mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108772 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DESURMONT-LAMPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2021, le 4 novembre 2022, le 9 février 2023, le 6 février 2024 et le 11 juin 2024, M. B D, agissant en qualité d'ayant droit de son épouse Mme I F, épouse D, décédée le 23 septembre 2021 et en son nom personnel, M. J D et M. H D, agissant en qualité d'ayants droit de leur mère, Mme I D, et en leur nom personnel, représentés par Me Lampin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à leur verser, en qualité d'ayants droit de Mme I D, née F, la somme de 400 168,53 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 13 juillet 2021, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à verser à M. B D la somme de 38 774,57 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 13 juillet 2021, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à verser à M. J D la somme de 15 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 13 juillet 2021, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
4°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à verser à M. H D la somme de 15 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire du 13 juillet 2021, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
5°) de déclarer le jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et à la mutuelle générale de l'éducation nationale ;
6°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix, outre les " entiers " dépens, la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à titre principal, il y a lieu de surseoir à statuer sur la demande d'indemnisation dans l'attente de la décision de la cour d'appel de Douai ;
- à titre subsidiaire, le Dr G a commis une faute en ne demandant pas d'examens sanguins ce qui a entrainé un retard de diagnostic ;
- le centre hospitalier de Roubaix a commis une faute à raison d'un retard dans la prise en charge de Mme D ;
- il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 60% ;
- le centre hospitalier de Roubaix doit être condamné à indemniser l'intégralité du préjudice subi, sans partage de responsabilité ;
- les préjudices subis par Mme I D doivent être évalués, après application du taux de perte de chance de 60%, à la somme de 400 168,53 euros, décomposés comme suit :
o 3 720 euros au titre des dépenses de santé ;
o 74 870,78 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;
o 3 560 euros au titre des frais de médecins-conseils ;
o 490,32 euros au titre des frais de déplacement hors expertise ;
o 1 086,88 euros au titre des frais de déplacement liés à l'expertise ;
o 306,09 euros au titre des frais divers (frais de copie pour 18,36 euros, frais postaux pour 47,76 euros et vélo d'appartement pour 239,97 euros) ;
o 1 554 euros au titre des dépenses de santé futures ;
o 75 781,06 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente ;
o 21 299,40 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
o 36 000 euros au titre des souffrances endurées ;
o 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
o 139 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
o 12 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
o 12 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
o 12 000 euros au titre du préjudice sexuel.
- il en résulte, en outre, pour M. B D, mari de la défunte, un préjudice d'un montant total de 38 774,57 euros, après application du taux de perte de chance de 60%, décomposé de la façon suivante :
o 2 774,57 euros au titre des frais de déplacement ;
o 18 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
o 18 000 euros au titre du préjudice permanent exceptionnel.
- il en résulte, enfin, un préjudice d'affection de 15 000 euros, chacun, après application du taux de perte de chance de 60%, pour M. H D et M. J D, fils de la défunte.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 décembre 2022, 22 janvier 2024 et 24 juin 2024, le centre hospitalier de Roubaix, représenté par Me Segard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, " de surseoir à statuer dans l'attente du jugement opposant les consorts D et le Dr G devant la cour judiciaire d'appel de Douai " ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise complémentaire portant sur le taux de perte de chance et le retard de prise en charge du centre hospitalier de Roubaix ;
3°) de limiter le préjudice des requérants, en qualité d'ayants droit de Mme I D, à la somme de 7 783,20 euros, à titre principal, et à la somme de 20 690,46 euros, à titre subsidiaire ;
4°) de limiter le préjudice de M. B D à la somme de 995,12 euros ;
5°) de rejeter les demandes formulées par M. J D et M. H D au titre de leur préjudice d'affection ;
6°) de limiter les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing à la somme de 19 378,06 euros ;
7°) de limiter sensiblement la somme accordée aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
8°) de rejeter les autres demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Il fait valoir que :
- à titre principal, il y a lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la fin de la procédure judiciaire ;
- à titre subsidiaire, il ne conteste pas sa responsabilité dans le retard de prise en charge ;
- une mesure d'expertise complémentaire doit être ordonnée sur le taux de perte de chance en la confiant à un neurochirurgien ;
- sinon, le taux de perte de chance de ne pas subir les conséquences d'une compression médullaire doit être évalué à 45% ;
- le partage de responsabilité doit être, avec le Dr G, de 30% pour le centre hospitalier et de 70% pour le médecin ;
- ainsi, il y a lieu de liquider, à hauteur de 13,5%, les préjudices de Mme I D à la somme de 7 810,20 euros, à titre principal, et à 20 717,46 euros, à titre subsidiaire, décomposés de la manière suivante :
o 236,25 euros au titre des dépenses de santé actuelles et futures ;
o à titre principal, au rejet de l'assistance par tierce personne temporaire et, à titre subsidiaire, à la somme de 6 686,95 euros ;
o 150,36 euros au titre des frais divers ;
o à titre principal, au rejet de l'assistance par tierce personne permanente et, à titre subsidiaire, à la somme de 6 094,24 euros ;
o 1 985,87 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
o 1 775 euros au titre des souffrances endurées ;
o 405 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
o 3 025,59 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
o 176,49 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
o 75,64 euros au titre du préjudice sexuel ;
- il y a lieu, également, de liquider à la somme de 244,48 euros au titre des frais de déplacement, de 75,64 euros au titre du préjudice sexuel et à 675 euros au titre du préjudice d'affection les préjudice subis par M. B D ;
- le préjudice d'affection de M. H D et J D doit être rejeté ;
- les frais hospitaliers, pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, doivent être mis à sa charge seulement pour la période du 23 janvier 2013 au 17 janvier 2014 pour un montant de 18 780,82 euros, après application du taux de 13,5% ; les frais hospitaliers au-delà du 17 janvier 2014 doivent être rejetés ;
- les frais médicaux et pharmaceutiques doivent être indemnisés à hauteur de 597,42 euros, après application du taux de 13,5% ;
- les frais de transports doivent être rejetés.
Par des mémoires, enregistrés le 6 janvier 2023 et le 29 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me Berny, demande :
1°) de condamner le centre hospitalier de Roubaix à lui verser la somme de 191 440,79 euros au titre des prestations versées à son assurée, Mme D, assortie des intérêts au taux légal à compter du premier mémoire, ainsi que de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de Roubaix et le Dr G ont participé à la survenue du dommage, ce qui entraîne qu'ils sont tenus solidairement ;
- l'expertise a été rendue contradictoirement, ce qui entraîne que l'avis du médecin-conseil ne saurait remettre en cause les conclusions expertales ;
- les dépenses de santé prises en charge par la caisse s'élèvent à la somme de 191 440,79 euros, qui se décompose comme suit :
o frais hospitaliers : 186 480,53 euros ;
o frais médicaux : 3 883,60 euros ;
o frais de pharmacie : 541,72 euros ;
o frais d'appareillage : 14,64 euros ;
o frais de transports : 520,30 euros.
- les frais hospitaliers postérieurs au 17 octobre 2014 sont imputables aux fautes telles qu'elles résultent des conclusions expertales ;
- l'indemnité forfaitaire de gestion ne couvre pas les frais de justice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;
- le décret n°2007-435 du 25 mars 2007 ;
- l'arrêté du 26 avril 2007 modifiant l'arrêté du 29 avril 1998 portant réglementation et liste des capacités de médecine ;
- l'arrêté du 19 mai 2014 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule ;
- l'arrêté du 26 février 2015 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule ;
- l'arrêté du 26 février 2020 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de Me Lampin, représentant les consorts D, et celles de Me Drancourt, représentant le centre hospitalier de Roubaix.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I D, née F, a ressenti, au mois d'août 2012, des douleurs de dos. Devant ces douleurs, persistantes depuis plusieurs semaines, son médecin traitant, le Dr G, lui a prescrit des médicaments antalgiques. Malgré ce traitement et des séances de kinésithérapie, prescrites le 2 octobre 2012, les douleurs n'ont cessé de croître, ce qui a conduit à réaliser une imagerie par résonance magnétique (IRM), le 27 décembre 2012, concluant à une discopathie au niveau des vertèbres L4-L5 et L5-S1. Une analyse de sang, réalisée le 31 décembre 2012, constate un myélome, maladie maligne de la moelle osseuse. Le 2 janvier 2013, le remplaçant du médecin traitant de Mme D, le Dr E, pose le diagnostic d'un cancer de la moelle et constate, en outre, une paraparésie, c'est-à-dire une paralysie incomplète des membres inférieurs. Le médecin tente alors, par téléphone, de faire admettre Mme D en urgence au centre hospitalier de Roubaix pour une paraparésie évolutive. Le centre hospitalier demande une confirmation, par télécopie, de cette demande de la part du médecin remplaçant, ce qui est fait le jour même. Ce dernier, constatant, le 8 janvier 2013, que Mme D n'est toujours pas hospitalisée, parvient à la faire admettre au centre hospitalier de Roubaix le jour même, dans le service de neurologie, qui constate la paralysie complète des membres inférieurs. Après un transfert, le 10 janvier 2013, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, qui fait le même constat, Mme D retourne au centre hospitalier de Roubaix, d'abord en neurologie, puis en hématologie pour la prise en charge du cancer de la moelle osseuse. Parallèlement au traitement du cancer jusqu'en août 2013, Mme D a bénéficié de plusieurs prises en charge visant à sa récupération motrice, au centre de l'Espoir, d'abord en hospitalisation complète puis en hospitalisation de jour, jusqu'à la mi-octobre 2014. De retour à domicile, Mme D a lentement récupéré, jusqu'à pouvoir marcher une heure par jour sans aide technique. Elle est décédée le 23 septembre 2021.
2. Par une assignation en référé devant le tribunal de grande instance de Lille, devenu tribunal judiciaire de Lille, le 7 février 2017, Mme D a demandé à ce qu'une mesure d'expertise soit ordonnée. Par une ordonnance du 16 mai 2017, une expertise a été ordonnée, puis étendue le 17 juillet 2018 au Dr E et au centre hospitalier de Roubaix. Le rapport définitif de l'expert a été déposé au tribunal judiciaire de Lille le 2 juillet 2019. Une demande indemnitaire préalable a été adressée par les requérants au centre hospitalier de Roubaix le 13 juillet 2021, tandis qu'une action en justice devant la juridiction judiciaire a été engagée afin de voir reconnaître la responsabilité du médecin traitant. Par un jugement rendu le 12 décembre 2022, confirmé en appel le 6 juin 2024, le tribunal judiciaire de Lille a débouté les requérants de leur action.
3. Par la présente requête, les requérants, agissant au nom de la succession de Mme D, en leur qualité d'ayants droit, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Roubaix à réparer les préjudices subis du fait de la prise en charge de Mme D.
Sur la demande de sursis à statuer :
4. Il résulte de l'instruction que, par un jugement en date du 12 décembre 2022, confirmé en appel, le tribunal judiciaire de Lille a débouté les requérants de leur demande de condamnation du Dr G, en retenant que ce dernier n'a pas commis de faute. La décision rendue par la juridiction judiciaire ne lie pas le tribunal dans l'appréciation de la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix dans le dommage subi par Mme I D. Compte tenu du caractère successif des prises en charge des médecins traitants et du centre hospitalier, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer, cette demande n'étant plus au demeurant, dans le dernier état des écritures des parties, présentée que par le centre hospitalier en défense.
Sur le principe de la responsabilité :
5. Article L. 1142-1 du code de la santé publique, dans son grand I, dispose que : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
6. En premier lieu, la responsabilité du docteur G relève de la compétence de la juridiction judiciaire. Par suite, il ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative d'apprécier le caractère fautif des fautes reprochées à ce dernier par les requérants. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'expert a retenu une faute du Dr G, qui n'est intervenu dans le traitement qu'antérieurement à la prise en charge hospitalière litigieuse, est sans incidence sur l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier de Roubaix.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que le centre hospitalier de Roubaix, destinataire, le 2 janvier 2013, d'un appel téléphonique émanant d'un médecin, retraçant une situation d'atteinte neurologique des membres inférieurs constitutive d'une situation d'urgence, s'est borné à recommander l'envoi d'une télécopie, en outre présentée comme une condition de l'hospitalisation en urgence. S'il est constant que Mme D n'a été prise en charge, c'est-à-dire hospitalisée, que le 8 janvier 2013, ce dysfonctionnement de l'organisation du centre hospitalier a contribué à ce que la patiente ne soit prise en charge que six jours après les premiers signes, qualifiés de " drapeaux rouges " par l'expert, d'une compression médullaire. Ainsi, alors que le centre défendeur ne conteste pas le principe de sa responsabilité, il y a lieu de retenir que le centre hospitalier de Roubaix a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur la perte de chance et l'étendue de la réparation :
8. En premier lieu, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
9. Dans son rapport (p 15), l'expert retient que : " si la patiente avait été prise en charge en extrême urgence pour le début de la paralysie des membres inférieurs, dès le 2 janvier, il est probable que la levée de la compression par une intervention chirurgicale () aurait permis d'éviter la compression et la paraplégie ". Il résulte des termes mêmes utilisés par l'expert qu'il n'existe aucune certitude sur l'absence de survenue des dommages neurologiques constatés même en cas de prise en charge chirurgicale immédiate, c'est-à-dire même en l'absence de faute. Or, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire du courrier de transmission du 10 janvier 2013 établi par le centre hospitalier de Roubaix à destination du centre hospitalier régional universitaire de Lille, et même si l'expert n'a pas estimé utile de les évoquer, que des signes neurologiques étaient apparus, non pas seulement le 2 janvier 2013, mais début décembre 2012, sous la forme d'une gêne à la marche et d'un trouble mineur de l'équilibre. En outre, comme le montre ce courrier de transmission, et comme le relève le médecin conseil du centre hospitalier dans son avis critique, l'IRM médullaire réalisée le 10 janvier 2013 constatait la présence d'une volumineuse tumeur " atteignant l'arc postérieur et étendue à l'arc antérieur ". Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance d'éviter le dommage, imputable au centre hospitalier de Roubaix, en la fixant à 50%.
10. En second lieu, la faute commise par le centre hospitalier de Roubaix, à savoir des renseignements erronés sur les modalités de prise en charge en urgence d'une personne qui n'était pas alors hospitalisée, ne faisait pas obstacle à ce que Mme D ou son médecin traitant saisissent le service d'aide médicale urgente, que ce soit le jour même ou dans les jours suivants, nécessairement marqués eux aussi par des signes neurologiques extrêmement inquiétants. Dans ces circonstances, et sans qu'il y ait lieu à une condamnation solidaire, compte tenu des caractères successifs et distincts des prises en charge libérale et hospitalière en cause, il convient de retenir, comme le soutient le médecin-conseil du centre défendeur, que le centre hospitalier de Roubaix ne peut être tenu pour responsable du dommage de l'intéressée qu'à hauteur de 30% du dommage.
11. Il résulte de ce qui précède, que, sauf en ce qui concerne les préjudices pour lesquels il résulte de l'instruction une contribution différente de la faute commise par le centre hospitalier de Roubaix, cette contribution s'élève à 15 % (0,50 x 0,30) du dommage corporel subi par Mme D et de ses conséquences pour les victimes indirectes.
Sur l'évaluation des préjudices :
12. Il résulte du rapport d'expertise, sans que cela soit contesté par les parties à la présente instance, que la date de consolidation doit être fixée au 5 décembre 2017.
En ce qui concerne les préjudices subis par Mme I D transmis à la succession :
13. En application de l'article 724 du code civil, le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
S'agissant des préjudices patrimoniaux avant consolidation :
Les dépenses de santé actuelles :
14. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. /Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. /Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. / Hors le cas où la caisse est appelée en déclaration de jugement commun conformément aux dispositions ci-après, la demande de la caisse vis-à-vis du tiers responsable s'exerce en priorité à titre amiable. / La personne victime, les établissements de santé, le tiers responsable et son assureur sont tenus d'informer la caisse de la survenue des lésions causées par un tiers dans des conditions fixées par décret () ".
15. La caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par Mme I D, le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
16. En application des dispositions citées ci-dessus, le juge, saisi d'un recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, lorsque c'est le cas, de ce que la réparation est partielle, la somme que doit réparer le tiers responsable au titre d'un poste de préjudice devant être attribuée par préférence à la victime, le solde étant attribué à l'organisme.
17. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing justifie, par la production d'un relevé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin-conseil, avoir pris en charge pour le compte de la victime, et en lien avec la paraplégie, pour la période du 23 janvier 2013, date de la première hospitalisation, au 22 novembre 2017, date du dernier achat d'un produit pharmaceutique, une somme de 3 883,60 euros au titre des frais médicaux, une somme de 541,72 euros au titre des frais pharmaceutiques, une somme de 14,64 euros au titre des frais d'appareillage et une somme de 520,30 euros au titre des frais de transport, sans que le centre défendeur ne remette en cause ces dépenses. Si le centre hospitalier défendeur remet en cause le montant de 186 480,53 euros au titre des frais d'hospitalisation, pour les dépenses postérieures au 17 octobre 2014, à défaut de mention spécifique dans les conclusions expertales, il résulte du rapport que l'expert a mentionné ces périodes au titre du déficit fonctionnel temporaire total, qu'il s'agisse de rééducation ou d'hospitalisation. Ainsi, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing justifie avoir pris en charge, en raison de la paraplégie, une somme totale de 191 440,79 euros (186 480,53 + 3 883,60 + 541,72 + 14,64 + 520,30).
18. En second lieu, les requérants se prévalent de séances d'ostéopathie et d'acupuncture restées à leur charge pour un montant de 3 720 euros, avant la date de consolidation.
19. D'une part, aux termes de l'article 1er, du décret du 25 mars 2007 visé ci-dessus : " Les praticiens justifiant d'un titre d'ostéopathe sont autorisés à pratiquer des manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de remédier à des troubles fonctionnels du corps humain, à l'exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques. Ces manipulations sont musculo-squelettiques et myo-fasciales, exclusivement manuelles et externes. Ils ne peuvent agir lorsqu'il existe des symptômes justifiant des examens paracliniques. / Pour la prise en charge de ces troubles fonctionnels, l'ostéopathe effectue des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées, dans le respect des recommandations de bonnes pratiques établies par la Haute Autorité de santé. ".
20. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise et du dossier médical transmis à la victime par le centre de l'Espoir, qu'il est fait état de la nécessité de séances de kinésithérapie motrice. Si le centre défendeur soutient qu'il n'est pas fait mention, dans le rapport d'expertise, de séances d'ostéopathie, il y a lieu de retenir que ces séances d'ostéopathie, en tant qu'elles visent à remédier à des troubles fonctionnels du corps humain, sont complémentaires aux séances de kinésithérapie motrice proposées par le centre de l'Espoir dans le cadre du projet thérapeutique de la patiente. Il résulte, en outre, de l'instruction que ce professionnel indique exercer une profession de masseur-kinésithérapeute et d'ostéopathe, et que la prise en charge thérapeutique et rééducative de la patiente se fait avec un confrère notamment sur la rééducation. Par suite, il y a lieu d'inclure le coût de ces séances dans l'évaluation du dommage corporel. Entre le 1er avril 2014 et le 25 juillet 2017, la patiente a suivi 38 séances d'un montant de 70 euros, soit la somme de 2 660 euros (38 x 70).
21. D'autre part, l'annexe XVI ajoutée à l'arrêté du 29 avril 1988 par l'arrêté du 26 avril 2007, visé ci-dessus, dispose que la capacité en médecine d'acupuncture a pour objectif de " permettre aux médecins généralistes ou spécialistes () d'acquérir les connaissances et les compétences pour soigner les pathologies par la méthode d'acupuncture ". L'acte d'acupuncture doit être regardé comme un acte médical, qu'au demeurant seuls les membres des professions médicales habilités peuvent pratiquer.
22. En l'espèce, contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier défendeur le prénom et nom de la patiente sont lisibles, étant mentionnés de la manière suivante : " D M. A ", la mention du praticien est très lisible et le montant des séances, à savoir un montant unitaire de 55 euros, est également lisible. Par suite, alors que le rapport du centre de l'Espoir fait état, dans le projet thérapeutique de la requérante, de soins infirmiers pour le traitement de la douleur, il y a lieu d'indemniser les 18 séances d'acupuncture pour un montant de 55 euros, soit 990 euros (18 x 55).
23. Il ne résulte pas de l'instruction que ces dépenses de santé aient fait l'objet d'une prise en charge par un organisme payeur.
Quant à la somme mise à la charge du centre hospitalier de Roubaix au titre des dépenses de santé actuelles :
24. Eu égard à ce qui précède, le montant total des dépenses de santé s'élève, pour la victime et la caisse, à la somme de 195 090,79 euros (191 440,79 + 2 660 + 990), Le montant imputable au centre hospitalier de Roubaix, après application du taux de perte de chance et de la part imputable, est de 29 263,62 euros (195 090,79 x 0,50 x 0,30). En vertu du principe de priorité à la victime, les requérants sont fondés à demander la condamnation du centre hospitalier de Roubaix à hauteur de 3 650 euros (2 660 + 990), le solde de l'indemnité mise à la charge du centre défendeur revenant à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, soit 25 613,62 euros (29 263,62 - 3 650).
L'assistance par tierce personne temporaire :
25. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
26. Il résulte du rapport d'expertise, eu égard au déficit fonctionnel temporaire (DFT) apprécié par l'expert, que la patiente a nécessité une assistance par tierce personne non spécialisée d'une durée quotidienne de 4 heures 30 pour les périodes de DFT évalué à 75% et d'une durée de 3 heures 30 par jour pour les périodes de DFT évalué à 50%. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme D, qui était retraitée et qui n'a fait aucune dépense particulière qui aurait conduit à l'instruction d'un dossier de prestation de compensation du handicap, ait bénéficié d'une aide financière en raison du handicap consécutif à sa compression médullaire.
27. Premièrement, si l'expert retient que pour la période allant du 2 janvier au 7 janvier 2013, soit 6 jours, Mme D a subi un DFT évalué à 90%, sans pour autant retenir un besoin d'assistance, il y a lieu de prendre en compte tant l'importance du déficit en cause que le soutien effectif du mari de la patiente au cours de cette période. Alors que le Dr E soutenait qu'il y avait urgence à ce que la patiente soit prise en charge en raison d'une aggravation progressive des douleurs, et sans que le centre défendeur ne vienne remettre en cause ce point précis, il y a lieu de retenir que la patiente a nécessité une aide qui doit être évaluée à quatre heures et trente minutes (4 heures 30) par jour.
28. Deuxièmement, du jour de son hospitalisation, le 8 janvier 2013, jusqu'au 21 février 2013, la patiente se trouvait hospitalisée, de sorte que l'aide quotidienne nécessaire était apportée par les membres du personnel du centre hospitalier de Roubaix.
29. Troisièmement, pour la période du 22 février 2013 au 4 février 2014, soit 348 jours, la patiente résidait au centre de rééducation de l'Espoir, où ses besoins d'assistance par tierce personne étaient pourvus par le personnel. Ainsi, il n'y a pas lieu de retenir une aide par tierce personne pour cette période.
30. Quatrièmement, à sa sortie du centre de rééducation le 5 février 2014, la patiente a été prise en charge sous la forme d'une hospitalisation de jour. Il s'en est suivi pour l'expert un DFT de 75% jusqu'au 4 juillet 2014 d'un total de 150 jours pour une aide de 4 heures 30 par jour.
31. Cinquièmement, pendant 51 jours, son déficit a été évalué à 50% du 5 juillet au 24 août 2014, et de nouveau évalué à 75% pendant 54 jours du 25 août au 17 octobre 2014, correspondant au retour définitif de la patiente chez elle en fauteuil roulant. Le besoin d'assistance est alors de 3 heures 30 par jour et de 4 heures 30 par jour.
32. Sixièmement, dans son rapport, l'expert retient que du 18 octobre 2014 au 14 août 2017, la défunte a pendant, 1 032 jours, subi un DFT de 50%, pour un besoin de 3 heures 30 par jour.
33. Septièmement, elle a subi un DFT de 100%, période d'hospitalisation de jour correspondant à une couverture des besoins d'assistance par tierce personne, et de 50% (besoins d'ATP de 3 h 30 par jour), respectivement pendant 94 jours et 18 jours, du 15 août au 16 novembre 2017 et du 17 novembre au 4 décembre 2017, veille de la consolidation, et non le 5 décembre comme le soutient l'expert.
34. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, soit en appliquant un facteur de 412/365, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, le besoin d'assistance par tierce personne temporaire doit être évalué à la somme de 81 245,84 euros (412/365 x 15) x (6 x 4,5 + 150 x 4,5 + 51 x 3,5 + 54 x 4,5 + 1 032 x 3,5 + 18 x 3,5). Toutefois, après application du taux de perte de chance et de la part de responsabilité imputable au centre défendeur, et sans qu'il résulte de l'instruction que ces frais aient été pris en charge, notamment par une prestation de compensation du handicap, le centre défendeur doit être condamné à verser la somme de 12 186,88 euros (81 245,84 x 0,50 x 0,30) aux requérants au titre de l'assistance par tierce personne non spécialisée de Mme I D.
Les frais de médecins-conseils :
35. Il résulte de l'instruction que Mme D s'est faite assister par deux médecins-conseils, le Dr de K et le Dr C, pour un montant de 3 560 euros. Si le centre hospitalier de Roubaix fait valoir dans ses écritures que ces frais sont habituellement pris en charge par un assureur de protection juridique des requérants, les intéressés répondent que ces frais n'ont pas fait l'objet d'une prise en charge. Dès lors, ces frais ayant été utiles à la résolution du litige, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, en lien direct avec la faute retenue, en le fixant à la somme demandée de 3 560 euros qui sera mise à la charge du centre hospitalier défendeur.
Les frais de déplacement :
36. Les requérants soutiennent qu'au titre de son hospitalisation de jour avec permission le week-end du 20 juin 2013 au 4 février 2014, Mme D est rentrée chez elle, durant cette période, pour deux allers-retours par week-end. Le centre défendeur ne contestant pas ce poste, il y a lieu d'indemniser les requérants des frais de déplacement. Toutefois, s'il est fait état que la caisse primaire a pris en charge un transport le 20 juin 2013, ce jour étant un jeudi, il n'y a pas lieu de le regarder comme une prise en charge au titre de ces frais spécifiques aux fins de semaine. Ainsi, au cours de la période indiquée, M. D a effectué quatre allers-retours sur un nombre de 28 week-ends au titre de l'année 2013 et de 5 week-ends pour l'année 2014. Il résulte de l'instruction que les requérants sont titulaires d'une voiture de puissance fiscale de sept chevaux ou plus, que le trajet entre leur domicile et la clinique de l'Espoir se situant dans la ville de Lille-Hellemmes est de 10,5 kilomètres. En application du barème forfaitaire des années 2014 et 2015 pour les années 2013 et 2014, le coût par kilomètre est de 0,592 et de 0,595. Par suite, au titre de l'année 2013, ils ont effectué deux fois 10,5 kilomètres, ce qui correspond un aller-retour, pendant 28 week-ends avec un coût par kilomètre de 0,592, soit un montant de 348,10 euros (10,5 x 2 x 28 x 0,592) et, au titre de l'année 2014, ils ont parcouru deux fois 10,5 kilomètres, pendant 5 week-ends, pour un coût par kilomètre de 0,595, soit un montant de 62,48 euros (10,5 x 2 x 5 x 0,595).
37. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier à indemniser les requérants, après application de la perte de chance et du partage de responsabilité précités, de la somme de 61,59 euros ((348,10 + 62,48) x 0,15).
Les frais liés à l'expertise judiciaire :
38. Les requérants se prévalent de sommes restées à leur charge, à savoir des frais de train, des frais d'hôtel, des frais de déplacement et des frais de péages, à la suite des réunions d'expertise du 21 mars 2018 et du 31 janvier 2019. Toutefois, les frais antérieurs à l'extension de l'expertise au centre hospitalier défendeur, à compter de l'ordonnance des référés du 17 juillet 2018 du tribunal judiciaire de Lille, ne sauraient être imputés à ce dernier. Ainsi, seuls les frais engendrés par la seconde réunion d'expertise doivent être mis à la charge du centre hospitalier défendeur.
39. Les requérants soutiennent avoir remboursé le déplacement de leur avocat, Me Lampin, à l'opération d'expertise du 31 janvier 2019 pour la somme respective de 63 euros correspondant à un aller Lille vers Paris et de 34 euros pour un retour de Paris à Lille. Si, comme le fait valoir le centre hospitalier défendeur, de tels frais doivent être pris en compte au titre des frais et honoraires de l'avocat, le jugement du tribunal judiciaire de Lille du 12 décembre 2022, confirmé en appel, a débouté les consorts D de leur demande présentée au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Or, l'expertise demandée par le juge judiciaire résulte de la prise en charge fautive, de sorte que les frais de déplacement par train de leur avocat, pour se déplacer à la réunion d'expertise, doivent être indemnisés. Les requérants, qui démontrent avoir pris en charge le coût de déplacement de leur avocat par le versement d'un chèque, seront indemnisés de la somme de 97 euros correspondant au déplacement de leur avocat pour la réunion du 31 janvier 2019, somme qui sera intégralement mise à la charge du centre hospitalier défendeur.
40. En deuxième lieu, les requérants soutiennent avoir parcouru 227 kilomètres, soit un total de 454 kilomètres, pour se rendre à la réunion d'expertise du 31 janvier 2019 à Paris. En application du barème forfaitaire de l'année 2020 pour l'année 2019, pour un véhicule d'une puissance fiscale de sept chevaux et plus, il y a lieu de retenir un coût par kilomètre de 0,601. Par conséquent, les frais de déplacement exposés par les intéressés doivent être évalués à la somme de 272,85 euros (454 x 0,601), somme qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Roubaix.
41. En troisième lieu, eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'indemniser la somme de 33,20 euros correspondant aux frais de péage pour se rendre à l'expertise.
42. En dernier lieu, si le centre hospitalier s'oppose à l'indemnisation des frais d'hôtel à raison de l'heure de l'expertise, à savoir qu'elle était programmée à 10 heures, ce qui laissait le temps aux requérants d'arriver le jour même, il résulte de l'instruction que l'expert conclut à un déficit fonctionnel permanent de 75% pour Mme D. Or, compte tenu de ce taux de déficit, du domicile des requérants, du temps pour se rendre à Paris, tout en prenant en compte la particularité des conditions de circulation dans la ville, ces frais d'hébergement, qui n'auraient pas été supportés sans la faute commise, sont justifiés. Par suite ces frais d'hôtellerie doivent être mis à la charge du centre hospitalier défendeur, soit la somme de 137,76 euros.
43. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant le centre défendeur à indemniser les requérants de la somme intégrale de 540,81 euros (97 + 33,20 + 137,76 + 272,85) correspondant aux frais liés à l'expertise judiciaire.
Les autres frais divers :
44. En premier lieu, en vertu de dernier alinéa de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, le patient peut consulter gratuitement sur place les informations contenues dans son dossier médical. Lorsqu'il souhaite la délivrance de copies, quel qu'en soit le support, les frais laissés à sa charge ne peuvent pas excéder le coût de la reproduction et, le cas échéant, de l'envoi des documents. Les intéressés ont toutefois droit au remboursement intégral de la somme de 66,12 euros, qu'ils n'auraient pas exposée sans la faute commise, pour les frais de copie et d'envoi de leur dossier médical par le centre hospitalier de Roubaix. Il y a donc lieu de mettre à la charge de ce dernier cette somme.
45. En second lieu, si les requérants soutiennent avoir acquis un vélo d'appartement pour faciliter la rééducation de Mme D, l'expert n'a pas retenu un tel besoin. En l'absence de démonstration d'un lien exclusif entre le dommage subi et cette dépense, il y a lieu de rejeter cette demande.
S'agissant des préjudices patrimoniaux après consolidation :
Les dépenses de santé futures :
46. Compte tenu de ce qui précède, les requérants ont le droit à l'indemnisation des séances d'ostéopathie qui ont eu lieu à compter du 5 décembre 2017. Ainsi, entre le 9 février 2018 et le 29 juillet 2021, Mme D a suivi 37 séances d'ostéopathie pour un montant de 70 euros, soit un montant total de 2 590 euros. Toutefois, en prenant compte la perte de chance et la part imputable au centre hospitalier défendeur, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier la somme de 388,50 euros (2 590 x 0,5 x 0,30).
L'assistance par tierce personne permanente :
47. Il résulte de l'instruction que l'expert retient une assistance par tierce personne permanente non spécialisée de 3 heures 30 par jour. Si le centre défendeur soutient, par l'intermédiaire de son médecin-conseil, que l'assistance doit être évaluée à deux heures trente par jour du fait que le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 60%, et non à 75% comme le retient l'expert, il n'apporte à l'appui de sa demande aucun élément probant.
48. Il résulte de l'instruction que Mme D est décédée le 23 septembre 2021. Ainsi, ce poste de préjudice ne sera indemnisé que la période du 5 décembre 2017, date de la consolidation, au 23 septembre 2021, date du décès de Mme D, soit une période de 1 389 jours, ce qui correspond à 3,81 années. Par suite, le préjudice subi par Mme D doit être évalué à hauteur de 82 312,52 euros (1 389 x 3,5 x 15 x 412/365). Toutefois, en prenant en compte la perte de chance et la part imputable au centre défendeur, le centre hospitalier de Roubaix doit verser aux requérants la somme de 12 346,88 euros (82 312,52 x 0,50 x 0,30).
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux avant consolidation :
Le déficit fonctionnel temporaire :
49. Premièrement, eu égard aux périodes retenues au titre de l'assistance par tierce personne temporaire et aux conclusions de l'expert, il y a lieu de retenir que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire (DFT) de 90% entre le 2 janvier et le 7 janvier 2013, soit 6 jours.
50. Deuxièmement, si l'expert ne retient pas de déficit fonctionnel pour la période du 8 janvier 2013 au 21 février 2013, soit 45 jours, il résulte de l'instruction que la patiente se trouvait hospitalisée, puis qu'elle a résidé au centre de rééducation à la clinique de l'Espoir jusqu'à la fin du mois de juillet 2014. Ainsi, il y a lieu de retenir que, pour la période précitée et pour la période du 22 février 2013 au 4 février 2014, soit 348 jours, Mme D a eu un DFT de 100%. Par conséquent, la patiente a eu un DFT de 100% durant 393 jours.
51. Troisièmement, il résulte de l'expertise que la patiente a subi un DFT de 75% entre le 5 février et le 4 juillet 2014, soit 150 jours, un DFT de 50% entre le 5 juillet et le 24 août 2014, soit 51 jours, puis de nouveau un DFT de 75% allant du 25 août au 17 octobre 2014 (54 jours) et un DFT de 50% du 18 octobre 2014 au 14 août 2017 (1 032 jours), soit respectivement un DFT de 75% pendant 204 jours (150 + 54) et un DFT de 50% pendant 1 083 jours (51 + 1 032).
52. Quatrièmement, elle a eu un DFT de 100% allant du 15 août au 16 novembre 2017, donc 94 jours, et un DFT de 50% pendant 18 jours du 17 novembre au 4 décembre 2017, veille de la consolidation.
53. Cinquièmement, il sera fait une juste appréciation du DFT que Mme D aurait subi en tout état de cause du fait de la nécessité d'une opération de décompression médullaire en l'estimant à 6 jours de déficit fonctionnel total, 21 jours de DFT à 75% et 60 jours de DFT à 50%.
54. Il résulte de ce qui précède que Mme jenny a subi un DFT de 100% pendant 487 jours (45 + 348 + 94), un DFT de 90% pendant 6 jours, un DFT de 75% pendant 204 jours et un DFT de 50% pendant 1 101 jours (1 083 + 18). Par suite, sur la période en cause, en se basant sur un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, le déficit subi doit être évalué à hauteur de 17 938,50 (15 x [(487 x 1) + (6 x 0,90) + (204 x 0,75) + (1 101 x 0,50)], somme à laquelle il convient de déduire un montant de 753,75 euros (15 x (6 + 21 x 0,75 + 60 x 0,5)). Après application du taux de perte de chance et de la part imputable au centre défendeur, les requérants sont fondés à obtenir l'indemnisation de leur préjudice à hauteur de 2 577,71 euros ((17 938,50 - 753,75) x 0,50 x 0,30).
Les souffrances endurées :
55. L'expert évalue, en distinguant les différentes périodes situées entre septembre 2012 et la fin de la rééducation, soit jusqu'à la consolidation, les souffrances endurées par Mme D à une cotation moyenne de 5 sur une échelle de 1 à 7. Si la période de septembre 2012 à début janvier 2013 ne concerne pas le centre hospitalier, ce dernier n'apporte aucun élément de nature à contredire la cotation retenue par l'expert qui retient des souffrances cotées à 6 sur 7 pour les mois de janvier et février 2013 et de 5 sur 7 à compter de mars 2013, période de rééducation, source de souffrances physiques et morales tenant à l'incertitude sur la récupération de l'usage des membres inférieurs. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, par référence au barème de l'ONIAM, à la somme de 12 000 euros. Les requérants sont par suite fondés, après application du taux de perte de chance et de la part imputable au centre hospitalier, à obtenir l'indemnisation de ce poste de préjudice à hauteur de 1 800 euros (12 000 x 0,50 x 0,30).
Le préjudice esthétique temporaire :
56. Il résulte de l'instruction que l'expert évalue à 4 sur une échelle de 1 à 7 ce poste de préjudice, pour lequel le barème de l'ONIAM ne prévoit pas de cotation lorsqu'il est temporaire. Si l'expert n'indique pas le fondement de cette évaluation, il y a lieu de retenir que Mme D s'est vue diagnostiquer par le centre de rééducation l'Espoir une paraplégie sensitivo-motrice complète. Ce dommage consiste en une altération de son image, liée à une restriction très importante de sa capacité motrice. Il sera fait une juste appréciation de ce dommage en l'évaluant à 6 500 euros. Compte tenu du taux de perte de chance et de la part imputable, le centre hospitalier est condamné à indemniser ce poste de préjudice à hauteur de la somme de 975 euros (6 500 x 0,50 x 0,30).
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux après consolidation :
Le déficit fonctionnel permanent :
57. Il résulte des conclusions expertales que le déficit fonctionnel permanent (DFP) de Mme D a été évalué à 75%. Or, le centre défendeur soutient, par l'intermédiaire de son médecin-conseil, que la perte locomotrice de Mme D n'est pas totale, ce qui justifierait de diminuer le taux à 60%, le taux de 75% correspondant davantage à une paraplégie définitive. Certes il ressort des propres écritures des requérants, que " au mois de juillet 2015, Mme D parvenait à marcher une heure sans aide technique ", ce qui doit être regardé comme signifiant qu'à compter de cette période et de manière permanente, une capacité de marche, certes très réduite, a été récupérée. Toutefois, l'expert ayant pris en compte l'état de Mme D en 2018 et 2019, soit nécessairement après la récupération d'une petite partie des facultés motrices, il y a lieu de considérer que les douleurs constatées antérieurement à la consolidation ont présenté un caractère permanent justifiant que, malgré une récupération partielle de la capacité de marche, le DFP soit évalué à 75%.
58. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme D, âgée de 68 ans à la date de la consolidation, à la somme de 161 000 euros. Toutefois, il y a lieu de prendre en compte que Mme D est décédée le 23 septembre 2021, de sorte que son préjudice a cessé à cette date. Entre la date de sa consolidation et la veille de son décès, 1 389 jours sont passés, soit 3,81 années. Il ne résulte pas de l'instruction que le décès soit en lien avec la faute retenue à l'encontre du centre défendeur. Ainsi, compte tenu que le barème de l'ONIAM indemnise ce poste de préjudice en tenant compte de l'espérance de vie à la date de consolidation, soit un coefficient de capitalisation fixé par la Gazette du Palais 2022 (taux 0%) de 20,264 pour une femme de 68 ans, pour une période de 20 ans, il y a lieu de retenir que les requérants ne sont fondés à être indemnisés, au prorata temporis, que de la somme de 30 270,92 euros (161 000 x 3,81 / 20,264). Par suite, après application du taux de perte de chance et de la part imputable, le centre défendeur sera condamné à indemniser les réquérants à hauteur de 4 540,64 euros (30 270,92 x 0,50 x 0,30).
Le préjudice d'agrément :
59. Les requérants produisent un compte rendu détaillé des activités de marche et de randonnées pratiquées par Mme D avec sa famille jusqu'à l'apparition des symptômes de la compression médullaire. Par suite il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, qui est établi, en l'évaluant à la somme de 6 000 euros. Compte tenu de la perte de chance et de la part imputable, le centre hospitalier est condamné à indemniser ce poste de préjudice à hauteur de 900 euros (6 000 x 0,50 x 0,30).
Le préjudice esthétique permanent :
60. Il résulte du rapport d'expertise que ce poste a été évalué à 4 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, il y a lieu de faire une juste appréciation en accordant la somme de 930 euros (6 200 x 0,50 x 0,30), après application de la perte de chance et de la part imputable du centre défendeur.
Le préjudice sexuel :
61. Il résulte de l'instruction que l'expert concluait que Mme D " n'a plus de rapport sexuel. Elle fait chambre à part, donc le préjudice est évalué à 100% ". Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de ce que les séquelles de Mme D consistaient en une paraplégie, à savoir une paralysie des membres inférieurs, très invalidante, un préjudice sexuel doit être retenu, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 3 000 euros. Par suite, il y a lieu d'indemniser ce poste de préjudice à la somme de 450 euros (3 000 x 0,50 x 0,30), après application de la perte de chance et de la part imputable.
62. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier défendeur devra indemniser les préjudices de Mme D à la somme de 44 974,13 euros (2 660 + 990 + 12 186,88 + 3 560 + 61,59 + 540,81 + 66,12 + 388,50 + 12 346,88 + 2 577,71 + 1 800 + 975 + 4 540,64 + 900 + 930 + 450).
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte M. B D :
63. En premier lieu, M. D demande au tribunal l'indemnisation des frais de déplacement durant les périodes où il a dû se rendre pour voir sa femme. L'existence de ces déplacements, et leur lien avec la faute retenue, doit être regardée comme établie du fait que les déplacements allégués correspondent aux périodes d'hospitalisation et de rééducation, au cours desquelles M. D devait conduire son épouse à l'hôpital et au centre de rééducation.
64. Pour la période du 23 janvier au 12 mai 2013, soit 110 jours, Mme D se trouvait en hospitalisation ou en rééducation complète. Compte tenu de ce qui précède, à savoir que la distance séparant la maison des requérants à la clinique de l'Espoir est de 10,5 kilomètres et que le barème forfaitaire de 2014 pour l'année 2013 retient un coût par kilomètre de 0,592 pour une personne détentrice d'une voiture d'une puissance fiscale de sept chevaux ou plus, il y a lieu d'évaluer les frais de déplacement de l'intéressé à la somme de 1 367,52 euros (110 x (10,5 x 2) x 0,592).
65. Pour la période du 20 juin 2013 au 4 février 2014, il y a lieu de retenir qu'une partie des frais de déplacement ont été indemnisé ci-dessus au titre des préjudices personnels de Mme D. Ainsi, il y a lieu de déduire, sur cette période de 33 semaines, les vendredis aux dimanches, soit trois jours, afin de ne retenir que les lundis aux jeudis, soit 4 jours. Ainsi, au titre de l'année 2013, l'intéressé s'est rendu pendant 83 jours à la clinique de l'Espoir, dont seule la moitié seront indemnisés. Au titre de l'année 2014, l'intéressé ne s'est rendu que 15 jours à la clinique, dont, également, seule la moitié seront indemnisés. Ensuite, il a parcouru durant la période entière deux fois 10,5 kilomètres pour un coût par kilomètre de 0,592 et 0,595 en application du barème de 2014 pour l'année 2013 et du barème de 2015 pour l'année 2014. Par suite, il y a lieu d'indemniser l'intéressé à la somme de 1 219,28 euros ((83 x (10,5 x 2) x 0,592) + (15 x (10,5 x 2) x 0,595).
66. Enfin, pour la période du 15 août au 16 novembre 2017, soit 94 jours, il résulte de l'instruction que l'expert retient qu'elle se trouvait en rééducation. Par conséquent, compte tenu des points qui précèdent et en application du barème forfaitaire de 2018 pour l'année 2017 retenant un coût par kilomètre de 0,595, M. B D doit être indemnisé à hauteur de 1 174,53 euros (94 x (10,5 x 2) x 0,595).
67. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier doit être condamné à verser, au titre des frais de déplacement, après application des coefficients précités, la somme de 564,20 euros (3 761,33 x 0,5 x 0,3).
68. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation en indemnisant le préjudice sexuel de l'intéressé à la somme, égale à celle précédemment retenue, de 3 000 euros, soit 450 euros (3 000 x 0,50 x 0,30), après application du taux de perte de chance et de la part imputable.
69. En troisième lieu, il sera fait, par référence au barème de l'ONIAM, une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. D du fait des séquelles subies par sa femme découlant de la faute retenue à l'encontre du centre défendeur, en évaluant son dommage à la somme de 15 000 euros, soit, après perte de chance et part imputable, une mise à la charge du centre hospitalier de la somme de 2 250 euros (15 000 x 0,50 x 0,30).
70. En quatrième, et dernier lieu, il résulte des termes de la nomenclature Dintilhac que le poste de préjudice tiré du préjudice extrapatrimonial exceptionnel tend à " indemniser les bouleversements que la survie douloureuse de la victime directe entraîne sur le mode de vie de ses proches au quotidien. " Il résulte de l'instruction, à savoir de l'expertise, que Mme D était atteinte d'une paraplégie définitive. Si la rééducation par des séances de kinésithérapie, d'ostéopathie et d'acupuncture ont permis de retrouver un semblant de marche, les conséquences de la compression médullaire sur la vie de Mme D, et par ricochet sur celle de M. D, ont eu une répercussion dans le quotidien du couple. Par suite, après application du taux de perte de chance et de la part imputable, il sera fait une juste appréciation en fixant l'indemnisation à la somme de 3 000 euros (20 000 x 0,50 x 0,30).
71. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Roubaix doit indemniser les préjudices personnels de M. D à la somme de 6 264,20 euros.
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte M. J D :
72. Il sera fait, par référence au barème de l'ONIAM, une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. J D du fait des séquelles subies par sa mère découlant de la faute retenue à l'encontre du centre défendeur, en évaluant son dommage à la somme de 3 500 euros, soit, après perte de chance et part imputable, la somme de 525 euros (3 500 x 0,50 x 0,30).
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte M. H D :
73. Il sera fait, par référence au barème de l'ONIAM, une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. H D du fait des séquelles subies par sa mère découlant de la faute retenue à l'encontre du centre défendeur, en évaluant son dommage à la somme de 3 500 euros, soit, après perte de chance et part imputable, la somme de 525 euros (3 500 x 0,50 x 0,30).
Sur le total des indemnités dues par le centre hospitalier de Roubaix :
74. En premier lieu, le centre hospitalier de Roubaix sera condamné à verser aux requérants, en leur qualité d'ayants droit et agissant au titre de la succession de Mme D, décédée, la somme de 44 974,13 euros.
75. En deuxième lieu, le centre défendeur devra verser à M. D la somme de 6 264,20 euros.
76. En troisième lieu, le centre défendeur devra verser à M. J D et à M. H D la somme de 525 euros chacun.
77. En quatrième, et dernier lieu, le centre défendeur devra verser la somme de 25 613,62 euros au titre des débours que la caisse a exposés pour le compte de son assurée.
Sur les intérêts et la capitalisation :
78. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
79. En premier lieu, M. D, M. J et M. H D, agissant en qualité d'ayants droit de Mme D et en leur nom personnel, ont droit aux intérêts au taux légal correspondant aux indemnités accordées ci-dessus à compter du 19 juillet 2021, date de réception de la demande par le centre hospitalier de Roubaix.
80. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Les requérants ont demandé la capitalisation des intérêts dans la requête introductive d'instance, enregistrée le 9 novembre 2021, date à laquelle les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Les intérêts seront donc capitalisés à compter du 19 juillet 2022, date à laquelle il était dû au moins une année d'intérêts. Les intérêts seront, par suite, capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle ultérieure, pour produire eux-mêmes intérêts.
81. En second lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing a droit aux intérêts de la somme citée plus haut à compter de la date d'enregistrement du mémoire au greffe du tribunal, soit le 6 janvier 2023.
82. La capitalisation des intérêts a été demandée par la caisse le 6 janvier 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 6 janvier 2024 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur la déclaration de jugement commun et opposable :
83. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". En application de ces dispositions, il incombe au juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire de la victime contre une personne publique regardée comme responsable de l'accident, de mettre en cause les caisses auxquelles la victime est ou était affiliée. Symétriquement, lorsque le juge est saisi d'un recours indemnitaire introduit contre la personne publique par une caisse agissant dans le cadre de la subrogation légale, il lui incombe de mettre en cause la victime.
84. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et à la mutuelle générale de l'éducation nationale, ces dernières ayant été régulièrement mises en cause. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
85. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
86. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 1 191 euros.
En ce qui concerne les dépens (frais d'expertise) :
87. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ". En vertu des dispositions de cet article, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
88. Les requérants ne justifiant d'aucun dépens dans la présente instance, leurs conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
89. En premier lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement aux requérants de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
90. En second lieu, il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Roubaix le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. B D, à M. J D et M. H D, en qualité d'ayants droit de Mme I D, née F, la somme de 44 974,13 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 19 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. B D la somme de 6 264,20 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 19 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. J D la somme de 525 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 19 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à M. H D la somme de 525 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 19 juillet 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 5 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix- Tourcoing la somme de 25 613,62 euros avec intérêts au taux légal à compter du 6 janvier 2023. Les intérêts échus à la date du 6 janvier 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 6 : Le centre hospitalier de Roubaix est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 7 : Le centre hospitalier de Roubaix versera à M. B D, à M. J D et M. H D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le centre hospitalier de Roubaix versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à M. J D, à M. H D, au centre hospitalier de Roubaix, à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et à la mutuelle générale de l'éducation nationale.
Délibéré après l'audience publique du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. Riou
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026