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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107194

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107194

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCUNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, M. A B, représenté par la SELARL Retex avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Cambrai à lui verser la somme de 68 570,79 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison des illégalités entachant l'arrêté du 25 novembre 2016 par lequel le maire de la commune de Cambrai a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'une maison d'habitation, somme à majorer des intérêts moratoires et d'intérêts compensatoires ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cambrai la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les illégalités entachant l'arrêté du 25 novembre 2016 sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- ces illégalités lui ont causé des préjudices financiers, un préjudice moral et un trouble dans les conditions d'existence ;

- il existe un lien de causalité entre ses préjudices et les fautes de la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, la commune de Cambrai, représentée par la SCP Lecompte et Ledieu, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à ce que les sommes demandées par M. B soient réduites à de plus justes proportions.

Elle soutient que :

- le lien de causalité entre les préjudices allégués et la faute de la commune n'est pas établi ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leclère,

- et les conclusions de M. Liénard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Cambrai à lui verser la somme de 68 570,79 euros en indemnisation des préjudices subis en raison des illégalités entachant l'arrêté du 25 novembre 2016 par lequel le maire de la commune de Cambrai a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation sur un terrain situé Grande rue verte, sur le territoire communal.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. La responsabilité d'une personne publique ne peut être engagée sur le fondement de la faute que si se trouvent réunies les conditions auxquelles la reconnaissance de cette responsabilité est subordonnée, à savoir l'existence d'un préjudice, celle d'une faute et celle d'un lien de causalité direct et certain entre cette faute et le préjudice allégué.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Cambrai :

3. Il résulte de l'instruction que par un jugement n° 1702890 du 3 août 2020, devenu définitif, le tribunal de céans a annulé l'arrêté du 25 novembre 2016 par lequel le maire de la commune de Cambrai a refusé de délivrer à M. B un permis de construire, en raison de l'inexacte application faite par cette autorité des dispositions des articles UD1 et UD3 du règlement de plan local d'urbanisme, le projet en cause, qui tend à la construction d'une maison de plain-pied d'une emprise au sol de 169,40 m2, d'une allée carrossable qui relie la chaussée à la maison et de deux places de stationnement, n'étant pas au nombre de ceux interdits par l'article UD1 et les accès n'en étant pas insuffisants au regard des dispositions de l'article UD3. De telles illégalités constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Cambrai.

En ce qui concerne les préjudices :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'en raison du refus fautif de lui délivrer l'autorisation de construire sollicitée qui lui a été opposé, M. B n'a pas pu mener son projet avant le 21 octobre 2020, date à laquelle il s'est vu délivrer le permis de construire sollicité à la suite de l'injonction prononcée par le tribunal dans son jugement précité du 3 août 2020. Ce même refus l'a par ailleurs empêché de vendre l'habitation qu'il souhaitait quitter dans le même temps. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B et de ses troubles dans les conditions d'existence en lui allouant une somme de 1 000 euros.

5. En deuxième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.

6. Il résulte des termes mêmes du jugement du 3 août 2020 que le tribunal de céans a mis à la charge de la commune de Cambrai le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune de Cambrai à lui verser la somme de 2 532 euros au titre des frais d'avocat qu'il aurait exposés dans le cadre de l'instance n° 1702890.

7. En troisième lieu, il résulte des factures produites par M. B que, à sa demande, deux constats ont été dressés par un huissier les 23 août 2017 et 23 février 2021 pour un coût total de 594,09 euros. Toutefois en l'absence de production de ces constats et de précision suffisante sur leur objet, l'existence d'un lien de causalité direct entre ce chef de préjudice et les fautes mentionnées au point 3 du présent jugement n'est pas établi. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à en demander l'indemnisation

8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a contracté un emprunt pour un montant de 61 000 euros impliquant le remboursement d'intérêts pour un montant total de 11 418,17 euros. Toutefois, si cet emprunt a pu faire l'objet de modifications le 17 octobre 2017, il apparaît qu'il a été conclu dès le 10 mars 2016 avec des remboursements débutant le 10 avril 2016, le requérant n'ayant sollicité la délivrance d'un permis de construire que le 4 août 2016. Il ne résulte en outre d'aucune des pièces du dossier que cet emprunt a été contracté en vue de la réalisation du projet immobilier de l'intéressé, les documents bancaires produits ne mentionnant pas l'objet de cet emprunt. Dans ces circonstances particulières, l'existence d'un quelconque lien entre les intérêts dus par M. B au titre de cet emprunt et les fautes commises par la commune de Cambrai en refusant de délivrer le permis de construire sollicité n'est pas établie et le requérant n'est ainsi pas fondé à demander une indemnité correspondant au montant de ces intérêts.

9. En cinquième lieu, les impôts fonciers acquittés par M. B au titre des années 2016 et suivantes étant dus par celui-ci en sa qualité de propriétaire des parcelles acquises le 20 mai 1999 et quelle que soit leur utilisation, le chef de préjudice allégué à ce titre est sans lien avec les fautes commises par la commune de Cambrai et mentionnées au point 3 du présent jugement.

10. En sixième et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les frais liés à une consommation d'eau et d'électricité sur le terrain dont M. B est propriétaire résultent directement de l'illégalité du refus opposé par le maire de Cambrai à sa demande de permis de construire. Dès lors, M. B n'est pas fondé à en demander l'indemnisation de ces dépenses.

11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Cambrai doit être condamnée à verser à M. B une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis du fait des fautes commises en lui refusant le 25 novembre 2016 le permis de construire sollicité le 4 août 2016, compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts compensatoires :

12. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Cambrai aurait fait preuve d'un mauvais vouloir de nature à ouvrir droit au versement de dommages et intérêts prévus par le dernier alinéa de l'article 1231-6 du code civil. Par suite, la demande présentée par M. B au titre des intérêts compensatoires, au demeurant non chiffrée, doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Cambrai demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cambrai, la somme demandée par M. B en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Cambrai est condamnée à verser à M. B la somme de 1 000 euros, tous intérêts échus à la date du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Cambrai.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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