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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107514

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107514

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP LECOMPTE LEDIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 septembre 2021 et 30 mars 2022, M. A D, représenté par Me Ledieu, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Thrith-Saint-Léger à lui verser la somme de 193 772,50 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'accident de service survenu le 7 mai 2013 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens en ce compris les frais d'expertise.

Il soutient que :

- la responsabilité de la commune est engagée en raison de l'accident du 7 mai 2013 reconnu imputable au service ;

- les préjudices subis s'élèvent à la somme de 193 772,50 euros.

Par un mémoire en défense enregistré 23 novembre 2021, la commune de Trith-Saint-Léger conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le requérant ne justifie pas des chiffrages avancés.

Par un mémoire enregistré le 1er février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut indique ne pas être intervenue dans la prise en charge de l'accident de service du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boileau,

- et les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, agent de maîtrise principal employé par la commune de Trith-Saint-Léger, a été victime, le 7 mai 2013, d'un accident reconnu imputable au service. Souhaitant mettre en jeu la responsabilité de la commune, il a saisi le tribunal administratif de Lille en vue de la réalisation d'une expertise médicale visant à déterminer l'ampleur des préjudices subis. L'expert a rendu son rapport le 28 novembre 2018. Le 10 mai 2021, M. D a sollicité de son employeur l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de cet accident de service. Ses demandes ayant été rejetées par courrier du 2 juin 2021, M. D demande au tribunal, par la présente requête, de condamner la commune de Trith-Saint-Léger à lui verser la somme de 193 772,50 euros à ce titre.

Sur la responsabilité de la commune de Trith-Saint-Léger :

2. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

3. Il résulte de l'instruction que M. D a subi le 7 mai 2013 un accident reconnu imputable au service. Par suite, il est fondé à soutenir que la responsabilité sans faute de la commune de Trith-Saint-Léger peut être engagée du fait de cet accident.

Sur l'évaluation des préjudices :

4. Il résulte de l'instruction que l'expert a fixé la consolidation de l'état de santé de M. D au 5 septembre 2017.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais de conseil :

5. Il résulte de l'instruction que M. D a bénéficié de l'assistance du docteur B au cours des opérations d'expertise diligentées par le tribunal. Par suite, il est fondé à obtenir le versement de la somme correspondant aux deux factures acquittées pour un montant total de 660 euros.

S'agissant de l'assistance par une tierce personne :

6. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

Quant à la période comprise entre l'accident et la date du jugement :

7. Il résulte du rapport d'expertise que, du 8 novembre 2013 au 31 janvier 2014, soit 85 jours, M. D a eu recours à l'assistance d'une tierce personne à hauteur de deux heures et demi par jour, puis du 1er février 2015 au 30 juin 2015, soit pour 150 jours, à hauteur d'une heure par jour, et du 1er juillet 2015 au 5 septembre 2017, soit 114 semaines, à hauteur de trois heures par semaine. L'expert a par ailleurs estimé que l'état de santé de M. D continue de nécessiter, après la consolidation, une assistance à hauteur de trois heures par semaine en viager. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des maladies iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice en en fixant la réparation à la somme de 30 925,40 euros (15 x (412/365) x ((85 x 2,5) + 150 + (114 x 3) + (374 x 3))).

Quant à la période postérieure au jugement :

8. S'agissant des préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations de sécurité sociale, il appartient au juge de décider si la réparation par le tiers responsable doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable, sans que le choix ne soit subordonné à l'accord du responsable. L'indemnisation du coût de l'assistance par une tierce personne sous la forme d'une rente trimestrielle constitue, en l'état de l'instruction, la modalité de réparation la plus équitable pour l'avenir. Celle-ci doit être arrêtée sur la base des mêmes besoins que ceux fixés précédemment, pour un tarif horaire de 15 euros, sur une durée annuelle de 412 jours. Ainsi, compte tenu de ce tarif, il convient de retenir une rente annuelle de 2 642 euros. Cette rente sera revalorisée annuellement par la suite en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale et sera versée à chaque année échue.

S'agissant de la perte de chance de promotion professionnelle :

9. M. D demande l'indemnisation du préjudice résultant de la perte de chance d'évolution de sa carrière. Toutefois, le préjudice invoqué correspond à l'incidence professionnelle de l'accident de service et ne peut, au regard du principe rappelé au point 2, être réparé sur le fondement de la responsabilité sans faute.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

10. Il résulte du rapport d'expertise que M. D a subi un déficit fonctionnel total du 7 mai 2013 au 7 novembre 2013, du 20 novembre 2013 au 22 novembre 2013, du 13 février 2014 au 15 février 2014, du 27 février 2017 au 3 mars 2017, le 6 avril 2017 ainsi durant une semaine au contexte de période d'hospitalisation non documentées, en rapport avec des applications de patchs. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant ces périodes en en fixant la réparation à la somme de 3 060 euros (204 x 15).

S'agissant des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire :

11. D'une part, il résulte du rapport d'expertise que M. D a subi des souffrances évaluées à 5 sur une échelle de 0 à 7 en raison d'un traumatisme grave avec atteintes poly-fracturaires et complications viscérales, d'une longue période de convalescence, des soins infirmiers et de rééducation ainsi que d'une évolutivité pathologique douloureuse. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 13 500 euros.

12. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que M. D a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 2 sur une échelle de 0 à 7 en raison d'une immobilisation totale et partielle avec contrainte d'aides orthopédiques pour les déplacements du 7 mai 2013 au 20 juin 2014 puis évalué à 1,5 sur la même échelle en raison d'un état cicatriciel cutané et d'une marche avec boiterie. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 500 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

13. Il résulte du rapport d'expertise que M. D conserve, depuis la consolidation de son état de santé, un déficit fonctionnel permanent de 20% en raison de douleurs lombaires avec névralgies sciatiques d'intensité moyenne, une gêne à marcher ainsi qu'un retentissement sur ses capacités professionnelles. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de l'âge de M. D à la date de consolidation de son état de santé, à savoir 61 ans, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 28 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

14. Il résulte du rapport d'expertise que M. D conserve un préjudice esthétique permanent évalué à 1,5 sur une échelle de 0 à 7 en raison d'un état cicatriciel cutané et d'une marche avec boiterie. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice en en fixant la réparation à la somme de 1 400 euros.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

15. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ". En vertu des dispositions de cet article, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise réalisée par le docteur C, taxés et liquidés à la somme de 840 euros, à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger.

En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Trith-Saint-Léger versera à M. D la somme de 80 045,40 euros.

Article 2 : La commune de Trith-Saint-Léger versera à M. D une rente annuelle d'un montant de 2 642 euros dans les conditions énoncées au point 8 du présent jugement.

Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 840 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Trith-Saint-Léger.

Article 4 : La commune de Trith-Saint-Léger versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Trith-Saint-Léger.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Perrin, premier conseiller,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

C. BOILEAU

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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