Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106185

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106185
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2021, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2023 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Nord, rapportant sa décision implicite de rejet de la demande de remise gracieuse formée le 9 juin 2021, rejette cette demande, portant sur un indu, d'un montant initial de 997 euros d'allocation de logement à caractère familial (ALF), notifié le 4 juin 2021 (IM4001), pour la période de janvier à mai 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 lui notifiant un indu, d'un montant initial de 23,35 euros d'allocation de logement à caractère familial (ALF) (IM4002), pour la période de janvier à mai 2021.

Il soutient que l'allocation perçue n'avait pas été demandée et qu'il est de bonne foi, n'ayant commis aucun manquement à ses obligations déclaratives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée avant toute décision sur le recours administratif préalable obligatoire formé le 9 juin 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Riou, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est vu notifier par courrier de la caisse d'allocations familiales du Nord du 5 juin 2021 un indu, pour la période de janvier à mai 2021, d'allocation de logement familiale (IM4001) d'un montant initial de 997 euros, soit, après la compensation, malheureusement implicite, avec un rappel de prime d'activité d'un montant de 256,95 euros, un solde initialement dû de 740,05 euros. Par courrier du 8 juin 2021, reçu le 9 par la caisse, il a contesté cet indu en faisant valoir qu'il résultait d'une erreur de la caisse, exerçant de ce fait son obligation de recours administratif préalable à un recours contentieux, comme le prévoit l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un courrier du 9 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un autre indu pour la même prestation et pour la même période (IM4002), d'un montant de 23,35 euros. Par sa requête, M. B soutient qu'il veut " clarifier le problème ", ce qui doit être regardé comme renvoyant à son courrier du 9 juin 2021, joint à la requête et portant sur le premier indu (IM4001). Ce courrier, bien que la case correspondant à une demande de remise de dette n'ait pas été cochée, se borne à mettre en exergue la perception de l'allocation pour cette période sans demande préalable à la caisse et l'erreur ainsi commise par la caisse en versant une allocation pendant cinq mois pour en réclamer ensuite la restitution. Une telle argumentation, contrairement à ce qu'il soutient et contrairement à ce que la caisse a estimé en soumettant le litige à la commission de recours amiable au titre d'une contestation du bien-fondé de la dette, ne comporte aucune contestation sur l'absence de droit à l'allocation récupérée par les décisions en cause. Par suite, et sans qu'importe la qualification erronée donnée par la caisse à cette demande, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de lui accorder une remise totale de ses dettes, y compris le second indu IM4002, qui n'a pas fait l'objet d'une demande de remise de dette et n'a, par conséquent, pas été examiné par la commission de recours amiable.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

3. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire tant de l'avis de la commission de recours amiable pris antérieurement à la décision du directeur de l'organisme que d'un courriel du 11 juillet 2023 adressé au requérant par la caisse, que l'indu procède exclusivement d'une erreur de la caisse, cette dernière ayant à tort rouvert des droits à l'allocation alors même qu'aucune demande n'avait été faite en ce sens par l'allocataire.

4. Toutefois, cette circonstance n'a aucune incidence sur l'obligation de restituer le trop-perçu. M. B, qui s'est au demeurant abstenu de signaler le trop-perçu, ne peut donc utilement faire valoir qu'il aurait droit de conserver une somme versée par erreur. L'origine de l'indu atteste seulement de l'absence de manquement aux obligations déclaratives, de sorte que la bonne foi de l'allocataire n'est pas contestée. Ce n'est donc qu'au regard de la situation de précarité du requérant que doit être examinée sa demande de remise gracieuse des indus en cause.

5. M. B, à la suite d'une mesure d'instruction, a produit plusieurs pièces, dont l'avis d'imposition sur les revenus de son foyer, faisant état de revenus de 29 366 euros pour l'année 2022, pour trois parts. Alors même qu'il supporte une mensualité d'emprunt pour l'acquisition d'un bien immobilier à hauteur de 814,10 euros par mois, sa situation n'est pas caractérisée par une précarité qui justifierait qu'une remise des dettes en cause lui soit accordée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense à l'encontre des conclusions relatives au premier indu et la recevabilité de la requête en tant qu'elle est dirigée contre le second indu, que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J.M. Riou

La greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière