mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107547 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 juin 2021 et 17 novembre 2021, M. F, représenté par Me Ferrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juin 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a, refusé, d'une part, d'abroger l'arrêté du 7 mai 2018 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et, d'autre part, de lui restituer son passeport gabonais ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder, à ses frais, à la restitution de son passeport dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la requête n'est pas tardive en raison de la demande d'aide juridictionnelle qu'il avait déposée.
En ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que la personne qui a pris cette décision était compétente pour ce faire ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions des articles L. 242-3 et L. 243-4 du code des relations entre le public et l'administration inapplicables en l'espèce alors que le préfet aurait dû faire application des dispositions de l'article L. 243-1 de ce même code ;
- elle est également entachée d'erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet, il a justifié de nombreux éléments nouveaux concernant sa situation personnelle ;
- elle est enfin entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de refus de restitution de son passeport gabonais :
- il n'est pas établi que la personne qui a pris cette décision était compétente pour ce faire ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'obligation de quitter le territoire français datait de plus d'un an et qu'il ne pouvait plus être regardé comme pouvant faire l'objet d'une assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est tardive et, par suite, irrecevable.
Par une ordonnance n° 2103698 du 23 septembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a transféré la requête de M. E au tribunal administratif de Lille.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E par une décision du 26 octobre 2020.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 décembre 2021 à 23h59 par une ordonnance du 14 décembre 2021.
Les parties ont été informées, par lettre du 10 février 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étaient irrecevables dès lors que cette décision est confirmative de la mesure d'éloignement du 7 mars 2018.
Par un mémoire en réponse à ce moyen d'ordre public, enregistré le 15 février 2022, M. E, représenté par Me Ferrand, fait valoir que la demande d'abrogation est fondée sur des éléments de fait nouveaux susceptibles d'avoir une incidence sur le maintien de la mesure d'éloignement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, né le 28 mai 1988 au Gabon, de nationalité gabonaise, est entré en France le 17 septembre 2012, de manière régulière, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant, régulièrement renouvelée, jusqu'au 30 juin 2015 date à laquelle il s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 29 mars 2016. N'ayant pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour, M. E s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. A la suite d'une interpellation par les services de police le 6 mars 2018, le préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 7 mars 2018, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de renvoi, son passeport gabonais faisant par ailleurs l'objet d'une mesure de rétention par les services préfectoraux. M. E a contesté cet arrêté préfectoral mais, par un jugement n° 1802143 du 10 avril 2018, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa requête. Par un courrier du 27 décembre 2019, M. E a sollicité du préfet de la Haute-Garonne, d'une part, l'abrogation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, la restitution de son passeport gabonais. Par une décision du 22 juin 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 22 juin 2020 portant refus d'abrogation de la décision du 7 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français :
2. S'il appartient à l'étranger, s'il s'y croit fondé, de demander à l'autorité administrative l'abrogation d'une obligation de quitter le territoire français, cette possibilité est subordonnée à une modification dans les circonstances de fait ou dans la réglementation applicable.
3. Aux termes de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration est tenue de procéder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait d'une décision créatrice de droits si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l'édiction de la décision ". Aux termes de l'article L. 243-1 de ce code : " Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé sous réserve, le cas échéant, de l'édiction de mesures transitoires dans les conditions prévues à l'article L. 221-6 ". Aux termes de l'article L. 243-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 243-3, une mesure à caractère de sanction infligée par l'administration peut toujours être retirée ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande d'abrogation présentée par M. E, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé, non sur les dispositions de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration, mais sur celles des articles L. 242-3 et L. 243-4 du même code, pourtant inapplicables à l'espèce dès lors que la mesure d'éloignement prise le 7 mars 2018 à l'encontre du requérant ne constitue ni une décision créatrice de droits pour l'intéressé ni une sanction. Pour autant, le préfet de la Haute-Garonne a également fondé sa décision sur l'absence d'éléments nouveaux de nature à justifier qu'il soit mis fin à cette obligation de quitter le territoire français, et le préfet doit ainsi être regardé comme ayant, à juste titre, apprécié la possibilité d'abroger cette décision au regard des éléments de fait nouveaux que le requérant avait apportés à l'appui de sa demande d'abrogation.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour solliciter l'abrogation de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 mars 2018, le requérant produit une promesse d'embauche, datée du 28 mars 2019, d'une entreprise dénommée Atypsis, indiquant vouloir l'embaucher pour un poste de technicien de vente à distance, pour un contrat à durée indéterminée à 1 700 euros. Toutefois, il n'est ni établi ni même allégué qu'une demande d'autorisation de travail aurait été présentée par son futur employeur potentiel auprès de l'administration du travail. M. E se borne ensuite à produire, d'une part, différents courriels démontrant qu'il est toujours en recherche active d'emploi et qu'il a noué, à cet effet, des contacts avec différentes entreprises et, d'autre part, une copie du titre de séjour de son frère désormais étudiant en France depuis octobre 2018. Au regard de ces seuls éléments, le préfet a pu, à bon droit, considérer que le requérant ne justifiait pas d'éléments nouveaux et, pour ce seul motif, rejeter le 22 juin 2020 la demande d'abrogation de la décision du 7 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, M. E n'est pas recevable à demander l'annulation de cette décision du 22 juin 2020 qui présente un caractère confirmatif de la décision du 7 mars 2018.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et d'examiner les moyens soulevés par le requérant contre cette décision, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 juin 2020 portant refus d'abrogation de la décision du 7 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 22 juin 2020 portant refus de restitution de son passeport à M. E :
7. En premier lieu, la décision contestée du 22 juin 2020 est signée, pour le préfet de la Haute-Garonne et par délégation, par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté du 17 décembre 2019 publié le même jour au recueil n° 31-2019-329 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, à la date de la décision contestée, M. E était toujours en situation irrégulière. Par suite, par application des dispositions précitées, et sans qu'il puisse faire utilement valoir le délai écoulé depuis le dernier arrêté d'éloignement pris à son encontre, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales présentées par M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction qu'il présente doivent être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Perdu, présidente,
- M. Fabre, premier conseiller,
- Mme Bergerat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 202Le rapporteur,
signé
X. ALa présidente,
signé
S. PERDULa greffière,
signé
S. MAUFROID
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026