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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106166

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106166

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Sous le numéro 2106166, par une requête enregistrée le 3 août 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 945,18 euros pour les années 2018 et 2019 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique mais ne comporte aucune des informations prévues par les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard ;

- il est de bonne foi et la décision litigieuse méconnaît en conséquence son droit à l'erreur ;

- les indus d'aide exceptionnelle de solidarité ne peuvent faire l'objet d'un recouvrement par le biais de retenues sur d'autres prestations.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2021.

II) Sous le numéro 2107167, par une requête enregistrée le 9 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a implicitement rejeté son recours contre la décision du 19 février 2021 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 15 852,79 euros pour la période de décembre 2017 à juillet 2020 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de recueil préalable de l'avis de la commission de recours amiable ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 821-2 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard ;

- il est de bonne foi et la décision litigieuse méconnaît en conséquence son droit à l'erreur.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2021.

III) Sous le numéro 2107168, par une requête enregistrée le 9 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours contre la notification d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 604,91 euros pour la période de décembre 2017 à juillet 2020 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'a pas été rendue à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de recueil préalable de l'avis de la commission de recours amiable ;

- elle méconnaît le caractère suspensif du recours prévu par l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard ;

- il est de bonne foi et la décision litigieuse méconnaît en conséquence son droit à l'erreur.

Malgré une mise en demeure, le département du Pas-de-Calais n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bourgau pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2106166, 2107167 et 2107168, présentées par M. A, qui concernent la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. A la suite d'un contrôle de la situation de M. A et du réexamen de ses droits qui s'en est suivi, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a décidé de récupérer auprès de l'intéressé, le 19 février 2021, un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 945,18 euros pour les années 2018 et 2019, un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 15 852,79 euros pour la période de décembre 2017 à juillet 2020 ainsi qu'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 604,91 euros pour la même période. Le 14 avril suivant, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté le recours préalable formé par M. A contre la notification d'indu de revenu de solidarité active. Par ses requêtes, M. A demande l'annulation de ces décisions d'indu ainsi que le prononcer d'une remise gracieuse de l'ensemble de ses dettes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. D'autre part, l'annulation d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, pour un vice de régularité n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé de cette décision. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'organisme, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la créance qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus litigieux :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article R. 262-4-2 du même code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 262-2 et L. 262-4 doivent être remplies par le bénéficiaire et son conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité le mois du droit. ". Aux termes de l'article R. 262-5 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. " Et aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

6. Il résulte des dispositions précitées que les personnes constituant le foyer de l'allocataire, pour être prises en compte en qualité de membre du foyer pour le calcul des droits au revenu de solidarité active de l'allocataire, doivent résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de leur logement, de leurs activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à leur situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et leurs liens personnels et familiaux. La personne qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois est prise en compte sans interruption dans la composition du foyer. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, elle n'est prise en compte dans la composition du foyer que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

7. De plus, selon les articles 3 des décrets du 14 décembre 2018 et du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, les allocataires qui ont droit au revenu de solidarité active pour les mois de novembre ou, à défaut, décembre, ont droit au bénéfice de l'aide exceptionnelle de fin d'année. Et selon les article 4 des mêmes décrets, le montant de l'aide, égal à 152,45 euros pour une personne seule, est majoré de 50 % lorsque le foyer se compose de deux personnes, de 30 % pour chaque enfant présent au foyer à la charge de l'allocataire et de 40 % à partir du troisième enfant.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent :/ 1° L'aide personnalisée au logement ; / () ". Aux termes de l'article L. 821-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. ". Aux termes de l'article L. 823-1 de ce code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / () ". Aux termes de l'article R. 823-4 de ce code : " Sont considérés comme personnes à charge, sous réserve qu'ils vivent habituellement au foyer : / 1° Les enfants de moins de vingt et un ans et considérés comme à charge au sens des 1° et 2° de l'article L. 512-3 du code de la sécurité sociale et de l'article L. 823-2 du présent code ; / () ".

9. Les indus litigieux mis à la charge de M. A trouvent leur origine dans le constat, à la suite d'une enquête d'un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, de la résidence à l'étranger de la femme et des enfants de l'intéressé du 5 mars au 20 décembre 2017, du 24 mai 2018 au 1er mars 2019 et du 7 mai 2019 au 21 juillet 2020.

10. M. A, qui ne conteste pas sérieusement la durée desdits séjours, soutient que la caisse d'allocations familiales, pour apprécier le caractère stable et effectif de la résidence en France de sa femme et de ses enfants, ne pouvait se fonder uniquement sur la durée de leurs séjours à l'étranger mais devait également tenir compte de leur logement, de leurs activités, de toutes les circonstances particulières relatives à leur situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et leurs liens personnels et familiaux. Toutefois, d'une part, M. A ne produisant aucun élément relatif à la situation de sa femme et de ses enfants, la caisse d'allocations familiales a pu, compte tenu de la durée de leurs séjours à l'étranger, considérer à bon droit que la femme et les enfants de M. A avaient perdu leur résidence stable et effective en France pour procéder au réexamen des droits de M. A au revenu de solidarité active et, en conséquence, à ses droits au bénéfice de l'aide exceptionnelle de fin d'année. D'autre part, eu égard à la durée des séjours à l'étranger de sa femme et de ses enfants, ces derniers ne peuvent être regardés comme vivant habituellement au foyer au sens des dispositions relatives à l'aide personnalisée au logement. Par suite les moyens tirés de ce que les décisions contestées seraient entachées d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation doivent être écartés.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / () ".

12. La décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifié à l'allocataire sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la régularité de la décision notifiant l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; / () ".

14. Il résulte de ces dispositions combinées que le destinataire d'une décision administrative doit pouvoir constater que son auteur l'a signée. Or il résulte de l'instruction que la décision litigieuse du 19 février 2021 mettant à la charge de M. A des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019 ne comporte ni la signature ni les nom et prénom de son auteur, de sorte que celui-ci ne peut être identifié. Ainsi, la décision litigieuse ne satisfait pas aux exigences posées par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ces décisions ne sont pas au nombre de celles énumérées à l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, il ne résulte pas de l'instruction et la caisse d'allocations familiales ne soutient ni même n'allègue qu'elle serait au nombre des décisions mentionnées au 1° de cet article, relatif aux décisions administratives notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ () 3° () imposent des sujétions ;/ () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

16. Si la décision attaquée mentionne que M. A a perçu l'aide exceptionnelle de fin d'année en 2018 et 2019 alors qu'il ne remplissait pas les conditions pour l'obtenir dès lors qu'il n'a pas déclaré les séjours à l'étranger de sa femme et de ses enfants depuis décembre 2017, de sorte qu'elle est suffisamment motivée en fait, elle ne comporte en revanche aucune motivation en droit.

17. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, la décision du 19 février 2021 mettant à la charge du requérant un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année doit être annulée.

En ce qui concerne la régularité de la décision rejetant le recours contre la décision notifiant l'indu d'aide personnalisée au logement :

18. D'une part, aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " () les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative. ". Aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 825-1 de ce code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. ". Et aux termes de l'article R. 825-2 dudit code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. / Ses décisions sont motivées. ".

19. D'autre part, aux termes de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Les réclamations relevant de l'article L. 142-4 formées contre les décisions prises par les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés sont soumises à une commission de recours amiable composée et constituée au sein du conseil, du conseil d'administration ou de l'instance régionale de chaque organisme. / Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. ". Aux termes de l'article R. 142-4 du même code : " La commission donne, sur les affaires qui lui sont soumises, son avis au conseil, au conseil d'administration ou à l'instance régionale, qui statue et notifie sa décision à l'intéressé. Cette décision est motivée. / () ". Aux termes de l'article R. 142-6 de ce code : " Lorsque la décision du conseil, du conseil d'administration ou de l'instance régionale ou de la commission n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa demande comme rejetée. / Le délai de deux mois prévu à l'alinéa précédent court à compter de la réception de la réclamation par l'organisme de sécurité sociale. () ".

20. Par ailleurs, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

21. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la commission de recours amiable, saisie par le requérant le 25 février 2021, ait émis un avis sur son recours. Et la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, présente le caractère d'une garantie apportée au bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement.

22. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, la décision du 25 avril 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a implicitement rejeté le recours de M. A contre la décision du 19 février 2021 mettant à sa charge un indu d'aide personnalisée au logement doit être annulée.

En ce qui concerne la régularité de la décision notifiant l'indu de revenu de solidarité active :

23. En premier lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ", l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".

24. La décision litigieuse émane de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais, qui est considérée comme un organisme de sécurité sociale en vertu du b) du 1° du I de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale. Elle tend seulement à la récupération d'indus et ne constitue pas une sanction. Dès lors, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, une telle décision n'est pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen, inopérant, doit être écarté.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / () ".

26. Il résulte de l'instruction que la commission de recours amiable a été saisie le 25 février 2021, de sorte que son avis sur le recours présenté contre la notification d'indu de revenu de solidarité active est réputé avoir été rendu le 25 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis de la commission de recours amiable, qui manque en fait, doit être écarté.

27. En troisième et dernier lieu, si M. A soutient que le caractère suspensif des recours dirigés contre l'indu de revenu de solidarité active en litige, prévu par l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, n'a pas été respecté, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et sur le bien-fondé de l'indu en litige.

28. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 avril 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours préalable contre la décision du 19 février 2021 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active.

Sur les conclusions à fin de décharge :

29. Le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation des décisions de récupération d'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année pour les années 2018 et 2019 et d'aide personnalisée au logement pour des motifs de régularité, n'implique pas de prononcer la décharge des indus en cause. Compte tenu des motifs d'annulation retenus, tenant exclusivement à l'identification du signataire de la décision et au recueil de l'avis de la commission de recours amiable, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, de nouvelles décisions.

Sur les conclusions à fin de remise :

30. D'une part, aux termes des articles 6 des décrets du 14 décembre 2018 et du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, rendu applicable par l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation aux aides personnelles au logement, dont fait partie l'aide personnalisée au logement : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ".

31. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

32. Il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté par M. A que les indus litigieux résultent de l'absence de déclaration par ses soins de la résidence à l'étranger de sa femme et de ses enfants du 5 mars au 20 décembre 2017, du 24 mai 2018 au 1er mars 2019 et du 7 mai 2019 au 21 juillet 2020, alors même que la mention d'éventuels séjours à l'étranger durant l'année en cours ou l'année précédente figurait parmi les informations requises dans le précédent formulaire de contrôle de la situation de M. A en mai 2018, sans que ce dernier n'ait jugé utile de mentionner les séjours à l'étranger de sa femme et de ses enfants durant l'année 2017 et alors qu'il a signé en fin de formulaire une déclaration sur l'honneur par laquelle il certifie l'exactitude des informations données s'engageait à signaler tout changement de situation. Cette omission déclarative s'est par ailleurs poursuivie pendant une durée de deux ans. Dès lors, M. A ne peut être regardé comme étant de bonne foi. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant effectué de fausses déclarations. Cette seule circonstance fait obstacle, en vertu des dispositions précitées au point 28, à la remise gracieuse, partielle ou totale, des indus mis à la charge du requérant, quelle que soit la précarité de sa situation financière.

Sur les frais d'instance :

33. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Pas-de-Calais, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2107168, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

35. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de M. A les frais qu'il a engagés dans le cadre des instances nos 2106166 et 2107167.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à M. A un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 945,18 euros pour les années 2018 et 2019 est annulée.

Article 2 : La décision du 25 avril 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a implicitement rejeté le recours de M. A contre la décision du 19 février 2021 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 15 852,79 euros pour la période de décembre 2017 à juillet 2020 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2106166 et 2107167 est rejeté.

Article 4 : La requête n° 2107168 est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Desfarges, au département du Pas-de-Calais, à la ministre des solidarités et de la famille et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocation familiales du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BOURGAULa greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet du Pas-de-Calais, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2106166 - 2107167 - 2107168

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