mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107466 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG, SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 17 septembre 2021, le 19 octobre 2021, le 22 mai 2024 et le 14 août 2024, l'Association Sans But Lucratif (ASBL) Tour des Sites, représentée par Me Adeline-Delvolvé, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la commune de Hautmont et l'association Comité Foire Corso à lui verser la somme de 2 960 228, 20 euros, quitte à parfaire, assortie des intérêts moratoires à compter du 16 juillet 2021 et capitalisés à compter du 16 juillet 2022 ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Hautmont et de l'association Comité Foire Corso la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Hautmont et de l'association Comité Foire Corso la somme de 13 euros au titre des dispositions des articles L. 723-3, R. 723-26-1 et R. 723-26-2 du code de la sécurité sociale.
Elle soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors que l'association Comité Foire Corso, avec qui elle a signé un marché de prestation de services en vue de la conception, de l'organisation et de la promotion de manifestations biannuelles dans la ville de Hautmont, est une association transparente, créée et contrôlée par la commune d'Hautmont ; en tout état de cause, l'association Comité Foire Corso doit être considérée comme agissant en tant que mandataire de la commune ;
- la résiliation le 11 septembre 2020 du marché de prestations de services dont elle était titulaire est illégale ; la circonstance que l'état d'urgence sanitaire ne permettait pas à cette date les rassemblements de plus de 5 000 personnes n'était pas de nature à constituer un cas de force majeure justifiant une résiliation unilatérale du contrat ; cette résiliation ne pouvait pas plus se justifier par la reprise en régie par la commune de l'organisation des manifestations faisant l'objet du marché, qui ne peut pas être considérée comme un motif d'intérêt général suffisant ;
- cette résiliation illégale est susceptible d'engager la responsabilité pour faute de l'association Comité Foire Corso et de la commune de Hautmont ;
- elle est fondée à demander la condamnation solidaire de l'association Comité Foire Corso et de la commune de Hautmont à l'indemniser, d'une part, des dépenses qu'elle avait déjà engagées au titre de la réalisation du contrat, pour un montant total de 330 236, 91 euros, d'autre part, du manque à gagner que cette résiliation lui a fait supporter, pour un montant total de 129 991, 29 euros, et, enfin, de la perte de chance de voir le marché reconduit, pour un montant total de 2 800 000 euros ;
- elle est également fondée à être indemnisée du préjudice d'image qu'elle a subi à l'occasion de la résiliation du contrat, pour un montant de 50 000 euros ;
- la somme totale qu'elle réclame en indemnisation des préjudices qu'elle déclare avoir subis est ramenée à 2 960 228, 20 euros une fois déduite la somme de 350 000 euros que l'association Comité Foire Corso lui avait déjà versée entre le mois de mars et le mois de juin 2020.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 novembre 2022 et le 16 août 2024, la commune de Haumont, représentée par Me Pinot, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'ASBL Tour des Sites de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- cette requête est irrecevable dès lors qu'elle ne sollicite l'annulation d'aucune décision identifiable ;
- cette requête est irrecevable dès lors qu'elle est portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- les conclusions tendant à sa condamnation solidaire sont irrecevables dès lors qu'elle est tiers au contrat et que sa responsabilité contractuelle ne peut donc pas être recherchée à ce titre ;
- à titre subsidiaire, la requête est infondée en l'absence de résiliation fautive du marché ;
- l'association requérante n'est pas fondée à solliciter une indemnité puisqu'elle a convenu, à l'article 12 du cahier des charges du marché dont elle était titulaire, de renoncer à toute indemnité en cas de résiliation ;
- à titre infiniment subsidiaire, les préjudices invoqués par l'association requérante sont incertains, injustifiés dans leurs principes et dans leurs montants.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 9 août 2024, l'association Comité Foire Corso, représentée par Me Troussière, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'ASBL Tour des Sites de la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- cette requête est irrecevable dès lors qu'elle est portée devant un ordre de juridiction incompétent ;
- à titre subsidiaire, la requête est infondée en l'absence de résiliation fautive du marché ; elle n'a commis aucune faute en résiliant ce marché pour le double motif de la force majeure dans le contexte de la crise sanitaire liée au Covid 19 et de l'intérêt général, dès lors que la commune de Hautmont a annoncé reprendre en régie la gestion des manifestations confiées à l'ASBL Tour des sites ;
- les demandes indemnitaires de l'association requérante ne peuvent qu'être rejetées en l'absence de préjudices directs et certains ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucune pièce ne vient étayer les demandes indemnitaires de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de Me Bouniol, représentant l'ASBL Tour des Sites ;
- les observations de Me Charron, représentant la commune de Hautmont ;
- et les observations de Me Troussière, représentant l'association Comité Foire Corso.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement en date du 4 mars 2020, l'association Comité Foire Corso a attribué à l'ASBL Tour des Sites un marché de prestations de services en vue de la conception, de l'organisation et de la promotion de manifestations biannuelles dans la ville d'Hautmont (59) d'une durée d'un an, renouvelable cinq fois. Ce marché a pour objet la conception, l'organisation et la promotion de deux évènements festifs de trois jours en juin et de cinq jours en septembre. Dans le contexte de la crise sanitaire du Covid 19, l'association Comité Foire Corso a pris la décision, le 27 mars 2020, de reporter la manifestation de juin à septembre, puis, le 8 juillet 2020, d'annuler ladite manifestation et de suspendre l'organisation de la manifestation de décembre. Par un courrier du 11 septembre 2020, l'association Comité Foire Corso a finalement notifié à l'ASBL Tour des Sites sa décision de résilier le marché dont elle était titulaire aux motifs, d'une part, de la force majeure en raison de la pandémie de Covid 19 et, d'autre part, de l'intérêt général, la commune de Hautmont ayant décidé de reprendre l'organisation de ces manifestations en régie. Par deux courriers notifiés le 16 mai 2021, respectivement à la commune de Hautmont et à l'association Comité Foire Corso, l'ASBL Tour des Sites a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle déclare avoir subis du fait de cette résiliation. Ces réclamations ayant fait l'objet de rejets implicites, par la présente requête, l'ASBL Tour des Sites demande au tribunal la condamnation solidaire de la commune d'Hautmont et de l'association Comité Foire Corso à lui verser la somme de 2 960 228,20 euros.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Sauf si la loi en dispose autrement, les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l'une des parties agit pour le compte d'une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l'accessoire d'un contrat de droit public.
3. L'association Comité Foire Corso, association régie par la loi du 1er juillet 1901, a été créée en 2006 par des bénévoles afin de développer un certain nombre de manifestations dans la commune de Hautmont (tombolas, loteries, concerts, bals, repas) ainsi que les manifestations principales de " Hautmont Belle île " en juin et le marché de Noël en décembre. La requérante fait valoir la proximité de cette association avec la commune de Hautmont, alors que les deux parties ont conclu en 2014 pour une durée de six ans puis le 31 janvier 2020 pour une durée d'un an une convention d'objectifs afin de préciser les modalités d'organisation des fêtes de " Hautmont Belle île " et du marché de Noël réalisées par l'association sur le territoire de Hautmont ainsi que les obligations de service public que la commune entend voir respecter et les conditions dans lesquelles elle apporte son concours à leur réalisation. Il résulte toutefois de l'instruction que la commune de Hautmont ne participe pas à la gouvernance de l'association et n'exerce pas un contrôle effectif sur les activités, le fonctionnement ou encore la comptabilité de l'association, ni au travers de cette convention d'objectifs ni en pratique. Dans ces conditions, l'association Comité Foire Corso ne peut pas être regardée comme ayant agi au nom et pour le compte de la commune de Hautmont. L'ASBL Tour des sites n'est pas davantage fondée à soutenir que l'association Comité Foire Corso devrait être regardée comme une " association transparente " dès lors que si l'association Comité Foire Corso est essentiellement financée par la personne publique, cette dernière n'est pas à l'origine de sa création et n'en contrôle ni l'organisation ni le fonctionnement. Dans ces conditions, contrairement à ce qui est soutenu, le marché de prestations de services litigieux ne revêt pas de caractère administratif et doit être regardé comme un contrat de droit privé. Dès lors, ce litige relève de la compétence du juge judiciaire et l'exception d'incompétence de la juridiction administrative pour connaître du présent litige doit donc être accueillie.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par l'ASBL Tour des Sites doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".
6. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre à la charge de l'ASBL Tour des Sites une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Hautmont et une somme de 1 500 euros à verser à l'association Comité Foire Corso au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de l'ASBL Tour des Sites sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : L'ASBL Tour des Sites versera une somme de 1 500 euros à la commune de Hautmont au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : L'ASBL Tour des Sites versera une somme de 1 500 euros à l'association Comité Foire Corso au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Association Sans But Lucratif (ASBL) Tour des Sites, à la commune de Hautmont et à l'association Comité Foire Corso.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026