mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2106747 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 août 2021 et 28 mars 2022, Mme A B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil (CHAM) à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'agression dont elle a été victime lors de son hospitalisation au sein de cet établissement de santé.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CHAM est engagée dès lors que son agresseur n'a pas été placé dans une unité de soin adaptée à son état psychologique ;
- en raison de l'agression dont elle a été victime, elle a subi un préjudice moral, physique et un déficit fonctionnel qui doivent être évalués à un montant total de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le CHAM, représenté par Me Segard, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné une expertise avant dire droit.
Il fait valoir que :
- à titre principal, en l'absence de faute sa responsabilité ne peut pas être engagée ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de lien entre l'agression et la dégradation de l'état de santé de Mme B, les demandes indemnitaires de cette dernière ne peuvent qu'être rejetées ;
- à titre infiniment subsidiaire, le préjudice de Mme B n'étant ni établi ni justifié, une expertise médicale doit être ordonnée avant dire droit.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 17 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou ;
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique ;
- les observations de Me Vermeesch-Bocquet, pour le CHAM.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, né le 24 février 1924, a été admise du 18 janvier au 22 février 2021 au sein du service de soins de suite et de réadaptation du CHAM. Le 17 février 2021, la requérante a été agressée par son voisin de chambre. L'examen clinique qui a suivi a permis de constater une plaie labiale supérieure non transfixiante et une plaie de l'arcade superficielle gauche. Par deux courriers, l'un du 8 mars 2021, réceptionné le lendemain, et l'autre du 21 mai 2021, réceptionné le 25 mai suivant, Mme B a présenté auprès du CHAM une demande d'indemnisation préalable. En l'absence de réponse, par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner le CHAM à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Pour établir l'existence d'une faute dans l'organisation du service hospitalier au titre du défaut de surveillance d'un patient atteint d'une pathologie psychiatrique, le juge doit notamment tenir compte, lorsque l'état de santé de ce patient fait courir le risque qu'il commette un acte agressif à son égard ou à l'égard d'autrui, non seulement de la pathologie en cause et du caractère effectivement prévisible d'un tel passage à l'acte, mais également du régime d'hospitalisation, libre ou sous contrainte, ainsi que des mesures que devait prendre le service, compte tenu de ses caractéristiques et des moyens dont il disposait.
4. Il est constant que, lors de son séjour au sein du service de soins de suite et de réadaptation du CHAM, Mme B a été agressée par son voisin de chambre qui l'a frappée avec une carafe en plastique. A la suite de cette agression elle a souffert d'une plaie labiale supérieure non transfixiante et d'une plaie à l'arcade superficielle gauche. Il résulte de l'instruction que son agresseur était atteint de troubles psychiques, ce qui est corroboré par le procès-verbal de police du 30 avril 2021 qui informe la victime du classement sans suite de sa plainte du fait que " l'auteur des faits est irresponsable pénalement en raison de troubles psychiques ". En outre, dans son courrier du 21 mai 2021 à l'établissement, Mme B relate que l'enquête de police a montré que le médecin traitant de l'agresseur avait " ordonné " son placement au centre hospitalier. Par ailleurs, la fiche d'événement indésirable, produite par l'établissement, mentionne, au titre des " actions correctives éventuelles ", la suggestion d'une " sectorisation des patients présentant des troubles cognitifs déambulants et agressifs ". Si le centre hospitalier en défense, dans ses observations orales à l'audience, réfute que le patient agresseur ait été atteint de troubles psychiques, après l'avoir admis implicitement mais nécessairement en arguant dans son mémoire en défense que la contention et l'isolement sont des mesures de dernier recours, il admet nécessairement, en évoquant la maladie d'Alzheimer de ce patient, qu'il présentait des troubles cognitifs. Enfin, il ressort du dossier hospitalier produit par la requérante que le 9 février 2021, quelques jours avant l'agression, Mme B avait signalé être très gênée par l'agitation dans le couloir en fin d'après-midi. Il résulte de ces éléments, non contredits, et en dépit de l'absence d'agitation du patient agresseur dans l'après-midi qui précédait l'agression, que l'établissement n'ignorait pas les troubles dont était atteint l'agresseur et n'a pris aucune précaution particulière au regard du risque qu'il pouvait représenter pour autrui. En dépit de la réactivité des équipes soignantes au moment de l'agression, cette dernière révèle un défaut d'organisation du service constitutif d'une faute et de nature à engager la responsabilité du CHAM.
5. Il résulte du certificat médical du 12 mars 2021, établi par le chef du pôle gériatrie de l'établissement que Mme B, du fait de l'agression, a souffert d'une plaie labiale et d'une plaie de l'arcade sourcilière, ainsi que d'une très forte angoisse réactionnelle. Le médecin estime qu'une " incapacité temporaire de travail " (ITT) d'un jour est à prévoir, ce qui doit être regardé comme constitutif d'un déficit fonctionnel temporaire total d'une journée, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 15 euros. Au regard de la vulnérabilité de la victime, âgée de 96 ans à la date de l'agression, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par la victime, y compris les souffrances psychologiques liées à cette agression soudaine et brutale, en les évaluant à la somme de 5 000 euros. En revanche, s'il est allégué qu'il est résulté de l'agression un déficit fonctionnel permanent, aucune des pièces produites, notamment le certificat médical du 29 juillet 2021 produit par la requérante, peu circonstancié, n'atteste d'une dégradation de son autonomie à domicile, où la patiente est retournée après les soins de suite et de réadaptation, qui serait en lien avec l'agression.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que le CHAM devra verser la somme de 5 015 euros en réparation du préjudice subi par Mme B..
D E C I D E :
Article 1er : Le CHAM est condamné à verser la somme de 5 015 euros à Mme B.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil sur Mer et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
J.-M. RIOU
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026