ne présente pas un caractère certain, M. et Mme A D ne sont pas fondés à demander l'indemnisation d'un tel poste de préjudice ainsi que les frais de notaire engagés pour l'évaluation de cette valeur.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander le versement, par la commune de Monchy-le-Preux, de la somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions relatives à de " fausses déclarations " des requérants :

11. A supposer que la commune de Monchy-le-Preux ait entendu invoquer l'article L. 741-2 du code de justice administrative en vertu duquel une partie peut demander au juge la suppression des écritures présentant notamment un caractère diffamatoire, elle ne précise nullement la teneur des écritures en cause, de sorte que ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Monchy-le-Preux, la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A D et non compris dans les dépens.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A D, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Monchy-le-Preux demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Monchy-le-Preux est condamnée à verser à M. et Mme A D une somme de 1 000 euros.

Article 2 : La commune de Monchy-le-Preux versera à M. et Mme A D une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Monchy-le-Preux sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, Mme C A D et à la commune de Monchy-le-Preux.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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