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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108178

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108178

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108178
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2108178 le 18 octobre 2021, et des mémoires, enregistrés les 11 avril 2022, 23 juin 2022 et 6 septembre 2022, la société civile immobilière Phalempin Invest, représentée par Me Maton, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 à raison d'un bien sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable car ses réclamations préalables des 30 décembre 2020 et 25 février 2021 n'ont pas été présentées après l'expiration du délai de réclamation ; notamment s'agissant des conclusions à fin de réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dues au titre des années 2017 et 2018, elle n'a pas reçu les avis de taxe foncière de sorte que les dispositions du a de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ne peuvent s'appliquer et il y a lieu de faire application du b de cet article en retenant comme évènement sa demande de communication des avis de taxe foncière du 16 novembre 2020 ; par ailleurs, à défaut d'avoir été informée du caractère obligatoire de la réclamation préalable et du délai dans lequel ladite réclamation doit être formulée, le délai prévu par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ne lui est pas opposable ; enfin le délai prévu par les dispositions de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales n'a pas expiré ;

- ses conclusions à fin de réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dues au titre de l'année 2018 sont recevables, la réclamation préalable ayant été formée dans le délai prévu à l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales courant à compter du 11 avril 2019, date à laquelle elle s'est acquittée de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties due au titre de l'année 2018 et a eu connaissance des impositions en litige ;

- ses conclusions à fin de réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties dues au titre des années 2017 et 2018 sont recevables par voie d'exception d'illégalité des dispositions de l'article R. 196-2, b) du livre des procédures fiscales qui méconnaissent l'objectif de valeur constitutionnelle d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi ;

- le local-type n° 2 du procès-verbal n° 6670 des évaluations de la commune de Phalempin retenu par l'administration n'est pas pertinent : postérieurement à son inscription, il a été entièrement restructuré et a changé d'affectation, il ne présente pas non plus de caractéristiques communes avec le local à évaluer et la différence de superficie ne peut pas être ajustée en application de l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts ;

- le tarif unitaire a été appliqué sans ajustement ;

- à défaut de local-type comparable sur la commune de Phalempin, elle propose de retenir le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans, avec un ajustement de 20 % du tarif unitaire ou subsidiairement de maintenir le local-type initialement choisi en ajustant son tarif unitaire à 3,10 euros ;

- le local-type n° 18 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Fournes-en-Weppes n'est pas pertinent : les situations économiques des communes ne sont pas analogues et le terme ultime de comparaison a disparu ;

- l'évaluation fondée sur la comparaison avec le local-type n° 18 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Fournes-en-Weppes est irrégulière à défaut d'un coefficient de pondération identique entre le local-type et le local à évaluer ; il conviendrait de retenir une surface pondérée du local à évaluer de 750 m² ;

- les travaux effectués sur le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans ne le rendent pas impropre à la comparaison et sa valeur locative peut être ajustée de 10 % à raison de la différence de superficie et de 10 % à raison des aménagements techniques ;

- le local-type n° 6 du procès-verbal des évaluations de la commune de La Bassée que l'administration entend substituer au local-type initialement retenu n'est pas pertinent : les situations économiques des communes ne sont pas analogues, ils ne relèvent pas de la même catégorie de magasins, il est impossible d'identifier le terme ultime de comparaison et la différence de superficie est trop importante pour être ajustée ;

- l'ajustement de 10 % de la valeur locative cadastrale unitaire du local-type n° 6 du procès-verbal des évaluations de la commune de La Bassée doit être écarté ; la différence de superficie justifie un ajustement de 25 % a minima et la différence de situation des locaux en comparaison dans leur localité justifie un ajustement à la baisse de la valeur locative cadastrale fixé à - 10 % ;

- à défaut de local-type comparable, il convient d'évaluer la valeur locative de l'immeuble en litige par la voie de l'appréciation directe, en tenant compte d'un abattement pour dépréciation immédiate de 20 %, d'un abattement pour vétusté de 13 % et d'un taux moyen d'intérêt de 7 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars 2022, 29 août 2022 et 29 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut à une réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles la société Phalempin Invest a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à concurrence respectivement de 2 537 euros et 2 370 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les réclamations préalables du 30 décembre 2020 pour l'année 2016 et du 25 février 2021 pour les années 2017 et 2018 sont tardives, la société Phalempin Invest ayant eu connaissance des avis d'imposition qui lui ont été adressés, avec une notice jointe comportant le délai de réclamation, à la suite de leur mise en recouvrement le 31 août de chacune de ces années ; par ailleurs, la demande de communication du 16 novembre 2020 ne peut être regardée comme un évènement au sens et pour l'application des dispositions du b de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ; au surplus, les cotisations de taxe foncière des années 2017 et 2018 ont respectivement été acquittées le 17 octobre 2017 et le 11 avril 2019 et le montant des taxes foncières a été porté en déduction des revenus dans les déclarations 2072 que la requérante a déposées au titre des exercices 2016 à 2020, de sorte qu'elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a eu connaissance des impositions en litige, à défaut de réception des avis d'imposition, qu'à la suite de sa demande de communication du 16 novembre 2020 ;

- le local-type n° 2 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Phalempin initialement retenu doit être abandonné ; le local-type n° 18 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Fournes-en-Weppes ne peut lui être substitué, le terme ultime de comparaison ayant disparu ;

- le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans est devenu inapproprié à la comparaison, sa surface réelle étant trop importante pour pouvoir être corrigée par l'application du coefficient d'ajustement prévu à l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts ;

- le local-type n° 2 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Phalempin initialement retenu peut être remplacé par le local-type n° 6 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de La Bassée ;

- le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans a changé de consistance et ne présente plus les mêmes caractéristiques que lors de son inscription au procès-verbal, de sorte qu'il est devenu impropre à la comparaison.

Par une ordonnance en date du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2022.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204711 le 23 juin 2022, et un mémoire en réplique, enregistré le 5 septembre 2022, la société civile immobilière Phalempin Invest, représentée par Me Maton, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison d'un bien sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le local-type n° 2 du procès-verbal n° 6670 des évaluations de la commune de Phalempin retenu par l'administration n'est pas pertinent : postérieurement à son inscription, il a été entièrement restructuré et a changé d'affectation, il ne présente pas non plus de caractéristiques communes avec le local à évaluer et la différence de superficie ne peut pas être ajustée en application de l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts ;

- le tarif unitaire a été appliqué sans ajustement ;

- à défaut de local-type comparable sur la commune de Phalempin, elle propose de retenir le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans, avec un ajustement de 20 % du tarif unitaire ou subsidiairement de maintenir le local-type initialement choisi en ajustant son tarif unitaire à 3,10 euros ;

- les travaux effectués sur le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans ne le rendent pas impropre à la comparaison et sa valeur locative peut être ajustée de 10 % à raison de la différence de superficie et de 10 % à raison des aménagements techniques ;

- le local-type n° 6 du procès-verbal des évaluations de la commune de La Bassée que l'administration entend substituer au local-type initialement retenu n'est pas pertinent : les situations économiques des communes ne sont pas analogues, ils ne relèvent pas de la même catégorie de magasins, il est impossible d'identifier le terme ultime de comparaison et la différence de superficie est trop importante pour être ajustée ;

- l'ajustement de 10 % de la valeur locative cadastrale unitaire du local-type n° 6 du procès-verbal des évaluations de la commune de La Bassée doit être écarté ; la différence de superficie justifie un ajustement de 25 % a minima et la différence de situation des locaux en comparaison dans leur localité justifie un ajustement à la baisse de la valeur locative cadastrale fixé à - 10 % ;

- à défaut de local-type comparable, il convient d'évaluer la valeur locative de l'immeuble en litige par la voie de l'appréciation directe, en tenant compte d'un abattement pour dépréciation immédiate de 20 %, d'un abattement pour vétusté de 13 % et d'un taux moyen d'intérêt de 7 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2022 et 29 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut à une réduction de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la société Phalempin Invest a été assujettie au titre de l'année 2021 à concurrence de la somme de 2 421 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le local-type n° 12 du procès-verbal des évaluations de la commune d'Ornans est devenu inapproprié à la comparaison, sa surface réelle étant trop importante pour pouvoir être corrigée par l'application du coefficient d'ajustement prévu à l'article 324 AA de l'annexe III au code général des impôts ;

- le local-type n° 2 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Phalempin initialement retenu peut être remplacé par le local-type n° 6 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de La Bassée, avec application d'un ajustement de - 20 % pour tenir compte de la différence de superficie et un ajustement de + 10 % pour tenir compte de l'état d'entretien du bâtiment à évaluer.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Laporte, substituant Me Maton, avocat de la société Phalempin Invest.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un jugement unique, la société Phalempin Invest demande au tribunal la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2021 à raison d'un local dont elle est propriétaire sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin.

Sur les conclusions à fin de réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre de l'année 2017 :

2. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". En vertu de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, le contribuable qui désire contester tout ou partie d'une imposition doit d'abord adresser une réclamation au service territorial de l'administration fiscale dont dépend le lieu d'imposition. En vertu de l'article R. 196-2 du même livre, les réclamations relatives aux impôts locaux et les taxes annexes à ces impôts doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de l'année suivant l'année de la mise en recouvrement du rôle ou de la mise en recouvrement de l'imposition.

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que le délai prévu par l'article R 196-2 du livre des procédures fiscales lui soit opposable.

4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance.

5. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par l'article R 196-2 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.

6. Il résulte de l'instruction que la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la société Phalempin Invest a été assujettie au titre de l'année 2017 à raison de l'immeuble sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin, a été mise en recouvrement le 31 août 2017. La requérante a eu connaissance de cette imposition au plus tard le 17 octobre 2017, date à laquelle elle s'en est acquittée. Elle pouvait, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 5, former une réclamation dans un délai qui expirait le 31 décembre 2019. Les réclamations qu'elle a adressées à l'administration fiscale les 30 décembre 2020 et 25 février 2021 étaient, en conséquence, tardives. Il en résulte que les conclusions à fin de réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la société Phalempin Invest a été assujettie au titre de l'année 2017 sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin de réduction :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord :

7. Il résulte de l'instruction que la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la société Phalempin Invest a été assujettie au titre de l'année 2018 à raison de l'immeuble sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin, a été mise en recouvrement le 31 août 2018. La requérante soutient ne pas avoir reçu l'avis d'imposition de sorte qu'elle n'a été informée de l'imposition en litige qu'à la suite de sa demande du 16 novembre 2020 de communication dudit avis d'imposition, et que le délai prévu à l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ne lui est pas opposable. Si l'administration fiscale soutient qu'un avis d'imposition, auquel était annexée une notice mentionnant l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation, a été notifiée à la société Phalempin Invest, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, il est constant que la société Phalempin s'est acquittée de la cotisation litigieuse le 11 avril 2019, de sorte que, compte tenu de qui a été dit aux points 2 à 5, elle pouvait former une réclamation dans un délai qui expirait le 31 décembre 2021. Les réclamations qu'elle a adressées à l'administration fiscale les 30 décembre 2020 et 25 février 2021 ont été présentées dans le délai de réclamation. La fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord aux conclusions de la société Phalempin Invest tendant à la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre de l'année 2018 et tirée de la tardiveté de ces réclamations doit dès lors être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :

8. Aux termes l'article 1498 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : / 1° Pour les biens donnés en location à des conditions de prix normales, la valeur locative est celle qui ressort de cette location ; / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / Soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date, / Soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe ". Aux termes de l'article 324 AA de l'annexe III à ce code, alors en vigueur : " La valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance ".

9. Pour arrêter la valeur locative de l'immeuble à évaluer, l'administration, faisant application de la méthode par comparaison, peut procéder par comparaisons itératives, pourvu qu'il n'existe pas pour chacune de ces évaluations un terme de comparaison plus approprié, que le terme de comparaison ultime ne soit pas inadéquat et que l'analogie de la situation économique des communes en cause puisse être admise. Un local-type qui, depuis son inscription régulière au procès-verbal des opérations de révision foncière d'une commune, a été entièrement restructuré ou a été détruit ne peut plus servir de terme de comparaison, pour évaluer directement ou indirectement la valeur locative d'un bien soumis à la taxe foncière au 1er janvier d'une année postérieure à sa restructuration ou à sa disparition.

10. Il résulte de l'instruction que, pour évaluer la valeur locative de l'immeuble sis 47, rue Jean-Baptiste Lebas à Phalempin dans lequel est exploité un supermarché à l'enseigne " Carrefour Contact ", d'une superficie réelle de 2 586 m² et d'une surface pondérée de 850 m², à raison duquel la société Phalempin Invest a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2018 à 2021, l'administration fiscale a renoncé à utiliser comme terme de comparaison le local-type n° 2 du procès-verbal de la commune de Phalempin, dont la valeur locative unitaire est de 7,74 euros/m², puis le local-type n° 18 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Fournes-en-Weppes, dont la valeur locative unitaire est de 8,06 euros/m², pour retenir le local-type n° 6 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de La Bassée, dont la valeur unitaire est de 9,15 euros/m².

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les moyens de la société Phalempin Invest tirés de l'irrégularité et du caractère erroné des évaluations fondées sur le local-type n° 2 du procès-verbal de la commune de Phalempin et le local-type n° 18 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de Fournes-en-Weppes sont inopérants.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de La Bassée et de la fiche de calcul du local-type n° 6 de ce procès-verbal, que la valeur locative cadastrale de ce local a été évaluée à la somme de 12 600 francs non pas au regard du bail conclu avec l'occupant C.C.P.M. le 1er janvier 1970 pour un loyer annuel net déterminé à l'amiable à la somme de 6 100 francs comme le soutient l'administration fiscale, mais par comparaison avec un local-type qui n'est pas précisément identifié. La régularité de l'évaluation du local type n° 6 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de La Bassée ne peut dès lors être vérifiée. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le procès-verbal des locaux commerciaux de la commune de la commune de La Bassée ait été régulièrement établi, ce local-type ne peut être retenu comme terme de comparaison pour la détermination de la valeur locative des locaux appartenant à la société Phalempin Invest.

13. En dernier lieu, la société Phalempin Invest propose comme terme de comparaison le local-type figurant sous le numéro 12 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune d'Ornans correspondant à un supermarché d'une surface totale de 796 m², d'une surface pondérée de 562 m² et dont la valeur locative unitaire est de 3,81 euros/m². Toutefois, il résulte de l'instruction que ce local a fait l'objet de travaux de réaménagement particulièrement importants en 2004, affectant la majeure partie de l'immeuble, portant sa surface totale à 2 344 m², outre une surface de parking de 954 m². Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que son affectation n'ait pas elle-même évolué, il doit être regardé comme ayant été entièrement restructuré de sorte que, ne présentant plus les mêmes caractéristiques que lors de son inscription au procès-verbal, le local-type n° 12 du procès-verbal des locaux commerciaux de la commune d'Ornans est devenu impropre à la comparaison.

14. Il résulte de tout ce qui précède que ni l'administration, ni la société requérante n'ayant été en mesure de proposer, tant au sein de la commune de Phalempin que dans d'autres communes présentant une situation économique analogue, de terme de comparaison satisfaisant aux conditions prévues par les dispositions du 2° de l'article 1498 du code général des impôts, il y a lieu d'ordonner à l'administration de produire devant le tribunal administratif, contradictoirement avec la société requérante, un terme de comparaison adéquat ou, à défaut, les éléments permettant de procéder à l'évaluation directe de l'immeuble en litige en application des dispositions du 3° de l'article 1498 du code général des impôts et dont les modalités d'application sont précisées aux articles 324 AB et 324 AC de l'annexe III à ce code, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de la société Phalempin Invest tendant à la réduction de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties qui a été mise à sa charge au titre de l'année 2017 sont rejetées.

Article 2 : Avant de statuer sur les conclusions de la société Phalempin Invest tendant à la réduction des cotisations primitives de taxes foncières sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 à 2021, il sera procédé contradictoirement au supplément d'instruction dont l'objet est défini dans les motifs du présent jugement.

Article 3 : Il est accordé à l'administration fiscale et à la société Phalempin Invest un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour faire parvenir au Tribunal les résultats du supplément d'instruction ordonné à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Phalempin Invest et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. COURTOISLe président,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2108178, 2204711

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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