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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2106593

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2106593

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2106593
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 août 2021 et 20 juin 2022, M. B A, représenté par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013, 2015 et 2016 et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- aucune proposition de rectification ne lui a été notifiée au titre des années 2013 et 2014, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- les mises en demeure de souscrire ses déclarations de revenus des années 2015 et 2016 n'ont pas été envoyées à son adresse et, par suite, l'administration ne pouvait pas régulièrement mettre en œuvre une procédure de taxation d'office sur le fondement du 1. de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales ;

- la notification des bases imposables des années 2015 et 2016 n'a pas été envoyée à son adresse ;

- la décision d'infliger des pénalités de 40 % sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;

- les mises en demeure de souscrire ses déclarations de revenus des années 2015 et 2016 n'ayant pas été envoyées à son adresse, l'administration ne pouvait pas lui infliger des pénalités de 40 % sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société AME, qui exerce une activité de transport routier de fret de proximité et dont les résultats sont imposables à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, entre les mains de son associé unique, M. A, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle le service a rectifié ses résultats des exercices clos de 2013 à 2016. M. A a ensuite fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel le service l'a assujetti à des cotisations primitives d'impôt sur le revenu au titre des années 2013, 2015 et 2016 et à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014. Ces impositions, qui résultent principalement de la taxation des bénéfices de la société AME, ont été établies à l'issue d'une procédure de rectification contradictoire, s'agissant des années 2013 et 2014, et à l'issue d'une procédure de taxation d'office, sur le fondement du 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, s'agissant des années 2015 et 2016. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus () sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; / () ". En vertu de l'article L. 67 de ce livre, la procédure de taxation d'office prévue au 1° de cet article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Aux termes de l'article L. 76 du même livre : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; / () ".

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 4 novembre 2016 établie au titre des années 2013 et 2014, les mises en demeure de souscrire les déclarations des revenus des années 2015 et 2016 en date du 6 juillet 2018 et la notification des bases imposables en date du 13 septembre 2018 établie au titre des années 2015 et 2016 ont été adressées à M. A par plis recommandés avec accusés de réception, envoyés à l'adresse 7, rue des Champs à Roubaix, qu'il avait indiquée comme étant son adresse au 1er janvier 2015 dans la déclaration de revenus souscrite au titre de l'année 2014. Ces plis ont été présentés à cette adresse respectivement les 5 novembre 2016, 11 juillet 2018 et 17 septembre 2018, puis renvoyés à l'administration fiscale avec la mention " pli avisé non réclamé ". Si M. A soutient qu'il ne résidait plus à cette adresse, mais en Algérie, la déclaration d'existence d'une activité de vente de boissons adressée le 11 mai 2014 aux services du ministère des finances de la République algérienne, le certificat établi le 17 mai 2015 par ces services et le courrier envoyé à son attention en Algérie le 10 février 2020 par le greffe du tribunal de commerce de Lille-Métropole ne sont pas de nature à établir qu'il avait informé l'administration fiscale française d'un changement d'adresse avant l'envoi de ces documents. La circonstance que la proposition de rectification adressée à la société AME le 29 juillet 2016 indique que M. A réside en Algérie n'est pas davantage de nature à l'établir alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 4 novembre 2016, que cette mention n'est qu'une retranscription des déclarations du gérant de la société AME lors des opérations de contrôle dont cette société a fait l'objet. Dans ces conditions, doivent être écartés les moyens soulevés par M. A et tirés, d'une part, de ce qu'en méconnaissance des articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, la proposition de rectification du 4 novembre 2016 et la notification des bases imposables du 13 septembre 2018 ne lui ont pas été régulièrement notifiées, et d'autre part, de ce que le service ne pouvait pas régulièrement mettre en œuvre la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions précitées du 1° de l'article L. 66 de ce livre au titre des années 2015 et 2016 et lui infliger des pénalités de 40 % au titre de ces mêmes années sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts en l'absence de notification régulière des mises en demeure imposées par celles de l'article L. 67 du livre des procédures fiscales.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".

7. Il résulte de l'instruction que, par la notification des bases imposables du 13 septembre 2018, qui a été régulièrement notifiée, ainsi qu'il a été dit au point 5, le service a exposé de façon suffisamment précise les circonstances de droit et de fait qu'il entendait retenir pour infliger à M. A des pénalités de 40 % sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts et il a ainsi mis le contribuable en mesure de présenter utilement ses observations dans le délai de trente jours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales et rappelé par le même document. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013, 2015 et 2016 et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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