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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107820

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107820

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107820
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFARHAT AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 4 octobre 2021 et 21 décembre 2022, la société par actions simplifiée à associé unique EUPEC PipeCoatings France, représentée par la société d'avocats LetA, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique et du décolletage, qui ont été mises à sa charge au titre du second semestre 2016, des deux semestres des années 2017 et 2018 ainsi que du premier semestre 2019 et des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas assujettie à la taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique et du décolletage car elle a pour activité réelle la prestation de services dans le secteur pétrolifère, nonobstant le code APE 2561 qui lui a été attribué par l'Institut national de la statistique et des études économiques ;

- la créance correspondant aux cotisations litigieuses de taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique et du décolletage et des majorations correspondantes ne lui est pas opposable, n'ayant pas été déclarée auprès du mandataire judiciaire dans le délai de deux mois suivant la publication de l'annonce de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire à son profit, diffusée au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le comité de coordination des centres de recherche en mécanique, représenté par la société d'avocats Lamy Lexel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société EUPEC PipeCoatings France la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, eu égard à son activité, la société EUPEC PipeCoatings France est assujettie à la taxe pour le développement des industries du secteur d'activité de la mécanique et du décolletage.

La requête a été communiquée au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance en date du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2003-1312 du 30 décembre 2003 ;

- l'arrêté du 22 janvier 2004 fixant la liste des produits et services soumis aux taxes affectées aux actions collectives de développement économique et technique de certains secteurs industriels ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société EUPEC PipeCoatings France demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe parafiscale perçue au profit du Centre de coordination des centres de recherche en mécanique (COREM), qui ont été mises à sa charge au titre du second semestre 2016, des deux semestres des années 2017 et 2018 et du premier semestre 2019, ainsi que des majorations correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 71 de la loi n° 2003-1312 du 30 décembre 2003, dans sa version applicable au litige : " E. - I. - Il est institué une taxe pour le développement des industries des secteurs d'activités suivants : 1° Mécanique ; 2° Matériels et consommables de soudage ; 3° Décolletage ; 4° Construction métallique ; 5° Matériels aérauliques et thermiques. / () / II. - La taxe est due : 1° Par les fabricants, établis en France, des produits des secteurs d'activités mentionnés au I du présent E quels que soient la destination ou l'utilisation de ces produits et le secteur ou l'industrie d'appartenance du fabricant. Ces produits sont recensés par arrêté du ministre chargé de l'industrie et par référence à la nomenclature d'activités et de produits en vigueur ; / () Constituent des fabricants les entreprises qui : / a) Vendent ou louent les produits mentionnés au 1° du présent II après : / - les avoir fabriqués ou assemblés ; / - les avoir conçus et fait fabriquer ou assembler par un ou plusieurs tiers, quel que soit le lieu de fabrication ou d'assemblage soit en leur fournissant les matières premières, soit, s'agissant des produits dont l'assemblage est confié à un ou plusieurs tiers, en leur imposant des techniques faisant l'objet de brevets, des procédés, des formules ou des plans, dessins ou modèles, quel qu'en soit le support, dont elles ont la jouissance ou l'exclusivité, soit en leur imposant des dimensionnements, des spécifications ou des technologies ; / - y avoir apposé ou fait apposer des griffes ou des marques dont elles ont la jouissance ou l'exclusivité ; / b) Travaillent à façon ou réalisent des prestations portant sur les produits mentionnés au 1° du présent II ". Le traitement et revêtement des métaux et autres matériaux pour tous types de pièces, y compris le revêtement métallique quel que soit le procédé, le rechargement métallique quel que soit le procédé, à l'exclusion du vernissage, du laquage et de la peinture, à façon, recensé sous la classe 25.61, figure au nombre des produits et services soumis à la taxe parafiscale prévue par les dispositions précitées du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 susvisée figurant dans l'arrêté du 22 janvier 2004 fixant la liste des produits et services soumis aux taxes affectées aux actions collectives de développement économique et technique de certains secteurs industriels.

3. La société EUPEC PipeCoatings France fait valoir qu'elle est spécialisée dans le revêtement de pipelines pour l'industrie pétrolière et qu'elle fournit des solutions pour la protection "de bout en bout" des pipelines en acier pour les industries du pétrole, du gaz et de l'eau, sur les pipelines terrestres et offshore. Elle soutient qu'eu égard aux solutions qu'elle propose à ses clients dans le secteur pétrolifère, elle doit être regardée comme exerçant une activité de prestataire de services de soutien aux industries extractives, classée dans la division 9 de la nomenclature d'activités française, et qu'à ce titre, son activité ne peut être assujettie à la taxe parafiscale perçue au profit du Centre de coordination des centres de recherche en mécanique (COREM). Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante, qui se présente comme une société de prestations de services, dont l'activité consiste à revêtir les tubes de ses clients pour les protéger contre la corrosion, a notamment pour objet social, selon ses statuts, d'une part, tous travaux de revêtements sur structures métalliques, ainsi que sur tubes et accessoires, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ceux-ci, avec des produits divers dont, sans que cette liste soit limitative, polyoléfines, polymères, béton, ciment, isolation thermique, et ce tant en France qu'à l'étranger, le grenaillage, la peinture et l'isolation sous toutes ses formes, ainsi que toutes activités de commercialisation de produits métalliques et sidérurgiques sous toutes leurs formes, d'autre part, la participation à toutes opérations annexes et connexes se rapportant directement ou indirectement à cette activité de revêtement, en particulier la réalisation de soudures et de joints sur site, tant en France qu'à l'étranger. Ainsi, l'objet social et l'activité de la société requérante correspondent à l'activité de traitement et revêtement des métaux et autres matériaux pour tous types de pièces, y compris le revêtement métallique, quel que soit le procédé, le rechargement métallique, quel que soit le procédé, à l'exclusion du vernissage, du laquage et de la peinture, à façon, recensé sous la classe 25.61 et qui figure au nombre des produits et services soumis à la taxe parafiscale prévue par les dispositions précitée du E de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 susvisée figurant dans l'arrêté du 22 janvier 2004 susvisé. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificative pour 2003 que l'assujettissement des fabricants de traitement et de revêtement des métaux et autres matériaux n'est fondé ni sur la destination ou l'utilisation de ces produits, ni sur le secteur ou l'industrie d'appartenance du fabricant, ni a fortiori sur le classement de son activité principale par l'Insee et que doivent être regardées comme des fabricants, au sens de ces dispositions, les entreprises qui travaillent à façon ou réalisent des prestations portant sur le traitement et le revêtement des métaux et d'autres matériaux pour tous types de pièces. Par suite, la société EUPEC PipeCoatings France doit être regardée comme un fabricant de traitement et de revêtement des métaux et autres matériaux pour tous types de pièces, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 71 de la loi du 30 décembre 2003 de finances rectificative pour 2003, redevable de la taxe parafiscale perçue au profit du Centre de coordination des centres de recherche en mécanique (COREM). Par suite, la société EUPEC PipeCoatings France n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas assujettie à cette taxe parafiscale.

4. En second lieu, la société EUPEC PipeCoatings France ne saurait utilement soutenir que la créance correspondant aux impositions en litige ne lui est pas opposable, à défaut d'avoir été déclarée auprès du mandataire judiciaire dans le délai de deux mois suivant la publication de l'annonce de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire à son profit, diffusée au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc), cette circonstance étant dépourvue de toute incidence sur le bien-fondé de ces impositions.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la société EUPEC PipeCoatings France n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives de taxe parafiscale perçue au profit du Centre de coordination des centres de recherche en mécanique (COREM), qui ont été mises à sa charge au titre du second semestre 2016, des deux semestres des années 2017 et 2018 et du premier semestre 2019, ainsi que des majorations correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la société EUPEC PipeCoatings France demande au titre des frais qu'elle a exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société EUPEC PipeCoatings France la somme demandée au titre de cet article par le comité de coordination des centres de recherche en mécanique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société EUPEC PipeCoatings France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le comité de coordination des centres de recherche en mécanique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée à associé unique EUPEC PipeCoatings France, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord et au comité de coordination des centres de recherche en mécanique.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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