mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2105650 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET VATIER & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juillet 2021, 15 septembre 2021, 26 novembre 2021 et 22 avril 2022, sous le n° 2105650, M. F A, représenté par Me Pouzol, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner solidairement le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à lui verser la somme globale de 396 286,30 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de sa prise en charge par l'établissement de santé ;
2°) de mettre à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM, la somme de 5 247,52 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 396 286,30 euros en réparation de ses préjudices au titre de la solidarité nationale.
Il soutient que :
- à titre principal, la responsabilité du centre hospitalier régional de Lille est engagée sans faute en raison de la survenue d'une infection nosocomiale au cours de sa prise en charge par l'établissement de soins ;
- la responsabilité pour faute du CHRU de Lille est engagée à raison du retard dans le diagnostic et la prise en charge de l'infection nosocomiale ;
- le choix d'une intervention chirurgicale multipliant le risque d'infection par cinq, la survenue d'une infection nosocomiale et le retard de diagnostic et de prise en charge de cette infection sont à l'origine d'une " perte de chance de guérison de 100% " ;
- la responsabilité pour faute du CHRU de Lille est engagée à raison d'un défaut d'information à l'occasion de l'opération du 14 mars 2018 ;
- à titre subsidiaire, si la responsabilité du CHRU de Lille n'était pas retenue quant à l'infection nosocomiale, son dommage doit être réparé par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ;
- il en est résulté des préjudices patrimoniaux qui se décomposent comme suit :
* frais divers : 2 365 euros ;
*assistance par tierce personne temporaire : 3 818 euros ;
* perte de gains professionnels actuels : 6 988,39 euros ;
* dépenses de santé futures : 3 662,64 euros ;
* frais d'équipements divers : 136 611,48 euros ;
* frais de logement adapté : 4 385,95 euros ;
* frais de véhicule adapté : 17 056,64 euros ;
* assistance par tierce personne permanente : 16 790 euros ;
* perte de gains professionnels futurs : 53 015,70 euros ;
*incidence professionnelle : 60 000 euros ;
- il en est également résulté des préjudices extra patrimoniaux, qui se décomposent comme suit :
*déficit fonctionnel temporaire : 4 592,50 euros ;
* souffrance endurées : 25 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 5 000 euros ;
* déficit fonctionnel permanent : 22 550 euros ;
* préjudice d'agrément : 30 000 euros ;
* préjudice esthétique permanent : 2 500 euros ;
* préjudice d'impréparation : 1 500 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 septembre 2021 et 19 avril 2022, l'ONIAM, représenté par Me Roquelle-Meyer, conclut à ce qu'il soit mis hors de cause et à la condamnation des parties perdantes aux dépens.
Il soutient que :
- les préjudices subis par M. A ne peuvent être indemnisés au titre de la solidarité nationale, laquelle ne peut être mise en œuvre qu'à titre subsidiaire, dès lors que la responsabilité du CHRU de Lille est engagée pour faute ;
- les conditions de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies dès lors que le seuil de gravité n'a pas été atteint.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 octobre 2021 et 18 mars 2022, le CHRU de Lille, représenté par Me Segard, conclut :
1°) à la réduction des prétentions indemnitaires de M. A après application d'un taux de perte de chance de 50% ;
2°) à la limitation à la somme de 1 000 euros demandée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille Douai.
Il soutient que :
- sa responsabilité ne peut être engagée qu'à raison d'un taux de perte de chance de ne pas avoir à subir une prise en charge médicale comportant plusieurs interventions, qui doit être évaluée à 50% ainsi que l'avait fait l'expert dans son rapport initial ;
- les dépenses de psychothérapie, de bilan de compétences et d'ergothérapeute doivent être rejetées ;
- le montant de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être limité à la somme de 1 079 euros ;
- la perte de gains professionnels actuels n'est pas justifiée ;
- les dépenses de santé futures ne sont pas justifiées ;
- le requérant n'établit pas le chef de préjudice de dépenses futures pour des équipements sportifs adaptés ;
- les frais de logement et de véhicule adaptés sont sans lien avec la complication infectieuse ;
- aucune indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne permanente ne peut être accordée ;
- la réalité du préjudice au titre de la perte de gains professionnels futurs n'est pas établie ;
- il n'est pas justifié d'une incidence professionnelle en lien avec la complication infectieuse ;
- le montant du déficit fonctionnel permanent doit être ramené à la somme de 1 075 euros ;
- l'indemnisation des souffrances endurées doit être limitée à la somme de 3 500 euros ;
- le montant du préjudice esthétique temporaire doit être ramené à la somme de 750 euros ;
- l'indemnisation due au titre de du déficit fonctionnel permanent doit être limitée à la somme de 5 000 euros ;
- il n'est pas établi que le préjudice d'agrément allégué soit en lien avec les complications infectieuses ; à titre subsidiaire, celui-ci doit être limité à la somme de 1 000 euros ;
- le préjudice esthétique permanent doit être évalué à la somme de 450 euros ;
- le montant du préjudice d'impréparation doit être limité à la somme de 750 euros ;
- la CPAM de Lille-Douai n'est pas fondée à demander le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versés à son assuré.
Par un mémoire enregistré le 31 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai dont l'activité de recours contre tiers est exercée par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me de Berny demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme de 17 203,92 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré, M. A, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande du 23 août 2021 ;
2°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et la SHAM, à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les débours qu'elle a exposés pour le compte de M. A s'élèvent à la somme de 80 119,77 euros, ils ont été partiellement remboursés par la SHAM à hauteur de la somme de 64 013,85 euros, correspondant aux frais thérapeutiques, cette dernière refusant de rembourser les indemnités journalières versées à son assuré pour un montant de 17 203,92 euros ;
- le CHRU de Lille et son assureur ont acquiescé au rapport d'expertise définitif en lui remboursant l'intégralité du montant des frais thérapeutiques qu'elle a engagés pour son assuré ;
- la responsabilité du CHRU est engagée à raison de la survenue de l'infection nosocomiale et du retard dans le diagnostic et la prise en charge qui est à l'origine d'une perte de chance de 100% d'éviter le dommage ;
- les indemnités journalières qu'elle a versées à compter du 18 juin 2018 ont pour origine l'infection que son assuré, M. A, a contractée lors de sa prise en charge par le CHRU de Lille et ce dernier n'est demandeur d'emploi que postérieurement aux derniers versements effectués.
Par une ordonnance du 25 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 décembre 2021 et 25 mars 2022, sous le n° 2109469, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme de 17 203,92 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré, M. A, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande du 23 août 2021 ;
2°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et la SHAM, à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soulève les mêmes moyens que dans l'instance n° 2105650.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Lille, représenté par Me Segard, conclut :
1°) à la réduction des prétentions indemnitaires de M. A après application d'un taux de perte de chance de 50% ;
2°) à la limitation à la somme de 1 000 euros demandée par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) au rejet des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille Douai.
Il soulève les mêmes moyens que dans l'instance n° 2105650.
Par une ordonnance du 25 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2022.
Vu :
-l'ordonnance n° 1904140 du 24 juillet 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur E, en qualité d'expert ;
- l'ordonnance du 21 février 2020 par laquelle la juge des référés du Tribunal a désigné le docteur B en qualité de sapiteur ;
- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal du 15 octobre 2020 ;
- l'ordonnance du 6 novembre 2020 par laquelle la magistrate désignée par le président du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise confiée au docteur E à la somme de 720 euros, comprenant le montant de l'allocation provisionnelle accordée par ordonnance du 20 août 2019 ;
- l'ordonnance du 9 septembre 2021 par laquelle la magistrate désignée par le président du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise confiée au docteur B à la somme de 700 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lançon,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de Me Derycke, substituant Me Pouzol, représentant M. A, et de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, alors âgé de vingt-neuf ans, a été victime d'une rupture du tendon d'Achille droit au cours d'un match de football le 11 mars 2018. Celle-ci a été diagnostiquée le 13 mars 2018, à la suite d'une échographie de la cheville droite réalisée au CHRU de Lille. Le lendemain, 14 mars 2018, M. A a été opéré par le Dr C, praticien au CHRU de Lille, sous anesthésie générale, l'opération consistant en une réparation chirurgicale du tendon. M. A est sorti le 15 mars 2018 du CHRU. Le 3 avril 2018, le patient a consulté au service des urgences du CHRU pour un plâtre taché de sang, post-suture du tendon d'Achille. Après ablation de la résine, le pansement a été refait et l'examen clinique a révélé une désunion de la partie médiane de la cicatrice, laquelle apparaissait propre, sans pus, sans rougeur. M. A ne présentait ni fièvre ni œdème et son pouls était noté normal. Le 9 avril 2018, le Dr C a constaté une désunion cicatricielle avec lâchage des sutures, avec des signes modérés d'inflammation locale, sans écoulement purulent. Une reprise chirurgicale a été effectuée le 11 avril 2018, sous anesthésie générale. En raison de l'impossibilité de remise en continuité des deux moignons tendineux, espacés d'environ 2,5 cm, un prélèvement du tendon plantaire grêle associé à une plastie de retournement du tendon calcanéen a été réalisé. La fermeture distale n'étant pas possible, une incision de décharge en externe superficielle a été faite pour diminuer la tension sur la suture recouvrant le tendon achilléen. Aucun prélèvement bactériologique n'a été effectué durant cette intervention. Le 20 avril 2018, M. A s'est rendu au service des urgences en raison de la persistance d'un écoulement séro-sanglant au niveau d'un point central de la cicatrice. Revoyant le Dr C le 23 avril 2018, celle-ci a constaté que la cicatrice était propre et non inflammatoire, complètement fermée mais a relevé un écoulement séreux au tiers proximal de la cicatrice qu'elle a supposé être un écoulement sur un espace de décollement sous-cutané. Elle a retiré deux points à la cicatrice pour permettre l'écoulement. Le 26 avril 2018, constatant une collection sous-jacente à la cicatrice avec un caractère inflammatoire accentué, le Dr C a décidé de reprendre en urgence M. A pour un lavage au bloc opératoire. M. A a été opéré le jour même et il a été constaté une désunion du tendon d'Achille, une fonte purulente du tendon d'Achille avec une perte de substance d'environ 2 à 3 cm, ne permettant pas la suture directe. Les prélèvements peropératoires sont revenus, le 30 avril 2018, positifs à staphylocoque aureus et enterobacter cloacae. Malgré l'antibiothérapie administrée, l'évolution locale était péjorative et onze séances d'oxygénothérapie hyperbare en caisson de Lille ont alors été réalisées du 4 au 10 mai 2018 ; l'antibiothérapie a été modifiée. Une reprise chirurgicale a été effectuée le 11 mai 2018 avec décapage de la plaie du talon et mise en place d'un VAC. Une discontinuité du tendon d'Achille était clairement visible. De nouveaux prélèvements bactériologiques étaient effectués. La cheville était stabilisée par un clou de STEINMAN, pour la maintenir à 90°. Les prélèvements bactériologiques sur tissu mou peropératoires ont mis en évidence de rares enterobacter cloacae. Les prélèvements bactériologiques osseux ont quant à eux montré un enterobacter cloacae et un Staphylococcus aureus. L'évolution locale est devenue favorable avec bourgeonnement profond progressant vers le plan cutané, après une thérapie à pression négative par pansement VAC, et l'antibiothérapie a été maintenue. Du 18 mai 2018 au 24 mai 2018, M. A a été hospitalisé à domicile pour la prise en charge d'une antibiothérapie sous cutanée associée à une cicatrisation dirigée par thérapie par pression négative. Le 25 mai 2018, M. A a été opéré par les Dr D et C, en double équipe, pour, d'une part, la réalisation d'un lambeau pour la couverture de la face dorsale de la cheville droite, d'autre part, le lavage de cicatrice postopératoire au niveau du tendon d'Achille droit. Une perte de substance tendineuse au niveau du tendon d'Achille sur environ 7 cm a été constatée. Le 30 mai 2018, M. A est opéré par le Dr D pour la reprise du lambeau en raison de la présence d'un hématome. M. A a revu à cinq reprises les Dr C et D pour un suivi postopératoire, entre le 12 juin 2018 et le 9 juillet 2018. Le 23 juillet 2018, il a été constaté que l'évolution cicatricielle était terminée, que le patient pouvait arrêter les soins de pansements et que l'immobilisation était sevrée. La kinésithérapie a débuté le 31 juillet 2018. Le suivi chirurgical s'est poursuivi avec six consultations des Dr C et D entre le 28 août 2018 et le 3 septembre 2019. Une imagerie par résonance magnétique (IRM), réalisée le 24 janvier 2019, a mis en évidence un lambeau graisseux sur la face postérieure de la cheville droite, étendu sur environ 12 cm. Un électromyogramme du 8 juillet 2019 a montré une atteinte sensitive modérée probablement séquellaire des nerfs sural et péroniers droits. Une IRM de la jambe droite, réalisée le 10 septembre 2019, a révélé un comblement de l'ancienne zone de rupture par des remaniements fibreux en profondeur du lambeau graisseux. M. A présente des séquelles consécutives à l'infection nosocomiale et ses complications, contractées après l'opération du 14 mars 2018, telles qu'une boiterie droite à la marche, une marche sur la pointe des pieds impossible, un appui unipodale impossible à droite, une absence de flexion dorsale de la cheville droite, une diminution de moitié des autres mouvements de la cheville droite.
2. Par requête enregistrée le 14 mai 2019, M. A a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille à fin de voir ordonner une expertise médicale. Celle-ci a été ordonnée le 24 juillet 2019, désignant le Dr E en tant qu'expert. Ce dernier a remis son rapport le 15 octobre 2020.
3. Par la requête n° 2105650, M. A demande au tribunal de condamner solidairement le CHRU de Lille et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme globale de 396 286,30 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de sa prise en charge par l'établissement de santé. Par la requête enregistrée sous le n° 2109469, la CPAM de Lille-Douai demande au tribunal de condamner solidairement le CHRU de Lille et la SHAM à lui verser les indemnités journalières d'un montant de 17 203,92 euros, qu'elle a servies pour son assuré.
Sur la jonction :
4. Les instances nos 2105650 et 2109469 sont relatives à un même dommage et présentent à juger de questions semblables, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur la responsabilité sans faute du CHRU de Lille et la mise hors de cause de l'ONIAM :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'incapacité permanente supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à la suite de l'intervention chirurgicale subie le 14 mars 2018 au sein du CHRU de Lille, M. A, qui ne présentait pas de pathologie infectieuse avant sa prise en charge, a développé dès le 3 avril 2018, au niveau de la cicatrice une infection, avec présence de sang sur le plâtre due à une désunion de la cicatrice, confirmée le 9 avril 2018 et nécessitant une reprise chirurgicale le 11 avril 2018 au cours de laquelle aucun prélèvement bactériologique n'a été effectué. Un écoulement séreux et sanguin a également été constaté dès le 20 avril 2018, nécessitant une nouvelle reprise chirurgicale le 26 avril suivant, d'une collection sous-jacente à la cicatrice avec un caractère inflammatoire qui s'était accentué. A cette occasion, les prélèvements biologiques et osseux peropératoires avaient mis en évidence la présence de deux germes, un staphylocoque aureus et un enterobacter cloacae. Eu égard à la localisation des germes au niveau de la zone opératoire, à la date d'apparition des premiers signes inflammatoires dès le 3 avril 2018, cette infection, qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge de M. A doit être regardée comme étant survenue au décours de l'intervention chirurgicale du 14 mars 2018 au CHRU de Lille et, en l'absence de cause étrangère démontrée par l'établissement de santé, comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, ce que l'établissement de santé ne conteste pas. Il s'ensuit que le CHRU de Lille doit être condamné à réparer les conséquences dommageables qui sont directement imputables à cette infection nosocomiale, lesquelles, compte tenu du taux de déficit fonctionnel permanent imputable à l'infection, ne relèvent pas de celles ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées ci-dessus. Il y a lieu également, par suite et ainsi qu'il le demande, de mettre l'ONIAM hors de cause dans la présente instance.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. / () ". Les infections nosocomiales constituant un risque général à toute prise en charge hospitalière, il ne saurait être mis à la charge des établissements de santé une obligation d'information sur la survenue de ce risque, y compris dans l'hypothèse où il serait médicalement connu que ce risque est accru pour le traitement envisagé. Par suite, il n'y a pas lieu de retenir un manquement au devoir d'information prévu par les dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique précitées à l'origine d'un préjudice d'impréparation.
Sur l'étendue de la réparation :
8. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport de l'expert désigné par le juge des référés que M. A a subi cinq interventions chirurgicales à la suite de l'opération du 14 mars 2018, au décours de laquelle il a contracté une infection nosocomiale. Les reprises chirurgicales des 11 avril 2018, 26 avril 2018, 11 mai 2018, ainsi que l'opération du 25 mai 2018 de réalisation d'un lambeau de cuisse gauche pour couverture de la face dorsale de la cheville droite et de lavage de cicatrice postopératoire au niveau du tendon d'Achille droit, et celle du 30 mai 2018 de reprise du lambeau n'auraient pas été nécessaires en l'absence de la survenue de l'infection nosocomiale dont le diagnostic et la prise en charge ont été au demeurant tardifs ainsi qu'il a été dit au point précédent. Ainsi, l'ensemble de ces opérations doivent être regardées comme en lien direct avec l'infection contractée. Dans ces conditions, et contrairement aux dires de l'établissement de soins, la réparation de l'intégralité des dommages subis par M. A en lien avec l'infection nosocomiale et ses complications incombe au CHRU de Lille.
Sur l'évaluation des préjudices :
9. Eu égard aux conclusions expertales et en l'absence de contestation sur ce point, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 10 juillet 2019.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :
10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que pour la période allant du 3 avril 2018 au 8 avril 2018, soit 6 jours, du 15 avril 2018 au 25 avril 2018, soit 11 jours, puis du 19 mai 2018 au 24 mai 2018, soit 7 jours, puis du 6 juin 2018 au 23 juillet 2018, soit 48 jours, l'état de santé de M. A a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de 2 heures par jour. Pour la période du 24 juillet 2018 au 22 octobre 2018, soit 91 jours, son état de santé a requis une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de 4 heures par semaine, soit 0,57 heure par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Les sommes exposées durant ces périodes doivent être évaluées à un montant total de 3 316,37 euros (15 x 412/365 x 2 x (6 + 11 + 7 + 48) + 15 x 412/365 x 0,57 x 91). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à cette somme qui sera mise à la charge du CHRU de Lille et de la SHAM, solidairement.
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
11. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime a été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle. Si la victime est en chômage à la date de l'accident médical, il appartient au juge de rechercher si l'intéressé possédait une chance sérieuse de reprendre une activité rémunérée et de percevoir, à l'avenir, les revenus correspondants.
12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A était en reconversion professionnelle lors de la rupture de son tendon d'Achille, survenue le 11 mars 2018, ayant signé une rupture conventionnelle, le 9 janvier 2018, avec son employeur la société Décathlon, prenant effet le 2 avril 2018. Il résulte ainsi de l'instruction, notamment du relevé des indemnités journalières, que l'intéressé a bénéficié d'indemnités journalières liées à un arrêt pour maladie du 16 mars 2018, après le délai de carence de trois jours, au 10 juillet 2019. Si le centre hospitalier fait valoir, sans commencement de preuve, que l'intéressé a bénéficié d'indemnités de chômage, le principe du maintien des prestations en espèce de l'assurance maladie, posé par l'article L. 311-5 du code de la sécurité sociale, pendant la période au cours de laquelle un salarié a droit à l'assurance chômage, justifie de ce que M. A n'a perçu, au cours de la période précitée, que des indemnités journalières de l'assurance maladie. Cette situation de droits à l'assurance chômage, ainsi que la recherche active d'un nouvel emploi, M. A exposant avoir suivi une formation en " management de l'équipe et de l'excellence " auprès de Human Progress Center et avoir obtenu son diplôme le 3 juillet 2018, justifient de ce que M. A avait une chance sérieuse de reprendre une activité rémunérée. S'il résulte de l'instruction que M. A percevait, antérieurement à l'accident médical, pour l'année 2017, des revenus salariaux de 35 595 euros par an, il soutient lui-même que sans complication, il aurait concrétisé son projet professionnel à compter du 1er septembre 2018, et aurait eu 95% de chance de percevoir un revenu à compter de cette date, d'un montant de 2 130 euros mensuels nets. Ce dernier montant, compte tenu du souhait de reconversion professionnelle de l'intéressé, doit être pris en compte. Il y a donc lieu, pour statuer sur les conclusions de M. A tendant à la réparation de ses préjudices professionnels et sur celles de la CPAM de Lille-Douai tendant au remboursement des indemnités journalières, d'évaluer chacun de ces postes de préjudice, sans tenir compte à ce stade du fait qu'ils ont donné lieu à des indemnités journalières, et de mettre à la charge du centre hospitalier défendeur, dont l'entière responsabilité est engagée, le versement à M. A, le cas échéant, de la part de ces postes qui n'avait pas été réparée par ces prestations et le versement à la caisse du surplus de chaque poste, s'il existe.
13. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que sans complication, la cicatrisation du tendon d'Achille aurait nécessité 6 semaines et qu'une rééducation de 6 mois en moyenne aurait été requise. Sans l'infection nosocomiale et sans complication, M. A aurait été ainsi immobilisé du 14 mars 2018, jour de la première opération, au 25 avril 2018, puis aurait dû entreprendre une rééducation du 26 avril 2018 jusqu'au 25 octobre 2018, sans qu'il soit certain qu'il n'aurait pu reprendre une activité professionnelle avant cette date, l'expert soulignant que l'évolution de la rupture du tendon d'Achille est longue, même sans complication. Ainsi, l'infection litigieuse et ses complications a retardé de 258 jours l'intervention de la consolidation, intervenue selon l'expert le 10 juillet 2019. Il y a lieu de considérer que la victime n'aurait pas pu reprendre d'activité professionnelle avant le 26 octobre 2018, date à laquelle la consolidation aurait été située si l'infection n'était pas intervenue. M. A justifie, ainsi qu'il a été dit, qu'il aurait pu percevoir un revenu mensuel moyen de 2 130 euros soit 71 euros par jour. Entre le 26 octobre 2018 et le 10 juillet 2019, il aurait dû percevoir la somme de 18 318 euros (71 x 258). Par ailleurs, M. A a perçu, une indemnité spécifique de rupture conventionnelle d'un montant de 5 864,28 euros. Il s'ensuit que le requérant a subi une perte brute de gains professionnels d'un montant de 12 453,72 euros (18 318 - 5 864,28). Sur la base indemnitaire quotidienne de 44,34 euros retenue par la CPAM dans sa notification définitive, ses prestations sur ce point en lien avec l'infection litigieuse doivent être évaluées à hauteur de 11 439,72 euros (44,34 x 258). Par conséquent, M. A a subi une perte nette de gains professionnels qui s'élève à la somme de 1 014 euros (12 453,72 - 11 439,72), somme devant être mise à la charge du centre hospitalier régional universitaire défendeur. Eu égard au principe de priorité à la victime, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai est fondée à solliciter la condamnation du centre hospitalier régional universitaire de Lille à hauteur d'une somme de 11 439,72 euros (12 453,72 - 1 014) au titre des indemnités journalières.
S'agissant des frais divers :
14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que l'expert a considéré que les quatre séances de psychothérapie suivies par M. A étaient imputables à l'intervention du 14 mars 2018 et ses complications. Dès lors, et sur la base des factures produites par le requérant, datées des 19 décembre 2019, 21 janvier 2020, 12 février 2020 et 6 mars 2020, il sera fait une exacte évaluation de ce préjudice en fixant son indemnisation à la somme de 235 euros, que le CHRU et la SHAM devront verser au requérant.
15. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14, M. A était déjà en reconversion professionnelle de " préparateur sportif " ou " coach mental pour les sportifs de haut niveau " avant la prise en charge litigieuse. Si M. A soutient qu'il a dû réaliser un bilan de compétences, d'un montant de 1 680 euros, postérieurement au 14 mars 2018, en raison de l'impossibilité de concrétiser le projet de reconversion professionnel déjà entamé, il n'établit pas que ce bilan de compétence ne s'inscrivait pas dans le cadre de la reconversion professionnelle déjà engagée à la date de l'accident médical. Par suite, en l'absence d'imputabilité de ces dépenses au fait générateur du dommage, le requérant n'est pas fondé, en dépit de l'opinion, non circonstanciée, de l'expert sur ce point, à demander le remboursement de la somme qu'il a engagée pour la réalisation d'un bilan de compétences.
16. En troisième lieu, le requérant établit avoir exposé des frais de recours à un ergothérapeute, d'un montant de 450 euros, pour la réalisation d'une " évaluation situationnelle à domicile " de ses " besoins en aménagement du logement " et " en aides techniques ", en lien direct avec l'infection nosocomiale et ses complications survenues là l'occasion de sa prise en charge du 14 mars 2018 par le CHRU de Lille. Sur la base de la facture produite, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 450 euros, qui sera mise à la charge de l'établissement de soins et de son assureur, solidairement.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
S'agissant des dépenses de santé futures :
17. Si le requérant soutient devoir porter une chaussette de contention au pied droit, il ne résulte pas de l'instruction que cette dépense, qui n'est pas retenue par l'expert dans son rapport, soit rendue nécessaire par l'infection et ses complications. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.
S'agissant des frais d'équipements sportifs :
18. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, et des attestations produites par le requérant, que ce dernier pratiquait de façon régulière et intensive plusieurs sports, avant sa prise en charge litigieuse par le CHRU de Lille et ses complications. Cependant, M. A n'établit poursuivre que la seule pratique du basket-ball, en handi-sport, par la production de l'attestation de la Fédération française de handi-sport de sa licence au sein du club de basket-ball Lille UC pour la saison 2018-2019 et de l'attestation de sa classification, par la Fédération française de handi-sport au basket-ball, en tant que joueur au club Lille UC. Il convient de fixer le coût d'un fauteuil roulant adapté à l'exercice de ce sport à la somme de 4 000 euros. Pour évaluer le montant des frais futurs demandés par M. A pour l'achat et le renouvellement d'un tel équipement, il sera fait une juste appréciation de la possibilité pour M. A d'une pratique intensive du basket en handi-sport en évaluant une durée de 25 ans, soit une somme de 20 000 euros que devront verser le CHRU de Lille et la SHAM, solidairement.
S'agissant des frais de logement adapté :
19. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que l'état consolidé de M. A requiert une douche à l'italienne et une double rampe d'escalier. Le requérant produit à cette fin, pour l'ensemble de ces travaux un devis daté du 29 janvier 2020 pour un montant de 4 385,95 euros. Le préjudice subi par M. A doit être évalué à hauteur de cette somme de 4 385,95 euros, et non de la somme de 4 835,95 euros, qui procède d'une inversion de chiffres, qui sera mise à la charge du CHRU de Lille et de la SHAM.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
20. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que l'état de santé consolidé du requérant, qui présente une diminution de mobilité de la cheville droite et ne peut conduire sur de longs trajets, justifie l'acquisition d'un véhicule adapté d'une boîte de vitesse automatique avec inversion des pédales. M. A, propriétaire d'un véhicule équipé d'une boîte de vitesse manuelle, justifie que la pose d'une boîte de vitesse automatique sur son véhicule actuel n'est pas possible. Par ailleurs, le requérant justifie, d'une part, d'un coût d'achat d'un véhicule d'occasion similaire au sien, muni d'une boîte de vitesse automatique, d'un montant de 15 290 euros, d'autre part, d'une reprise de son véhicule au prix de 8 000 euros maximum. Le surcoût d'achat d'un véhicule adapté doit être évalué à hauteur de 7 290 euros (15 290 - 8 000). En outre, le requérant produit un devis du 5 janvier 2021 d'un montant de 1 703,29 euros pour l'installation d'une pédale d'accélérateur au pied gauche commutable. Les frais de véhicule adapté doivent, dès lors, être évalués, pour le premier équipement, à hauteur de 8 993,29 euros (7 290 + 1 703,29). Pour évaluer le montant des frais futurs demandés par M. A pour le renouvellement de ces équipements, pour lesquels il n'y a pas lieu de retenir systématiquement l'acquisition d'un véhicule adapté au lieu de l'adaptation d'un véhicule existant, il sera fait une juste appréciation du coût de l'adaptation en la fixant à 2 100 euros à chaque renouvellement. Il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais en retenant le point de rente viagère correspondant à l'âge de l'intéressé à la date du jugement. En tenant compte d'un renouvellement moyen de son véhicule tous les sept ans dont se prévaut le requérant sans être contredit en défense et, celui-ci étant âgé de 35 ans à la date du présent jugement, du taux de l'euro de rente viagère fixé à 45,150 par le barème de capitalisation 2022 de la gazette du Palais (taux d'intérêt égal à 0 %), il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'adaptation du véhicule de M. A en les fixant à 22 538,29 euros (8 993,29 + (2 100/ 7 x 45,150)), qui seront mis à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM.
S'agissant de l'assistance par tierce personne permanente :
21. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport de l'expert, que l'état de santé consolidé de M. A ne nécessite aucune assistance par une tierce personne. En outre, M. A n'établit pas la nécessité d'une telle aide. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être accueilli.
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle :
22. Il résulte du rapport d'expertise, qui conclut à la possibilité d'une reprise " du travail d'ingénieur à temps plein après visite auprès du médecin du travail ", que l'accident médical, après la date de consolidation, ne faisait plus obstacle à la reprise d'une activité professionnelle qui doit être regardée comme toute activité sédentaire pour laquelle M. A serait qualifiée. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que la perte de gains professionnels subie par M. A, dont il est constant qu'il a été embauché, en qualité de chef de projet au sein de la société Décathlon en contrat à durée indéterminée à compter du 16 août 2021, soit imputable aux séquelles de l'infection nosocomiale en cause. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.
23. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. A avait pour projet professionnel de devenir coach pour les sportifs de haut niveau. Eu égard aux séquelles qu'il présente, résultant de la complication infectieuse qu'il a subie, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
24. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que M. A a présenté un déficit fonctionnel temporaire total, en lien avec les complications infectieuses, du 9 au 14 avril 2018, du 26 avril 2018 au 18 mai 2018, du 19 au 24 mai 2018 et du 25 mai 2018 au 5 juin 2018, d'autre part, un déficit fonctionnel temporaire de 75% du 15 au 25 avril 2018 et du 6 juin 2018 au 23 juillet 2018, de 50% du 24 juillet 2018 au 22 octobre 2018, de 25% du 23 octobre 2018 au 2 avril 2019 et de 10% du 3 avril 2019 au 9 juillet 2019.
25. Il résulte cependant également de l'instruction, c'est-à-dire des conclusions de l'expertise, que M. A aurait subi, même sans complication, une période de cicatrisation de six semaines et de rééducation de six mois, dont il sera faite une juste appréciation en les qualifiant de déficit fonctionnel temporaire partiel de respectivement 25% et 10%, soit une somme de 435 euros (15 x (42 x 0,25 + 185 x 0,1)), imputable au traumatisme initial et qu'il convient de déduire de l'évaluation du déficit fonctionnel temporaire constaté.
26. Dès lors, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme de 2 370,75 euros (15 x (47 + 59 x 0,75 + 91 x 0,50 + 162 x 0,25 + 98 x 0,10) - 435), qui sera versée par le CHRU de Lille et la SHAM, solidairement.
S'agissant des souffrances endurées :
27. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, évaluées par l'expert à 4 sur une échelle de 7, selon le barème de l'ONIAM, à la somme de 8 281 euros qui sera versée par le CHRU de Lille et la SHAM, solidairement.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
28. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, compte tenu de la grave altération subi avant la consolidation et de sa durée, en dépit de la circonstance que la cotation, par l'expert à 3 sur une échelle de 7, ne s'applique pas à un préjudice temporaire, en le fixant à la somme de 3 000 euros qui sera versée par le CHRU de Lille et la SHAM, solidairement.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
29. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise que M. A présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 7 % en lien direct avec les complications infectieuses qu'il a subies, consistant en une diminution de la mobilité de la cheville droite et des douleurs résiduelles. L'intéressé était âgé de 30 ans à la date de consolidation de son état de santé le 10 juillet 2019. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par M. A, en évaluant son préjudice à la somme de 9 400 euros qui sera mise à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM.
S'agissant du préjudice d'agrément :
30. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, des nombreuses attestations produites par le requérant, que ce dernier pratiquait de façon régulière et intensive, plusieurs activités sportives, notamment le football, en tant que licencié du club AS Marcq. Les séquelles que le requérant a conservées, imputables aux complications de l'infection nosocomiale, l'empêchent d'exercer les sports, antérieurement pratiqués, en tant que valide, à l'exception de la natation. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros qui seront versés par le CHRU de Lille et la SHAM, solidairement.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
31. Le préjudice esthétique permanent a été estimé par l'expert désigné par le juge des référés à 1 sur une échelle de 7. Compte tenu de l'âge du requérant, qui présente un lambeau cutané de 14 cm sur 6 cm ovalaire, blanchâtre à la face postérieure de la cheville droite, une cicatrice de 5 cm, rougeâtre, indolore prolongeant la partie supérieure du lambeau précédemment décrit et une cicatrice arciforme de 25 cm sur 0,5 cm, rosée, indolore, non indurée à la face antérieure de la cuisse gauche, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 1 098 euros, qui sera mise à la charge, solidairement, du CHRU de Lille et de la SHAM.
32. Il résulte de tout ce qui précède que le CHRU de Lille et la SHAM doivent être solidairement condamnés à verser à M. A la somme totale de 90 089,36 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 11 439,72 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
33. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
34. La caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai demande que la somme qui lui est allouée soit assortie des intérêts au taux légal. La CPAM de Lille-Douai a droit à ce que la somme de 11 439,72 euros soit assortie des intérêts à compter du 23 août 2021, telle que demandée par la caisse.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
35. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Lorsque, par application de cet article, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2021. ".
36. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge solidairement du CHRU de Lille et de la SHAM, le versement de la somme de 1 162 euros à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.
En ce qui concerne les dépens :
37. En l'absence de dépens engagés dans la présente instance, les conclusions formées à ce titre par l'ONIAM doivent être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
38. Il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHRU de Lille et de la SHAM la somme, justifiée par la production de factures, de 3 101,98 (750 + 1 055,98 + 1 296) euros à verser au requérant ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser à M. A une somme de 90 089,36 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai une somme de 11 439,72 euros, assortie des intérêts à compter du 23 août 2021.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement à M. A une somme de 3 101,98 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai et à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée au docteur E, expert et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2105650, 2109469
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026