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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108696

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108696

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108696
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, sous le n° 2108696, M. A C, représenté par Me Fillieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 7 mars 2020 d'un montant de 440, 40 euros émis par la commune de Roubaix, ensemble la décision du 19 février 2021 par laquelle la commune de Roubaix a rejeté le recours gracieux formé contre ce titre exécutoire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Roubaix la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation dès lors qu'elle ne comporte pas les bases de liquidation du titre exécutoire ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté de péril imminent du 22 mars 2018 qui est entaché d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, de défaut de notification à la personne tenue d'exécuter les mesures et de méconnaissance du principe du contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la commune de Roubaix conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. C est irrecevable en raison de sa tardiveté dès lors que, d'une part, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 février 2021 sont tardives car cette décision a été régulièrement notifiée le 24 février 2021 et comportait la mention des voies et délais de recours, et d'autre part, à supposer que la requête soit regardée comme tendant à l'annulation du titre exécutoire du 7 mars 2020, ces conclusions sont tardives car la requête a été introduite au-delà du délai raisonnable d'un an ;

- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté de péril imminent du 22 mars 2018 est irrecevable car cet arrêté est devenu définitif ;

- au surplus, les autres moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 février 2023 à 12 h 00.

M. C a produit, à la demande du tribunal, le verso du titre exécutoire du 7 mars 2020 par lequel il a été demandé à M. C de verser la somme de 440,40 euros au titre de l'expertise mandatée par le tribunal administratif de Lille, enregistré le 4 juillet 2023, qui a été communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

La commune de Roubaix a produit, à la demande du tribunal, le rapport d'expertise de M. D du 26 février 2018 et la délégation de signature du signataire de l'arrêté de péril du 22 mars 2018 et la preuve de sa publication, enregistrés respectivement les 13 juillet et 17 août 2023, qui ont été communiqués en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

II) Sous le n° 2108700, par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Fillieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 7 mars 2020 d'un montant de 5 465,40 euros émis par la commune de Roubaix, ensemble la décision du 19 février 2021 par laquelle la commune de Roubaix a rejeté le recours gracieux formé contre ce titre exécutoire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Roubaix la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation dès lors qu'elle ne comporte pas les bases de liquidation du titre du titre exécutoire ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté de péril imminent du 22 mars 2018 qui est entaché d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, de défaut de notification à la personne tenue d'exécuter les mesures, de méconnaissance du principe du contradictoire et d'erreur manifeste d'appréciation quant au montant de la créance ;

- le montant des travaux réalisés est excessif et n'est pas justifié.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, la commune de Roubaix conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. C est irrecevable en raison de sa tardiveté dès lors que, d'une part, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 février 2021 sont tardives car cette dernière décision a été régulièrement notifiée le 24 février 2021 et comportait la mention des voies et délais de recours, et d'autre part, à supposer que la requête soit regardée comme tendant à l'annulation du titre exécutoire du 7 mars 2020, ces conclusions sont tardives car la requête a été introduite au-delà du délai raisonnable d'un an ;

- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté de péril imminent du 22 mars 2018 est irrecevable car cet arrêté est devenu définitif ;

- au surplus, les autres moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 février 2023 à 12 h 00.

M. C a produit, à la demande du tribunal, le verso du titre exécutoire du 7 mars 2020 par lequel il a été demandé à M. C de verser la somme de 5 465,40 euros au titre des travaux de mise en sécurité effectués, enregistré le 4 juillet 2023, qui a été communiqué en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

La commune de Roubaix a produit, à la demande du tribunal, le rapport d'expertise de M. D du 26 février 2018 et la délégation de signature du signataire de l'arrêté de péril du 22 mars 2018 et la preuve de sa publication, enregistrés respectivement les 13 juillet et 17 août 2023, qui ont été communiqués en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces des deux dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dantec, substituant Me Fillieux, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C et M. A C étaient propriétaires d'un immeuble à usage d'habitation situé au 19 rue du Congo à Roubaix et implanté sur une parcelle cadastrée BL 118. En raison d'un incendie ayant affecté cet immeuble, le maire de la commune de Roubaix a décidé de mettre en œuvre une procédure de péril imminent. Par une ordonnance n° 1801555 du 21 février 2018, le magistrat désigné a ordonné une expertise et désigné M. D en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 1er mars 2018. Par une ordonnance du 1er mars 2018, les frais de l'expertise ont été taxés à la somme de 880,80 euros. Par un arrêté de péril du 22 mars 2018, le maire de la commune de Roubaix a mis en demeure M. C et son ex-conjointe Mme B C de mettre en sécurité la couverture de la maison à l'aide d'une bâche ou bacs aciers après vérification des supports et liaisonnement pignon / immeuble mitoyen au dernier niveau, de déposer les éléments instables en façades et de boucher les ouvertures en façades avant et arrière dans un délai de 15 jours, à défaut de quoi, il y serait procédé d'office par la commune au frais des propriétaires. En l'absence de mesure prise par les propriétaires, la commune a fait exécuter d'office les travaux par l'entreprise Brutin S.A. Par deux titres exécutoires émis le 7 mars 2020, il a été demandé à M. C de rembourser les sommes de 5 465,40 euros au titre des travaux de mise en sécurité effectués et de 440,40 euros au titre l'expertise mandatée par le tribunal administratif de Lille. Par un courrier du 8 juillet 2020 remis en main propre au maire de Roubaix le 10 juillet 2020, M. C a formé un recours gracieux tendant à minorer le montant des travaux exécutés d'office par la commune portant sur la toiture de la maison et à contester le remboursement des frais d'expertise. Par une décision du 19 février 2021, la commune de Roubaix a rejeté le recours gracieux formé par M. C le 8 juillet 2020. Par ses présentes requêtes, le requérant demande au tribunal d'annuler les titres exécutoires du 7 mars 2020, ensemble la décision du 19 février 2021 par laquelle la commune de Roubaix a rejeté son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, l'article R. 421-5 du code de justice administrative prévoit : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Et aux termes du 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite ". Il en résulte que le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours, prévue par la première de ces dispositions, ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable.

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable.

4. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai () ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Enfin, aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ".

6. La présentation, dans le délai imparti pour introduire un recours contentieux contre une décision administrative, d'un recours administratif, gracieux ou hiérarchique, contre cette décision a pour effet d'interrompre ce délai. Il en va notamment ainsi lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose le destinataire de la décision pour exercer le recours juridictionnel est le délai découlant de la règle énoncée au point 3. Lorsque le recours administratif fait l'objet d'une décision explicite de rejet, un nouveau délai de recours commence à courir à compter de la date de notification de cette décision. Si la notification de la décision de rejet du recours administratif n'est pas elle-même assortie d'une information sur les voies et délais de recours, l'intéressé dispose de nouveau, à compter de cette notification, du délai découlant de la règle énoncée au point 3 pour saisir le juge.

7. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait reçu les titres exécutoires du 7 mars 2020, la commune ne produisant pas la preuve de la notification de ces décisions. Toutefois, par un courrier du 8 juillet 2020 remis en main propre au maire de Roubaix le 10 juillet 2020, M. C a formé un recours gracieux contre ces titres exécutoires, qualifié au demeurant comme tel par les parties au litige, tendant à minorer le montant des travaux exécutés d'office par la commune portant sur la toiture de la maison et à contester le remboursement des frais d'expertise. Il résulte en outre de l'instruction que la décision du 19 février 2021 par laquelle la commune de Roubaix a expressément rejeté ce recours gracieux, notifiée à M. C le 24 février 2021 ainsi qu'en atteste l'accusé de réception produit par la commune, comporte la mention des voies et délais de recours contre cette décision. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux contre les deux titres exécutoires du 7 mars 2020 a expiré le 26 avril 2021 de sorte que les requêtes nos 2108696, 2108700 introduites par M. C sont tardives. Dès lors, les fins de non-recevoir opposées en défense aux conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires du 7 mars 2020 et de la décision du 19 février 2021 doivent être accueillies.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes nos 2108696 et 2108700 de M. C doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

10. Les frais d'expertise, taxés et liquidés par ordonnance du président du tribunal administratif de Lille du 1er mars 2018 à la somme totale de 880,80 euros toutes taxes comprises doivent être mis à la charge définitive de M. C.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Roubaix, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2108696 et n° 2108700 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 880,80 euros sont mis à la charge définitive de M. C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la commune de Roubaix et à Me Fillieux.

Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIALa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

Nos 2108696, 2108700

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