mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108839 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2021 et des mémoires, enregistrés le 6 août 2022, le 15 décembre 2022, le 21 janvier 2023, le 20 février 2023 et le 19 avril 2023, Mme N E, M. B E, agissant en leur nom personnel et en tant que représentants légaux de leur fils mineur A E, M. C E et Mme G E, représentés par Me Paternoster, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner solidairement le groupement hospitalier de Seclin-Carvin (GHSC) et la compagnie CNA/HARDY à leur verser la somme totale de 5 023 527,92 euros, après déduction de la provision de 115 741,78 euros versée, en réparation du préjudice subi par Mme E, son époux et leurs enfants ;
2°) de mettre solidairement à la charge du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du GHSC est engagée en raison de la faute médicale commise lors de l'opération de Mme E réalisée le 20 octobre 2016 au sein de cet établissement ;
- il en est résulté pour Mme E, victime directe, des préjudices patrimoniaux d'un montant de 4 602 600,95 euros avant déduction du montant de la provision déjà accordée, qui se décompose comme suit :
* Dépenses de santé actuelles : 64 euros ;
* Frais divers : 25 892,28 euros ;
* Assistance par tierce personne temporaire : 388 658 euros ;
* Pertes de gains professionnels actuels : 134 069,76 euros ;
* Dépenses de santé futures : 1 378 114,66 euros ;
* Frais de logement adapté : 500 000 euros ;
* Frais de véhicule adapté : 129 391,85 euros ;
* Pertes de gains professionnels futurs : 957 378,76 euros ;
* Incidence professionnelle : 25 000 euros ;
* Assistance par tierce personne permanente : 1 064 031,64 euros ;
- il en est également résulté des préjudices extra patrimoniaux d'un montant de 331 668,75 euros avant déduction du montant de la provision déjà accordée qui se décompose comme suit :
* Déficit fonctionnel temporaire : 24 168,75 euros ;
* Souffrances endurées : 35 000 euros ;
* Préjudice esthétique temporaire : 20 000 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 157 500 euros ;
* Préjudice d'agrément : 25 000 euros ;
* Préjudice esthétique permanent : 35 000 euros ;
* Préjudice sexuel : 35 000 euros ;
- il en est résulté des préjudices d'un montant total de 205 000 euros pour les victimes indirectes, à savoir, en premier lieu, un préjudice " d'accompagnement " d'un montant de 20 000 euros et un préjudice d'affection d'un montant de 25 000 euros pour M. E, époux de Mme E et chacun de leurs trois enfants et en second lieu, un préjudice sexuel d'un montant de 25 000 euros pour M. E.
Par des mémoires, enregistrés le 16 septembre 2022 et le 26 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Roubaix-Tourcoing, représentée par Me de Berny, demande, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner solidairement le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser une somme de 1 290 896,96 euros, au titre des dépenses exposées pour son assurée, Mme E, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2022, date d'enregistrement de son premier mémoire ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser une somme de 236 871,40 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2022, date d'enregistrement de son premier mémoire et à lui rembourser les frais à échoir à compter du 19 octobre 2022 ;
3°) de mettre à la charge solidaire du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge solidaire du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du GHSC est engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de la faute commise lors de l'opération de Mme E le 20 octobre 2016 et de l'infection nosocomiale contactée par cette dernière durant cette opération ;
- elle a exposé, pour le compte de son assurée, Mme E, des débours d'un montant de 1 290 896,96 euros qui se décomposent comme suit :
* Frais hospitaliers : 155 913,44 euros ;
* Frais médicaux : 5 012,46 euros ;
* Frais pharmaceutiques : 3 510,78 euros ;
* Frais d'appareillage : 42 173,13 euros ;
* Frais de transport : 1 243,75 euros ;
* Indemnités journalières antérieures à la consolidation : 12 689,82 euros ;
* Arrérages échus et à échoir de la pension d'invalidité : 83 753,66 euros ;
* Dépenses de santé postérieures à la consolidation : 1 087,60 euros ;
* Dépenses de santé futures : 985 512,32 euros.
Par des mémoires, enregistrés le 10 février 2023 et le 6 avril 2023, le GHSC et la compagnie CNA/HARDY, représentés par Me Cariou, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à la limitation des demandes indemnitaires formulées par les requérants à la somme globale de 632 811,87 euros à titre principal ou 642 811,87 euros à titre subsidiaire ;
2°) à la limitation à une somme provisionnelle d'un montant de 20 000 euros pour l'indemnisation de l'assistance par tierce personne permanente ;
3°) au rejet des conclusions de la CPAM.
Ils soutiennent que :
- le GHSC ne conteste pas sa responsabilité concernant la prise en charge de Mme E lors de son opération du 20 octobre 2016 ;
- la somme de 44 euros ayant déjà été versée à Mme E au titre des dépenses de santé actuelles, seule une somme de 20 euros pourra être allouée au titre de ce préjudice ;
- l'indemnisation des frais kilométriques, qui ne sont pas justifiés, devra être rejetée ; en outre les sommes demandées au titre des frais de médecin et d'ergothérapeute conseil et au titre des frais d'aménagement du logement ayant déjà été versées, l'indemnisation de ces préjudices devra être rejetée ;
- seule la période du 28 juin 2020 au 6 juillet 2021 pourra être retenue pour le calcul de l'assistance par tierce personne temporaire et l'assistance dont a bénéficié Mme E pour son fils ne sera pas indemnisée ; l'indemnisation de ce préjudice ne pourra pas être supérieure à 11 220 euros ;
- Mme E n'avait pas d'activité au moment des faits et le défaut d'un lien entre l'absence de reprise d'une activité professionnelle et sa prise en charge au GHSC fait obstacle à ce qu'une perte de gains professionnels actuels soit indemnisée ;
- seule la somme de 310 990,33 euros pourra être allouée à Mme E au titre des dépenses de santé futures, le surplus du montant demandé étant pris en charge par la CPAM ;
- seul le surcoût lié à l'achat d'un logement et d'un véhicule adaptés pourra être alloué, soit une somme de 110 000 euros pour l'achat d'un logement adapté et la somme de 38 664,80 euros pour l'achat d'un véhicule adapté après déduction du montant déjà versé à ce titre ;
- seule une provision, d'un montant de 20 000 euros, pourra être allouée au titre d'une assistance à tierce personne permanente jusqu'à l'acquisition d'un nouveau logement, moment à partir duquel une rente d'un montant annuel de 5 490 euros pourra être allouée ;
- seule la période du 28 juin 2020 au 6 juillet 2021 pourra être retenue pour le calcul du déficit fonctionnel temporaire ; l'indemnisation de ce préjudice ne pourra pas être supérieure à 3 740 euros ;
- les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire ayant déjà été indemnisés, aucune somme ne pourra être accordée au titre de ces préjudices ;
- en l'absence de la justification d'une pratique sportive pratiquée par Mme E antérieurement à sa prise en charge, l'indemnisation du préjudice d'agrément sera rejetée, à défaut, elle ne pourra excéder la somme de 10 000 euros ;
- les autres préjudices subis par Mme E doivent être limités comme suit :
* Pertes de gains professionnels futurs : 61 916,74 euros ;
* Incidence professionnelle : 10 000 euros ;
* Déficit fonctionnel permanent : 80 000 euros ;
* Préjudice esthétique permanent : 5 000 euros ;
* Préjudice sexuel : 5 000 euros ;
- le préjudice d'affection de M. E et de A E, seul enfant issu de son union avec Mme E, sera rejeté ou à défaut limité à la somme de 10 000 euros ; le préjudice d'affection de C E et G E sera rejeté ;
- le montant des débours exposés par la CPAM n'étant pas justifié, ils ne seront pas remboursés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le dommage corporel, lié à une infection nosocomiale, est susceptible de donner lieu à réparation par la solidarité nationale.
Un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 23 janvier 2024, a été présenté pour la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 9 février 2024, a été présenté pour les consorts E.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) conclut à titre principal à sa mise hors de cause et à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer sur les conclusions de Mme N E, à la limitation de l'indemnisation des victimes indirectes à la somme globale de 31 500 euros et à ce que le centre hospitalier et son assureur le garantissent intégralement de toute condamnation.
Vu :
- l'ordonnance n°1803710 en date du 4 octobre 2018 par laquelle le magistrat chargé des référés a désigné le docteur D en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 26 mars 2019 par le docteur D ;
- l'ordonnance n°1803710 du 24 avril 2019 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé à la somme de 2 160 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 5 décembre 2018, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur D ;
- l'ordonnance n°18DA02114 en date du 15 mai 2019 par laquelle le juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai a condamné le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à verser à Mme E une provision de 75 484 euros ;
- l'ordonnance n°1905956 en date du 16 septembre 2019 par laquelle le magistrat chargé des référés a désigné le docteur D en qualité d'expert ;
- l'ordonnance n°1905956 en date du 14 février 2020 par laquelle le magistrat désigné a désigné le docteur H en qualité de sapiteur ;
- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 3 juillet 2020 ;
- l'ordonnance n°1905956 du 17 août 2020 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé à la somme de 3 000 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 17 décembre 2019, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur D ;
- l'ordonnance n°1905956 du 17 août 2020 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé à la somme de 2 223,45 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 3 mars 2020, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur H ;
- l'ordonnance n°20DA01709 en date du 20 juillet 2021 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Douai a condamné le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à verser à Mme E une provision de 40 257,78 euros ;
- l'ordonnance n°2107381 en date du 25 novembre 2021 par laquelle le magistrat chargé des référés a désigné le docteur D en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 25 mars 2022 ;
- l'ordonnance n°2107381 en date du 8 avril 2022 par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé à la somme de 1 800 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 2 février 2022, les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur D ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de Me Paternoster, représentant les consorts E, et celles de Me Potier représentant le GHSC et la compagnie CNA/HARDY.
Considérant ce qui suit :
1. Le 20 octobre 2016, Mme N E, a été prise en charge au GHSC pour la réalisation d'une opération consistant en la mise en place d'une prothèse totale du genou droit. A la suite de cette opération, Mme E a souffert d'un déficit sensitivo moteur du pied droit lié à une atteinte du nerf sciatique poplité interne et externe et de complications liées à la cicatrisation de sa plaie opératoire qui a évolué en une nécrose. Elle a alors bénéficié de plusieurs opérations chirurgicales et traitements visant à traiter sa plaie nécrosée. En l'absence d'une évolution favorable, Mme E a subi, le 27 juillet 2017, une amputation trans fémorale du membre inférieur droit. Une première rééducation s'en est suivie, jusqu'au 8 décembre 2017, avec mise en place d'une première prothèse définitive. Un nouvel appareillage a été mis en place en janvier 2019, après hospitalisation de jour au centre hospitalier de Wattrelos. Un troisième appareillage a été fourni le 19 mai 2020.
2. Au regard des complications survenues à la suite de la prise en charge de Mme E au GHSC, la compagnie CNA/HARDY, assureur de cet établissement, a chargé le docteur F de réaliser une expertise amiable. A la lecture de ce rapport d'expertise amiable, reconnaissant la responsabilité du GHSC, la compagnie d'assurance a versé à Mme E une provision d'un montant total de 40 000 euros. Mme E a saisi, par requête enregistrée le 30 avril 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de condamner le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser une provision d'un montant de 1 000 000 euros à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices subis à la suite de l'intervention chirurgicale du 20 octobre 2016 et d'ordonner une expertise. Par une ordonnance du 4 octobre 2018, le juge des référés du tribunal administratif a rejeté la demande de provision et ordonné une expertise, en désignant le docteur D pour se prononcer sur la prise en charge de Mme E et sur ses préjudices. Le rapport d'expertise a été remis au greffe du tribunal le 26 mars 2019. Par une ordonnance du 15 mai 2019, la cour administrative d'appel de Douai a annulé cette ordonnance en tant qu'elle rejette la demande de provision de Mme E et a condamné solidairement le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser la somme de 75 484 euros en indemnité provisionnelle, de laquelle la somme déjà versée de 40 000 euros a été déduite. Par une requête enregistrée le 13 juillet 2019, Mme E a saisi le juge des référés du tribunal administratif aux fins d'ordonner une nouvelle expertise. Par ordonnance du 16 septembre 2019, le juge des référés a ordonné une expertise et a désigné le docteur D pour qu'il puisse fixer notamment la date de consolidation de l'état de santé de Mme E. Par une ordonnance du 14 février 2020, le juge des référés a, sur demande du docteur D, désigné le docteur H, ergothérapeute, en qualité de sapiteur. Le rapport d'expertise a été remis au greffe du tribunal le 3 juillet 2020. Par un mémoire enregistré le 30 avril 2018 dans le cadre de la même instance, soit postérieurement à l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Douai du 15 mai 2019, Mme E a saisi le juge des référés du tribunal administratif aux fins de condamner le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser une somme provisionnelle complémentaire de 500 000 euros. Mme E a saisi, par une requête enregistrée le 5 août 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de condamner le GHSC et la compagnie CNA/HARDY à lui verser une nouvelle provision d'un montant de 600 000 euros. Par une ordonnance du 20 octobre 2020, le juge des référés a rejeté cette requête. Par une ordonnance du 20 juillet 2021, la cour administrative d'appel de Douai a annulé l'ordonnance du tribunal administratif et a condamné solidairement le GHSC et la compagnie CHA/HARDY à verser à Mme E une provision complémentaire de 40 257,78 euros. Enfin, par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, Mme E a saisi le juge des référés aux fins d'ordonner une nouvelle expertise. Par une ordonnance du 25 novembre 2021, le juge des référés a ordonné une expertise et a désigné le docteur D pour fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme E et pour se prononcer sur les préjudices qui n'avaient pas été évalués dans les précédentes expertises. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 25 mars 2022. A la suite de ce dernier rapport, la consolidation de son état ayant été fixée, Mme E a adressé au GHSC, par un courrier du 9 mai 2022, réceptionné le lendemain, une demande indemnitaire préalable portant sur ses préjudices définitifs et sur ceux de son époux, M. E et de leurs enfants, A E, G E et C E. En l'absence de réponse de l'établissement, les requérants demandent au tribunal de le condamner à réparer les préjudices qu'ils sont subis à la suite de l'intervention chirurgicale du 20 octobre 2016. En outre, la CPAM de Roubaix-Tourcoing demande au tribunal de condamner le GHSC à lui rembourser le montant des débours engagés pour son assurée, Mme E.
Sur la responsabilité du groupement hospitalier de Seclin-Carvin :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () "
4. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise réalisés par le docteur D et du rapport d'expertise amiable diligenté par la compagnie CNA/HARDY, concordants sur ce point, que la mise en place de la prothèse au genou droit le 20 octobre 2016 s'est compliquée d'une atteinte du nerf sciatique lors des coupes osseuses pour l'installation de la prothèse. Cette atteinte a été qualifiée par l'expert d'accident fautif, ce que l'établissement défendeur ne conteste pas. Cette faute peropératoire a eu pour conséquence l'apparition de troubles circulatoires et de complications infectieuses qui ont conduit à l'amputation trans fémorale du membre inférieur droit. Par conséquent, le déficit du nerf sciatique et les complications infectieuses qui ont conduit à l'amputation résultent d'une faute, qui n'est pas contestée par le GHSC et qui a été reconnue par le juge des référés du tribunal administratif et par le juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai.
5. Il résulte de ce qui précède que le GHSC a commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur la mise en cause de l'ONIAM :
6. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".
7. Il résulte des termes de ces dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique que la réparation d'un accident médical par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale n'est possible qu'en dehors des cas où cet accident serait causé directement soit par un acte fautif d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I du même article, soit par un défaut d'un produit de santé.
8. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des rapports d'expertise, que l'atteinte au nerf sciatique, qui présente, ainsi qu'il a été dit, un caractère fautif, s'est compliquée, dans les suites immédiates de l'opération, de graves troubles circulatoires, notamment une sténose de l'artère poplitée avec syndrome des loges, qui ont entraîné une nécrose, elle-même compliquée d'une infection. L'expert, dans son rapport établi le 17 mars 2022, évalue le déficit fonctionnel permanent consécutif à la prise en charge à 45%, à comparer au déficit permanent de 10% qui aurait été subi sans complication, sans retenir que l'amputation, dans un contexte d'atteinte neurologique et de graves troubles circulaires, n'aurait eu pour origine qu'un phénomène infectieux. Ce phénomène étant étroitement intriqué à la nécrose qui a elle-même pour cause adéquate la faute imputable au centre hospitalier, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la réparation du dommage corporel subi par Mme E au titre de la solidarité nationale. L'ONIAM est donc fondé à demander sa mise hors de cause.
Sur la réparation des préjudices :
9. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme E a été consolidé le 6 juillet 2021.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de Mme E, victime directe :
S'agissant des dépenses de santé avant consolidation :
10. D'une part, Mme E sollicite le remboursement de la somme de 64 euros, correspondant au montant resté à sa charge pour l'achat d'une planche de bains d'un montant de 34 euros, d'un déambulateur d'un montant de 10 euros et d'un déambulateur d'un montant de 20 euros. Dans cette instance, Mme E justifie de l'achat d'un déambulateur pour un montant de 20 euros. En outre, Mme E a déjà reçu une provision d'un montant de 44 euros par l'ordonnance du juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai du 15 mai 2019. Par conséquent, Mme E justifie de dépenses de santé à hauteur de 64 euros. Par suite, il n'y a lieu de mettre à la charge du GHSC, après déduction de la provision déjà versée, que la somme de 20 euros.
11. D'autre part, la CPAM de Roubaix-Tourcoing exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par Mme E le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
12. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé définitif des débours du 19 octobre 2022 et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM du 23 août 2022 que cette dernière a exposé pour le compte de Mme E, des frais d'hospitalisation d'un montant total de 155 913,44 euros. Ce montant correspond à l'hospitalisation de Mme E au service de médecine interne du GHSC du 17 décembre 2016 au 22 décembre 2016 où elle a été prise en charge après qu'elle se soit rendue au service des urgences de Wattrelos en constatant l'aspect de sa cicatrice et un état fébrile, à ses hospitalisations au CHRU de Lille du 22 décembre 2016 au 18 janvier 2017 durant laquelle sa plaie a été reprise chirurgicalement pour un nettoyage, du 22 février 2017 au 28 février 2017 durant laquelle une fibulectomie pour fermeture de la déhiscence cutanée est réalisée, du 14 mai 2017 au 16 mai 2017 pour la réalisation de l'artériographie et du 26 juillet 2017 au 11 août 2017 durant laquelle elle subit l'amputation de son membre inférieur droit, à ses hospitalisations à domicile durant lesquelles sa plaie a été prise en charge par VAC thérapie et antibiothérapie, à savoir du 18 janvier 2017 au 22 février 2017, du 14 avril 2017 au 14 mai 2017 et du 16 mai 2017 au 2 juin 2017 et enfin à ses séjours au centre de rééducation à Wattrelos en hospitalisation complète du 11 août 2017 au 27 octobre 2017 et en hospitalisation de jour du 30 octobre 2017 au 8 décembre 2017 et du 28 novembre 2018 au 11 janvier 2019. La CPAM justifie également avoir pris en charge des frais médicaux pour un montant de 5 012,46 euros, correspondant à des consultations médicales, des séances de kinésithérapie, des soins infirmiers, des électromyogrammes et des détersions de plaie, des bilans biologiques et des actes d'imagerie médicale. En outre, la CPAM justifie de frais pharmaceutiques d'un montant de 3 510,78 euros correspondant à l'achat d'antiseptique, de médicaments traitant les douleurs neuropathiques, d'antibiotiques, d'antiinflammatoires, d'antalgiques, d'anticoagulants et d'un produit de contraste pour imagerie médicale, de frais d'appareillage pour un montant de 42 173,13 euros correspondant à l'ensemble du matériel d'appareillage auquel Mme E a dû avoir recours à la suite de l'opération fautive du 20 octobre 2016 et de frais de transport d'un montant de 1 243,75 euros correspondant au transport de Mme E par ambulance pour ses hospitalisations, ses consultations et ses examens paracliniques.
13. Par suite, la somme globale des dépenses de santé avant consolidation en lien avec la faute commise par le GHSC et qui doit être mise à sa charge, après déduction de la provision déjà versée, s'élève à 207 873,56 euros (20 + 155 913,44 + 5 012,46 + 3 510,78 + 42 173,13 + 1 243,75). En application du principe de priorité à la victime, le GHSC versera la somme de 20 euros à Mme E et le solde disponible à la CPAM, soit 207 853,56 euros (207 873,56 - 20).
S'agissant des dépenses de santé après consolidation :
Entre la consolidation et la date du présent jugement :
Quant aux dépenses effectuées par Mme E :
14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'ergothérapeute sollicité par Mme E, établi en mars 2023, que pèse sur cette dernière un premier reste à charge annuel total de 6 916,67 euros pour l'achat et le renouvellement des équipements liés à la prothèse principale, se décomposant en une somme de 4 900 euros (7 350/18 x 12) pour une emboiture souple, non prise en charge par la sécurité sociale, et une somme de 2 016,67 euros (12 100/6) pour un habillage esthétique de la prothèse, indispensable pour le confort de vie de la patiente. Un second reste à charge annuel total de 9 414,43 euros résulte de l'achat et du renouvellement d'une prothèse de bain et de ses équipements, dont la nécessité est corroborée par le rapport d'expertise et dont l'évaluation, qui se décompose en un renouvellement triennal de la prothèse pour 5 346,54 euros par an, un changement d'emboiture pour 1 949,37 euros par an et de manchon, pour 2 118,52 euros, est détaillé par l'avis technique de l'ergothérapeute. Le montant total annuel du reste à charge de Mme E pour son équipement prothétique est de 16 331,10 euros par an.
15. En deuxième lieu, il résulte de l'expertise du sapiteur que Mme E a acquis un fauteuil roulant manuel, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'un montant soit resté à la charge de Mme E ou restera à sa charge pour ses renouvellements futurs au regard de l'attestation d'imputabilité de la CPAM qui fait mention de la prise en charge de ce fauteuil roulant manuel. En outre, si le sapiteur indique que Mme E pourrait acquérir un nouveau fauteuil plus léger qui faciliterait son utilisation, cet achat ne résulte pas d'une nécessité en lien avec la faute du GHSC mais d'un confort supplémentaire. Au surplus, Mme E ne justifie pas de l'achat d'un tel fauteuil roulant manuel. La requérante n'est donc pas fondée à demander l'indemnisation de cette dépense.
16. En troisième lieu, Mme E sollicite l'indemnisation de l'achat et du renouvellement à titre viager de cannes anglaises. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'un montant soit resté à charge de Mme E pour l'achat de ces cannes anglaises, ou restera à sa charge pour leur renouvellement futur.
17. Par suite, les dépenses annuelles de Mme E au titre des dépenses de santé futures s'élèvent à la somme de 16 331,10 euros, soit 44,74 euros par jour. Il s'ensuit que, pour la période qui s'est écoulée de la consolidation au présent jugement, soit 1 115 jours, les dépenses de santé exposées par Mme E s'élèvent à la somme de 49 885,10 euros (44,74 x 1 115).
Quant aux dépenses effectuées par la CPAM :
18. En premier lieu, il résulte de l'instruction notamment du relevé définitif des débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM que cette dernière a exposé pour la période comprise entre la consolidation de Mme E et le 20 avril 2022, correspondant, selon la présentation qu'a fait la CPAM de ses débours, à la date à laquelle ces derniers prennent fin après la consolidation et avant leur estimation pour le futur, des débours correspondant à des consultations de médecine générale réalisées entre le 13 juillet 2021 et le 10 février 2022, à l'achat de dispositifs médicaux et à l'achat d'antalgiques. Le montant de ces frais médicaux s'élève à la somme de 1 087,60 euros qui sera mise à la charge du GHSC.
19. En deuxième lieu, il résulte du relevé définitif des débours, de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM et d'une estimation des frais futurs viagers établie par la CPAM que cette dernière sera amenée à prendre en charge, à titre viager, des frais d'appareillage correspondant au renouvellement des prothèses principale et de secours, des cannes anglaises, du fauteuil roulant manuel et du coussin anti escarre pour un montant annuel de 25 890,70 euros et des frais liés au suivi par un médecin traitant pour un montant annuel de 100 euros et par un médecin spécialisé pour un montant annuel de 6 euros. Le montant total de ces dépenses s'élève à la somme annuelle de 25 996,70 euros. Il résulte des mêmes pièces que la CPAM sera amenée à prendre en charge pour une période de neuf années des antalgiques en raison des douleurs subies par Mme E, pour un montant total de 26 572,05 euros, soit un montant annuel de 2 952,45 euros. Le total des dépenses annuelles pour la période de neuf années précitée est de 28 949,15 (25 996,70 + 2 952,45).
20. Par suite, pour cette période, soit pour les 827 jours écoulés entre le 20 avril 2022, date à laquelle la caisse a fixé les dépenses échues et le présent jugement, les dépenses de santé exposées par la CPAM pour Mme E s'élèvent à la somme de 66 679,24 euros (1 087,60 + (28 949,15 / 365 x 827).
21. Par suite, la somme globale des dépenses de santé exposées par Mme E et par la CPAM entre la consolidation et le présent jugement s'élève à 116 564,34 euros (49 885,10 + 66 679,24). En application du principe de priorité à la victime, le GHSC versera la somme de 49 885,10 euros à Mme E et le solde disponible à la CPAM, soit 66 679,24 euros.
Pour la période postérieure au jugement :
Quant aux dépenses effectuées par Mme E :
22. Il résulte de l'instruction que les dépenses de santé effectuées par Mme E postérieurement au présent jugement sont identiques à celles effectuées pour la période comprise entre la consolidation et ce jugement. En retenant le taux de l'euro de rente viagère fixé à 35,31 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du palais (taux d'intérêt égal à 0%), dès lors que Mme E est âgée de 51 ans à la date du jugement, ses besoins au titre des dépenses de santé futures à titre viager sont évalués à la somme de 576 651,14 euros (16 331,10 x 35,31).
Quant aux dépenses effectuées par la CPAM :
23. D'une part, la CPAM exposera les mêmes sommes pour Mme E concernant les frais d'appareillage et le suivi médical, soit un montant annuel de 25 996,70 euros. En retenant le même taux de l'euro de rente viagère fixé à 35,31, les dépenses de santé futures exposées par la CPAM à titre viager sont évaluées à la somme de 917 943,48 euros (25 996,70 x 35,31).
24. D'autre part, la caisse a estimé devoir supporter des débours liés aux antalgiques pour une période de 9 ans à compter de son évaluation des débours, soit le 20 avril 2022, soit 6,73 années à compter du jugement. Le coefficient de capitalisation, par une juste appréciation, peut être fixé, en fonction du barème précité, à 6,65 (6,73 x 7,904/8 x 7), de sorte que la caisse devra exposer des frais liés à l'achat d'antalgiques pour un montant total de 19 633,79 euros (2 952,45 x 6,65).
25. Il résulte de ce qui précède que le montant global des dépenses de santé futures exposées après le jugement s'élève à la somme de 1 514 228,41 euros (576 651,14 + 917 943,48 + 19 633,79). En application du principe de priorité à la victime, le GHSC versera la somme de 576 651,14 euros à Mme E. En outre, eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale qui limitent le recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale à l'encontre du responsable d'un accident corporel aux préjudices qu'elles ont pris en charge, le remboursement des prestations qu'une caisse sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord. Le GHSC n'ayant pas donné son accord au versement d'un capital pour les frais futurs, le montant de ces frais sera remboursé à la CPAM au regard de ses débours effectifs, dont elle devra justifier de la réalité et du quantum, dans la limite de 937 577,27 euros (917 943,48 + 19 633,79) correspondant au solde des dépenses à titre viager capitalisées.
S'agissant des frais divers :
26. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme E a effectué 149 trajets pour se rendre au centre de rééducation de Wattrelos, dans le cadre de son hospitalisation complète du 11 août 2017 au 27 octobre 2017 et de ses deux périodes d'hospitalisation de jour du 30 octobre 2017 au 8 décembre 2017 et du 28 novembre 2018 au 11 janvier 2019. La distance la plus courte entre le centre hospitalier de Wattrelos et le domicile de la requérante est de 1,6 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 6 cv, applicable pour les années 2017, 2018 et 2019, soit 0,568 du kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre au centre de rééducation est de 135,41 euros (1,6 x 149 x 0,568).
27. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme E s'est rendue à 15 séances de kinésithérapie entre le 19 décembre 2017 et le 31 janvier 2018, dans le cadre de la rééducation de son membre inférieur droit à la suite de son amputation. La distance la plus courte entre le cabinet du kinésithérapeute et le domicile de la requérante est de 350 mètres, que Mme E soutient avoir parcouru en voiture à cause de son amputation récente. Compte tenu du barème fiscal kilométrique de 2017 et de 2018 pour un véhicule de 6 cv, soit 0,568, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre aux séances de kinésithérapie est de 5,96 euros (0,35 x 30 x 0,568).
28. En troisième lieu, Mme E sollicite l'indemnisation des frais de déplacement qu'elle a engagés pour se rendre à 18 consultations au cabinet du docteur J, son médecin traitant. Il résulte de l'instruction que la requérante a dû se rendre au cabinet du docteur J pour renouveler ses prescriptions médicales, à raison d'une fois tous les trois mois, soit quatre fois dans une année. Ainsi, il peut être estimé que Mme E s'est rendue à quatre séances par année, durant les années 2017 à 2020 et à deux séances durant l'année 2021, année durant laquelle son état de santé a été consolidé. La distance la plus courte entre le cabinet du docteur J et le domicile de la requérante est de 1,2 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique applicable de 2017 à 2019, soit 0,568, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre au cabinet du docteur J durant cette période, soit pour 12 séances, est de 16,36 euros (1,2 x 24 x 0,568). En outre, compte tenu du barème fiscal kilométrique applicable en 2020 et en 2021, soit 0,574, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre au cabinet du docteur J durant cette période, soit pour 6 séances, est de 8,27 euros (1,2 x 12 x 0,574).
29. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que Mme E s'est rendue à 19 consultations au cabinet du docteur M, orthoprothésiste, pour la mise en place et le renouvellement de ses prothèses, entre le 6 mars 2020 et le 6 juillet 2021. La distance la plus courte entre le cabinet du docteur M et le domicile de la requérante est de 29 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique applicable en 2020 et 2021, soit 0,574, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre à ces consultations est de 632,55 euros (29 x 38 x 0,574).
30. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que Mme E a dû adapter sa conduite et son permis de conduire à sa situation de handicap résultant de son amputation. Dans ce cadre, elle s'est rendue le 11 juin 2020 à une consultation au cabinet du docteur L qui s'est prononcé sur l'aptitude de Mme E à la conduite avec une adaptation du véhicule et à deux séances de conduite dans une auto-école spécialisée réalisées en septembre 2020. La distance la plus courte entre le cabinet du docteur L et le domicile de la requérante est de 19,5 kilomètres, celle entre l'auto-école spécialisée et le domicile est de 12 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique de 2020, soit 0,574, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour l'adaptation de sa conduite est de 49,94 euros ((19,5 x 2 x 0,574) + (12 x 4 x 0,574)).
31. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que Mme E s'est rendue à deux consultations au cabinet du docteur K, le 11 janvier 2019 et le 23 juin 2020, dans le cadre du suivi de son amputation. La distance la plus courte entre le cabinet du docteur K et le domicile de la requérante est de 1,6 kilomètres. Compte tenu du barème fiscal kilométrique de 2019, soit 0,568 et de 2020, soit 0,574, le montant des frais de déplacement exposés par Mme E pour se rendre à ces consultations est de 3,65 euros (1,6 x 2 x 0,568 + 1,6 x 2 x 0,574).
32. En septième lieu, si Mme E sollicite l'indemnisation des frais de déplacement qu'elle a engagés pour se rendre à deux consultations chez le docteur O et à un rendez-vous pour une radiologie, il résulte de l'instruction que ces rendez-vous sont uniquement en lien avec sa pathologie au genou gauche, qui selon l'expert, n'a aucun lien direct avec la pathologie du membre inférieur droit. En l'absence d'un lien de causalité entre les manquements du GHSC et ces consultations, Mme E n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation des frais de déplacement pour se rendre à ces trois rendez-vous.
33. Le montant total des frais de déplacement de Mme E, en lien avec la faute imputable au GHSC, est de 852,14 euros (135,41 + 5,96 + 16,36 + 8,27 + 632,55 + 49,94 + 3,65).
34. En huitième lieu, Mme E sollicite le remboursement de cinq notes d'honoraires liées au recours à un médecin conseil et à un ergothérapeute. Par son ordonnance du 15 mai 2019, la cour administrative d'appel de Douai a accordé à Mme E une provision d'un montant de 4 440 euros et par son ordonnance du 20 juillet 2021, une provision d'un montant de 4 856,40 euros. Ces provisions correspondent au montant de quatre factures pour les prestations du docteur I et du cabinet de l'ergothérapeute dont Mme E sollicite le remboursement. Mme E n'est donc pas fondée à demander une somme complémentaire au titre du remboursement de ces notes d'honoraires. En revanche, il résulte de l'instruction, par la production d'une note d'honoraires, qu'outre ces quatre sollicitations, Mme E a eu recours au même ergothérapeute pour la réalisation d'un avis technique sur le montant du reste à charge de ses besoins pour ses appareillages prothétiques. Les honoraires de ce nouvel avis technique, postérieur aux ordonnances précitées et utile à la résolution du litige, d'un montant de 1 800 euros, sont intégralement mis à la charge du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY.
35. En neuvième lieu, par l'ordonnance du 20 juillet 2021, le juge des référés de la cour administrative d'appel a accordé à Mme E une provision de 12 333,38 euros au titre des frais liés au réaménagement de sa salle de bains et de son logement. Mme E ne justifie pas et ne fait pas valoir qu'elle aurait supporté d'autres frais pour l'aménagement de son logement. Par conséquent, elle n'est pas fondée à solliciter d'indemnisation au titre de ce préjudice qui a entièrement été indemnisé.
36. Il résulte de ce qui précède que le montant mis à la charge du GHSC au titre des frais divers exposés par Mme E, sous déduction du montant des provisions versées en exécution des ordonnances du juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai, s'élève à la somme de 2 652,14 euros (852,14 + 1 800).
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
37. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
38. Il résulte du rapport d'expertise que durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire à 75%, c'est-à-dire du 19 janvier 2017 au 21 février 2017, du 1er mars 2017 au 13 mai 2017, du 17 mai 2017 au 25 juillet 2017, du 28 octobre 2017 au 08 décembre 2017 et du 28 novembre 2018 au 11 janvier 2019, soit pour 265 jours, Mme E a eu recours à l'assistance d'une tierce personne à hauteur de 3 heures par jour, notamment pour l'aider dans les activités ménagères et les courses, pour la conduite de A à l'école et pour sa toilette. Cette aide comprend en outre l'aide parentale apportée par M. E pour s'occuper de leur fils mineur A, qui ne requiert pas une indemnisation spécifique, alors que, par ailleurs, M. E demande l'indemnisation du trouble dans les conditions d'existence résultant du dommage corporel subi par son épouse. A la suite de ces périodes et en raison de l'amélioration de son autonomie, Mme E a eu recours à l'assistance d'une tierce personne à raison de 2 heures par jour durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire à 50%, c'est-à-dire du 9 décembre 2017 au 27 novembre 2018 et du 12 janvier 2019 au 6 juillet 2021, soit pour 1 261 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite et après déduction de la somme de 37 000 euros déjà versées par le GHSC en exécution des ordonnances visées du juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 19 161,81 euros (15 x 412/365 x (265 x 3 + 1 261 x 2) - 37 000).
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
39. Il résulte de l'instruction qu'au moment des faits, Mme E, exerçant la profession d'assistante maternelle, bénéficiait d'un congé parental ayant débuté le 1er mars 2014 et devant normalement prendre fin le 1er mars 2017, date à laquelle la requérante devait retravailler. Le centre hospitalier défendeur n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préjudice tenant à la perte de gains professionnels aurait présenté un caractère incertain, ni à solliciter une réfaction de la somme mise à sa charge du fait de ce que Mme E aurait pu, selon lui, ne pas retrouver un emploi. Il résulte du rapport d'expertise que sans les complications survenues, la durée d'un arrêt de travail à la suite de la pose d'une prothèse de genou est de trois mois, Mme E aurait donc pu reprendre le travail le 20 janvier 2017, soit avant la fin de son congé parental. La période d'indemnisation en lien avec la faute du GHSC s'étend donc du 1er mars 2017 au 6 juillet 2021, date de la consolidation, soit pour 1 589 jours, nombre duquel il convient de déduire une durée de trois mois, soit environ 90 jours, comme le fait valoir l'expert, au titre de l'arrêt de travail qui serait survenu, indépendamment de la faute en cause dans le présent litige pour une intervention au niveau du rachis, en mai 2018. Il ressort de l'avis d'imposition sur les revenus de 2013 que Mme E a perçu pour cette année, c'est-à-dire la dernière année pendant laquelle Mme E a exercé son activité avant de bénéficier du congé parental, 9 054 euros, soit 24,81 euros par jour. Entre le 1er mars 2017 et le 6 juillet 2021, soit 1 589 jours, Mme E aurait dû percevoir 37 190,19 euros (24,81 x (1 589 - 90). Il résulte de l'instruction que Mme E a perçu des indemnités journalières de 33,93 euros du 4 mars 2017 au 31 mai 2019, soit une durée de 819 jours, soit 24 734,97 euros pour la période d'indemnisation (33,93 x (819 - 90)), une pension d'invalidité à compter du 1er juin 2019 pour un montant mensuel de 423,30 euros ou de 14,11 euros par jour, soit 10 822,37 euros du 1er juin 2019 au 6 juillet 2021 (14,11 x 767) et le versement de l'allocation aux adultes handicapés pour un montant mensuel de 469,41 euros pour les mois de juin 2020 à décembre 2020 et pour un montant mensuel de 387,07 euros à compter du mois de janvier 2021 ou 12,90 par jour, soit pour un montant total, du mois de juin 2020 au 6 juillet 2021, de 5 698,17 euros d'allocation aux adultes handicapés ((469,41 x 7) + (12,90 x 187)). Il s'ensuit que durant la période d'indemnisation, le montant total des indemnités journalières, de la pension d'invalidité et de l'allocation aux adultes handicapés perçues par Mme E s'élève à la somme de 41 255,51 euros (24 734,97 + 10 822,37 + 5 698,17). Dans ces conditions, Mme E n'a subi aucune perte nette de revenus. En revanche, la caisse, compte tenu de la perte brute de revenus (revenu normal - allocation aux adultes handicapés) qui s'élève à 31 492,02 euros (37 190,19 - 5 698,17) est fondée à solliciter le remboursement du versement des indemnités journalières et de la pension d'invalidité à hauteur de cette somme de 31 492,02 euros qui sera mis à la charge du GHSC.
S'agissant des frais de logement adapté :
40. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du sapiteur, que Mme E subit des limitations d'activités et des restrictions de participation à sa vie sociale en raison de son logement actuel, dont ils sont propriétaires, qui n'est pas adapté à sa situation. Il préconise l'aménagement de ce logement ou l'achat d'un nouveau logement adapté à la situation de Mme E. En outre, il résulte du rapport d'expertise du docteur D que l'amputation subie par la requérante empêche l'utilisation des escaliers de son domicile actuel et qu'il est nécessaire pour elle d'acquérir un nouveau domicile compatible avec sa situation fonctionnelle, c'est-à-dire un logement dont les possibilités d'accès et de circulations permettent les déplacements en fauteuil roulant, des aménagements dans la salle de bain et les sanitaires et d'une surface supplémentaire de 30,42 m² par rapport au logement actuel d'une surface de 100 m². Il est par conséquent constant que le logement dans lequel réside actuellement Mme E n'est pas, même après la réalisation des travaux indemnisés sous forme de provision au titre des frais divers, adapté à son état de santé, dès lors qu'il est inaccessible pour les personnes se déplaçant en fauteuil roulant. Compte tenu des conclusions des experts, et alors même qu'un logement déjà construit pourrait convenir, sans nécessairement représenter un coût moindre, il convient de retenir que la construction d'une maison est imposée par le handicap de Mme E. Il résulte du devis produit par la requérante que le coût d'un terrain de 700 m² dans la commune de Douvrin est de 134 000 euros. Ainsi, le coût de la surface habitable nécessaire à la situation de Mme E, soit 130,42 m² selon l'expert, est sur la commune de Douvrin de 24 966,11 euros (134 000 x 130,42 / 700). En outre, il résulte du même devis que le coût des aménagements pour les personnes à mobilité réduite est de 6 925 euros. Ensuite, il peut être fait une juste appréciation, notamment au regard des devis produits, du coût de construction, hors aménagements facultatifs, en l'estimant à 300 000 euros, dont il convient de déduire le prix de vente de leur logement actuel, hors remboursement du capital restant dû, soit la somme de 89 000 euros (140 000, prix de vente estimé, - 51 000 euros, capital restant dû à la date du présent jugement). Enfin, Mme E estime à 7 000 euros le montant des frais de déménagement, montant qui n'est pas contesté par le GHSC. Par suite, le montant total des frais de logement adapté que sera amenée à exposer Mme E pour l'achat d'un nouveau logement, uniquement en lien avec la faute commise par le GHSC, s'élève à la somme de 249 891,11 euros qui sera mise à la charge de cet établissement (24 966,11 + 300 000 - 89 000 + 6 925 + 7 000).
S'agissant des frais de véhicule adapté :
41. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la conduite automobile pour Mme E n'est possible qu'avec une adaptation de son permis de conduire et sous réserve de l'aménagement de son véhicule qui doit être équipé d'une boîte de vitesse automatique, d'un système de commandes au volant et d'un coffre de toit permettant de placer le fauteuil roulant. La nécessité de ces équipements n'est pas contestée par le GHSC. En revanche, si Mme E allègue que l'achat d'un nouveau véhicule est imputable à la faute du GHSC, en l'absence d'une mention de l'expert sur la nécessité d'acquérir un véhicule autre que celui dont disposait déjà Mme E, l'achat de ce véhicule ne peut pas être mis à la charge de cet établissement. Seuls les équipements peuvent donner lieu à une indemnisation. A ce titre, Mme E produit un devis d'un montant de 2 270 euros pour l'installation des commandes au volant et un devis d'un montant de 5 190 euros pour l'installation d'un coffre de toit. En outre, il n'est pas contesté que le surcoût lié à l'installation d'une boîte de vitesse automatique est de 1 500 euros. Ainsi, le premier équipement de la voiture de Mme E lié à son état de santé est de 8 960 euros, somme qui correspond au montant du renouvellement de cet équipement qui devra intervenir tous les 7 ans. En outre, il résulte de l'instruction que les frais liés à l'obtention d'un permis de conduire adapté à l'état de santé de Mme E s'élèvent à un montant de 108 euros. En retenant le taux de l'euro de rente viagère fixé à 35,31 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du palais (taux d'intérêt égal à 0%), dès lors que Mme E est âgée de 51 ans à la date du jugement, le montant des frais de renouvellement du véhicule adapté exposés par Mme E doit être fixé à la somme de 45 196,80 euros (8 960/7 x 35,31). Les frais futurs d'adaptation du véhicule de Mme E sont par conséquent fixés à la somme totale de 54 264,80 euros (8 960 + 108 + 45 196,80) somme de laquelle il convient de déduire la provision de 7 568 euros accordée par la cour administrative d'appel de Douai par ordonnances du 15 mai 2019 et du 20 juillet 2021. Par conséquent, la somme de 46 696,80 euros (54 264,80 - 7 568) est mise à la charge du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY au titre de ce préjudice.
S'agissant de l'assistance par tierce personne permanente :
Quant à la période entre la date de consolidation et le jugement :
42. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme E, après sa consolidation et dans son logement actuel, nécessite une aide par tierce personne à hauteur de 2 heures par jour, pour l'aide à la toilette et à l'habillage, pour les courses et l'entretien de son logement. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, pour la période du 6 juillet 2021 au 24 juillet 2024, soit pour 1 115 jours, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 37 757,26 euros (15 x 412/365 x (1 115 x 2)).
Quant à la période postérieure au jugement :
43. S'agissant des préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations de sécurité sociale, il appartient au juge de décider si la réparation par le tiers responsable doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable, sans que le choix ne soit subordonné à l'accord du responsable.
44. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme E nécessitera, une fois qu'elle aura emménagé dans un logement adapté à sa situation, une aide par une tierce personne à hauteur de 1 heure par jour pour l'aide aux courses, aux tâches ménagères et pour une " vigilance " liée à son état.
45. Par conséquent, d'une part, le montant annuel de la rente allouée au titre de l'assistance par tierce personne, tant que Mme E réside dans son logement actuel, s'élève à la somme de 12 360 euros (15 x 412 x 2), qui sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
46. D'autre part, le montant de la rente annuelle allouée au titre de l'assistance par tierce personne sera limité, à compter de l'emménagement de Mme E dans un logement adapté à sa situation, à la somme de 6 180 euros (15 x 412 x 1), qui sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle :
47. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'amputation de sa jambe, Mme E a été contrainte de renoncer à l'activité d'assistante maternelle et a été placée en invalidité de deuxième catégorie, à compter du 1er juin 2019. Par suite, les fautes commises ont entrainé une perte de revenus pour Mme E.
48. Il résulte de l'instruction qu'à compter de la date de consolidation, le 6 juillet 2021 et jusqu'à la date du présent jugement, le 3 juillet 2024, soit pour 1 115 jours, Mme E aurait dû percevoir, au regard du montant du revenu normal par jour calculé au point 39, la somme de 27 663,15 euros (24,81 x 1 115). Or, il résulte de l'instruction que Mme E a perçu une pension d'invalidité, pour un montant de 12,32 euros par jour et l'allocation aux adultes handicapés, à compter du 1er juin 2020 et donc pour la période postérieure à la consolidation, à hauteur d'un montant mensuel de 387,07 euros, soit 12,87 euros par jour et de 6 041,10 euros pour l'année 2023, soit 505,35 euros par mois à compter d'avril 2023. Mme E a ainsi perçu, pour cette même période, la somme de 13 736,80 euros au titre de la pension d'invalidité (12,32 x 1 115) et de 16 387,88 euros au titre de l'allocation aux adultes handicapés, soit une somme de 30 124,68 euros (13 736,80 + 16 387,88) pour la période entre la consolidation et le jugement.
49. Pour la période postérieure au présent jugement, en tenant compte du montant indiqué sur le dernier avis d'imposition transmis par la requérante et compte tenu de son âge à la date du présent jugement et l'âge auquel elle pourrait prétendre à la retraite, en retenant le coefficient de capitalisation fixé à 12,721 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du palais, pour une femme de 51 ans et une capitalisation sur 13 ans, corrigé au prorata temporis de la période entre le jugement et la date de la retraite, le 15 juillet 2037, soit 12,99 ans, le montant des revenus qu'elle aurait dû percevoir s'élève à la somme de 115 108,31 euros (24,81 x 365 x 12,721/13 x 12,99). Au cours de cette même période, Mme E percevra annuellement un revenu dont il sera fait une juste appréciation en l'estimant, au regard des montants journaliers de pension d'invalidité et d'allocation aux adultes handicapés dont elle justifie, soit 28,93 euros par jour (12,32 + 16,61), à la somme de 10 559,45 euros, soit 134 223,44 euros (10 559,45 x 12,721/13 x 12,99), dont 57 159,79 euros au titre de la pension d'invalidité, réparant la perte de gains professionnels et 77 063,65 euros au titre de l'allocation aux adultes handicapés. Cette dernière prestation, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, répare également la perte de gains professionnels, sans pour autant pouvoir donner à une action subrogatoire de l'organisme payeur.
50. En outre, compte tenu de la renonciation à l'activité professionnelle antérieure et à l'invalidité de deuxième catégorie, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.
51. Il résulte de ce qui précède que la perte brute de revenus subie postérieurement à la consolidation, ajoutée à l'incidence professionnelle, doit être évaluée à la somme de 64 319,93 euros (27 663,15 + 115 108,31 + 15 000 - 93 451,53) qui sera mise à la charge du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY. Les revenus perçus, soit la somme de 164 348,12 euros (30 124,68 + 134 223,44), étant supérieurs aux pertes brutes auxquelles s'ajoute l'incidence professionnelle, soit 157 771,46 euros (27 663,15 + 15 000 + 115 108,31), Mme E n'a subi aucune perte nette de gains professionnels pour la période postérieure à la consolidation, étant précisé qu'il n'est ni allégué ni a fortiori établi que la pension de retraite, qui se substituera à la pension d'invalidité et pour le calcul de laquelle la perception d'une pension d'invalidité sera prise en compte, serait diminuée du fait de la prise en charge en cause.
52. Il résulte de ce qui précède que le montant global des pertes de revenus postérieures à la consolidation, auquel s'ajoute l'incidence professionnelle s'élève à la somme de 64 319,94 euros. Le GHSC versera la somme de 13 736,80 euros, représentative des arrérages échus de la pension d'invalidité, à la CPAM. Eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et le GHSC n'ayant pas donné son accord au versement d'un capital pour les pertes postérieures au jugement, le montant de la pension d'invalidité versée par la CPAM, pour les arrérages à échoir sera mis à la charge, annuellement, du GHSC au regard des versements effectifs de la caisse, dont elle devra justifier de la réalité et du quantum, dans la limite de 50 583,14 euros (64 319,94 - 13 736,80).
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux de Mme E, victime directe :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
53. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme E a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 17 décembre 2016 au 18 janvier 2017, du 22 février 2017 au 28 février 2017, du 14 mai 2017 au 16 mai 2017 et du 26 juillet 2017 au 27 octobre 2017, correspondant aux hospitalisations au GHSC, au CHRU de Lille et au centre de rééducation de Wattrelos, soit pour un total de 137 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant ces périodes en le fixant à la somme de 2 055 euros (137 x 15). Le déficit fonctionnel temporaire de Mme E a ensuite été évalué à 75% du 19 janvier 2017 au 21 février, du 1er mars 2017 au 13 mai 2017, du 17 mai 2017 au 25 juillet 2017, du 28 octobre 2017 au 8 décembre 2017 et du 28 novembre 2018 au 11 janvier 2019, correspondant aux périodes entre les hospitalisations de Mme E et aux deux périodes d'hospitalisations de jour au centre de rééducation de Wattrelos, soit pour 265 jours. En retenant le même taux journalier d'indemnisation, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi pendant ces périodes en le fixant à la somme de 2 981,25 euros (265 x 15 x 0,75). Enfin, l'expert a fixé à 50% le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme E durant la période comprise entre les hospitalisations de jour au centre de rééducation de Wattrelos, c'est-à-dire du 9 décembre 2017 au 27 novembre 2018 et de la fin de la seconde hospitalisation de jour au centre de rééducation jusqu'à la date de consolidation, c'est-à-dire du 12 janvier 2019 au 6 juillet 2021, date de consolidation, soit pour 1 260 jours. En retenant le même taux journalier d'indemnisation, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 9 450 euros (1 260 x 15 x 0,50). Le montant total du préjudice subi par Mme E au titre du déficit fonctionnel temporaire est évalué à 14 486,25 euros (2 055 + 2 981,25 + 9 450), duquel il convient de déduire la somme de 9 500 euros déjà accordée à Mme E sous forme d'une provision par les ordonnances du 15 mai 2019 et du 20 juillet 2021 de la cour administrative d'appel de Douai. Par suite, la somme de 4 986,25 euros (14 486,25 - 9 500) sera allouée à Mme E au titre du déficit fonctionnel temporaire.
S'agissant des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire :
54. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme E a subi des souffrances évaluées à 5,5 sur une échelle de 0 à 7 en raison des interventions chirurgicales, des traitements médicaux et des douleurs associées, du vécu psychologique et des différents essais d'appareillage. Par référence au barème de l'ONIAM et dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 19 000 euros.
55. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que Mme E a subi un préjudice esthétique temporaire, à compter de l'amputation de sa jambe, évalué à 4,5 sur une échelle de 0 à 7. Si le barème indicatif de l'ONIAM ne prévoit pas de cotation pour le préjudice esthétique temporaire, il résulte de l'instruction que Mme E a nécessairement subi, à compter de son amputation, une grave altération de son apparence physique. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 9 000 euros.
56. Il résulte de ce qui précède que le montant global de l'indemnisation due au titre des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire subis par Mme E est fixé à la somme de 28 000 euros, montant duquel il convient de déduire la provision de 20 000 euros accordée au titre de ces préjudices par l'ordonnance du 15 mai 2019 de la cour administrative d'appel de Douai. Par conséquent, la somme de 8 000 euros est accordée à Mme E au titre des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice esthétique permanent :
57. D'une part, il résulte du rapport d'expertise que Mme E a subi un déficit fonctionnel permanent fixé à 45% en raison des conséquences physiques et psychologiques de son amputation. Toutefois, l'expert a relevé que, même sans complication, l'opération de mise en place d'une prothèse du genou aurait entraîné un déficit fonctionnel permanent de 10%. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de l'âge de Mme E à la consolidation, à savoir 47 ans, et par différence entre le DFP de 45% et celui de 10%, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 80 500 euros.
58. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme E pratiquait, avant les faits en litige, diverses activités de loisirs telles que la marche à pied, le bowling, la piscine. Il résulte du rapport d'expertise que ces activités sont, depuis l'amputation subie par Mme E, très limitées, voire impossibles à pratiquer. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 3 000 euros.
59. Enfin, il résulte du rapport d'expertise que le préjudice esthétique permanent subi par Mme E est fixé à 3,5 sur une échelle de 0 à 7 en raison de l'amputation qu'elle a subie, de la cicatrice qui subsiste sur le moignon de cette amputation et en raison de troubles de la déambulation du côté droit avec une boiterie malgré l'utilisation de la prothèse. Dans ces conditions et compte tenu de l'âge de Mme E au moment de l'amputation de sa jambe droite et du caractère irréversible de son préjudice esthétique, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 6 000 euros.
60. Il résulte de ce qui précède que le montant global de l'indemnisation due au titre du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément et du préjudice esthétique permanent est de 89 500 euros. Il convient de déduire de cette somme le montant de la provision déjà accordé par l'ordonnance du juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai d'un montant de 20 000 euros correspondant à l'indemnisation de ces trois préjudices. Par conséquent, la somme mise à la charge du GHSC au titre de ces préjudices s'élève à 69 500 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
61. Il résulte du rapport d'expertise que Mme E subi un préjudice sexuel dès lors qu'elle ne peut plus dormir avec son époux dans sa chambre, située à l'étage de son logement et en raison de ses difficultés positionnelles liées à l'amputation de sa jambe droite pour l'accomplissement de l'acte sexuel. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 3 000 euros.
62. Il résulte de ce qui précède que le GHSC et son assureur devront verser, après déduction des provisions, la somme globale de 1 068 201,61 euros (20 + 49 885,10 + 576 651,14 + 852,14 + 1 800 + 19 161,80 + 249 891,11 + 46 696,80 + 37 757,26 + 4 986,25 + 8 000 + 69 500 + 3 000) à Mme E au titre de la réparation de ses préjudices.
En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes :
63. En premier lieu, si M. C E et Mme G E, enfants de la victime, sollicitent l'indemnisation de leur préjudice " d'accompagnement ", ils doivent être regardés comme demandant l'indemnisation de leur préjudice extrapatrimonial exceptionnel qui tend à réparer les changements dans les conditions d'existence ou les bouleversements sur le mode de vie au quotidien des victimes indirectes en raison de la survie douloureuse de la victime directe. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'ils aient subi de tels changements. Ils ne sont donc pas fondés à solliciter l'indemnisation d'un tel préjudice. En revanche, le quotidien de M. E, époux de Mme E et de leur fils mineur A, qui partagent une communauté de vie avec Mme E, a nécessairement été bouleversé en raison de l'amputation subie par la victime directe. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 10 000 euros pour M. E, qui comprend le retentissement sexuel et à la somme de 3 000 euros pour A.
64. En second lieu, il résulte de l'instruction que les victimes indirectes ont nécessairement subi un préjudice d'affection causé par l'inquiétude liée aux hospitalisations successives de Mme E et à son amputation. Dans les conditions de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant la somme de 5 000 euros à M. E, époux, 3 000 euros à M. A E, enfant mineur du couple et la somme de 1 000 euros chacun à M. C E et Mme G E.
Sur les intérêts :
65. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
66. La somme allouée à la CPAM de Roubaix Tourcoing au titre des débours exposés pour Mme E sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2022, date d'enregistrement de son premier mémoire auprès du greffe du tribunal. La capitalisation des intérêts n'a pas été demandée.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
67. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la Caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 € et d'un montant minimum de 91 €. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. "
68. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY le versement à la CPAM de Roubaix Tourcoing de la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assurée.
En ce qui concerne les dépens :
69. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ". En vertu des dispositions de cet article, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.
70. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais des expertises réalisées par les docteurs D et H, taxés et liquidés à la somme totale de 9 183,45 euros, à la charge solidaire du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
71. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du GHSC et de la compagnie CNA/HARDY une somme de 1 500 euros et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés respectivement par les requérants et par la CPAM et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à Mme E la somme de 1 068 201,61 euros après déduction de la somme de 115 741,78 euros versée à titre provisionnel.
Article 3 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser une rente annuelle d'un montant de 12 360 euros revalorisable annuellement jusqu'à l'acquisition par Mme E d'un logement adapté à sa situation, date à partir de laquelle le montant de la rente annuelle sera de 6 180 euros.
Article 4 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à M. E la somme de 21 000 euros, au titre de son préjudice et en tant que représentant légal de son fils mineur, A E.
Article 5 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à M. C E la somme de 1 000 euros.
Article 6 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à Mme G E la somme de 1 000 euros.
Article 7 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing la somme de 319 761,62 euros avec intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2022.
Article 8 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing, sur présentation de justificatifs, les débours correspondant aux dépenses de santé futures de Mme E à compter de la date de mise à disposition du présent jugement, dans la limite de 937 577,27 euros.
Article 9 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing, sur présentation de justificatifs, les dépenses correspondant aux pertes de revenus futures de Mme E à compter de la date de mise à disposition du présent jugement, dans la limite de 50 583,14 euros.
Article 10 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 11 : Les frais des expertises liquidés et taxés à la somme de 9 183,45 euros sont mis à la charge solidaire du groupement hospitalier de Seclin Carvin et de la compagnie CNA/HARDY.
Article 12 : Le groupement hospitalier de Seclin Carvin et la compagnie CNA/HARDY verseront solidairement aux consorts E la somme globale de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 14 : Le présent jugement sera notifié à Mme N E, à M. B E, à M. C E, à Mme G E, au groupement hospitalier de Seclin Carvin, à la compagnie CNA/HARDY, à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix Tourcoing et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée au docteur D et au docteur H, experts.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. Riou
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026