mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108705 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 novembre 2021 et le 19 septembre 2023, M. I A, représenté par Me Watel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
A titre principal,
1°) d'ordonner une expertise complémentaire ;
2°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Lille à lui verser la somme de 49 420 euros à titre de provision, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la prescription par cet établissement d'un médicament bêtabloquant de 2005 à 2017 ;
3°) de surseoir à statuer dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise ;
A titre subsidiaire,
4°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à lui verser la somme totale de 650 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la prescription par cet établissement d'un médicament bêtabloquant de 2005 à 2017 ;
En tout état de cause,
5°) de déclarer le jugement opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher ;
6°) de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) d'ordonner l'exécution provisoire du présent jugement.
Il soutient que :
- le CHRU de Lille a commis une faute en lui prescrivant un traitement par bêtabloquants d'avril 2005 à 2017 ;
- il doit répondre de l'intégralité du dommage causé par ce manquement aux règles de l'art ;
- l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) est incomplète sur plusieurs postes de préjudices, de sorte qu'une expertise complémentaire est nécessaire ;
- la provision sollicitée comporte : une somme de 41 420 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, une somme de 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et une somme de 5 000 euros au titre des frais de procédure ;
- à titre subsidiaire, ses préjudices s'élèvent à un montant global de 650 000 euros, soit 50 000 euros pour chacun des postes de préjudice suivant : frais divers, perte de gains professionnels actuels, déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire, aide par tierce personne temporaire, dépenses de santé futures, perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice esthétique permanent et préjudice sexuel.
Par un mémoire, enregistré le 7 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, qui exerce l'activité de recours contre tiers pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Cher, représentée par Me Maury, demande :
1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à lui verser la somme de 73 109,09 euros au titre des dépenses exposées pour M. A du fait de la prescription par cet établissement d'un médicament bêtabloquant de 2005 à 2017, avec intérêts au taux légal à compter du 7 février 2023, date d'enregistrement de son mémoire ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Lille l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le CHRU de Lille a commis une faute en prescrivant à M. A un traitement bêtabloquant du 26 avril 2005 à 2017 ;
- cette faute a entraîné une perte de chance de 50 % ;
- la caisse primaire d'assurance maladie du Cher a exposé pour le compte de son assuré des dépenses de santé actuelles à hauteur de 595,27 euros ;
- cette caisse a versé des indemnités journalières à son assuré du 20 mars 2005 au 30 juin 2006 pour un montant de 19 580,44 euros avant application du taux de perte de chance précité, avant de lui verser une rente d'invalidité pour un montant total de 125 447,19 euros pour la période du 1er juillet 2007 au 1er janvier 2016 et avant application du taux de perte de chance ;
- elle s'en rapporte à la justice quant à la demande d'expertise formulée par M. A.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 janvier 2022 et le 15 février 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Lille, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et, en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la prescription de bêtabloquants répondait à un principe de précaution, alors que M. A, qui était alors dépendant aux opiacés, rendant le diagnostic plus difficile, présentait un ensemble de critères faisant craindre un risque de dysplasie arythmogène du ventricule droit (DAVD) ; l'apparente normalité de l'imagerie par résonnance magnétique réalisée en 2005 n'était pas suffisante en soi pour écarter le diagnostic de DAVD ;
- l'invalidité et le licenciement de M. A résultent exclusivement de l'état antérieur du patient ;
- M. A ne subit aucun préjudice depuis la consolidation de ses blessures intervenue le 1er septembre 2017 ;
- il est inutile d'ordonner une nouvelle expertise, deux expertises ayant déjà été diligentées ;
- une part importante des soins pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie et dont il est demandé le remboursement était indispensable aux investigations médicales quant à l'état de santé de M. A.
Par ordonnance du 20 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2023.
Vu :
- l'ordonnance n°2100834 du 10 mai 2021 par laquelle le juge des référés a rejeté les conclusions de M. A à fins d'expertise et d'allocation d'une provision ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Salas, substituant Me Watel, représentant M. A, et de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de malaises syncopaux constatés à partir d'août 2000 et après de premiers examens ne révélant aucune anormalité, M. A, né le 20 mai 1954 et qui bénéficiait d'un traitement à base de morphine à la suite d'un accident, a été hospitalisé à deux reprises au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille en juin 2001. Un diagnostic de dysplasie arythmogène du ventricule droit a été posé, de sorte qu'il lui a été prescrit, à compter de la fin du mois de juin 2001, un bêtabloquant, sous forme de Corgard, en association avec un traitement antalgique. Dès le 16 juillet 2001, M. A se plaint d'asthénie et de dyspnée d'effort. Les syncopes se sont poursuivies, ce qui a notamment donné lieu à une hospitalisation en soins intensifs de cardiologie au centre hospitalier de Béthune du 9 au 11 avril 2005. Un holter cardiaque a été implanté au cours d'une hospitalisation au CHRU de Lille du 18 au 19 avril 2005. Une imagerie par résonnance magnétique a été réalisée le 26 avril 2005. Le 15 décembre 2005, l'analyse du holter cardiaque a permis de conclure à l'absence d'anomalie, de sorte que les malaises syncopaux ont été requalifiés en malaises vagaux brutaux avec chutes et sans prodrome. Fin 2005, M. A a signalé l'apparition d'un syndrome de Raynaud. Le holter cardiaque lui a été retiré au cours d'une hospitalisation au CHRU de Lille du 18 au 19 décembre 2006. En raison de nouvelles syncopes, différentes des précédentes, un nouveau holter cardiaque a été implanté au cours d'une hospitalisation du 15 au 18 décembre 2008 au CHRU de Lille, avant une explantation le 28 mars 2012, en l'absence d'anomalie constatée. En 2014, M. A a cessé de prendre de la morphine. A la suite d'une échographie cardiaque réalisée le 21 septembre 2017 et, en raison d'une imagerie par résonnance magnétique normale, le diagnostic de dysplasie a été exclu et le traitement par Corgard a été interrompu. L'arrêt de ce traitement a permis de mettre fin aux effets secondaires, de sorte que M. A ne présente plus de séquelle de la prise de ce traitement.
2. M. A a saisi le 23 janvier 2018 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), laquelle a ordonné une expertise, confiée au docteur D E, cardiologue, et au docteur H C, spécialiste en chirurgie cardiovasculaire et thoracique. Les experts ont remis leur rapport le 3 décembre 2018. Cependant, la CCI a ordonné, aux termes d'un avis du 6 février 2019 un complément d'expertise, confié au docteur B G, expert en chirurgie cardio-vasculaire et thoracique. A la suite du rapport de ce dernier, la CCI, aux termes d'un avis du 10 juillet 2019, a estimé que le CHRU de Lille avait commis une faute, dont la réparation incombait pour moitié à son assureur. En l'absence d'offre d'indemnisation, M. A a, par une requête enregistrée le 5 février 2021 sous le numéro 2100824, demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lille la réalisation d'une expertise et la condamnation du CHRU de Lille à lui verser une indemnité provisionnelle, requête rejetée par ordonnance du 10 mai 2021. Par la présente requête, M. A sollicite à titre principal une expertise et qu'il lui soit alloué une provision à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices.
Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Lille :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise diligentés par la CCI, que le diagnostic de dysplasie arythmogène du ventricule droit est difficile, s'agissant d'une maladie évolutive, découverte récemment, et repose sur une association de critères. Il résulte par ailleurs de l'instruction que M. A, qui avait des vertiges positionnels sans perte de connaissance depuis un accident survenu en 1984, a présenté à compter du mois d'août 2000 des syncopes à répétition sans prodrome avec une reprise de connaissance progressive accompagnée de lipothymie et d'asthénie prolongée. Les explorations réalisées ont permis de constater deux potentiels tardifs à l'électrocardiogramme moyenne, une onde T négative modérément en V2, un QRS un peu élargi, mais du fait d'une mesure non manuelle mais à la machine, tandis qu'à l'issue d'une échographie, il était indiqué : " il semble exister un amincissement de la paroi latérale du ventricule droit avec une petite encoche semblant être sensiblement compatible avec un aspect de dysplasie " (page 7 du premier rapport d'expertise). Compte tenu de ce tableau clinique réunissant plusieurs critères évoquant une dysplasie arythmogène du ventricule droit, et au regard de l'état de la science à propos de cette pathologie à l'époque des faits litigieux, décrit notamment par le second rapport d'expertise diligenté par la CCI, la dysplasie arythmogène du ventricule droit pouvant entraîner un décès brutal, il était légitime de prescrire à M. A à compter de la fin du mois de juin 2001 un bêtabloquant, sous forme de Corgard. Le CHRU de Lille n'a donc pas commis de faute au titre de la prescription initiale de ce traitement.
5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de nouvelles syncopes début avril 2005, un holter cardiaque a été implanté à M. A le 19 avril 2005 et une imagerie par résonnance magnétique a été réalisée le 26 avril 2005. Si ce dernier examen ne révélait pas d'argument en faveur d'une dysplasie arythmogène du ventricule droit, dès lors que le holter cardiaque venait d'être posé et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'à cette époque, une imagerie par résonnance magnétique permettait d'exclure avec certitude toute dysplasie arythmogène du ventricule droit, maladie évolutive comme il a été dit précédemment, l'absence d'interruption du traitement par Corgard le 26 avril 2005 n'est pas fautive.
6. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'après une consultation intervenue le 8 septembre 2005, au cours de laquelle aucune anomalie n'était constatée à la suite de l'analyse du holter cardiaque, ce que le CHRU de Lille pouvait interpréter comme démontrant une certaine efficacité du traitement par bêtabloquant, M. A a de nouveau présenté des syncopes, faisant l'objet d'enregistrements par ce holter. L'analyse de ces enregistrements n'a pas permis de constater de troubles du rythme, de sorte que le 15 décembre 2005, le professeur F a lui-même conclu qu'il s'agissait de syncopes vasovagales brutales sans prodrome, étant souligné que le CHRU de Lille reconnaît dans ses écritures que la prise d'opiacés et d'antidépresseurs par le requérant pouvait expliquer la survenance de malaises et syncopes. Il s'ensuit qu'en ne prescrivant pas l'interruption du traitement par bêtabloquant, qui ne se justifiait plus à compter de cette date, le CHRU de Lille a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, ce traitement n'ayant été interrompu qu'à compter du 1er septembre 2017.
Sur le lien de causalité et l'étendue de la réparation :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur B G, que M. A présentait des syncopes avant la prescription d'un bêtabloquant mais que les épisodes de syncopes ont été majorés du fait de la poursuite fautive de la prise de Corgard après le 15 décembre 2005, conduisant le requérant à être en arrêt de travail à compter de 2005 et compromettant ainsi les chances de celui-ci d'obtenir une amélioration de son état de santé jusqu'à l'arrêt de ce traitement le 1er septembre 2017. Compte tenu des conclusions expertales, et notamment de l'état antérieur de M. A, il y a lieu de retenir une perte de chance de 50 % d'éviter les syncopes du 15 décembre 2005 au 1er septembre 2017.
9. En revanche, il résulte de l'instruction que l'asthénie et la dyspnée d'effort constatés dès le début du traitement par Corgard, le syndrome de Raynaud, constaté à partir de la fin de l'année 2005, et le préjudice sexuel invoqué par M. A, qui est inclus dans l'évaluation du déficit fonctionnel temporaire s'agissant d'un préjudice ayant cessé avec l'arrêt du traitement en litige, résultent directement de la poursuite fautive de la prescription de bêtabloquant postérieurement au 15 décembre 2005.
10. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'apparition de polypes au niveau des sinus de M. A serait la conséquence de la prise de bêtabloquant.
Sur l'indemnisation des préjudices :
11. Eu égard aux conclusions expertales concordantes sur ce point, et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 1er septembre 2017.
En ce qui concerne les conclusions à fins d'expertise, de sursis à statuer et de provision :
12. Si le requérant estime que la présente juridiction doit surseoir à statuer et ordonner une expertise complémentaire en raison du caractère incomplet de l'expertise de la CCI, il n'indique pas quels sont les préjudices effectivement subis qui n'auraient pas été évalués, n'apportant aucun commencement de preuve quant à l'existence de préjudices non mentionnés ou retenus par les deux expertises ordonnées par la CCI. Il reconnaît en outre aux termes de ses propres écritures que les effets secondaires du traitement en litige " ont disparu instantanément à l'arrêt du traitement ". Dès lors, il n'y a pas lieu d'ordonner une nouvelle expertise, ni de surseoir à statuer et d'allouer une provision à M. A dans l'attente de l'expertise. Les conclusions tendant à ces fins seront donc rejetées. Il y a lieu par suite de procéder à l'indemnisation, à titre définitif, des préjudices résultant de la faute commise par le CHRU de Lille.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices avant consolidation :
13. En premier lieu, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, " Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".
14. La caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, qui exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. A, pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Cher, le recours subrogatoire prévu par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, justifie par la production d'une attestation d'imputabilité et d'un relevé de débours avoir exposé des frais pharmaceutiques, consistant précisément en la délivrance du bêtabloquant, entre le 15 juillet 2005 et le 1er août 2017, période comportant 4 401 jours, pour un montant de 170,77 euros. Dans la mesure où la prescription de bêtabloquant n'est fautive qu'à compter du 15 décembre 2005 et jusqu'au 31 août 2017 inclus, le traitement ayant été interrompu le lendemain, soit une période de 4 278 jours, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 166 euros (170,77 x 4 278 / 4 401). Si cette caisse demande par ailleurs le remboursement d'une somme de 431 euros exposée entre le 4 juillet 2017 et le 7 juillet 2017 au titre d'actes de biologie, de consultations et de la réalisation d'une échographie, il ne résulte pas de l'instruction que ces dépenses, non mentionnées par les deux rapports d'expertise diligentés par la CCI, à l'exception d'une imagerie par résonnance magnétique dont le motif de prescription n'est pas précisé, seraient en lien direct avec la faute commise par le CHRU de Lille, qui estime sans être contesté que ces dépenses auraient de toute façon été exposées du fait de l'état de santé de M. A. La caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher n'est donc pas fondée à solliciter le remboursement de la somme de 431 euros invoquée au titre des frais médicaux. Il résulte enfin de l'instruction, et notamment du relevé de débours produit, qu'il y a lieu de déduire de la somme de 166 euros des franchises pour un montant global de 6,50 euros. En l'absence de préjudice sollicité par M. A au titre des dépenses de santé actuelles, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher est fondée à solliciter la condamnation d'une somme de 159,50 euros, déduction faite du montant des franchises, au titre des frais exposés pour le compte de son assuré en lien direct avec la faute commise par le CHRU de Lille, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'appliquer le taux de perte de chance mentionné au point 8.
15. En deuxième lieu, si M. A sollicite une somme totale de 100 000 euros au titre des frais divers, dont 50 000 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire, par les pièces qu'il produit, le requérant ne rapporte pas la preuve de l'existence de ce poste de préjudice, tandis que le rapport d'expertise du docteur G ne retient aucune dépense à ce titre, ni aucun besoin en assistance par tierce personne résultant de la faute commise par le CHRU de Lille, ce que précisait déjà le docteur J lors de la consultation du 10 avril 2006. Les conclusions présentées au titre des frais divers, qui incluent les frais d'assistance par tierce personne avant consolidation doivent dès lors être rejetées.
16. En troisième lieu, le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
17. Il résulte tout d'abord de l'instruction que M. A, employé de la société anonyme Transpole, a été placé en arrêt de travail à compter du 20 mars 2005, avant d'être licencié de son emploi pour inaptitude ; il n'a plus fait partie des effectifs de cette entreprise à compter du 1er août 2006. Si l'examen médical du docteur J du 10 avril 2006 ayant justifié la décision d'inaptitude comporte une erreur sur le diagnostic de la pathologie de M. A, en mentionnant une fibrillation et un flutter auriculaire, ainsi qu'une cardiopathie sévère, ce compte-rendu médical ne comporte cependant pas d'erreur quant aux indications relatives à l'examen clinique de M. A et il ne résulte pas de l'instruction que celui-ci aurait pu reprendre son activité professionnelle avant le 1er septembre 2017, le second rapport d'expertise diligenté par la CCI n'estimant possible une reprise de l'activité professionnelle qu'à compter de cette date. Par ailleurs, il résulte du rapport d'expertise du docteur G que le maintien d'un diagnostic erroné a majoré la réaction anxio-dépressive du requérant et que la poursuite du traitement bêtabloquant a majoré ses symptômes, entraînant une diminution importante de ses capacités physiques du fait de l'asthénie et de la dyspnée d'effort, des malaises plus fréquents et un syndrome de Raynaud. Dès lors, et sans qu'importe la circonstance que l'équipe médicale du CHRU de Lille n'ait pas elle-même prescrit d'arrêt de travail, cet établissement hospitalier sera condamné à prendre en charge la perte de gains professionnels subie du 15 décembre 2005 jusqu'à la date du 20 décembre 2015, correspondant à l'âge légal de départ à la retraite en application de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable à la cause, à hauteur de moitié, l'autre moitié étant imputable à l'état antérieur du requérant.
18. Il résulte de l'instruction que les revenus professionnels du requérant l'année précédant la faute précédemment retenue commise par le centre hospitalier régional universitaire de Lille s'élevaient à la somme de 29 512 euros, d'après le cumul net imposable mentionné sur le bulletin de paie du mois de décembre 2004 du requérant. Il s'ensuit que pour la période du 15 décembre 2005 au 20 décembre 2015, comportant 3 658 jours, il aurait dû percevoir un revenu de 295 766,84 euros (29 512 x 3 658 / 365).
19. Or, il résulte de l'instruction et notamment des avis d'imposition versés par le requérant ainsi que des documents établis par la société Transpole pour les années 2005 et 2006 que M. A a perçu des salaires à hauteur de 19 253 euros pour l'année 2005, soit une somme de 896,72 euros (19 253/365 x 17) pour la période du 15 décembre 2005 au 31 décembre 2005. Il a par ailleurs perçu des salaires ou revenus de remplacement au titre de l'indemnisation du chômage à hauteur de 4 552 euros pour l'année 2006, à hauteur de 7 188 euros pour l'année 2007, de 7 683 euros pour l'année 2008 et de 7 335 euros pour l'année 2009, soit un total de revenus salariaux ou d'indemnisation du chômage pour un total de 27 654,72 euros (896,72 + 4 552 + 7 188 + 7 683 + 7 335) pour la période du 15 décembre 2005 au 20 décembre 2015. Il en résulte une perte brute d'un montant de 268 112,12 euros (295 766,84 - 27 654,72). Cette perte brute étant regardée comme imputable pour moitié à l'état antérieur du requérant comme il a été dit précédemment, le centre hospitalier régional universitaire de Lille ne saurait être tenu d'une indemnisation supérieure à la somme de 134 056,06 euros.
20. Il résulte de l'instruction que M. A a perçu des indemnités journalières pour un montant, selon le relevé de débours versé aux débats, de 19 580,44 euros du 20 mars 2005 au 30 juin 2006, période comportant 468 jours, soit une somme de 711,26 euros (19 580,44 x 17/468) pour la période de 17 jours du 15 décembre 2005 au 31 décembre 2005. S'il a bénéficié d'une pension d'invalidité à compter du 1er juillet 2006, il résulte de l'instruction, et notamment des déclarations non contestées du requérant, qu'il a perçu au titre de l'année 2006 des indemnités journalières puis une pension d'invalidité pour un montant total de 12 976 euros. Il résulte des avis d'imposition versés aux débats que M. A a perçu une pension d'invalidité d'un montant de 14 257 euros pour l'année 2007, de 14 427 euros pour l'année 2008, de 14 624 euros pour l'année 2009, de 14 760 euros pour l'année 2010, de 15 011 euros pour l'année 2011, de 15 327 euros au cours de l'année 2012, de 15 545 euros pour l'année 2013, de 15 679 euros pour l'année 2014 et de 13 281 euros pour l'année 2015, soit 12 880,75 euros pour la période du 1er janvier 2015 au 20 décembre 2015 comportant 354 jours (13 281 / 365 x 354). Ainsi, sur la période du 15 décembre 2005 au 20 décembre 2015, la perte nette de revenus subie par le requérant s'élève à la somme de 121 914,11 euros (295 766,84 - 27 654,72 - 711,26 - 12 976 - 14 257 - 14 427 - 14 624 - 14 760 - 15 011 - 15 327 - 15 545 - 15 679 - 12 880,75). En conséquence, compte tenu du principe de priorité à la victime, le centre hospitalier régional universitaire de Lille sera condamné à payer à M. A cette somme.
21. Si la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher sollicite une somme de 145 027,63 euros au titre des sommes qu'elle a versées au requérant pour compenser sa perte de gains professionnels, il résulte de ce qui précède, compte tenu de la limitation de la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Lille au titre de ce poste de préjudice et de l'application du principe de priorité à la victime, qu'elle n'est fondée à solliciter le remboursement par cet établissement hospitalier que d'une somme de 12 141,95 euros (134 056,06 - 121 914,11).
S'agissant des préjudices permanents :
22. En premier lieu, si M. A sollicite une somme de 50 000 euros au titre des dépenses de santé exposées après consolidation, par les pièces qu'il produit, il ne justifie pas avoir effectivement supporté des dépenses de santé en lien avec la faute commise par le CHRU de Lille à compter du 1er septembre 2017, alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, qu'il n'a plus présenté de séquelles à partir de l'arrêt à cette date du traitement bêtabloquant, ce qu'il reconnaît aux termes de ses écritures. Il n'est donc pas fondé à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.
23. En second lieu, M. A se prévaut d'une perte de gains professionnels futurs et d'une incidence professionnelle. Toutefois, il résulte des propres écritures du requérant que les symptômes en lien avec la prise du traitement bêtabloquant ont cessé instantanément avec l'arrêt de ce traitement. Par ailleurs, le requérant, qui, comme il a été dit précédemment, avait atteint l'âge légal de départ en retraite le 20 décembre 2015, effectivement sollicitée avant consolidation, ne justifie pas, ni même ne soutient, avoir subi une diminution de ses droits à pension de retraite. Dès lors, M. A n'est fondé à se prévaloir ni d'une incidence professionnelle ni d'une perte de gains professionnels futurs.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
24. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur G, que l'état de santé de M. A est à l'origine d'un déficit fonctionnel partiel de classe 1, soit de 10%. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les troubles que présentait le requérant en lien avec la prise de bêtabloquant se seraient améliorés en 2014, comme le docteur G l'a retenu, il est fondé à solliciter une indemnisation pour la période, comportant 4 278 jours, du 15 décembre 2005 au 31 août 2017 inclus. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A au titre du déficit fonctionnel temporaire, qui tient compte notamment des troubles subis par le requérant sur le plan sexuel pendant cette période, en l'évaluant à la somme de 6 417 euros ((4 278 x 0,10 x 15), soit 3 208,50 euros, après application du taux de perte de chance précédemment retenu et lié à l'état antérieur du requérant.
25. En deuxième lieu, si les rapports d'expertise diligentés par la CCI n'ont pas retenu de souffrances endurées en lien avec la faute commise par le CHRU de Lille, il résulte cependant de l'instruction que M. A a présenté, du fait de la poursuite fautive du traitement par Corgard, un syndrome de Raynaud, une dyspnée d'effort avec asthénie, un stress et des malaises majorés. Il s'ensuit qu'il a nécessairement subi des souffrances physiques et morales consécutivement à la poursuite fautive du traitement en litige à compter du 15 décembre 2005 et jusqu'à la consolidation. Il sera fait une juste appréciation de l'ensemble des souffrances endurées par le requérant en lien direct avec la faute commise par le CHRU de Lille en condamnant cet établissement à lui verser une somme de 1 500 euros.
26. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise du docteur G que M. A a subi un préjudice esthétique évalué à 0,5 sur une échelle de 7 du fait de l'implantation d'un holter de longue durée. Si le premier holter cardiaque implanté le 19 avril 2005 n'est pas en lien avec la faute précédemment retenue, il résulte de l'instruction qu'un holter a de nouveau été implanté en décembre 2008 en raison de la multiplication de syncopes de la part de M. A, qui présente désormais deux cicatrices, l'une de cinq centimètres et l'autre de sept centimètres, horizontales. Dès lors que le traitement par Corgard a eu pour effet d'accroître les syncopes présentées par le requérant, il est fondé à solliciter l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire résultant de cette cicatrice supplémentaire. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant une somme de 100 euros à ce titre, après application du taux de perte de chance précédemment retenu compte tenu de l'incidence de l'état antérieur du requérant.
S'agissant des préjudices permanents :
27. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que M. A n'a plus présenté de séquelles à partir de l'arrêt, le 1er septembre 2017, du traitement bêtabloquant, ce qu'il reconnaît aux termes de ses écritures. Il s'ensuit, en l'absence de tout commencement de preuve quant à l'existence de ces préjudices, qu'il n'est pas fondé à solliciter une indemnisation au titre d'un déficit fonctionnel permanent, du préjudice sexuel et du préjudice d'agrément.
28. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment à propos du préjudice esthétique temporaire, la pose du second holter, en lien avec la poursuite fautive du traitement par Corgard, a entraîné une second cicatrice horizontale sur la poitrine de M. A, toujours visible post-consolidation, ainsi que l'ont relevé les docteurs E et C dans leur expertise. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à M. A une somme de 200 euros après application du taux de perte de chance précédemment retenu, compte tenu de l'incidence de l'état antérieur de la victime.
29. Il résulte de ce qui précède que le CHRU de Lille sera condamné à verser à M. A une somme totale de 126 922,61 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher une somme totale de 12 301,45 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
30. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
31. La somme allouée à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 février 2023, date d'enregistrement de son mémoire au greffe.
Sur les conclusions tendant à rendre la présente décision opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher :
32. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher, dont l'activité de recours contre tiers est exercé par la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, qui a été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions, présentées par M. A, tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ordonner l'exécution provisoire du jugement :
33. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". En outre, aux termes de l'article R. 811-14 du même code, applicable à la procédure contentieuse administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ". Aucune disposition particulière ne fait obstacle, en l'espèce, au caractère exécutoire du présent jugement, sous réserve, en cas d'appel, des dispositions relatives au sursis à exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce que le tribunal déclare le présent jugement exécutoire sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
34. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".
35. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Lille le versement à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher de la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier régional universitaire de Lille demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés au même titre par la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser à M. A la somme de 126 922,61 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 12 301,45 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 7 février 2023.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. I A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et au centre hospitalier régional universitaire de Lille.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie du Cher.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOU La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026