vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107573 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | SCP MASSON ET DUTAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2021, M. B C, représenté par Me Dutat, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le président du département du Nord a refusé de prendre en compte ses enfants pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active pour la période allant de mars 2020 à janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre au président du département du Nord de le rétablir rétroactivement dans ses droits en prenant en compte ses cinq enfants ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est illégale en raison d'un vice de procédure le privant d'une garantie, la commission de recours préalable n'ayant pas été consultée pour avis sur son recours administratif ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où il assume la charge effective et permanente de ses cinq enfants, ceux-ci étant en résidence alternée à son domicile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le président du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de ce que la commission de recours amiable n'a pas été consultée pour avis est inopérant, dès lors notamment que M. C a été rétabli dans ses droits à compter de l'exercice de son recours administratif préalable obligatoire ;
- la révision des droits du requérant s'est effectuée en raison de la déclaration du choix des parents en date du 29 novembre 2019, valable pour une année.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est allocataire du revenu de solidarité active (RSA) et père de cinq enfants, lesquels résident, tous depuis le 1er septembre 2019, en alternance au domicile de chacun de leur parent, à la suite d'un jugement prononcé le 16 octobre 2018 par le juge aux affaires familiales de Lille. Par courrier du 18 mars 2020, la caisse d'allocations familiales du Nord a informé M. C d'une révision de ses droits à compter du 1er mars 2020. À la suite d'une déclaration de situation du 29 novembre 2019 précisant le choix du parent en cas de résidence alternée, les droits au RSA de M. C ont été révisés. Par courrier du 2 février 2021, reçu le 9 février 2021, M. C a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Par décision du 3 juin 2021, le président du département du Nord a rejeté comme tardif ce recours, mais a accepté de tenir compte des enfants de M. C pour le calcul de ses droits au RSA à compter de la réception de la contestation de ce dernier, soit à compter du mois de février 2021. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision et de le rétablir rétroactivement dans ses droits.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction, dès lors qu'il n'est pas justifié de la date à laquelle M. C a effectivement reçu notification du courrier du 18 mars 2020 l'informant d'une révision du montant de ses droits, que le requérant aurait exercé tardivement, comme le retient la décision contestée du 3 juin 2021, son recours administratif préalable obligatoire.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". A termes de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262- 2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; () La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. /A termes de l'article R. 262- 1 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 [ou au 2° du même article] applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. Toutefois, lorsque le foyer comporte plus de deux enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge, à l'exception du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin de l'intéressé, la majoration à laquelle ouvre droit chacun de ces enfants ou personnes est portée à 40 % à partir de la troisième personne. / Dans le cas des personnes isolées au sens de l'article L. 262-9, le montant majoré est égal à 128,412 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne. S'y ajoute, pour chaque enfant à charge, un supplément égal à 42,804 % du montant forfaitaire applicable à un foyer composé d'une seule personne, mentionné à l'article L. 262-2. Le même supplément s'applique lorsque le foyer comporte d'autres personnes à charge que des enfants ".
4. A termes de l'article R. 262-3 du même code : " Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, sont considérés comme à charge : 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales ; 2° Les autres enfants et personnes de moins de vingt-cinq ans qui sont à la charge effective et permanente du bénéficiaire à condition, lorsqu'ils sont arrivés au foyer après leur dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus. () " Enfin, aux termes de l'article R. 262-4 du même code : " La périodicité mentionnée à l'article L. 262-21 pour le réexamen du montant de l'allocation de revenu de solidarité active est trimestrielle () Pour chacun des trois mois, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article L. 262-9 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré () "
5. Il résulte de ces dispositions que, pour calculer le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que pour déterminer le droit d'une personne isolée assumant la charge d'un ou plusieurs enfants à la majoration de ce montant forfaitaire en application de l'article L. 262-9 du même code, doivent être regardés comme à la charge de l'allocataire du revenu de solidarité active les enfants ouvrant droit aux prestations familiales, ainsi que les autres enfants à sa charge effective et permanente, sous réserve des conditions définies au 2° de l'article R. 262-3 du même code. Eu égard à l'objet du revenu de solidarité active, qui est notamment, en vertu de l'article L. 262-1 du même code, d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, lorsqu'un parent allocataire du revenu de solidarité active bénéficie pour son enfant, conjointement avec l'autre parent dont il est divorcé ou séparé de droit ou de fait, d'un droit de résidence alternée qui est mis en œuvre de manière effective et équivalente, ce parent doit être regardé comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant et a droit, sauf accord contraire entre les parents ou mention contraire dans une décision du juge judiciaire, au bénéfice de la moitié de la majoration pour enfant à charge du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles et, s'il en remplit les autres conditions, de la moitié de la majoration pour parent isolé mentionnée à l'article L. 262-9 du même code. Toutefois, compte tenu des incidences possibles de ce partage sur les droits de l'autre parent, susceptible de bénéficier lui aussi du revenu de solidarité active, il appartient au parent qui sollicite une telle répartition d'établir l'existence d'une résidence alternée mise en œuvre de manière effective et équivalente, laquelle doit être présumée s'il fournit à l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, à défaut de partage de la charge de l'enfant pour le calcul des allocations familiales, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, une décision de ce juge ou un document attestant l'accord existant entre les parents sur ce mode de résidence.
6. M. C soutient que la composition de son foyer considérée pour déterminer ses droits au RSA sur la période en litige est erronée, en l'absence de prise en compte de ses cinq enfants en résidence alternée à son domicile. Il résulte de l'instruction, et notamment du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Lille du 16 octobre 2018 que les cinq enfants de M. C résident alternativement au domicile de chacun des parents, les semaines impaires chez le père et les semaines paires chez la mère, ainsi que la moitié des vacances scolaires. Compte tenu de ces éléments, l'existence d'une résidence alternée des enfants au domicile du requérant est établie pour les quatre aînés depuis le 16 octobre 2018 et pour l'ensemble des enfants depuis le 1er septembre 2019. Si M. C et la mère de ses enfants ont indiqué dans un formulaire CERFA intitulé " Enfant(s) en résidence alternée- Déclaration et choix dois parents ", renseigné le 29 novembre 2019, visant les articles L. 521-2 et R. 513-1 du code de la sécurité sociale, qu'ils choisissaient de partager les allocations familiales, avec versement des autres prestations à la mère des enfants, il ne résulte pas de l'instruction que ce formulaire portait sur la majoration forfaitaire pour le calcul du revenu de solidarité active, lequel constitue une aide sociale régi par le code de l'action sociale et des familles, et non une allocation ou même une prestation familiale. Il s'ensuit que le choix du partage des prestations familiales est sans influence sur la notion d'enfant à charge pour le calcul du revenu de solidarité active et que le département du Nord ne peut se prévaloir des dispositions de l'article R. 513-1 du code de la sécurité sociale, texte pris pour l'application des prestations mentionnées au livre V de ce code. Dès lors, en calculant les droits de M. C au RSA sans prise en compte, pour moitié, de la majoration pour enfants à charge auquel lui ouvrait droit la garde alternée de ses enfants, la caisse d'allocations familiales du Nord a commis une erreur de droit.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 3 juin 2021, par laquelle le président du département du Nord a rejeté son recours administratif contre le refus de la caisse d'allocations familiales du Nord de prendre en compte ses enfants pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active pour la période de mars 2020 à janvier 2021, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. M. C demande à être rétabli dans ses droits au RSA à compter de mars 2020. Le présent jugement implique nécessairement que le requérant soit rétabli dans ses droits, l'état de l'instruction et les pièces du dossier ne permettant pas d'établir avec certitude les droits de M. C, notamment de fixer le montant du RSA dû compte tenu des motifs du présent jugement. Il y a lieu en conséquence d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord de réexaminer la situation de M. C au titre du RSA, conformément aux motifs de la présente décision, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Dutat, conseil de M. C, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 3 juin 2021, par laquelle le président du département du Nord a refusé de prendre en compte les enfants de M. C pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active, pour la période de mars 2020 à janvier 2021 inclus, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales du Nord de réexaminer la situation de M. C pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active conformément aux motifs du présent jugement pour la période allant de mars 2020 à janvier 2021 inclus, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le département du Nord versera à Me Dutat une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dutat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Dutat et au département du Nord.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
B. DELTOUR
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026