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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107150

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107150

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107150
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 septembre 2021 et 3 octobre 2022, la société Vinci Immobilier Promotion, représentée par la SCP Bignon Lebray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire n° 1088 émis le 2 juillet 2021 par le maire de la commune de Valenciennes en vue de recouvrir la somme de 10 958,50 euros au titre d'une redevance d'occupation du domaine public due au titre du mois de mai 2021 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Valenciennes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice des redevances d'occupation domaniale dès lors que le titre d'occupation a été délivré à la société SPIE Batignolles et qu'elle n'est pas titulaire du permis de construire délivré le 2 juin 2016 par le maire de Valenciennes ;

- le bordereau du titre de recette n'a pas été signé en méconnaissance du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- l'avis des sommes à payer n'indique pas avec suffisamment de précision les bases de liquidation de la créance ;

- le montant de la redevance sollicité est sans lien et hors de proportion avec les avantages effectivement procurés par l'occupation du domaine public ;

- le montant de la redevance est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'avis des sommes à payer n'est pas fondé en raison d'une situation de force majeure liée à la crise sanitaire ;

- la crise sanitaire et les mesures gouvernementales adoptées en 2020 sont constitutives d'un aléa caractérisant une imprévision justifiant l'annulation de la décharge de la somme à payer.

Par des mémoires enregistrés les 25 janvier 2022 et 31 octobre 2022, la commune de Valenciennes, représentée par la SELARL Bardon et de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Vinci Immobilier Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- les observations de Me Vamour, représentant la société Vinci Immobilier Promotion ;

- les observations de Me Belal-Cordebar, représentant la commune de Valenciennes.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête susvisée, la société Vinci Immobilier Promotion demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire en date du 2 juillet 2021 émis par le maire de la commune de Valenciennes pour un montant de 10 958,50 euros et correspondant à la redevance pour occupation du domaine public autour de la place Carpeaux du 1er au 31 mai 2021, ainsi que de prononcer la décharge de la somme mise à sa charge par l'avis.

Sur la régularité du titre litigieux :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'auteur de l'avis des sommes à payer attaqué, Mme C A, adjointe au maire de Valenciennes, a par un arrêté du maire de cette commune en date du 3 juin 2020, transmis le même jour au représentant de l'Etat dans le département au titre du contrôle de légalité et affiché du 3 juin 2020 au 3 août 2020, reçu délégation pour signer " les mandats de dépenses et de recettes et tout acte d'exécution budgétaire ". Par suite, le moyen tiré de ce que le titre aurait été émis par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Selon l'article D. 1617-23 du même code : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution () de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". L'arrêté du 27 juin 2007 visé ci-dessus pris pour l'application de l'article précité dispose en son article 2 que : " La validité juridique () des titres de recettes et des bordereaux () de titres de recettes dématérialisés résulte de l'utilisation du protocole d'échange standard d'Hélios dans ses versions 2 et suivantes ainsi que de la signature électronique de l'ordonnateur ou de son représentant dans les conditions prévues à l'article 5 ". L'article 5 prévoit notamment que : " La transmission au comptable public par l'ordonnateur ou son représentant de fichiers aller recette et dépense, signés électroniquement dans les conditions fixées à l'article 4, conformément au protocole d'échange standard dans ses versions 2 et suivantes, dispense l'ordonnateur ou son représentant de produire () les titres de recettes, () et les bordereaux de titres sur support papier au comptable public ". Aux termes du I de l'article 4 du même arrêté : " En application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales, la signature électronique des fichiers de données et de documents électroniques transmis au comptable est effectuée par l'ordonnateur ou son délégataire au moyen : / - soit d'un certificat garantissant notamment son identification et appartenant à l'une des catégories de certificats visées par l'arrêté du ministre de l'économie et des finances en date du 15 juin 2012 relatif à la signature électronique dans les marchés publics (NOR : EFIM1222915A) ; / - soit du certificat de signature "DGFiP" délivré gratuitement par la direction générale des finances publiques aux ordonnateurs des organismes publics visés à l'article 1er du présent arrêté ou à leurs délégataires qui lui en font la demande ".

4. Il résulte du bordereau de titres de recettes n° 178 du 2 juillet 2021 comporte 6 titres de recettes, dont le titre n° 1 088 émis à l'encontre de la société Vinci Immobilier Promotion pour la somme de 10 958,50 euros. Ce document indique que l'ordonnateur est Mme C A, adjointe au maire, et comporte la mention suivante : " Ce bordereau est signé. Ces éléments sont déduits du flux avec présence de signature électronique ". En l'absence de contestation sérieuse de la part de la société requérante tant de la conformité de la solution logicielle proposée par le prestataire de la commune au regard des protocoles mentionnés par les dispositions précitées que de la validité du certificat de signature employé en application de l'article 4 de l'arrêté du 27 juin 2007, de tels éléments suffisent à établir la réalité de la signature électronique du bordereau dématérialisé. Par suite, le moyen tiré de ce que le bordereau de titre ne serait pas signé doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer contesté comporte dans l'encadré " objet " la mention suivante : " Ville de Valenciennes Palissade Place Carpeaux 101 M*3,50€*31 jrs 01/05/2021-31/05/2021 ", ainsi que le montant de la créance s'élevant à 10 958,50 euros. L'avis des sommes à payer mentionne donc le tarif unitaire appliqué par mètre carré, le nombre de mètres carrés en cause ainsi que le nombre total de jours d'occupation du domaine public de la commune de Valenciennes par le chantier de la société Vinci Immobilier Promotion situé place Carpeaux, en particulier du fait de la présence d'une palissade. Les bases de liquidation et les éléments de calcul sur lesquels la commune s'est fondée pour mettre la somme en cause à la charge de la société Vinci Immobilier Promotion sont ainsi indiqués de manière suffisamment claire et précise. Si la société requérante conteste le tarif unitaire qui lui a été appliqué, cette contestation porte sur le bien-fondé de la créance. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mention des bases de liquidation dans l'avis des sommes à payer attaqué doit être écarté.

Sur le bien-fondé du titre litigieux :

6. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Valenciennes a autorisé l'occupation de son domaine public le long de la place Carpeaux et du boulevard Beauneveu en vue de l'installation de palissades autour du chantier " Emergence " ayant pour objet la construction de 127 logements et 1 500 mètres carrés d'espaces tertiaires. Suivant les termes mêmes du courrier en date du 26 octobre 2020 du directeur régional de la société Vinci Immobilier Promotion et ceux des courriers électroniques du 24 mars 2021 et du 2 juin 2021 du directeur des programmes de cette société, celle-ci a occupé durant la période du chantier en cause une partie de la place Carpeaux et du boulevard Beauneveu, la société Vinci Immobilier Promotion s'étant, en outre, acquitté de l'ensemble des redevances d'occupation dont elle a été désignée redevable à ce titre de 2018 jusqu'au mois de février 2020. La circonstance que la société Vinci Immobilier Résidentiel soit le titulaire du permis de construire à l'origine des travaux pour lesquels une autorisation d'occupation du domaine public a été sollicitée est sans incidence sur le bien-fondé de l'avis des sommes à payer en litige, celui-ci ne se fondant pas sur cette autorisation d'urbanisme mais sur l'occupation du domaine public. Enfin, la circonstance que par des arrêtés en date des 1er octobre 2018 et 7 décembre 2018, le maire de Valenciennes a réglementé la circulation et le stationnement place Carpeaux, avenue du sénateur Girard et boulevard Beauneveu du 8 octobre 2018 au 31 décembre 2019, à la demande de la société SPIE Batignolles Nord, ne permet pas d'établir que l'autorisation d'occuper le domaine public en cause, qui porte sur une période postérieure, a été délivrée à cette société et non pas à la société requérante. Par suite, alors que la société Vinci Immobilier Promotion ne conteste pas sérieusement avoir occupé le domaine public de la commune de Valenciennes durant la période en litige, le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas débitrice de la redevance d'occupation domaniale en litige doit être écarté.

8. En deuxième lieu, en l'absence de réglementation particulière, toute autorité gestionnaire du domaine public est compétente, sur le fondement des articles L. 2122-1, L. 2125-1 et L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques, pour délivrer les permissions d'occupation temporaire de ce domaine et fixer le tarif de la redevance due en contrepartie de cette occupation, en tenant compte des avantages de toute nature que le titulaire de l'autorisation est susceptible de retirer de cette occupation. Cette fixation du tarif ne saurait aboutir à ce que le montant de la redevance atteigne un niveau manifestement disproportionné au regard de ces avantages.

9. D'une part, suivant l'avis des sommes à payer en litige, la société requérante a occupé, durant le mois de mai 2021, une surface de 101 mètres carrés sur le domaine public communal en y installant des palissades. En procédant à une telle installation qui lui a permis d'assurer la protection des constructions en cours et du matériel entreposé sur le chantier, la société Vinci Immobilier Promotion a nécessairement retiré un avantage de l'occupation du domaine public, indépendamment de l'interruption du chantier et de ses modalités de reprise suite à la crise sanitaire survenue au printemps 2020.

10. D'autre part, par une décision n°DEC2020M12N331 du 29 décembre 2020, le maire de Valenciennes a fixé à 3,5 euros par jour par mètre carré occupé la redevance d'occupation domaniale pour l'année 2021 lorsque l'emprise au sol occupée est inférieure à 200 mètres carrés. La circonstance que d'autres collectivités pratiquent des tarifs inférieurs pour l'occupation de leur domaine public n'est pas de nature à établir, à elle seule, que ce tarif journalier serait disproportionné. Il en est de même de l'instauration par le règlement tarifaire de la commune de Valenciennes de droits d'occupation du domaine public inférieurs pour les projets de restauration immobilière reconnus d'utilité publique tel que le chantier mené à compter de 2013 portant sur la restauration de l'Hôtel du Hainaut, classé monument historique, eu égard à la nature même de ces opérations et à l'intérêt public qui s'y rapporte. Il ressort en outre de cette même décision du 29 décembre 2020 que le montant de la redevance par mètre carré est dégressif selon la surface occupée. Ainsi, l'augmentation du tarif unitaire, dont la société requérante avait jusqu'à présent bénéficié, tient à la réduction de la surface de voirie occupée par la société Vinci Immobilier Promotion désormais inférieure à 200 mètres carrés, une telle majoration étant au demeurant déjà instituée, contrairement à ce qui est soutenu, par la décision du maire de Valenciennes fixant le montant des redevances d'occupation domaniale pour l'année 2020 et sans que la société requérante ne développe une critique utile de ce mécanisme.

11. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 10 du présent jugement et des avantages de toute nature que l'occupation de 101 mètres carrés relevant du domaine public communal pendant une durée d'un mois a procuré à la société Vinci Immobilier Promotion, le montant de la redevance de 10 958,50 euros mis à sa charge par la commune de Valenciennes n'apparait pas manifestement disproportionné.

12. En troisième lieu, en se bornant à invoquer l'interruption du chantier du projet " Emergence " entre le 16 mars 2020 et le 11 mai 2020 et sa reprise partielle entre le 12 mai 2020 et la fin du mois d'août 2020, la société Vinci Immobilier Promotion n'établit pas l'existence d'une situation de force majeure susceptible de faire obstacle au paiement de la redevance due pour l'occupation du domaine public pour la période du 1er au 31 mai 2021, postérieure de plusieurs mois à ces évènements. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En quatrième et dernier lieu, la société Vinci Immobilier Promotion ne justifiant pas être partie à un contrat conclu avec la commune de Valenciennes, elle ne peut utilement se prévaloir dans le cadre du présent litige d'une situation d'imprévision tenant à l'existence d'un événement extérieur aux parties d'un contrat, imprévisible au moment de la conclusion de celui-ci et ayant pour effet d'en bouleverser l'économie. Le moyen doit donc être écarté.

14. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Vinci Immobilier Promotion à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer en vue de recouvrir la somme de 10 958,50 euros au titre d'une redevance d'occupation du domaine public afférente au mois de mai 2021 et de décharge de cette somme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Valenciennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Vinci Immobilier Promotion une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Valenciennes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Vinci Immobilier Promotion est rejetée.

Article 2 : La société Vinci Immobilier Promotion versera à la commune de Valenciennes, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Vinci Immobilier Promotion et à la commune de Valenciennes.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

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