mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108063 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | VOISIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2021 et le 20 avril 2023, Mme D E veuve A B B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de son fils mineur C A B B, représentée par Me Voisin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la société SNCF Réseau à lui verser la somme totale de 89 090,18 euros, dont 40 000 euros en qualité de représentante légale de son fils C, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, ainsi que son fils, suite au décès de Larbi A B B le 1er juillet 2018 sur une voie ferrée à Flers-en-Escrebieux ;
2°) de mettre les dépens à la charge de la société SNCF Réseau ;
3°) de mettre à la charge de la société SNCF Réseau une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Voisin, avocat de Mme A B B, de la somme de 5 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la société SNCF Réseau est engagée dès lors que l'accès au passage planchéié de service traversant les voies de la gare ferroviaire était ouvert au public ;
- son mari, en raison de sa déficience visuelle, ne pouvait prendre connaissance de l'inscription interdisant l'accès au public par ce portail et n'a donc commis aucune faute ;
- ses préjudices et ceux subis par son fils s'élèvent à un montant global de 89 090,18 euros, se décomposant comme suit :
* 3 587,92 euros au titre des frais funéraires ;
* 15 000 euros au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente subi par la victime directe ;
* 15 502,26 euros au titre de son préjudice économique ;
* 30 000 euros au titre du préjudice d'affection qu'elle a personnellement subi et 25 000 euros au titre du préjudice d'affection de son fils.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 décembre 2022 et le 11 août 2023, la société anonyme (SA) SNCF Réseau, représentée par Me de Belenet, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation à la somme de 1 824,10 euros du montant qui pourrait être alloué au titre du préjudice économique subi par la requérante et au rejet des conclusions relatives au préjudice d'angoisse de mort imminente ;
3°) de mettre les dépens à la charge de Mme A B B, en son nom personnel et en qualité de représentante légale de son fils C.
Elle soutient que l'accident a exclusivement pour cause la faute de la victime.
Par ordonnance du 21 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023.
Mme A B B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vandecasteele, substituant Me de Belenet, représentant la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. Le dimanche 1er juillet 2018 à 20h48, alors qu'il faisait encore jour, un train express régional (TER) circulant sans passager a percuté Larbi A B B, né le 12 septembre 1964, qui traversait à pied, avec son vélo et muni d'un casque audio, les voies, sur un passage de service planchéié, en direction de la gare du Pont de la Deûle, sur le territoire de la commune de Flers-en-Escrebieux (59). Cet accident a provoqué le décès de Larbi A B B.
2. Par un courrier du 29 avril 2019, reçu le 1er mai 2019, le conseil de Mme A B B, veuve de la victime directe, a sollicité de la société SNCF Mobilités, devenue SNCF Voyageurs, l'indemnisation de ses préjudices. Par un courrier du 11 juillet 2019, reçu au plus tard le 15 juillet 2019, la direction juridique du groupe SNCF a répondu que la société SNCF Mobilités estimait ne pas être responsable du dommage, au motif que la victime avait eu un comportement fautif. Par un courrier du 16 juillet 2019, le conseil de Mme A B B a invité la direction juridique du groupe SNCF à reconsidérer sa position, compte tenu de l'acuité visuelle déficiente de la victime. Par la présente requête, Mme A B B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de son fils C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la société SNCF Réseau à lui verser la somme globale de 89 090,18 euros.
Sur la responsabilité de la société SNCF Réseau :
3. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, et aux personnes qui se prévalent d'un lien avec lui pour demander réparation de leur préjudice moral, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont ils se plaignent. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
4. Il résulte de l'instruction que Larbi A B B, qui doit être regardé comme un usager de l'ouvrage public constitué par les voies ferrées et leurs dépendances, a pu pénétrer sur les voies en raison de l'absence de fermeture d'un portail, dont la serrure était cassée et dont la corde en nylon qui devait le maintenir fermé était sectionnée, ce qui caractérise un défaut d'entretien normal. Il résulte toutefois de l'instruction que Larbi A B B, qui était domicilié au moment des faits à environ 1,5 kilomètres du lieu de l'accident, de sorte qu'il doit être regardé comme connaissant les lieux, a emprunté une impasse ne débouchant que sur le portail donnant accès à l'emprise ferroviaire, franchi ce portail sans tenir compte d'un panneau signalant le risque de décès en cas d'intrusion sur les voies et emprunté un passage planchéié de service, en poussant un vélo. La configuration des lieux, à savoir l'existence d'un sentier du fait du passage de piétons, montre que ce passage a pu, antérieurement à la pose d'un portail, être considéré comme un raccourci, ce que les écritures mêmes de la requérante confirment, sans que l'allégation, d'ailleurs incohérente, d'une désorientation soit corroborée par d'autres pièces du dossier. Si la requérante soutient que la victime directe était malvoyante, par les pièces qu'elle produit, en particulier des documents médicaux antérieurs à l'année 2018 et des attestations non circonstanciées sur un plan temporel, elle ne justifie pas que, postérieurement à la kératoplastie lamellaire antérieure profonde dont a bénéficié Larbi A B B, hospitalisé au service d'ophtalmologie du centre hospitalier régional universitaire de Lille du 22 novembre 2017 au 1er décembre 2017, celui-ci conservait après correction une acuité visuelle faisant obstacle à ce que celui-ci puisse prendre connaissance de la signalétique mise en place par la société SNCF Réseau et avoir conscience qu'il pénétrait sur des voies ferrées. Dans ces circonstances, l'accident survenu le 1er juillet 2018 doit être regardé comme résultant du comportement imprudent de Larbi A B B.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A B B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à fin d'application à son profit des dispositions de l'article L. 761-1 précité.
6. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance ; les conclusions présentées à ce titre par les parties ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société SNCF réseau sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E veuve A B B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de son fils mineur C A B B, et à la société anonyme (SA) SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOU La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026