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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108623

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108623

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 3 novembre 2021 et 10 mars 2022, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt dont il a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison des investissements réalisés par la société Drouot F 28 au motif que cette société n'était pas à jour de ses obligations fiscales à la date de réalisation de l'investissement le 30 octobre 2015, conformément aux dispositions du vingt-sixième alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts, car elle a bien réalisé sa première télé-déclaration de taxe sur la valeur ajoutée le 15 octobre 2015 et ce n'est qu'à raison d'une erreur de télétransmission que le service a considéré qu'elle a eu lieu le 31 janvier 2017 ;

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt dont il a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison des investissements réalisés par la société Drouot D 31 les 28 janvier 2015, 30 janvier 2015 et 4 mars 2015, au motif qu'elle n'était pas à jour de ses obligations déclaratives en matière de taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elle l'était le 5 novembre 2015, date de sa souscription au capital de cette société, la date de la souscription étant celle de l'investissement, conformément aux dispositions du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts et de l'article 217 undecies de ce code ;

- le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt dont il a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison des investissements réalisés par la société Yser 6 au motif qu'elle n'était pas à jour de ses obligations fiscales puisqu'elle n'a pas eu d'activité en 2015 et a été immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 14 janvier 2016 de sorte qu'elle ne pouvait déposer la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du quatrième trimestre 2015 avant le 21 janvier 2016 ; en outre cette déclaration était vierge de sorte que l'administration fiscale n'a pas été lésée ;

- le droit de reprise prévu au premier alinéa de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales s'oppose à ce que l'administration fiscale invoque le dépôt tardif de la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du troisième trimestre 2015 de la société Rivoli 29 pour remettre en cause la réduction d'impôt dont il a bénéficié à raison d'un investissement effectué par cette société le 4 juillet 2016 ;

- il entend se prévaloir des énonciations des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-BIC-RICI-20-10-20-50 ;

- la société Sun Tech Karaib s'est acquittée de sa cotisation foncière des entreprises dans des délais raisonnables et il s'agit d'un retard exceptionnel de sorte que l'administration peut faire preuve d'indulgence et ne pas remettre en cause la réduction d'impôt dont il a bénéficié à raison des investissements réalisés le 24 avril 2017 ;

- il a justifié des investissements réalisés en 2016 par les sociétés Yser 6 et Rivoli 29.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la remise en cause de la réduction d'impôt à raison des investissements réalisés par les sociétés Yser 6 et Rivoli 29 peut être également fondée sur la circonstance qu'aucun justificatif n'atteste de la réalisation effective des investissements ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 26 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, associé des sociétés Yser 6, Rivoli 29 et Odéon A 41, a imputé sur le montant de son impôt sur le revenu des années 2016 et 2017, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, une réduction d'impôt du fait d'investissements réalisés dans des départements d'outre-mer et en Nouvelle-Calédonie. Cette réduction d'impôt ayant été remise en cause par l'administration fiscale, M. B a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017. Il demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. D'une part, aux termes du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer () dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. / () / La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. () / () / Si, dans le délai de cinq ans de son acquisition ou de sa création ou pendant sa durée normale d'utilisation si elle est inférieure, l'investissement ayant ouvert droit à réduction d'impôt est cédé ou cesse d'être affecté à l'activité pour laquelle il a été acquis ou créé, ou si l'acquéreur cesse son activité, la réduction d'impôt pratiquée fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle cet événement est intervenu. () ". Aux termes de l'article 95 Q de l'annexe II à ce code, dans sa rédaction applicable : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est pratiquée () au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail. / () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fait générateur de la réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus.

3. D'autre part, aux termes du vingt-sixième alinéa du I de l'article 199 undecies B du code général des impôts : " () L'octroi de la réduction d'impôt prévue au premier alinéa est subordonné au respect par les entreprises réalisant l'investissement et, le cas échéant, les entreprises exploitantes de leurs obligations fiscales et sociales et de l'obligation de dépôt de leurs comptes annuels selon les modalités prévues aux articles L. 232-21 à L. 232-23 du Code de commerce à la date de réalisation de l'investissement. Sont considérés comme à jour de leurs obligations fiscales et sociales les employeurs qui, d'une part, ont souscrit et respectent un plan d'apurement des cotisations restant dues et, d'autre part, acquittent les cotisations en cours à leur date normale d'exigibilité. Pour l'application de la première phrase du présent alinéa en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, les références aux dispositions du Code de commerce sont remplacées par les dispositions prévues par la réglementation applicable localement ". Ces dispositions autorisent l'administration à remettre en cause, au motif que les entreprises réalisant l'investissement et, le cas échéant, les entreprises exploitantes ne sont pas à jour de leurs obligations fiscales et sociales, la réduction d'impôt sous laquelle l'auteur d'un tel investissement a entendu placer celui-ci. De la lettre même de ces dispositions, le respect de cette condition doit être apprécié à la date de réalisation de chaque investissement. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par le I de l'article 199 undecies B du code général des impôts.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. B a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 n'ont pas été mises à sa charge à raison de la remise en cause par le service des réductions d'impôt correspondant aux investissements réalisés par les sociétés Drouot F 28 et Drouot D 31 au cours de l'année 2015. Par suite les moyens tirés de ce que ces sociétés étaient à jour de leurs obligations fiscales et sociales, conformément aux dispositions du vingt-sixième alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts, sont inopérants et doivent dès lors être écartés.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 14 mai 2019 adressée à M. B que le service a remis en cause la réduction d'impôt dont il avait entendu bénéficier à raison d'un investissement réalisé par la société Yser 6 dont il était associé le 26 juillet 2016 au motif qu'à cette date la société réalisant l'investissement n'était pas à jour de ses obligations déclaratives fiscales pour avoir déposé sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du quatrième trimestre 2015 le 26 septembre 2016 alors que la date de son dépôt était fixée au 21 janvier 2016. Si M. B soutient que la société Yser 6, dont il est constant que ses opérations sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée et que son exploitation a débuté le 22 décembre 2015, ne pouvait pas remettre cette déclaration avant la date limite de dépôt, il ne l'établit pas, la circonstance que la société ait été immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 14 janvier 2016 étant à cet égard sans incidence sur ses obligations déclaratives fiscales. De même, la circonstance que la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du quatrième trimestre 2015 soit vierge et que cette tardiveté n'ait pas lésé l'administration fiscale en ce qu'elle n'a pas entraîné de retard dans le paiement de ladite taxe est sans incidence sur la constatation du service que la société Yser 6 n'était pas à jour de ses obligations fiscales déclaratives à la date de réalisation de l'investissement. Par suite, c'est à bon droit que le service a remis en cause la réduction d'impôt sur le revenu dont M. B a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison de l'investissement de la société Yser 6 réalisé le 26 juillet 2016.

6. En troisième lieu, le droit de reprise de l'administration fiscale prévu par les dispositions de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales concernant les taxes sur le chiffre d'affaires ne fait pas obstacle à ce que, pour remettre en cause la réduction d'impôt sur le revenu dont M. B a entendu bénéficier au titre de l'année 2016 à raison d'un investissement réalisé le 4 juillet 2016 par la société Rivoli 29 dont il est associé, le service constate que ladite société n'était pas à jour de ses obligations déclaratives fiscales à la date de la réalisation de cet investissement pour avoir déposé sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du troisième trimestre 2015 le 27 janvier 2017 alors que la date limite de dépôt de celle-ci était fixée au 21 octobre 2015. Par suite ce moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 14 mai 2019 adressée à M. B que le service a remis en cause la réduction d'impôt dont il avait entendu bénéficier au titre de l'année 2017 à raison de quatre investissements réalisés par la société Odéon A 41 dont il était associé le 24 avril 2017 au motif qu'à cette date la société exploitante Sun Tech Karaib n'était pas à jour de ses obligations fiscales pour s'être acquittée de la cotisation foncière des entreprises due au titre de l'année 2016 le 24 novembre 2017 alors qu'elle aurait dû être payée le 15 décembre 2016. La circonstance que le retard dans ce paiement soit exceptionnel est sans incidence pour l'application des dispositions du vingt-sixième alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le service ne pouvait remettre en cause la réduction d'impôt dont il a entendu bénéficier à raison des investissements de la société Odéon A 31 réalisés le 24 avril 2017.

Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. M. B ne saurait se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-BIC-RICI-20-10-20-50 qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement. En outre, à supposer que M. B ait entendu se prévaloir, sur ce même fondement, des énonciations du paragraphe 90 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-DJC-ARF, ces dispositions, qui précisent que l'attestation de régularité fiscale dématérialisée vise seulement les obligations afférentes à la taxe sur la valeur ajoutée, l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu et qu'elle ne porte pas en aucun cas sur les obligations déclaratives et de paiement relatives notamment à la cotisation foncière des entreprises n'interprètent pas les dispositions précitées du vingt-sixième alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. COURTOISLe président,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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