Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107019

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107019
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 septembre 2021, 17 août 2022, 30 septembre 2022, 18 octobre 2022 et 10 novembre 2022, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 5 mai 2021 par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Pas-de-Calais pour le recouvrement de la somme de 1 978,76 euros correspondant au solde de cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'ordonner le remboursement des sommes indument perçues ;

3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 a été émise après l'expiration du délai de prescription de l'action en recouvrement prévu par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;

- les avis d'imposition ne lui ont pas été notifiés et les impositions et majorations de 10 % en litige ne sont dès lors pas exigibles ;

- la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 a été émise alors que le délai de réclamation pour contester la mise en demeure de payer du 27 avril 2021 n'avait pas expiré ;

- en engageant des poursuites alors que l'avis d'imposition n'avait pas été préalablement notifié, l'administration fiscale a diligenté une procédure abusive, cette faute ayant causé des préjudices dont il est fondé à demander la réparation ;

- la saisie administrative à tiers détenteur n'est pas signée et est dès lors dépourvue de tout effet juridique ;

- le principe du contradictoire garanti par l'article 15 du code de procédure civile ayant été méconnu, la décision en date du 24 juin 2021 rejetant sa réclamation préalable est nulle, conformément à l'article 16 de ce code ;

- la décision en date du 24 juin 2021 de rejet de la réclamation préalable ne mentionne ni les voies et délais de recours, ni les dispositions des articles L. 281 et suivants et R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales ;

- il n'est pas justifié de la nomination du signataire de la saisie administrative à tiers détenteur en qualité de comptable public ;

- les majorations de 10 % qui lui ont été infligées ne sont pas motivées, en méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;

- la notification du jugement rendu par le tribunal de céans le 1er avril 2021 n'étant pas établie, ce jugement est nul et de nul effet ;

- il bénéficie du sursis de paiement prévu par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

- le jugement du Tribunal administratif de Lille en date du 1er avril 2021 n'était pas joint à la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 ;

- la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 ne désigne pas précisément les créances visées, en méconnaissance de l'article 3 du décret n° 93-977 du 31 juillet 1993 ;

- il n'est pas justifié de l'envoi préalable d'une lettre de relance, puis d'une mise en demeure.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2022 et 20 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'irrégularité en la forme de la saisie administrative à tiers détenteur relève de la compétence du juge de l'exécution ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2022.

Un mémoire, présenté par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, a été enregistré le 28 novembre 2022.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement du tribunal était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en application des dispositions de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales, M. B ne peut ni soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a jointes à sa réclamation préalable du 25 mai 2021, ni invoquer des faits autres que ceux qu'il a exposés dans cette réclamation.

Des observations, enregistrées le 6 mai 2024, ont été présentées par M. B sur le moyen susceptible d'être relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 5 mai 2021 émise par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Pas-de-Calais pour le recouvrement de la somme totale de 1 978,76 euros correspondant au solde de cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi qu'à des pénalités de 10 % infligées sur le fondement de l'article 1730 du code général des impôts. M. B, qui considère avoir fait l'objet d'une " procédure abusive ", demande également au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° À l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / () ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que les moyens tirés de l'irrégularité formelle de la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021, en l'absence de signature manuscrite, de preuve de nomination de son auteur en qualité de comptable public et de désignation précise des créances correspondantes, sont inopérants à l'appui de la contestation introduite par M. B contre cet acte devant le juge de l'impôt.

4. En deuxième lieu, les circonstances, d'une part, que la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 ait été émise alors que le délai de réclamation pour contester la mise en demeure de payer adressée le 27 avril 2021 à M. B n'avait pas expiré, d'autre part, que le jugement en date du 1er avril 2021, par lequel le tribunal de céans a rejeté la requête de M. B tendant à la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles il avait été assujetti au titre des années 2012 à 2014, n'a pas été joint à cette saisie administrative à tiers détenteur et, enfin, que la décision en date du 24 juin 2021 rejetant la réclamation préalable présentée par le contribuable pour contester cette saisie administrative à tiers détenteur ne mentionne ni les voies et délais de recours, ni les articles L. 281 et suivants et R. 281-1 du livre des procédures fiscales, sont dépourvues de toute incidence sur l'obligation de payer les impositions mises à la charge du requérant, le montant de sa dette compte tenu des paiements qu'il a effectués et l'exigibilité des sommes qui lui sont réclamées. En outre, M. B ne saurait utilement faire valoir que les pénalités de 10 % qui lui ont été infligées ne sont pas motivées, en méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, et que la décision en date du 24 juin 2021 rejetant sa réclamation préalable n'est assortie d'aucune pièce justificative, en méconnaissance de l'article 15 du code de procédure civile, ces circonstances étant sans incidence sur l'obligation de payer en litige.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales : " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires. / () ".

6. Au soutien de sa contestation de l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021, M. B fait valoir, d'une part, que la somme réclamée n'est pas exigible dès lors qu'il bénéficie du sursis de paiement prévu par les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, qu'il avait demandé dans la réclamation préalable présentée le 15 mai 2019 pour en contester le bien-fondé, en l'absence de preuve de la notification du jugement en date du 1er avril 2021 par lequel le tribunal de céans a rejeté la requête présentée à la suite du rejet de cette réclamation, d'autre part, que le titre exécutoire mettant à sa charge les pénalités de 10 % qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1730 du code général des impôts ne lui a pas été notifié et, enfin, que la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 n'a été précédée ni d'une lettre de relance, ni d'une mise en demeure. Il résulte toutefois de l'instruction qu'à l'appui de la réclamation préalable du 25 mai 2021 qu'il a présentée pour contester la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021, M. B n'a ni exposé ces faits, ni produit les pièces justificatives s'y rapportant. Par suite, le requérant ne peut, au soutien de ses conclusions, ni invoquer ces faits, ni soumettre au juge ces pièces justificatives.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1663 du code général des impôts : " 1. Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles trente jours après la date de mise en recouvrement du rôle. / () ". Ces dispositions ne sont applicables que si le contribuable a été, avant la date d'exigibilité ainsi déterminée, avisé de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il a été assujetti. Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser l'avis d'imposition prévu par les dispositions de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, ou l'a notifié avec retard, le délai au terme duquel l'impôt devient exigible ne court qu'à compter de la date à laquelle le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.

8. M. B soutient que les cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, pour le recouvrement desquelles le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Pas-de-Calais a émis la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021, n'étaient pas exigibles dès lors que les avis d'imposition correspondants ne lui ont jamais été adressés. Il résulte toutefois de l'instruction que ces impositions ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2016. Par des réclamations préalables en date des 10 avril 2017, 21 octobre 2017, 12 janvier 2018, 5 mai 2018, 15 novembre 2018 et 15 mai 2019, M. B a contesté le bien-fondé de ces impositions. Ces réclamations ont été rejetées respectivement par des décisions en date des 30 novembre 2017, 15 février 2018, 20 juin 2018, 12 février 2019 et 5 septembre 2019, et par un jugement en date du 1er avril 2021, notifié à l'intéressé le 7 avril 2021, le tribunal de céans a rejeté la requête de M. B tendant à la décharge des mêmes impositions. Dans ces circonstances, M. B doit être regardé comme ayant été informé de la mise en recouvrement des impositions en litige plus de trente jours avant la notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021. Le moyen tiré de ce que la somme en cause n'était pas devenue exigible doit dès lors être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle () sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / () ". Aux termes de l'article L. 277 de ce livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / () ".

10. Il résulte de l'instruction que les cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. B a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2016. Il est constant que, par des réclamations préalables en date des 10 avril 2017, 21 octobre 2017, 12 janvier 2018, 5 mai 2018 et 15 novembre 2018, M. B a contesté le bien-fondé de ces impositions et demandé le bénéfice du sursis de paiement sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Ces réclamations ont été rejetées respectivement par des décisions en date des 30 novembre 2017, 15 février 2018, 20 juin 2018 et 12 février 2019, devenues définitives en l'absence de saisine du tribunal dans le délai de recours ouvert par leur notification les 16 décembre 2017, 6 mars 2018, 6 juillet 2018 et 26 mars 2019. Par une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement présentée le 15 mai 2019, M. B a à nouveau contesté le bien-fondé de ces impositions. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision du 5 septembre 2019, M. B a saisi le tribunal de céans d'une requête tendant à la décharge des impositions en litige, qui a été rejetée par un jugement du 1er avril 2021, notifié au requérant le 7 avril 2021. Le délai de prescription de l'action en recouvrement ayant ainsi été suspendu, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'à la date à laquelle la saisie administrative à tiers détenteur du 5 mai 2021 lui a été notifiée, l'action en recouvrement de la somme restant due était prescrite.

11. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge de l'obligation de payer résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 5 mai 2021 par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Pas-de-Calais pour le recouvrement de la somme de 1 978,76 euros correspondant au solde de cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il a fait l'objet d'une " procédure abusive ", et en particulier que l'administration fiscale a engagé les poursuites alors qu'il n'avait pas été préalablement informé de la mise en recouvrement des impositions correspondantes. Le requérant n'établissant pas l'existence d'une faute de l'administration fiscale de nature à engager la responsabilité de l'État, il n'est pas fondé à demander la condamnation de l'État à lui verser une somme en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, dont, au demeurant et en tout état de cause, il n'établit pas davantage l'existence. Les conclusions indemnitaires de M. B doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. B de la somme qu'il demande au titre des frais qu'il a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,