vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109019 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 3 mars 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Aux Magots, représentée par Me Cardon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts de retard et pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant de la quotité du litige et contrairement à ce que soutient l'administration, la contestation porte également sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés sur les recettes comptabilisées au titre des années 2017 et 2018 ;
- la décision de rejet de la réclamation est irrégulière en la forme, entachée d'insuffisance de motivation et inintelligible ;
- l'administration méconnaît les dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales relatives à la charge de la preuve, laquelle repose uniquement sur celle-ci dans la présente instance ;
- l'administration n'était pas fondée à écarter la comptabilité dès lors qu'elle n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'elle serait insincère, et alors qu'elle est conforme aux exigences réglementaires ;
- elle est fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe 1 du bulletin officiel des impôts n° BOI-TVA-DECLA-30-10-30 du 4 juillet 2018 ;
- elle est fondée à se prévaloir des énonciations des paragraphes 90 et 130 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ;
- l'administration ne peut remettre en cause la sincérité de l'intégralité de la comptabilité sur la base d'irrégularités n'affectant que les ventes de boissons alcoolisées, qui ne représentent qu'une fraction minoritaire du chiffre d'affaires du restaurant exploité par la société ;
- la reconstitution de recettes réalisée par le vérificateur est entachée de manquements graves, la grille tarifaire 2019 ayant été utilisée au titre du contrôle sur la période allant de 2016 à 2018 sans que cela soit mentionné dans toutes les pièces de la procédure de contrôle, en méconnaissance du principe du contradictoire et des dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration n'est pas fondée à lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée dans la mesure où sa comptabilité est régulière et sincère ;
- l'administration n'est pas fondée à lui appliquer la majoration de 40% faute pour elle d'apporter la preuve de manquements délibérés et compte tenu du caractère mineur des omissions de recettes imputées en proportion du chiffre d'affaires de la société.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouanneau,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Catoire, avocat substituant Me Cardon, représentant la société Aux Magots.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité (SARL) Aux Magots, qui exerce une activité de restauration, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 24 septembre 2019 au 16 décembre 2019 qui a porté sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) jusqu'au 30 juin 2019. Le vérificateur a rejeté la comptabilité de la société au cours des périodes vérifiées et a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. L'administration a adressé une proposition de rectification en date du 17 décembre 2019 pour informer la société Aux Magots qu'elle envisageait de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, des rappels de TVA au titre de la période couvrant les années 2016 à 2018, auxquels seraient appliqués des intérêts de retard ainsi qu'une majoration pour manquement délibéré prise sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. La société Aux Magots a formulé des observations le 14 février 2020, auxquelles l'administration a répondu le 6 mars 2020. Elle a par la suite saisi la Commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui a rendu son avis le 7 décembre 2020. Les droits et impositions supplémentaires mis à la charge de la société ont été recouvrés par un avis de mise en recouvrement du 29 janvier 2021. La société Aux Magots a effectué une réclamation le 20 avril 2021, qui a été rejetée par un courrier du 20 septembre 2021. Par la présente requête, la société Aux Magots demande à être déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, des rappels de TVA mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur l'étendue du litige
2. Si l'administration fait valoir que la société Aux magots ne contesterait pas les rappels de TVA portant sur les recettes comptabilisées au titre des années 2017 et 2018, il ressort des énonciations de la réclamation préalable et de la requête qu'elle a entendu contester le principe de la mise à sa charge de ces rappels de TVA. Par suite, l'administration n'est pas fondée à soutenir que le litige serait limité aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la requérante et aux pénalités correspondantes. Le tribunal est donc saisi de conclusions à fin de décharge de la totalité des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, des rappels de TVA au titre de la période couvrant les années 2016 à 2018 ainsi que des pénalités afférentes, mis à la charge de la société requérante.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
3. Les irrégularités qui peuvent entacher la réponse par laquelle le directeur régional des finances publiques rejette une réclamation contentieuse sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition, ou sur le bien-fondé de l'imposition. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et de l'irrégularité en la forme de la décision de rejet de la réclamation préalable de la société requérante ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
S'agissant du rejet de la comptabilité de la société :
4. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que la société Aux Magots a communiqué, à l'appui de la comptabilité présentée au service vérificateur, des justificatifs ne mentionnant que le total des recettes journalières, globalisées par département, chacun d'entre eux comprenant plusieurs produits vendus. Le service vérificateur n'a ainsi pas été mis en mesure, sur la base des éléments produits par la société, d'effectuer un rapprochement entre les ventes, les achats et les stocks, ni de s'assurer de ce que l'ensemble des ventes de boissons avait été effectivement comptabilisé pour chacun des exercices vérifiés.
5. D'autre part, le service a retenu que le coefficient de marge sur la vente de boissons alcoolisées était anormalement faible compte tenu des tarifs pratiqués par l'établissement, des déclarations recueillies auprès de son gérant M. A lors des opérations de contrôle, et des résultats du calcul de coefficient par sondage sur les boissons alcoolisées représentatives de l'activité du restaurant exploité par la société Aux Magots. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient la société requérante qui se borne à affirmer que sa comptabilité était régulière, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'irrégularité de la comptabilité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration n'était pas fondée à écarter la comptabilité de la société comme non probante et insincère doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la société n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 1 du bulletin officiel des impôts n° BOI-TVA-DECLA-30-10-30 du 4 juillet 2018, qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
7. En troisième lieu, la société n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes 90 et 130 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012, qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
S'agissant de la méthode de reconstitution des recettes :
8. En premier lieu, d'une part, comme il a été dit aux points 4 et 5 du présent jugement, l'administration démontre l'existence de graves irrégularités dans la comptabilité de la société Aux Magots ayant motivé le rejet de celle-ci comme étant irrégulière. Par suite, il appartient à la société Aux Magots d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues, conformément aux dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a procédé à la reconstitution des recettes " boissons alcoolisées " sur la base de la valorisation des volumes de boissons achetées, corrigée de la variation des stocks, après dépouillement exhaustif des factures et des états statistiques obtenus par l'exercice de son droit de communication auprès de trois fournisseurs. Le vérificateur a également questionné le gérant au sujet des grilles tarifaires appliquées lors des exercices vérifiés et il lui a été précisé que les cartes des prix des années 2016 à 2018 n'étaient plus disponibles mais que les prix étaient stables depuis plusieurs années. En l'absence d'éléments probants quant aux tarifs des années antérieures, le service a procédé à la reconstitution du chiffre d'affaires relatif aux boissons alcoolisées à partir des données tarifaires de 2019, seuls éléments dont il disposait. En se bornant à contester l'utilisation de la grille tarifaire 2019, à alléguer l'insuffisance du taux de pertes retenu par le service vérificateur et à invoquer des erreurs de calcul au stade de la proposition de rectification du 17 décembre 2019, sans plus de précisions, alors même qu'il est constant qu'elles ont été corrigées pour certaines d'entre elles dans la réponse aux observations du contribuable du 6 mars 2020, la société Aux Magots n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration dans le cadre de la reconstitution de ses recettes.
10. En second lieu, la société Aux Magots, qui a été informée de la méthodologie retenue pour reconstituer les recettes à partir de la grille 2019 sur la base des déclarations de son gérant, dès le stade de la proposition de rectification du 17 décembre 2019, n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance du principe du contradictoire au motif que cette méthodologie n'aurait pas été mentionnée dans certains des actes ultérieurs de la procédure.
11. Il résulte de ce qui est mentionné au point 9 que la méthode de reconstitution des recettes utilisée par le vérificateur n'apparaît ni excessivement sommaire, ni radicalement viciée. La société Aux Magots, qui se borne à contester le rejet de sa comptabilité, n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des rectifications relatives à la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur les recettes qu'elle a éludées.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée doivent être rejetées.
En ce qui concerne les pénalités :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".
14. Il résulte de l'instruction que l'administration, pour établir les pénalités litigieuses, a notamment retenu l'importance des minorations, représentant, respectivement, 37 %, 34 % et 29 % du chiffre d'affaires relatif aux boissons, déclaré au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, la répétition de ces minorations et l'absence de caractère sincère et probant des comptabilités ayant justifié leur rejet. Dans ces conditions, le caractère délibéré des manquements en cause doit être regardé comme établi et les pénalités justifiées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société Aux Magots n'est pas fondée à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, des intérêts de retard et de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Aux Magots est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Aux Magots et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Barre, conseillère,
M. Jouanneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. JOUANNEAU
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026