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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106470

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106470

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106470
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2021, et un mémoire en réplique, enregistré le 25 octobre 2023, la société à responsabilité limitée Labo Pharma, représentée par Me Guey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014, des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière car l'administration a adressé la lettre d'information n° 751 du 31 juillet 2018 au représentant légal de la société Labo Pharma à Somain et l'avis de mise en recouvrement du 28 septembre 2018 au nom de Me Borkowiak, commissaire à l'exécution du plan de redressement dont elle fait l'objet ; soit le représentant légal de la société est M. A et l'avis de mise en recouvrement adressé au commissaire au plan est irrégulier, soit le représentant légal de la société est Me Borkowiak et les conséquences financières figurant dans la lettre du 31 juillet 2018 ne lui ont pas été notifiées ;

- les sommes versées aux salariés en remboursement de leurs frais sont déductibles au regard des dispositions du 1. de l'article 39 du code général des impôts et la règle du non-cumul des allocations forfaitaires et des remboursements réels, prévue par les dispositions du 3 du 1 de cet article, ne concerne que les dirigeants et n'est pas applicable aux salariés ;

- les sommes versées aux salariés en remboursement de leurs frais sont justifiées et c'est à tort que l'administration fiscale refuse leur déduction ;

- il n'est pas justifié d'un envoi au mandataire judiciaire de la lettre notifiant les nouvelles conséquences financières ;

- il n'est pas justifié de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement en lettre recommandée avec accusé de réception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Labo Pharma ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Guey, avocat de la société Labo Pharma.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 mars 2024, a été présentée pour la société Labo Pharma.

Considérant ce qui suit :

1. La société Labo Pharma, qui a pour activité la réalisation de travaux de plâtrerie et la fourniture et la pose de tous types de cloisons, plafonds suspendus, paillasses de tous équipements pour laboratoires et salles blanches, de tous équipements de sécurité et coupe-feu, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014, des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 ont été mis à sa charge. La société Labo Pharma demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () / L'avis de mise en recouvrement est individuel. () ". Aux termes de l'article R. 256-6 de ce livre : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques () / Au cas où la lettre recommandée ne pourrait, pour quelque cause que ce soit, être remise au redevable destinataire ou à son fondé de pouvoir, il doit être demandé à la Poste de renvoyer au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects expéditeur, le pli non distribué annoté / () / La notification de l'avis de mise en recouvrement peut également être effectuée par le ministère d'un huissier. Elle est alors soumise aux règles de signification des actes d'huissier ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction que, par un jugement du 23 mai 2018, le tribunal de commerce de Douai a arrêté au profit de la société Labo Pharma un plan de redressement d'une durée de sept ans et nommé la société Yvon-Perin-Jean-Philippe Borkowiak commissaire à l'exécution de ce plan. Le commissaire à l'exécution du plan ne représente pas le débiteur soumis au plan de redressement mais l'intérêt collectif des créanciers. Par suite, dès lors que la lettre du 31 juillet 2018 informant des nouvelles conséquences financières des rectifications à la suite de l'interlocution départementale du 1er juillet 2018 et l'avis de mise en recouvrement du 28 septembre 2018 ont été établis au nom de la société Labo Pharma et adressés à l'adresse de son siège social, les circonstances qu'une copie de l'avis de mise en recouvrement du 28 septembre 2018 ait été adressée au commissaire à l'exécution du plan et que celui-ci n'ait pas été destinataire de la lettre du 31 juillet 2018 ne sont pas de nature à entacher la procédure d'irrégularité.

4. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions précitées des articles L. 256 et R. 256-6 du livre des procédures fiscales que la notification d'un avis de mise en recouvrement, pour être régulière, doive être faite par lettre recommandée avec accusé de réception. Par suite, la circonstance que l'administration fiscale n'ait pas adressé l'avis de mise en recouvrement du 28 septembre 2018 par lettre recommandée avec accusé de réception n'est pas de nature à faire regarder la notification de cet avis comme irrégulière. En tout état de cause, l'irrégularité de la notification de l'avis de mise en recouvrement au regard des dispositions précitées des articles L. 256 et R. 256-6 du livre des procédures fiscales est par elle-même sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition qui a permis d'établir la créance de l'administration fiscale à l'égard du redevable de l'impôt.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre () Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. () ".

6. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 14 décembre 2017 et de la réponse aux observations du contribuable du 15 mars 2018, que le service a remis en cause la déduction de sommes correspondant à des frais de restauration et d'hôtellerie au motif qu'elles n'étaient pas justifiées. Par suite, en soutenant que les dispositions précitées du 1. de l'article 39 du code général des impôts prévoient la déductibilité des sommes versées aux salariés en remboursement de leur frais ou que le non-cumul des allocations forfaitaires et des remboursements réels, prévu par les dispositions du 3° du 1 de cet article, ne concerne que les dirigeants, la société Labo Pharma n'est pas fondée à soutenir que le service a remis en cause, à tort, la déductibilité de ces sommes.

8. En second lieu, d'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 14 décembre 2017 et de la réponse aux observations du contribuable du 15 mars 2018, que le service vérificateur a remis en cause la déduction réalisée par la société Labo Pharma, au titre des charges de l'exercice clos au 31 décembre 2015, de sommes correspondant à des frais de repas de salariés en déplacement inscrits au compte libellé " réceptions-cadeaux " considérant, non pas que ceux-ci faisaient double-emploi avec une allocation forfaitaire de grand déplacement déjà attribuée aux salariés, mais qu'ils n'étaient pas justifiés. La requérante, qui soutient qu'il s'agit de frais alloués aux salariés, produit des états de frais, les justificatifs des dépenses de restauration, des plannings de salariés et des factures de clients. Toutefois, les états de frais produits portent le nom de plusieurs personnes tandis que les notes de frais de restaurant et les tickets de caisse produits ne sont pas nominatifs. Dans ces conditions, la société Labo Pharma ne peut être regardée comme justifiant les remboursements de frais de restauration à M. C des 31 août 2015 pour des montants de 399,90 euros et 270,75 euros et ceux remboursés à M. B les 17 juillet 2015 et 22 juillet 2015. De même, en produisant un état de frais au nom de quatre salariés faisant apparaître des frais d'hôtellerie d'un montant total de 1 217,60 euros, pour lesquels une autre déduction a été réalisée à hauteur de 726,10 euros, des frais de restauration d'un montant total de 239,30 euros et des frais de carburant de 88,04 euros, la société Labo Pharma ne justifie pas le remboursement du 30 novembre 2015 de frais d'un montant de 415,98 euros. Enfin, pour le remboursement de frais de repas d'un montant de 267,40 euros du 12 août 2015, si la requérante produit un état de frais au nom de deux salariés et du gérant, les notes de frais et les facturettes, ainsi que le planning de travail des deux employés mentionnés sur l'état de frais, ces derniers ne sont pas de nature à établir leur présence sur un chantier " A Merlin ", dont la réalité n'est pas démontrée.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 14 décembre 2017 et de la réponse aux observations du contribuable du 15 mars 2018, que le service vérificateur a remis en cause la déduction réalisée par la société Labo Pharma au titre des charges de l'exercice clos au 31 décembre 2015 de sommes correspondant à des frais de repas et d'hôtellerie de salariés en déplacement inscrits au compte libellé " voyages-déplacements " considérant, non pas que ceux-ci faisaient double-emploi avec une allocation forfaitaire de grand déplacement déjà attribuée aux salariés, mais qu'ils n'étaient pas justifiés. La requérante, qui soutient qu'il s'agit de frais alloués aux salariés, produit des états de frais, les justificatifs des dépenses de restauration et d'hôtellerie, des plannings de salariés et des factures de clients. Ces éléments permettent de justifier les frais d'hôtellerie et de restauration du 30 octobre 2015 d'un montant de 1 126,20 euros, ceux du 30 novembre 2015 d'un montant de 726,10 euros, ceux du 23 octobre 2015 d'un montant de 725,30 euros et ceux du 30 septembre 2015 d'un montant de 529,20 euros. En revanche, s'agissant des frais d'hôtellerie d'un montant de 1 188,10 euros du 30 octobre 2015, ceux d'un montant de 1 026,90 euros du 30 octobre 2015 et d'un montant de 699,40 euros du 30 septembre 2015 et des frais d'hôtellerie d'un montant de 531,80 euros du 30 décembre 2015, les plannings des salariés mentionnés sur les états de frais ne corroborent pas leur présence sur les chantiers mentionnés aux dates indiquées dans les états de frais et par voie de conséquence ne permettent pas d'établir que les nombres de nuitées et de repas figurant sur les factures sont justifiés et en lien avec l'exercice de son activité.

10. Il résulte de ce qui précède que la société Labo Pharma est seulement fondée à demander la réduction de sa base imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 à concurrence de 3 106,80 euros et, par suite, la réduction correspondante de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés qui a été mise à sa charge au titre de cet exercice, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, le versement de la somme que la société Labo Pharma demande au titre des frais qu'elle a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La base imposable à l'impôt sur les sociétés de la société Labo Pharma au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 est déterminée conformément aux motifs du présent jugement.

Article 2 : La société Labo Pharma est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015 correspondant à la réduction de la base imposable définie à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Labo Pharma est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Labo Pharma et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2106470

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