mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107164 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PATINIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Patinier, demande au tribunal :
1°) de condamner la Fondation Hopale à lui verser une somme de 21 827,42 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement à compter du 26 février 2017 ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui verser une somme de 34 763,38 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement après l'été 2017 ;
3°) de mettre les dépens à la charge solidaire de la Fondation Hopale et du centre hospitalier de Tourcoing ;
4°) de mettre à la charge solidaire de la Fondation Hopale et du centre hospitalier de Tourcoing une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de la Fondation Hopale est engagée en raison de l'infection nosocomiale contractée au cours de sa prise en charge dans cet établissement ;
- la responsabilité de la Fondation Hopale est engagée à raison du retard de diagnostic de l'infection nosocomiale précitée et de l'absence de mise en place d'un traitement adapté ;
- le centre hospitalier de Tourcoing a commis une erreur de diagnostic ainsi qu'une faute en pratiquant un lavage prothétique le 6 octobre 2017 suivi d'une antibiothérapie non conformes aux règles de l'art ;
- ses préjudices s'élèvent à un montant global de 56 590,80 euros, se décomposant comme suit :
* 1 037 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;
* 30 750,65 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
* 4 803,15 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 20 000 euros au titre des souffrances endurées.
Par des mémoires enregistrés le 8 octobre 2021, le 10 novembre 2021 et le 24 janvier 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale, dont l'activité de recours contre tiers est exercée par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, représentée par Me de Berny, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la Fondation Hopale à lui payer la somme de 25 302,08 euros au titre des dépenses liées à l'infection nosocomiale, hors complication de diagnostic, qu'elle a exposées pour son assuré, M. B, avec intérêts à compter du 8 octobre 2021 et capitalisation des intérêts ;
2°) à titre principal, de condamner solidairement la Fondation Hopale et le centre hospitalier de Tourcoing à lui payer la somme de 16 162,78 euros au titre des dépenses exposées pour son assuré, avec intérêts à compter du 8 octobre 2021 et capitalisation des intérêts ;
3°) à titre principal, de mettre à la charge solidaire de la Fondation Hopale et du centre hospitalier de Tourcoing l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) à titre principal, de mettre à la charge solidaire de la Fondation Hopale et du centre hospitalier de Tourcoing la somme de 4 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Tourcoing à lui payer la somme de 16 162,78 euros au titre des dépenses exposées pour son assuré, M. B, avec intérêts à compter du 8 octobre 2021 et capitalisation des intérêts ;
6°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing l'indemnité forfaitaire de gestion ;
7°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing la somme de 2 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la Fondation Hopale est engagée de plein droit à raison de l'infection nosocomiale contractée par son assuré lors de sa prise en charge dans cet établissement ;
- la faute du préposé du centre hospitalier de Tourcoing, commise dans le cadre de l'intervention du 6 octobre 2017 dans cet établissement, engage la responsabilité de celui-ci ;
- ses débours définitifs en lien avec l'infection nosocomiale contractée à la Fondation Hopale s'élèvent à la somme de 25 302,08 euros ;
- ses débours définitifs consécutifs à l'intervention du 6 octobre 2017 s'élèvent à la somme de 16 162,78 euros, dont 8 585,38 euros au titre des dépenses de santé actuelles et 7 577,40 euros au titre des indemnités journalières.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2021, le 8 décembre 2021, le 31 janvier 2022 et le 17 août 2023, la Fondation Hopale, représentée par Me Boizard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet des conclusions dirigées à son encontre.
Elle soutient :
- à titre principal, qu'elle est un établissement de santé privé d'intérêt collectif à but non lucratif et ne peut donc voir sa responsabilité engagée devant la présente juridiction ;
- en tout état de cause, que M. B et la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale ont été intégralement indemnisés par le jugement du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer du 25 juillet 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 décembre 2021 et le 10 février 2022, le centre hospitalier de Tourcoing, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête, au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B et par la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale ne sont pas fondés.
Un mémoire, enregistré le 24 juillet 2023, a été présenté pour la Fondation Hopale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Menuel, substituant Me Boizard, représentant la Fondation Hopale, et de Me Vermeesch-Bocquet, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Tourcoing.
Considérant ce qui suit :
1. En raison d'une forme de coxarthrose précoce, M. B a bénéficié en 2008 de la pose d'une prothèse totale de la hanche droite. Il a été hospitalisé, du fait de l'usure de l'insert de polyéthylène, à compter du 26 février 2017 à l'Institut Calot de la Fondation Hopale pour un changement de cette prothèse, effectué le lendemain. A partir du huitième jour suivant cette opération, M. B a ressenti des douleurs au niveau de la hanche droite, associées à une hyperthermie. Le 10 juillet 2017, une échographie a été réalisée et a permis de constater l'existence de deux collections liquidiennes en regard des muscles moyens fessiers et en regard du psoas. Le 20 juillet 2017, il a été procédé à une ponction de l'hématome à la Fondation Hopale. M. B a consulté ensuite à compter du 20 septembre 2017 le docteur C, chirurgien orthopédiste au centre hospitalier de Tourcoing. Celui-ci a procédé à un lavage de la prothèse le 6 octobre 2017 au centre hospitalier de Tourcoing. Des prélèvements biologiques ont été réalisés et ont révélé la présence d'un Staphylococcus epidermidis. Un traitement antibiotique a été prescrit au requérant mais devant l'absence d'amélioration de la symptomatologie, avec mise en évidence notamment d'une thrombose, il a été procédé le 29 mars 2018 à un nouveau changement de la prothèse de la hanche droite de M. B au centre hospitalier de Tourcoing.
2. Le 28 juin 2018, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) d'une demande d'indemnisation. La CCI a ordonné une expertise, confiée à un médecin infectiologue et à un chirurgien orthopédiste, au contradictoire du centre hospitalier de Tourcoing et de la Fondation Hopale le 16 mai 2019. Les experts ont remis leur rapport le 20 février 2020. Par un avis du 23 septembre 2020, la CCI s'est déclarée incompétente, estimant notamment que M. B ne remplissait pas les conditions permettant l'engagement de la solidarité nationale. Par courriers recommandés avec accusés de réception envoyés le 5 juillet 2021, le conseil de M. B a sollicité de la Fondation Hopale et du centre hospitalier de Tourcoing l'indemnisation des préjudices subis par son client. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la Fondation Hopale et le centre hospitalier de Tourcoing à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis. Par un jugement du 25 juillet 2023, non définitif à la date de la clôture de l'instruction, le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer a condamné la Fondation Hopale à payer, d'une part, la somme de 41 825,04 euros à la CPAM de la Côte d'Opale avec intérêts et capitalisation, au titre de ses débours, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, et d'autre part, la somme de 10 518,89 euros à M. B en réparation de ses préjudices avec capitalisation des intérêts, estimant que la prise en charge au centre hospitalier de Tourcoing avait été rendue nécessaire par l'infection nosocomiale contractée par M. B au sein de la Fondation Hopale, responsable d'une prise en charge non conforme.
Sur l'exception d'incompétence opposée par la Fondation Hopale :
3. Le juge administratif n'est compétent pour connaître de conclusions tendant à mettre en jeu la responsabilité pour faute d'une personne morale de droit privé que si le dommage se rattache à l'exercice par cette personne morale de droit privé de prérogatives de puissance publique qui lui ont été conférées pour l'exécution de la mission de service public dont elle a été investie.
4. L'établissement géré par la Fondation Hopale relevant des établissements de santé privé d'intérêt collectif, il n'exerce aucune prérogative de puissance publique. Par suite, les conclusions présentées par M. B à l'encontre de la Fondation Hopale, personne morale de droit privé, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur le cadre juridique :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". Aux termes de l'article L. 6111-1 du même code : " Les établissements de santé publics, privés d'intérêt collectif et privés assurent, dans les conditions prévues par le présent code, en tenant compte de la singularité et des aspects psychologiques des personnes, le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades, des blessés et des femmes enceintes. (). ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 6154-1 du même code dans sa version applicable au litige : " Les praticiens statutaires exerçant à temps plein dans les établissements publics de santé sont autorisés à exercer une activité libérale dans les conditions définies au présent chapitre, sous réserve que l'exercice de cette activité n'entrave pas l'accomplissement des missions définies aux articles L. 6111-1 à L. 6111-1-4 ainsi qu'à l'article L. 6112-1.". En vertu de l'article L. 6154-2 du même code, l'activité libérale peut comprendre des consultations, des actes et des soins en hospitalisation et s'exerce exclusivement au sein des établissements dans lesquels les praticiens ont été nommés ou, dans le cas d'une activité partagée, dans l'établissement où ils exercent la majorité de leur activité publique, sous la triple condition que cet article énonce. Les modalités de la prise en charge du patient en secteur d'activité libérale sont alors réglées en particulier par les dispositions des articles R. 6154-6 du code de la santé publique concernant les frais de séjour, R. 6154-7 concernant les indications relatives aux règles applicables du fait de ce choix ainsi qu'à l'expression écrite du choix et par un renvoi aux dispositions de l'article R. 1112-23 du même code, qui rend impossible le transfert d'un patient, admis dans un secteur d'activité libérale ou en secteur public, dans l'autre secteur.
Sur le principe de responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing :
7. D'une part, alors que les rapports qui s'établissent entre les praticiens hospitaliers exerçant une activité libérale dans les conditions définies par les dispositions citées au point 3 et leurs patients traités à ce titre relèvent du droit privé, la responsabilité de l'établissement public de santé dans lequel le patient a été pris en charge dans le cadre de l'activité libérale du praticien peut néanmoins être engagée dès lors que les dommages invoqués sont imputables à un mauvais fonctionnement du service public résultant soit d'une mauvaise installation des locaux, soit d'un matériel défectueux, soit d'une faute commise par un agent de l'établissement mis à disposition du praticien exerçant à titre libéral.
8. D'autre part, il appartient au praticien qui réalise une intervention chirurgicale de s'assurer, au vu des données médicales dont il dispose, de la pertinence de l'indication thérapeutique sur la base de laquelle elle a été prescrite. Il s'ensuit que lorsque l'intervention est réalisée au sein du service public, y compris par un praticien hospitalier qui a lui-même posé l'indication thérapeutique dans l'exercice de son activité libérale, la faute commise dans le choix de cette indication thérapeutique est de nature à engager la responsabilité du service public hospitalier, alors même que l'exécution de l'opération n'a pas été par elle-même fautive. Il est toutefois loisible à l'établissement public de former une action récursoire contre l'auteur initial du choix thérapeutique à l'origine de la faute commise.
9. Il résulte de l'instruction que le Dr C a reçu en consultation M. B dans le cadre de son activité libérale au centre hospitalier, posant l'indication de réalisation d'un lavage prothétique, puis l'a opéré le 6 octobre 2017 au centre hospitalier de Tourcoing dans le cadre du service public hospitalier. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 20 février 2020, que le choix de réaliser un lavage prothétique suivie d'une antibiothérapie pendant trois mois n'était pas conforme aux règles de l'art. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier de Tourcoing, M. B peut se prévaloir de la faute commise du fait de l'opération réalisée au sein du service public, alors même que l'indication thérapeutique avait été posée dans l'exercice de l'activité libérale d'un praticien hospitalier et sans qu'importe la circonstance, relevée par l'expert, que l'opération se soit déroulée conformément aux règles de l'art. En pratiquant dans le cadre du service public une intervention chirurgicale inadaptée, associée à une antibiothérapie prescrite pendant trois mois, le centre hospitalier de Tourcoing a commis une faute dans le choix de l'indication thérapeutique, engageant sa responsabilité.
Sur l'évaluation des préjudices :
10. La faute du centre hospitalier de Tourcoing n'est à l'origine que d'un retard de prise en charge adaptée, de sorte que cet établissement hospitalier ne saurait être tenu que d'indemniser les préjudices en lien direct avec ce retard de prise en charge, étant précisé qu'une prise en charge adaptée aurait supposé un changement de prothèse dès le 6 octobre 2017, au lieu du lavage auquel il a été procédé, et non le 29 mars 2018, comme ce fut le cas en l'espèce. La faute du centre hospitalier de Tourcoing a donc entraîné un retard de prise en charge du 6 octobre 2017 au 27 mars 2018, M. B ayant bénéficié d'une prise en charge conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science à compter du 28 mars 2018, date de son hospitalisation pour le remplacement de sa prothèse.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
11. En premier lieu, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, " Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".
12. La caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale justifie avoir exposé pour le compte du requérant, en lien direct avec la faute commise par le centre hospitalier de Tourcoing, ce que le relevé détaillé des débours et l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil du 21 octobre 2021 permettent d'établir, sans contestation du centre hospitalier de Tourcoing, des frais pour l'hospitalisation du 6 au 13 octobre 2017 d'un montant de 6 473,04 euros, des frais de transport le 13 octobre 2017 pour un montant de 235,48 euros, des frais pharmaceutiques entre le 13 et le 15 octobre 2017 pour un montant de 603,96 euros, des frais médicaux entre le 29 décembre 2017 et le 26 mars 2018 pour un montant de 286,02 euros, dont il convient de déduire 44 euros de franchise, des frais de biologie le 16 octobre 2017 pour un montant de 210,67 euros, des frais d'imagerie exposés les 16 octobre 2017 et 18 janvier 2018 pour un montant de 380,01 euros et des soins infirmiers et de déplacement d'auxiliaires médicaux pour un montant de 440,20 euros (341,20+99). Il s'ensuit que son préjudice au titre des dépenses de santé actuelles consécutif à la faute commise par centre hospitalier de Tourcoing s'élève à un total de 8 585,38 euros.
13. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. B a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée à hauteur de quatre heures par semaine pendant les périodes de déficit fonctionnel temporaire à 25 %. Le retard de prise en charge adapté imputable au centre hospitalier de Tourcoing n'a entraîné un déficit fonctionnel temporaire de 25% que du 14 octobre 2017 à la veille de l'hospitalisation de M. B en vue du changement de prothèse, soit le 27 mars 2018 inclus. Le nombre de jours à indemniser imputable à la faute du centre hospitalier de Tourcoing est ainsi de 165. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par conséquent, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B en lui allouant une somme de 1 596,40 euros, montant qui sera mis à la charge du centre hospitalier de Tourcoing.
15. En dernier lieu, le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
16. Il résulte de l'instruction que M. B a été en arrêt de travail de février 2017 à octobre 2018. La faute commise par le centre hospitalier de Tourcoing a entraîné un retard de prise en charge que l'on peut évaluer à 173 jours, correspondant à la période du 6 octobre 2017, date du début de l'hospitalisation pour la réalisation du lavage non conforme, au 27 mars 2018, veille de l'hospitalisation de M. B pour réaliser le changement de prothèse qui s'imposait. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'avis d'imposition 2017 sur les revenus de 2016 produit par M. B, que le montant total des salaires nets et primes qu'il a perçus au cours de l'année 2016, soit l'année précédant le fait dommageable, s'élève à 33 128 euros, soit 90,76 euros par jour. Sur la période d'indisponibilité professionnelle temporaire totale consécutive imputable à la faute du centre hospitalier de Tourcoing, M. B aurait dû percevoir la somme de 15 701,48 euros (173 x 90,76). Il résulte cependant de l'instruction qu'il n'a perçu sur la période en cause que des indemnités journalières à hauteur de 43,80 euros par jour, soit un total de 7 577,40 euros sur cette période. Il s'ensuit que le montant de sa perte nette de revenus professionnels en lien avec la faute du centre hospitalier de Tourcoing s'élève à 8 124,08 euros, somme qui sera mise à la charge de l'établissement hospitalier.
17. La perte brute de gains professionnels s'élève à la somme de 15 701,48 euros, de sorte que la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 7 577,40 euros dont elle s'est acquittée au titre des indemnités journalières sur la période du 6 octobre 2017 au 27 mars 2018, somme qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Tourcoing.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
18. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 20 février 2020, que M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire imputable à la faute du centre hospitalier de Tourcoing total du 6 au 13 octobre 2017, soit pendant 8 jours, cette hospitalisation uniquement pour un lavage prothétique n'étant pas justifiée, puis un déficit fonctionnel de 25 % du 14 octobre 2017 au 27 mars 2018, veille de l'hospitalisation pour le changement de prothèse qui aurait dû être effectué plus tôt, soit pendant une seconde période de 165 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en mettant à la charge du centre hospitalier de Tourcoing une somme de 738,75 euros (8 x 15 + 165 x 0,25 x 15).
19. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que M. B a enduré des souffrances, notamment physiques, évaluées à 4 sur une échelle de 7 et imputable pour moitié à la prise en charge non conforme du centre hospitalier de Tourcoing. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 600 euros.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à solliciter la condamnation du centre hospitalier de Tourcoing à lui payer une somme totale de 14 059,23 euros (1 596,40 + 8 124,08 + 738,75 + 3 600), tandis que cet établissement hospitalier sera également condamné à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Caisse d'Opale la somme de 16 162,78 euros (8 585,38 + 7 577,40), sans préjudice pour le centre hospitalier de Tourcoing, le cas échéant, s'il s'y croit fondé, d'une action récursoire à l'encontre de la Fondation Hopale.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
21. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
22. La somme allouée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 8 octobre 2022 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
23. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
24. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
En ce qui concerne les dépens :
25. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Tourcoing une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Tourcoing demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B dirigées contre la Fondation Hopale et les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale dirigées contre la Fondation Hopale sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le centre hospitalier de Tourcoing est condamné à verser à M. B la somme de 14 059,23 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Tourcoing est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale la somme de 16 162,78 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 8 octobre 2022 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune des dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le centre hospitalier de Tourcoing versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Le centre hospitalier de Tourcoing versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le centre hospitalier de Tourcoing versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, à la Fondation Hopale et au centre hospitalier de Tourcoing.
Copie pour information sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOU La greffière,
signé
J. VANDEWYNGAERDE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026