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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106084

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106084

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, sous le n° 2106084, la société civile professionnelle (SCP) Alpha Mandataires judiciaires, représenté par Me Malfaisan, liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Themagroup, et M. B E, représentés par Me Delobel-Briche, demandent au tribunal,

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 11 juin 2021 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé à son encontre les sanctions de non-paiement des actions pour lesquelles elle n'est pas habilitée, de recouvrement de la somme totale de 273 860,66 euros déjà versée au titre des actions de formation en cause ;

2°) d'enjoindre à la CDC de payer à la SCP Alpha Mandataires judiciaires les actions de formation qu'elle a dispensées pour un montant de 742 580,65 euros sous déduction de la somme de 273 860,66 euros déjà perçue, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, somme assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation " à compter de la date d'exigibilité des paiements " ;

3°) de mettre à la charge de la CDC la somme de 3 500 euros, à verser à la SCP Alpha Mandataires judiciaires, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne les griefs relatifs aux pratiques commerciales et au démarchage :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, les manquements n'étant pas établis et n'étant pas imputables à la société Themagroup dès lors qu'elle a fait appel à un prestataire ;

En ce qui concerne le grief relatif aux récurrences de coordonnées entre différents stagiaires de formation :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, les manquements n'étant pas établis et n'étant pas imputables à la société Themagroup dès lors qu'elle a fait appel à un prestataire ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune des conditions particulières d'utilisation de la plateforme " moncompteformation.gouv.fr " n'a été méconnue et qu'aucune sanction n'est prévue.

En ce qui concerne les griefs relatifs au défaut d'autorisations :

- la décision attaquée est entachée d'erreurs d'appréciation et la société Themagroup justifie de l'ensemble des éléments lui permettant de dispenser les actions de formation en cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, sous le n° 2106140, la SCP Alpha Mandataires judiciaires, représenté par Me Malfaisan, liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Themagroup, et M. B E, représentés par Me Delobel-Briche, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 11 juin 2021 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé à son encontre les sanctions de déréférencement pour une durée de six mois à compter de la notification de cette décision, de non-paiement des actions pour lesquelles elle n'est pas habilitée, de recouvrement de la somme totale de 273 860,66 euros déjà versée au titre des actions de formation en cause ;

2°) d'enjoindre à la CDC de réexaminer la situation de la société Themagroup ;

3°) d'enjoindre à la CDC de payer à la SCP Alpha Mandataires judiciaires les actions de formation qu'elle a dispensées pour un montant de 742 580,65 euros sous déduction de la somme de 273 860,66 euros déjà perçue, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, somme assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation " à compter de la date d'exigibilité des paiements " ;

4°) de mettre à la charge de la CDC la somme de 3 500 euros, à verser à la SCP Alpha Mandataires judiciaires, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

- elle est illégale pour les mêmes moyens que ceux soulevés dans la requête n° 2106084.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Vu les autres pièces de ces dossiers.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- les observations de Me Guena, représentant la CDC.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Themagroup est un organisme de formation professionnelle, dont l'activité est déclarée en application de l'article L. 6351-1 du code du travail et qui dispense, par l'intermédiaire de la plateforme " moncompteformation.gouv.fr ", des actions concourant au développement des compétences au sens de l'article L. 6313-1 du même code. Par courrier du 25 novembre 2020, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), gestionnaire pour le compte de l'Etat du " Compte Personnel Formation " sur la plateforme précitée, a adressé un avertissement à la société Themagroup à la suite de signalements d'utilisateurs quant à ses techniques commerciales de vente et de démarchage et l'a informée de ce que, dans l'hypothèse de nouveaux signalements, le caractère systématique de telles pratiques serait établi et que la société ferait l'objet d'une procédure de contrôle pouvant aboutir à une décision de déréférencement de la plateforme et à un signalement aux autorités compétentes. Par courrier du 7 avril 2021, la CDC a informé la société Themagroup, d'une part, que plusieurs manquements aux conditions générales d'utilisation de la plateforme avaient été relevés, d'autre part, que la CDC avait de nouveau reçu plusieurs signalements d'utilisateurs quant à ses techniques commerciales de vente et de démarchage. La CDC informait la société de ce qu'elle allait procéder à un contrôle et l'a invitée à produire un certain nombre de justificatifs relatifs aux différentes actions de formation qu'elle proposait. Il était également précisé à l'organisme de formation qu'à titre conservatoire, tous les paiements pour les formations en cours ou effectuées étaient bloqués et qu'elle excluait le référencement de la société de la plateforme " Mon Compte Formation ". La société Themagroup était également invitée à présenter ses observations, dans le délai d'un mois, ce qu'elle a fait, par courrier du 28 avril 2021. Par une décision du 11 juin 2021, la CDC a prononcé à l'encontre de la société Themagroup les sanctions de déréférencement pour une durée de six mois à compter de la notification de cette décision, de non-paiement des actions pour lesquelles elle n'est pas habilitée, de recouvrement de la somme totale de 273 860,66 euros déjà versée au titre des actions de formation en cause. Par les requêtes nos 2106084 et 216140, qu'il y a lieu de joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un unique jugement, la société Themagroup demande au tribunal l'annulation de la décision de la CDC du 11 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

2. Par un décret 8 décembre 2017 portant nomination du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, publié au Journal officiel de la République française n° 0287 du 9 décembre 2017, le président de la République a nommé M. A G, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations. Par un arrêté du 7 février 2020, régulièrement publié le 10 février 2020 sur le site internet de la Caisse des dépôts et consignations, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a donné à M. F C, directeur du service de la formation professionnelle, à l'effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions du service de la formation professionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en cause aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

S'agissant du cadre du litige :

3. Aux termes de l'article L. 6111-1 du code du travail : " La formation professionnelle tout au long de la vie constitue une obligation nationale. Elle vise à permettre à chaque personne, indépendamment de son statut, d'acquérir et d'actualiser des connaissances et des compétences favorisant son évolution professionnelle, ainsi que de progresser d'au moins un niveau de qualification au cours de sa vie professionnelle. Elle constitue un élément déterminant de sécurisation des parcours professionnels et de la promotion des salariés. / () / Elle comporte une formation initiale, comprenant notamment l'apprentissage, et des formations ultérieures, qui constituent la formation professionnelle continue, destinées aux adultes et aux jeunes déjà engagés dans la vie active ou qui s'y engagent. / () / Afin de favoriser son accès à la formation professionnelle tout au long de la vie, chaque personne dispose dès son entrée sur le marché du travail et jusqu'à la retraite, indépendamment de son statut, d'un compte personnel de formation qui contribue à l'acquisition d'un premier niveau de qualification ou au développement de ses compétences et de ses qualifications en lui permettant, à son initiative, de bénéficier de formations. ". Aux termes de l'article L. 6111-7 du même code : " Les informations relatives à l'offre de formation, définies par un arrêté du ministre chargé de la formation professionnelle, sont collectées au sein d'un système d'information national géré par la Caisse des dépôts et consignations, dont les conditions de mise en œuvre sont précisées par décret. / Ce système est alimenté par : / 1° Les organismes mentionnés à l'article L. 6316-1 ; / 2° Les prestataires d'actions mentionnés à l'article L. 6351-1. / () / Ce système d'information identifie les formations éligibles au compte personnel de formation mentionnées à l'article L. 6323-6. Ce système d'information national est publié en ligne, dans un standard ouvert aisément réutilisable. ". L'article L. 6323-9 du même code dispose : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1. ". Le livre III de la partie réglementaire du code du travail, intitulé " la formation professionnelle ", de la sixième partie de ce code, " la formation professionnelle tout au long de la vie " comporte un chapitre III désigné " compte personnel de formation " lequel comporte lui-même une section IV relative aux " obligations contractuelles des organismes de formation et des titulaires du compte personnel de formation ". Au sein de cette section, l'article R. 6333-5 dispose que : " La Caisse des dépôts et consignations définit dans les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionnées à l'article L. 6323-9, les engagements souscrits par les titulaires du compte personnel de formation et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 " et l'article R. 6333-6, dans sa version applicable à la date de la décision contestée, énonce que : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer les sanctions litigieuses par la décision du 11 juin 2021, la CDC a considéré que la société Themagroup, en tant qu'organisme de formation détenant un numéro de déclaration d'activité attribué par les pouvoirs publics et dispensant des prestations de formation professionnelle continue, avait manqué à ses engagements souscrits résultant des conditions générales d'utilisation du service dématérialisé mentionnées à l'article L. 6323-9 du code du travail cité au point précédent. En particulier, la CDC a relevé que l'établissement de la société Themagroup disposant du n° SIRET 3892304300015 était fermé depuis le 4 mai 2020 sans avoir porté ce changement de situation à la connaissance du service de contrôle de la formation professionnelle, en méconnaissance de l'article R. 6358-1 du code du travail, que la société formatrice était à l'origine de pratiques commerciales et de démarchage illégales ayant fait l'objet de signalement d'usagers entre avril 2020 et novembre 2020, qu'elle avait utilisé deux adresses électroniques partagées par plusieurs stagiaires de la formation professionnelle et qu'elle ne disposait pas des autorisations lui permettant de dispenser quinze formations à visée de certification professionnelle. Les requérants ne contestent que certains des manquements ainsi relevés et examinés aux points suivants.

S'agissant du grief relatif aux pratiques commerciales et de démarchage :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code de la consommation : " Les pratiques commerciales déloyales sont interdites. / Une pratique commerciale est déloyale lorsqu'elle est contraire aux exigences de la diligence professionnelle et qu'elle altère ou est susceptible d'altérer de manière substantielle le comportement économique du consommateur normalement informé et raisonnablement attentif et avisé, à l'égard d'un bien ou d'un service. / () / Constituent, en particulier, des pratiques commerciales déloyales les pratiques commerciales trompeuses définies aux articles L. 121-2 à L. 121-4 et les pratiques commerciales agressives définies aux articles L. 121-6 et L. 121-7. ". D'autre part, aux termes de l'article 3.1. des conditions générales d'utilisation applicables aux organismes de formation et édictées par la CDC en application de l'article R. 6333-5 du code du travail, dans sa version du 4 juin 2021 applicable à la date d'édiction de la décision attaquée : " () / Les Organismes de formation s'engagent en outre à ne pas mettre en œuvre de pratiques commerciales déloyales ou illicites ". L'article 12.1. Règles de bonne conduite, de ces conditions générales d'utilisation prévoit que : " Dans le cadre de l'utilisation de la Plateforme, les Utilisateurs s'engagent à respecter les règles de bonne conduite exposées ci-après : / ()/ - ne pas faire d'usage de la Plateforme qui soit de nature à porter préjudice à l'Etat, aux droits de la CDC, d'un Utilisateur, d'un Titulaire de Compte, d'un Financeur ou d'un Organisme de formation référencé ; / () Enfin, aux termes de l'article 4.1 des conditions particulières d'utilisation : " Si l'organisme de formation commet des manquements, il encourra les sanctions suivantes étant précisé que la liste des manquements ci-après n'a pas de caractère exhaustif. Les sanctions () sont appliquées de manière proportionnée à la nature du manquement et pourront être appliquées de façon unitaire ou cumulative sans préjudice de poursuites pénales ou civiles ". L'article précité prévoit ainsi que le manquement aux obligations légales est susceptible de donner lieu, notamment, au déférencement temporaire de l'organisme de formation et au non-paiement des factures portant sur des formations dispensées par un organisme non habilité. Selon ce même article, constituent des manquements d'une particulière gravité susceptibles d'être sanctionnés, notamment, par le déférencement temporaire de l'Espace professionnel, la demande de remboursement de sommes indues ou le non-paiement de factures portant sur des formations dispensées par un organisme non habilité, l'usurpation d'identité et la déclaration frauduleuse.

6. Les requérants se bornent à soutenir que les manquements ne sont pas établis, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la CDC a reçu, entre avril 2020 et novembre 2020, des signalements d'usagers du service dématérialisé Mon Compte Formation faisant état d'appels non sollicités aux utilisateurs, d'usurpation de l'identité d'organismes publics, du recueil d'informations confidentielles (numéro de sécurité sociale), de vente forcée de prestations et de déclarations anticipées d'entrée en formation. En outre, la circonstance que la société Themagroup ait fait appel à un prestataire sous-traitant pour, notamment, la prospection téléphonique et les propositions des formations Themagroup, est sans incidence sur l'obligation qui incombe à cette dernière, de respecter les engagements qu'elle a souscrits et figurant dans les conditions générales et particulières d'utilisation du service dématérialisé, conformément à l'article L. 6323-9 du code du travail cité au point 3. Les requérants ne peuvent donc pas utilement se prévaloir de ce que les différents manquements qui lui sont reprochés auraient été commis par la société à laquelle une partie de l'activité de la société Themagroup était sous-traitée. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les manquements relevés ne sont pas établis et que la CDC a commis une erreur d'appréciation.

S'agissant du grief relatif aux récurrences de coordonnées entre différents stagiaires :

7. Aux termes de l'article 3.3 des conditions particulières d'utilisation dans leur version applicable à la date de la décision en litige : " Il est rappelé que les organismes de formation ne peuvent pas se substituer à un titulaire pour l'activation de son compte sur la plateforme Mon Compte Formation ni agir en son nom via son espace personnel (inscription en formation, déclaration de sortie de formation). Si un organisme de formation est sollicité à ces fins par un titulaire de compte, il appartient à l'organisme de formation d'informer le titulaire qu'un guide de connexion est disponible sur la plateforme et qu'une assistance technique peut l'accompagner par téléphone dans ses démarches ". L'article 4.1 des conditions particulières d'utilisation du service dématérialisé Mon Compte Formation prévoit que constituent des manquements d'une particulière gravité susceptibles d'être sanctionnés, notamment, par le déférencement temporaire de l'Espace professionnel, la demande de remboursement de sommes indues ou le non-paiement de factures portant sur des formations dispensées par un organisme non habilité, la substitution à un titulaire de compte pour l'activation et l'utilisation de son compte.

8. Il ressort des pièces du dossier que la CDC a constaté que la société Themagroup avait utilisé, notamment, l'adresse électronique " moncompteformation2020@gmail.com " partagée par huit stagiaires ayant effectué une ou plusieurs formations dispensées par la société requérante. Les requérants soutiennent que l'adresse électronique précitée a été utilisée afin d'accompagner des titulaires dans la création de leur compte CPF. La société Themagroup ne pouvait donc pas se prévaloir de la circonstance que ni elle ni la société prestataire avec laquelle elle collaborait, ne pouvaient créer de comptes de formation à la place des utilisateurs, comme elle le soutient. Dès lors, les requérants ne contestent pas sérieusement la matérialité du manquement reproché aux termes de l'article 3.3 des conditions générales d'utilisation de la plateforme cités au point précédent, la circonstance que l'adresse ait été utilisée par des prestataires commerciaux sous-traitants n'étant pas de nature à exonérer la société Themagroup, en sa qualité d'organisme de formation, du respect des engagements qu'elle a souscrits en application de l'article L. 6323-9 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

S'agissant des griefs relatifs au défaut d'autorisations :

9. Aux termes de l'article L. 6323-6 du code du travail dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I.- Sont éligibles au compte personnel de formation les actions de formation sanctionnées par les certifications professionnelles enregistrées au répertoire national prévu à l'article L. 6113-1, () et celles sanctionnées par les certifications et habilitations enregistrées dans le répertoire spécifique mentionné à l'article L. 6113-6 comprenant notamment la certification relative au socle de connaissances et de compétences professionnelles. / () ". Le répertoire national prévu par l'article L. 6113-6 du code du travail est le répertoire national des certifications professionnelles, établi et actualisé par l'institution nationale dénommée France compétences mentionnée à l'article L. 6123-5 du même code. Les certifications professionnelles qui y sont enregistrées permettent une validation des compétences et des connaissances acquises nécessaires à l'exercice d'activités professionnelles. Le répertoire visé par l'article L. 6113-6 du même code est le répertoire spécifique, établi par France compétences, recensant les certifications et habilitations correspondant à des compétences professionnelles complémentaires aux certifications professionnelles. En outre, aux termes de l'article 3.1. des conditions générales d'utilisation applicables aux organismes de formation et édictées par la CDC en application de l'article R. 6333-5 du code du travail, dans sa version du 4 juin 2021 applicable à la date d'édiction de la décision attaquée : " Lorsqu'ils proposent une formation sur la Plateforme, les Organismes de formation référencés attestent remplir les conditions suivantes : / () ; / (3) disposer des autorisations nécessaires du porteur de la certification lorsqu'ils proposent une action menant à une certification enregistrée au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) et au Répertoire Spécifique (RS) ; / (4) - avant le 1er janvier 2022, soit posséder une certification ou un label reconnu par le CNEFOP ou être certifié QUALIOPI, soit être enregistré sur l'Outil Datadock du GIE D2OF avec le statut référençable ; / () ". Selon L'article 4.1 des conditions particulières d'utilisation du service dématérialisé Mon Compte Formation, constituent des manquements d'une particulière gravité susceptibles d'être sanctionnés, notamment, par le déférencement temporaire de l'Espace professionnel, la demande de remboursement de sommes indues ou le non-paiement de factures portant sur des formations dispensées par un organisme non habilité, l'absence ou le défaut d'habilitation de l'organisme à dispenser al formation.

Quant aux formations aux certifications Adobe InDesign, Adobe Photoshop et Autodesk AutoCAD :

10. Il ressort des pièces du dossier que les trois formations en cause figurent au répertoire spécifique établi par France Compétences sous les codes RS 1545, RS 1549, RS 1224 et nécessitent, pour être dispensées, la détention d'une habilitation. Il n'est pas contesté que ces formations figurent au catalogue proposé par la société Themagroup alors que celle-ci ne détient pas les autorisations nécessaires à leur dispense. La circonstance que les requérants aient conclu un contrat de partenariat avec un éditeur d'applications bureautiques dénommé ENI est sans incidence sur la matérialité du manquement, à défaut de tout commencement de preuve sur la qualité de certificateur de cet éditeur pour les trois formations en cause.

Quant aux formations en vue de l'obtention du certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES) :

11. Il ressort du site internet, accessible au public, de France Compétences qui établit le répertoire spécifique des certifications, que la dispense des formations RS 5054 et RS 5060, figurant au catalogue de la société Themagroup, nécessite la détention, par les formateurs, d'une certification par la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM). La société Themagroup ne conteste pas ne pas disposer d'une telle certification et ne peut donc utilement se prévaloir de l'inscription de la société Elevup, qu'elle présente comme une sous-traitante, sur une liste établie par l'Institut National de Recherche sur la Sécurité. Si elle indique sous-traiter ces formations à l'organisme Elevup, dont il est admis en défense qu'il dispose de la certification de formateur pour les deux formations proposées, elle ne justifie que d'un seul contrat pour une formation réalisée du 21 mai 2018 au 25 mai 2018, et ne justifie donc pas de sa propre certification pour la très grande majorité des formations qu'elle a dispensées sur ce thème. Dans ces circonstances, le manquement est établi et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Quant aux formations à la certification Lean Six Sigma - Green Belt :

12. Les requérants soutiennent que cette formation, au code RS 2257, est dispensée par M. H D, formateur " spécialisé dans l'excellence opérationnelle ", très qualifié pour délivrer ces certifications. Elle produit son curriculum vitae et précise que tous les utilisateurs en ont été satisfaits. Il ressort des pièces du dossier que la société Themagroup n'est pas recensée comme organisme préparant à cette certification par France Compétences. En outre, la CDC n'est pas contestée lorsqu'elle affirme que la société formatrice en cause ne figure pas parmi les organismes formateurs listés par l'organisme certificateur Université Lean 6 Sigma, organisme indépendant promouvant des actions d'amélioration de l'organisation des industries. Dès lors, le manquement est établi et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Quant à la formation Tests Test of english for international communication (TOEIC) :

13. Il ressort des dispositions citées au point 9 qu'un organisme de formation proposant une formation répertoriée au répertoire spécifique mentionné plus haut doit être certifié. Il est constant que la société Themagroup, qui se présentait comme organisme préparant au TOEIC, ne dispose pas de la certification lui permettant de dispenser une telle formation, sans qu'importe la circonstance, indépendant de son activité de formation, que la candidature à ce test soit libre. Par suite, le manquement est établi et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

14. Il ressort de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision de la CDC du 11 juin 2021. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

15. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CDC, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, en tout état de cause dès lors que la CDC agit pour le compte de l'Etat, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la CDC au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n os 2106084 et 2106140 de la SCP Alpha Mandataires judiciaires et de M. E sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile professionnelle Alpha Mandataires judiciaires, à M. B E et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie pour information sera adressée à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2106084, 2106140

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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