mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109150 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DANTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 novembre 2021, le 18 janvier 2022, le 4 mai 2023 et le 12 décembre 2023, Mme C A, épouse G, représentée par Me Joseph-Oudin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Calais à lui verser une somme de 42 106,73 euros en réparation des préjudices subis à la suite de sa prise en charge au sein de cet établissement ;
2°) de rejeter les conclusions du centre hospitalier de Calais ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais, outre les " entiers " dépens, y compris de l'instance de référé, la somme de 4 764 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Calais est engagée :
o d'une part, pour absence d'information portant sur une intervention de stérilisation avec mise en place d'implant Essure ; d'autre part, pour absence de délivrance d'un livret d'information portant sur une stérilisation contraceptive telle que prévue par l'article L. 2123-1 du code de la santé publique ; et, enfin, pour absence d'information sur la composition matérielle des implants Essure et les risques d'allergies, ainsi que sur les conséquences d'un retrait des implants ;
o pour faute technique dans l'acte de la pose de l'implant Essure droit le 10 décembre 2014 résultant : d'une part, du non-respect des règles relatives à la mise en place des micro-implants ; d'autre part, du non-respect du nombre de tours de spires préconisés par le mode d'emploi des implants Essure ; et, enfin, du mauvais positionnement du micro-implant de l'Essure droit ;
o pour faute technique résultant du non-respect des règles édictées par le fabricant des implants lors de la première tentative d'ablation du dispositif le 17 avril 2015 ;
o pour absence d'examen complet en per-opératoire ayant pour conséquence la présence de fragments d'implants lors de la deuxième tentative de retrait des dispositifs le 26 janvier 2018 ;
o enfin, pour manquement dans l'obligation de suivi post-opératoire à raison de la présence, mise en évidence en mai 2018, de fragments d'implants Essure.
- le manquement au devoir d'information du centre hospitalier de Calais a entraîné une perte de chance de 90% de se soustraire à la réalisation d'une intervention d'hystérectomie ;
- en tout état de cause, les manquements reprochés au centre hospitalier sont la cause adéquate de l'intervention du 17 juillet 2018 ;
- il en résulte des préjudices évalués à la somme de 42 106,73 euros, décomposée comme suit :
o 1 664,02 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
o 1 787,92 euros au titre des frais de déplacement comportant les frais de péage, de parking et les frais kilométriques ;
o 994,33 euros au titre des frais de déplacement lors de l'expertise diligentée par le tribunal administratif de Lille ;
o 858,96 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels ;
o 636 euros au titre des frais d'avocat durant la phase amiable ;
o 2 365,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
o 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;
o 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
o 10 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
o 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
o 4 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
o 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.
- les frais d'avocat seront indemnisés à hauteur d'une somme globale de 4 764 euros pour les phases juridictionnelles devant le tribunal administratif de Lille.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2021 et le 9 novembre 2023, le centre hospitalier de Calais, représenté par Me Cariou, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
Pour Mme G :
1°) à titre principal, au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme G, outre des " entiers " dépens, de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, au sursis à statuer dans l'attente d'une nouvelle expertise et de désigner un expert spécialisé en gynécologie ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à la limitation des sommes versées à 8 048,09 euros et à 1 000 euros pour les frais non compris dans les dépens ;
Pour la caisse primaire d'assurance maladie :
4°) à titre principal, au rejet de ses conclusions ;
5°) à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation des débours de la caisse primaire d'assurance maladie du Loire à hauteur du taux de perte de chance de 50%.
Il soutient que :
A titre principal :
- d'une part, Mme G a signé une feuille de consentement ; d'autre part, aucune obligation légale ne prévoit la remise du livret Essure, d'autant que le livret n'était disponible qu'à partir du 26 avril 2016, soit postérieurement à l'intervention ; et enfin, l'intéressée ne présentait pas d'allergie au nickel ;
- la pose des implants a été conforme aux règles de l'art ;
- l'expert évoque une absence de conformité aux bonnes pratiques lors de l'intervention du 17 avril 2015 en se fondant sur des recommandations publiées postérieurement à l'intervention ;
- les recommandations d'ablation des implants Essure n'ont été publiées que le 20 janvier 2018 sans que ces recommandations aient été adressées à l'ensemble de la profession des gynécologues ; le rapport concernant l'ablation édicté par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) n'a été publié qu'en septembre 2018.
A titre subsidiaire :
- il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise médicale.
A titre infiniment subsidiaire :
- si le tribunal reconnaît la responsabilité du centre hospitalier, il y a lieu de retenir un taux de perte de chance de 50% correspondant à une absence de choix entre deux méthodes de stérilisation définitive ;
- il y a lieu d'évaluer le dommage de Mme G à hauteur de 8 048,10 euros, après application d'un taux de perte de chance de 50%, décomposé comme suit :
o 597,01 euros pour les dépenses de santé actuelles ;
o 263,13 euros pour les frais d'essence ;
o 205,38 euros au titre des frais de transport lié à l'expertise diligentée par le tribunal administratif de Lille ;
o 429,48 euros pour les pertes de gains professionnels actuels ;
o il y a lieu de rejeter les frais de conseil et les frais d'expertise ;
o 1 261,60 euros pour le déficit fonctionnel temporaire ;
o 1 367 euros pour les souffrances endurées ;
o Il y a lieu de rejeter le préjudice sexuel ;
o 500 euros pour le préjudice esthétique temporaire ;
o 2 000 euros pour le déficit fonctionnel permanent ;
o 924,50 euros pour le préjudice esthétique permanent ;
o 500 euros au titre du préjudice d'impréparation.
- il y a lieu de rejeter les débours présentés par la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire en l'absence de preuve de la réalité des débours exposés lors de la prise en charge de Mme G ;
- en cas d'indemnisation des débours de la caisse, il y a lieu d'appliquer le taux de perte de chance de 50%.
Par des mémoires, enregistrés le 15 février 2022, le 8 novembre 2023 et le 4 janvier 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) au rejet de la demande d'expertise sollicitée par le centre hospitalier de Calais ;
3°) à la mise à la charge de " tout succombant " de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Mme G ne sollicite que la condamnation du centre hospitalier de Calais ;
- il n'y a pas lieu de retenir que l'intéressée a subi un accident médical non fautif ;
- les conditions d'anormalité et de gravité ne sont pas remplies ;
- une nouvelle expertise n'est pas nécessaire.
Par un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Savoie, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Calais à lui verser une somme de 4 688,09 euros au titre des débours exposés pour le compte de son assurée, Mme G, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2023, date d'enregistrement de son mémoire ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais les " entiers " dépens.
Par une lettre, enregistrée le 7 mars 2024, le conseil départemental de la Haute-Savoie n'entend pas intervenir dans la présente instance.
Vu :
- l'ordonnance n° 2109134 du 10 février 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a ordonné une expertise en désignant le docteur E, en qualité d'expert ;
- le rapport de l'expert déposé au greffe du tribunal le 22 octobre 2022 ;
- l'ordonnance n°2109134 du 21 novembre 2022 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise du Dr E ont été liquidés et taxés à la somme de 2 861,03 euros toutes taxes comprises (TTC), comprenant l'allocation provisionnelle de 1 500 euros accordée par l'ordonnance n°2109134 du 6 avril 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n°2007-435 du 25 mars 2007 ;
- l'arrêté du 11 mars 2019 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement ;
- l'arrêté du 26 février 2020 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement ;
- l'arrêté du 27 mars 2023 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- les observations de Me Denize, substituant Me Cariou, représentant le centre hospitalier de Calais.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, épouse G, souhaitait une ligature des trompes. Le 24 novembre 2014, le Dr D, au centre hospitalier de Calais lui a proposée la réalisation d'une stérilisation tubaire par la méthode Essure, à savoir la mise en place par voie d'hystéroscopie transcervicale d'un implant dans chaque corne utérine. Le 10 décembre 2014, l'opération a eu lieu sous anesthésie générale. Le 2 mars 2015, elle est informée de la nécessité d'une reprise sous hystéroscopie pour ablation du dispositif droit et repose d'un nouveau dispositif. Le 17 avril 2015, une nouvelle intervention a eu lieu sous anesthésie générale avec mise en place d'un nouveau dispositif Essure au niveau de la trompe droite. Au cours de l'année 2017, elle a informé de son souhait d'un retrait des dispositifs Essure pour intolérance chronique de type allergique. Le 26 janvier 2018, une salpingectomie bilatérale est réalisée afin d'ôter les implants. Un scanner effectué le 28 mai 2018, en raison de la persistance de douleurs, montre la présence de résidus métalliques à droite et à gauche en latéro-utérin. Une imagerie par résonnance magnétique (IRM), confirme la présence de fragments, l'un situé au sein de la portion interstitielle de la trompe gauche et l'autre à la partie postero supérieure du fond utérin latéralisé à droite. Le 17 juillet 2018, elle est opérée, par laparotomie, par le Dr F et le Dr B pour l'ablation définitive des implants, conduisant à une hystérectomie et une appendicectomie, compte tenu d'une endoappendicite aiguë. Mme G a bénéficié d'un suivi psychologique de plusieurs mois après l'opération et présente encore des douleurs à droite.
2. Par un courrier du 28 mai 2021, reçu le 31, Mme G a présenté au centre hospitalier de Calais une demande indemnitaire préalable. Cette demande a été rejetée par une décision du 14 septembre 2021, reçue le 22. Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021, Mme G a sollicité du juge des référés la prescription d'une expertise médicale. Par une ordonnance, visée ci-dessus, du 10 février 2022, le juge des référés a ordonné une expertise médicale et a désigné le Dr E, en qualité d'expert. Ce dernier a déposé son rapport au greffe du tribunal le 22 octobre 2022. Par la présente requête, Mme G doit être regardée comme demandant au tribunal la condamnation du centre hospitalier de Calais à la somme de 42 106,73 euros en réparation des préjudices subis à la suite de sa prise en charge au sein de cet établissement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les fautes du centre hospitalier de Calais :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "
S'agissant de la faute lors de la pose de l'implant le 10 décembre 2014 :
4. Selon l'expert, qui se fonde sur des recommandations du CNGOF, publiées en 2013, sur la pose d'implants Essure, comme le confirme également le mode d'emploi des implants, établi en 2012, dont se prévaut la requérante, la faisabilité de la pose doit être vérifiée au cours de l'intervention. L'opérateur doit également vérifier que le dispositif est implanté suffisamment profondément, ce qui se traduit par un faible nombre de spires restant visibles après le largage de l'implant, soit au maximum 8 tours de spire. Or il résulte du compte rendu opératoire cité par l'expert que l'introduction du dispositif Essure, à droite, a été un petit peu difficile à raison d'un spasme présent qui est décrit par le Dr D comme difficilement résorbable. Le compte rendu opératoire fait également état d'une visibilité résiduelle de 10 tours de spire et d'un décalage du repère visuel, destiné à s'assurer de la bonne implantation du dispositif. L'expert en conclut que le largage, face à ces difficultés d'implantation, n'aurait pas dû être poursuivi, ce qui implique qu'il estime également que l'implant a été mal positionné. En se bornant à arguer de ce que l'implantation n'a pas été forcée et de ce que le dispositif restait fonctionnel malgré son implantation incomplète, le centre hospitalier ne remet pas en cause le constat d'un mauvais positionnement de l'implant. Par suite, le centre hospitalier défendeur a commis une première faute, tenant à la pose insatisfaisante de l'implant, à droite.
S'agissant de la faute dans l'ablation du dispositif Essure le 17 avril 2015 :
5. L'expert souligne que la première ablation de l'implant droit, réalisée le 17 avril 2015, suivi de l'implantation d'un nouveau dispositif, n'a pas été conforme aux règles de l'art à défaut de photographie, de radiographie ou d'une image par examen radiographique d'abdomen sans préparation (ASP). Si l'expert admet aussitôt que les règles de l'art auxquelles il confronte l'intervention réalisée n'étaient pas encore publiées à la date de cette intervention, il souligne qu'en raison de l'ablation des cornes utérines, un suivi post-opératoire, notamment par un examen radiographique d'ASP, était nécessaire. Contrairement à ce que soutient le centre hospitalier en défense, l'expert n'a pas opposé une règle qui n'était pas encore publiée mais a rappelé la règle, qu'implique le caractère radio-opaque des dispositifs, de la nécessité d'un contrôle post-opératoire de leur complète ablation. A défaut de ce contrôle, le centre hospitalier a commis une deuxième faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant des fautes dans le retrait du dispositif Essure le 26 janvier 2018 :
6. D'une part, l'expert évoque une lettre du CNGOF adressée à ses adhérents, détaillant des recommandations en cas d'ablation d'un implant Essure : " en cas de salpingectomie, la radiographie de la pièce opératoire peut être envisagée, permettant ainsi de confirmer la présence de la totalité de l'implant. Celle-ci peut être au cours même de l'intervention en cas de doute sur l'intégrité de l'implant et conduire à un geste complémentaire en cas de persistance d'un fragment ". Si l'expert, sans s'en préciser la raison, estime que cette lettre adressée le 20 janvier 2018, aux adhérents du CNGOF, ce qui représente, selon le centre hospitalier, 40% des gynécologues de France, ne constitue pas l'état de la science à la date de l'intervention, effectuée le 26 janvier 2018, il y a lieu de considérer, comme le fait l'expert lui-même sans tirer les conclusions de son analyse, que cette lettre, dans un contexte de médiatisation des difficultés causées par les implants Essure, ne pouvait être ignorée du praticien à la date de son intervention.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction, c'est-à-dire du rapport d'expertise et du compte rendu opératoire, qu'en l'absence d'examen radiologique avant, pendant et après l'opération, le praticien ne pouvait pas être sûr, comme il l'affirme pourtant dans son compte rendu, d'avoir ôté la totalité du dispositif. Or le scanner abdomino-pelvien du 28 mai 2018 a révélé la présence de fragments résiduels de l'implant. L'existence de ces fragments, qui a conduit à une nouvelle intervention d'ablation, enfin complète, le 17 juillet 2018, est constitutive d'une troisième faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Calais.
S'agissant du manquement du centre hospitalier de Calais dans l'obligation de suivi post-opératoire :
8. L'expert, sans pour autant retenir un manquement, déplore l'absence de convocation de la patiente après l'intervention du 26 janvier 2018 du fait, déjà signalé, de la nécessaire connaissance par le praticien du " battage médiatique " autour des implants Essure. S'il est constant que Mme G a quitté la région peu de temps après cette explantation, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le centre hospitalier, ne serait-ce que par téléphone, recommande à la patiente un suivi post-opératoire. Cette abstention est constitutive d'une quatrième faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Calais
En ce qui concerne le manquement au devoir d'information du centre hospitalier de Calais :
S'agissant du cadre juridique :
9. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. / L'établissement de santé recueille auprès du patient hospitalisé les coordonnées des professionnels de santé auprès desquels il souhaite que soient recueillies les informations nécessaires à sa prise en charge durant son séjour et que soient transmises celles utiles à la continuité des soins après sa sortie. "
10. En application de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, qui prévoit un droit d'information sur les " risques fréquents ou graves normalement prévisibles ", doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il suit de là que la circonstance qu'un risque de décès ou d'invalidité répertorié dans la littérature médicale ne se réalise qu'exceptionnellement ne dispense pas les médecins de le porter à la connaissance du patient.
11. D'autre part, en vertu de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. / () / Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. ".
12. Enfin, il résulte des dispositions de l'article R. 4127-35 du code de la santé publique, figurant au sein de la section de ce code intitulée " code de déontologie médicale " que " Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 4127-36 du même code, figurant dans la même section : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. ".
13. En second lieu, l'article L. 2123-1 du code de la santé publique dispose, s'agissant spécifiquement des dispositions à visée contraceptive, que : " La ligature des trompes () à visée contraceptive ne peut être pratiquée sur une personne mineure. Elle ne peut être pratiquée que si la personne majeure intéressée a exprimé une volonté libre, motivée et délibérée en considération d'une information claire et complète sur ses conséquences. / Cet acte chirurgical ne peut être pratiqué que dans un établissement de santé et après une consultation auprès d'un médecin. / Ce médecin doit au cours de la première consultation : / - informer la personne des risques médicaux qu'elle encourt et des conséquences de l'intervention ; / - lui remettre un dossier d'information écrit. / Il ne peut être procédé à l'intervention qu'à l'issue d'un délai de réflexion de quatre mois après la première consultation médicale et après une confirmation écrite par la personne concernée de sa volonté de subir une intervention. / Un médecin n'est jamais tenu de pratiquer cet acte à visée contraceptive mais il doit informer l'intéressée de son refus dès la première consultation ".
S'agissant de l'application à l'espèce :
14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation, signée par Mme G le 29 juillet 2014, ainsi que de ses écritures mêmes, que la requérante avait reçu les informations spécifiques visées par l'article L. 2123-1 du code de la santé publique, notamment sur le caractère définitif de la stérilisation à laquelle elle avait consentie. En particulier, le dossier médical comprend à deux reprises, les 29 juillet et 24 novembre 2014, la mention claire du souhait de la patiente d'une ligature des trompes (" LT "). Il est également constant qu'elle a disposé du délai de réflexion de quatre mois prévu par ces dispositions.
15. En deuxième lieu, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 2123-1 du code de la santé publique que le dossier d'information écrit auquel ces dispositions font référence se confonde avec un livret d'information établi par le fabricant d'un dispositif médical. Aucune autre des dispositions invoquées ne prévoit l'obligation de délivrer à la patiente un livret d'information sur le dispositif médical à implanter. La circonstance, à supposer que le fabricant ait mis à disposition des établissements susceptibles de réaliser des implantations ce livret avant 2016, qu'aucun livret propre aux implants mis en place n'ait été remis à Mme G est sans incidence sur l'appréciation du respect, par le centre hospitalier défendeur, de son obligation d'information.
16. En dernier lieu, si la requérante invoque les articles 35 et 36 du code de déontologie médicale, ces dispositions, relatives à l'information du patient et à son consentement éclairé, sont désormais codifiées, depuis 2004, au sein du code de la santé publique, aux articles R. 4127-35 et R. 4127-36, précités. La requérante, qui invoque également l'article L. 1111-2 du même code, précité, se prévaut ainsi des obligations générales incombant à tout médecin au titre de son devoir d'information du patient.
17. Or il résulte de l'instruction que Mme G a consulté le docteur D, qui a réalisé les différentes opérations en cause, le 29 juillet 2014, le 24 novembre 2014, le 2 mars 2015, le 13 octobre 2016, et le 20 novembre 2017, soit à cinq reprises, dont deux avant l'intervention du 10 décembre 2014. Elle a en outre bénéficié d'une consultation auprès de l'anesthésiste, relative notamment à ses allergies, dont aucune ne concernait le nickel, sans qu'il soit d'ailleurs établi que la patiente y soit allergique ni qu'une telle allergie soit responsable des troubles qui ont nécessité le retrait des implants. Enfin Mme G a signé, le 25 novembre 2014, une fiche de consentement à l'opération. Par cette attestation signée antérieurement à l'intervention litigieuse, Mme G a donné son consentement à la réalisation de cette opération, en certifiant que les risques et complications potentiels de cette chirurgie lui avaient été clairement indiqués. Cette attestation fait état de l'entretien individuel que la patiente avait eu avec le praticien qui allait réaliser l'intervention. En particulier, Mme G n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ses propres déclarations au cours de l'expertise, selon lesquelles les mérites de la solution spécifique proposée lui avaient été expliqués, ce qui implique nécessairement qu'elle avait été informée du choix de la méthode Essure, qui était également décrite dans le dossier d'information écrit sur la stérilisation, qui lui a été remis, comme le montre l'attestation précitée du 29 juillet 2014. Si elle estime que son consentement à cette méthode n'était pas éclairé, à défaut d'avoir été informée des risques que cette méthode comportait, notamment en cas de nécessité de retrait des implants, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'existence de deux consultations au cours desquelles les risques de cette méthode doivent être réputés lui avoir été expliqués.
18. Par suite, Mme G n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier aurait manqué à son devoir d'information, de sorte que la responsabilité du centre hospitalier n'est pas engagée à ce titre, ce qui fait obstacle à l'indemnisation du préjudice d'impréparation.
En ce qui concerne la mise hors de cause de l'ONIAM :
19. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". L'article D. 1142-1 du même code fixe à 24 % le seuil de gravité prévu par ces dispositions.
20. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
21. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'évaluation du préjudice, que l'expert retient un déficit fonctionnel permanent (DFP) de 6%. En outre, il ne retient pas un arrêt de travail ou un déficit fonctionnel temporaire (DFT) évalué à 100% ou à 50% sur une période de 6 mois consécutifs ou 6 mois non consécutifs sur une période de 12 mois. Pour finir, comme le soutient l'ONIAM, Mme G n'affirme pas qu'elle aurait subi des troubles particulièrement graves dans ses conditions d'existence.
22. Par suite, l'ONIAM, à l'encontre duquel aucune demande n'est dirigée, est fondé à solliciter sa mise hors de cause.
Sur l'étendue de la réparation :
23. Il résulte du rapport d'expertise que les manquements, précités, liés à la pose de l'implant droit et à l'échec de la première tentative d'ablation de 2015 ne sont pas la cause de la symptomatologie polymorphe subie par Mme G entre décembre 2014 et avril 2018. Néanmoins, il conclut que la symptomatologie apparue peu avant la découverte de résidus d'implants peut être mise en relation avec leur présence. Ainsi, la seule séquelle de Mme G est la perte de son utérus par l'hystérectomie qui a permis d'enlever les résidus d'implants, dont la présence résultait d'une prise en charge non conforme aux données de la science. Seule l'intervention du 26 janvier 2018, elle-même nécessitée par l'échec d'une première tentative d'extraction, et les suites de cette prise en charge, à compter de mai 2018, présentent un lien direct, certain et exclusif avec les manquements retenus. Par conséquent, l'établissement hospitalier défendeur est condamné à indemniser l'intégralité des préjudices de Mme G découlant de cette intervention.
Sur la demande d'expertise :
24. En vertu de l'article L. 3 du code de justice administrative " L'instruction des affaires est contradictoire () ".
25. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ". Aux termes de l'article R. 621-7 du même code : " L'expert garantit le caractère contradictoire des opérations d'expertise. / Les parties sont averties par le ou les experts des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ; cet avis leur est adressé quatre jours au moins à l'avance, par lettre recommandée. / Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport. / L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer. () ".
26. Il résulte des dispositions précédentes que la prescription d'une mesure d'expertise est subordonnée au caractère utile de cette mesure, indépendamment d'une demande formée par l'une des parties à l'instance. L'appréciation de l'utilité de l'expertise se fait au vu des pièces du dossier versées aux débats, notamment du rapport d'expertise diligenté par le juge des référés du tribunal administratif de Lille dans la présente instance.
27. En l'espèce, il résulte de ce qui précède, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier défendeur, que les conclusions expertales sont suffisamment circonstanciées et détaillées pour permettre leur analyse et apprécier l'engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Calais. En outre, le centre hospitalier, conformément aux dispositions de l'article L. 3 du code de justice administrative, a été à même, lors du dépôt du rapport de l'expert, de présenter des observations. Par conséquent, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner une nouvelle expertise médicale.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne la date de consolidation :
28. Il résulte des conclusions expertales, et il n'est pas contesté, que la date de consolidation doit être fixée au 30 novembre 2019.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux (avant consolidation) :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
Quant à l'action subrogatoire de la caisse :
29. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. () ".
30. En application des dispositions citées ci-dessus, le juge, saisi d'un recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, lorsque c'est le cas, de ce que la réparation est partielle, la somme que doit réparer le tiers responsable au titre d'un poste de préjudice devant être attribuée par préférence à la victime, le solde étant attribué à l'organisme.
31. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire justifie, par la production d'un relevé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin-conseil, dont le centre hospitalier a pu débattre, contrairement à ce qu'il affirme, avoir pris en charge pour le compte de la victime et en lien avec la perte de son utérus, pour la période du 16 juillet 2018 au 29 octobre 2019, une somme de 2 420,80 euros au titre des frais d'hospitalisation, une somme de 1 461,95 euros au titre des frais médicaux et une somme de 38,39 euros au titre des frais pharmaceutiques, sans que le centre hospitalier de Calais remette en cause le montant des débours de la caisse.
32. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire justifie avoir pris en charge, en raison de la perte de l'utérus, une somme totale de 3 922,64 euros (2 420,80 + 1 461,95 + 39,89) qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Calais.
Quant aux dépenses de santé restant à la charge de Mme G :
33. Mme G sollicite une somme de 1 664,02 euros au titre des dépenses non prises en charge par la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Savoie et par sa mutuelle. Le centre hospitalier défendeur ne conteste pas devoir prendre en charge ces montants, à l'exception des séances de psychothérapie et d'EMDR, (" eye, movement, desensitization and reprocessing ") à savoir la désensibilisation et le traitement par les mouvements oculaires, qui traitent les troubles de stress post traumatique.
34. En premier lieu, elle déclare un reste à charge de 22,68 euros pour une échographie abdominale pelvienne le 16 mai 2018. Si cet examen intervient antérieurement au scanner abdomino-pelvien du 28 mai 2018 qui a mis en exergue la présence de résidus métalliques, sans la faute commise le 26 janvier 2018, cette échographie n'aurait pas été nécessaire. Ainsi, il y a lieu d'indemniser la requérante du montant resté à sa charge, soit la somme précitée de 22,68 euros.
35. En deuxième lieu, d'une part, Mme G a consulté, pour la réalisation d'une image par résonnance magnétique (IRM), le Dr B, le 25 juin 2018, pour un montant total de 70 euros, dont 15,10 euros (16,10 - 1 de participation forfaitaire) et 9,20 euros ont été pris en charge respectivement par la sécurité sociale et le régime complémentaire de l'intéressée, soit un reste à charge de 45,70 euros. Cette consultation a été nécessaire en vue de l'intervention du 17 juillet 2018. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 45,70 euros.
36. D'autre part, Mme G fait état d'un montant à charge de 30,10 euros au titre de la consultation du 10 juillet 2018 avec le Dr B, payée 60 euros. Cette consultation pré-opératoire résulte de l'intervention du 26 janvier 2018. Ainsi, il y a lieu de faire droit à la demande en mettant à la charge du centre hospitalier la somme de 31,10 euros (60 - 16,1 + 1 - 13,80).
37. En troisième lieu, la requérante démontre un reste à charge de 17,90 euros pour l'achat d'un Ercefilm, à savoir un pansement pelliculaire protégeant les tissus d'une contamination, le 20 juillet 2018. Cet achat, qui fait suite à l'intervention du 17 juillet 2018, n'a donné lieu à aucun remboursement, comme en atteste la mention " pharmacie non remboursable " sur le décompte de la mutuelle, de sorte que cette somme de 17,90 euros doit être mise à la charge du centre hospitalier.
38. En quatrième lieu, si un reste à charge de 0,95 euros est mentionné pour des frais de pharmacie, à savoir l'achat d'un profenid, un anti-inflammatoire, le 19 juillet 2018, ce montant ne figure pas dans le décompte de la mutuelle, excepté pour des soins de pharmacie du 22 juillet 2018, totalement pris en charge et pour lesquels le montant de 0,95 euros correspond en réalité à la somme payée à la pharmacie par la mutuelle. Ainsi, il n'y a pas lieu d'accorder une indemnisation d'un reste à sa charge pour cet achat pharmaceutique qui n'a rien coûté à la requérante.
39. En cinquième lieu, Mme G atteste avoir acheté du pinaverium, c'est-à-dire un antispasmodique pour les troubles gastro-intestinaux, le 27 juillet 2018. Si la requérante mentionne un montant de 9,43 euros, il résulte du décompte de la mutuelle, qu'il correspond, de nouveau, à la part pris en charge par sa mutuelle pour deux achats d'un montant unitaire de 9,06 euros pour le pinaverium et de 2,04 euros pour le conditionnement pharmaceutique. Il résulte clairement du décompte de la mutuelle qu'aucune somme n'est restée à la charge de la patiente. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier cette somme.
40. En sixième lieu, la requérante demande à être indemnisée d'un montant de 13,90 euros pour l'achat d'un produit pharmaceutique, à savoir du Ginkor fort gelule. Ce produit sert de protecteur vasculaire (il stimule la circulation du sang dans les veines et lutte contre l'altération des vaisseaux capillaires). A défaut de démonstration du lien entre cette dépense et les manquements retenus, il n'y a pas lieu d'indemniser cette dépense.
41. En septième lieu, le lien de causalité entre l'achat d'ultra levure, pour 7,20 euros, le 11 août 2018 et les troubles occasionnés par l'intervention n'est pas davantage établi. Il n'y a pas lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier.
42. En huitième lieu, le reste à charge de 1,45 euros pour l'achat en pharmacie, le 17 août 2018, de sérum physiologique, utile pour laver les plaies, sera mis à la charge du centre hospitalier.
43. En neuvième lieu, la requérante déclare avoir conservé à sa charge la somme de 933,36 euros correspondant aux frais d'hospitalisation pour l'intervention chirurgicale du 17 juillet 2018. Cette intervention, ainsi qu'il a été dit, est la conséquence de la faute médicale résultant de l'intervention du 26 janvier 2018. Ainsi, il résulte du décompte de la mutuelle de l'intéressée que le reste à charge, sur une facturation totale de 3 075,14 euros, a été, pour Mme G de 933,36 euros qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier.
44. En dixième lieu, Mme G atteste d'un restant à charge de 20,10 euros correspondant à une consultation avec le Dr B le 20 août 2018, d'un coût de 50 euros selon le décompte de la mutuelle et la facture. Même si cette consultation n'est pas mentionnée par la caisse dans son attestation d'imputabilité, le médecin consulté étant le chirurgien ayant réalisé l'intervention de juillet 2018, il y a lieu, en l'absence de contestation par le centre défendeur sur cette dépense, de mettre à la charge du centre hospitalier le reste à charge, qui s'élève en réalité à 21,10 euros aux termes du décompte de la mutuelle.
45. En onzième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il y a lieu d'indemniser la consultation avec le Dr F du 20 août 2018, dont le montant total s'élève à 55 euros, dont 14,50 euros sont restés à la charge de la patiente et doivent être mis à la charge du centre hospitalier.
46. En douzième lieu, Mme G soutient que la radiographie du 29 août 2018 présente un lien avec les manquements en cause. A défaut de contestation sur ce point, et compte tenu de la date de cette imagerie, soit un petit peu plus d'un mois après l'intervention du 17 juillet 2018, il y a lieu, en dépit de l'absence de cette dépense dans l'attestation d'imputabilité de la caisse, de mettre la somme de 7,90 euros à la charge du centre hospitalier.
47. En treizième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 25 mars 2007 visé ci-dessus : " Les praticiens justifiant d'un titre d'ostéopathe sont autorisés à pratiquer des manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de remédier à des troubles fonctionnels du corps humain, à l'exclusion des pathologies organiques qui nécessitent une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques. Ces manipulations sont musculo-squelettiques et myo-fasciales, exclusivement manuelles et externes. Ils ne peuvent agir lorsqu'il existe des symptômes justifiant des examens paracliniques. / Pour la prise en charge de ces troubles fonctionnels, l'ostéopathe effectue des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées, dans le respect des recommandations de bonnes pratiques établies par la Haute Autorité de santé. ".
48. Si la requérante atteste avoir conservé à sa charge la somme de 7 euros pour une séance d'ostéopathie le 24 décembre 2018, il ne résulte pas de l'instruction que cette séance soit en lien avec les manquements en cause. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser cette séance.
49. En quatorzième lieu, Mme G atteste, pour une consultation du 14 janvier 2019 avec le Dr F, un montant resté à sa charge de 14,50 euros, y compris la participation forfaitaire, sur un total facturé de 55 euros. Ainsi qu'il a été dit, le Dr F a pris en charge Mme G lors de l'intervention du 17 juillet 2018. La somme de 14,50 euros sera remboursée par le centre hospitalier.
50. En quinzième lieu, si Mme G soutient avoir procédé à l'achat, pour un montant à charge de 38,90 euros, qui n'a pas été pris en charge par l'assurance sociale et par sa complémentaire de santé, de produits pharmaceutiques Mucogyne et Omegabiane, seul le produit Mucogyne, qui favorise la cicatrisation et l'hydratation en cas de sècheresse vaginale, a un lien avec le dommage subi. L'Omegabiane ne permet de contribuer qu'au bon fonctionnement du système cardiovasculaire. Ainsi, il résulte de la facture de la pharmacie que le produit indemnisé coûte 10,75 euros en hors taxe, pour une taxe sur la valeur ajoutée de 20%, soit 2,15 euros. Par suite, il y a lieu d'indemniser l'intéressée de la somme de 12,90 euros.
51. En seizième lieu, si la requérante soutient avoir suivi des séances de psychothérapies pour un montant à sa charge de 210 euros, il ne résulte pas de l'instruction, comme le fait valoir l'établissement hospitalier défendeur, que Mme G, au soutien de sa demande, démontre l'existence de telles séances, ce qui fait obstacle à leur indemnisation.
52. En dix-septième lieu, aux termes de l'article L. 160-13 du code de la sécurité sociale : " I. La participation de l'assuré aux tarifs servant de base au calcul des prestations prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 160-8 peut être proportionnelle auxdits tarifs ou être fixée à une somme forfaitaire. Elle peut varier selon les catégories de prestations, les conditions dans lesquelles sont dispensés les soins, les conditions d'hébergement, la nature de l'établissement où les soins sont donnés. La participation de l'assuré peut être réduite en fonction de l'âge ou de la situation de famille du bénéficiaire des prestations () / "
53. Mme G demande le remboursement de la somme de 8 euros au titre des participations forfaitaires et des franchises liées aux frais médicaux demeurés à sa charge et engagés entre le 29 octobre 2018 et le 10 avril 2019. Ces participations ont été prises en compte dans le calcul de chaque somme restée à charge dans les points qui précèdent.
54. En dix-huitième, et dernier lieu, la requérante demande l'indemnisation des séances d'EMDR, à savoir des séances traitant les troubles de stress post traumatique. Toutefois, alors que le centre hospitalier conteste la réalité du coût de ces séances, Mme G ne produit aucun justificatif, ce qui fait obstacle à l'indemnisation de ce préjudice.
Quant à la somme mise à la charge du centre hospitalier de Calais au titre des dépenses de santé :
55. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, d'une part, de condamner l'établissement hospitalier défendeur à indemniser l'intéressée de la somme de 1 123,09 euros (22,68 + 45,70 + 31,10 + 17,90 + 1,45 + 933,36 + 21,10 + 14,50 + 7,90 + 14,50 + 12,90) correspondant aux dépenses de santé restées à sa charge et, d'autre part, de le condamner à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire la somme de 3 922,64 euros (2 420,80 + 1 461,95 + 39,89).
S'agissant des frais de déplacement (hors expertise) :
56. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a effectué 8 allers-retours entre son domicile et l'hôpital privé de Natécia le 22 juin, le 25 juin, le 10 juillet, le 16 juillet, le 19 juillet, le 20 juillet et le 20 août 2018 et le 14 janvier 2019 pour un coût de 238,40 euros au titre des frais de péages. Toutefois, eu égard aux dépenses de santé indemnisées ci-dessus, seuls six déplacements sont justifiés. Ainsi, il y a lieu d'écarter les frais de péages pour les déplacements du 22 juin et du 19 juillet 2018, notamment pour ce jour précis en raison de son impossibilité de se déplacer du fait qu'elle était hospitalisée, en l'absence, pour ces deux jours, d'éléments permettant d'apprécier l'objet de ces déplacements au regard du dommage subi. En l'absence de preuves de l'existence de frais de péage pour les trajets effectués les 25 juin, 10 juillet, 16 juillet et 20 juillet 2018, il n'y a pas lieu d'indemniser la requérante de ces derniers frais. Par conséquent, seuls sont produits deux tickets de péages du 20 août 2018 et du 14 janvier 2019, d'un montant unitaire, pour un trajet aller, de 14,90 euros, soit un total de 29,80 euros mis à la charge du centre hospitalier défendeur.
57. En deuxième lieu, si Mme G demande l'indemnisation des frais de parking correspondant aux dates précédemment évoquées, pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, les frais de parkings autres que ceux des 22 juin et 19 juillet 2018 sont susceptibles d'être indemnisés. Toutefois, au soutien de ses écritures, elle ne verse qu'une facture de parking d'un montant de 3,50 euros en date du 14 janvier 2019. Ainsi, en produisant qu'une seule facture, Mme G ne sera indemnisée que de ce seul montant.
58. En dernier lieu, d'une part, il ressort des écritures de la requérante que si cette dernière soutient que des frais d'essence sont restés à sa charge, sa demande doit être interprétée comme portant sur les frais kilométriques engendrés par les 8 allers-retours mentionnés ci-dessus. Pour les mêmes raisons précédemment évoquées, les déplacements autres que ceux des 22 juin et 19 juillet 2018 sont susceptibles d'être indemnisés.
59. D'autre part, par la production d'une simulation " Mappy ", le centre hospitalier de Calais démontre qu'entre le domicile de la requérante et l'hôpital privé de Natecia situé à Lyon, l'intéressée a dû effectuer un trajet de 142 kilomètres (kms), soit 1 420 kilomètres [(142 kms x 2) x 5 trajets) pour cinq allers et retours qui se décomposent comme suit : le 25 juin, le 10 juillet, le 16 et 20 juillet, le 20 août 2018 et le 14 janvier 2019. Mme G justifie qu'elle dispose d'un véhicule personnel, dont la carte grise fait état d'une puissance administrative de six chevaux. En application des barèmes forfaitaires pour l'année 2019 et 2020, visés plus haut, il y a lieu de retenir un coût par kilomètre de 0,568 et de 0,574 euro correspondant à la puissance administrative de six chevaux d'un véhicule non électrique. Dès lors, les frais de déplacement exposés par Mme G doivent être évalués à la somme de 808,26 euros [(284 kms pour un aller-retour x 4 trajets x 0,568 euros) + (284 kms pour un aller-retour x 0,574 euros)], somme qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Calais.
60. Il résulte de ce qui précède que Mme G est indemnisée de la somme de 841,56 euros (29,80 + 3,50 + 808,26) au titre des frais de déplacement hors expertise. En outre, si elle se prévaut de frais de déplacement lié à l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Lille, de tels frais constituent des dépens dans la présente instance, à savoir des frais liés à l'expertise.
S'agissant des frais d'avocat :
61. La requérante demande de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 5 400 euros au titre des frais d'avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont 636 euros correspondent à des honoraires d'avocat et frais accessoires engagés au cours de la phase amiable. Ces frais, qui relèvent des frais divers et non des frais non compris dans les dépens, doivent être mis à la charge de l'établissement hospitalier défendeur.
S'agissant des pertes de revenus :
62. D'une part, le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
63. Pour se conformer aux règles rappelées ci-dessus, il appartient au juge de déterminer si la faute commise par le centre hospitalier de Calais a entraîné pour Mme G des pertes de revenus professionnels et, dans l'affirmative, d'évaluer ce poste de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels. Dans la limite de la somme mise à la charge du centre hospitalier au titre de sa contribution au dommage corporel, la victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par les prestations de sécurité sociale. Le solde de ces prestations, s'il existe, doit être versé au tiers payeur.
64. Mme G fait valoir qu'à distance de son intervention, elle a subi une dépression en lien direct avec son intervention du 17 juillet 2018, ayant entraîné un arrêt maladie du 4 au 26 janvier 2019, date à laquelle elle a démissionné, selon le courrier de la collectivité qui l'employait du 29 janvier 2019. Si l'expert n'a pas retenu de perte de gains professionnels actuels, il a fixé la consolidation au 30 novembre 2019 au regard de la fin de la prise en charge psychiatrique qu'il a estimée, implicitement mais nécessairement, être en lien direct avec un stress post-traumatique consécutif à l'ablation de l'utérus nécessitée par l'extraction complète des implants. La perte de gains professionnels liée à cet arrêt de travail doit être regardée comme résultant des manquements imputés au centre hospitalier, ce que ce dernier ne conteste d'ailleurs pas.
65. D'une part, il résulte de l'instruction qu'elle a perçu au titre de décembre 2018 la somme de 2 119,23 euros, soit 68,36 euros par jour (2 119,23/31). Toutefois, elle a perçu pour l'intégralité du mois de janvier 2019 jusqu'à sa démission, soit pour la période du 1er au 26 janvier 2019, la somme de 1 751,62 euros avant prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu. Pour la période d'indemnisation, soit du 4 janvier 2019 au 26 janvier 2019, date de sa démission effective, soit 23 jours, elle a donc perçu la somme de 1 549,51 euros. Or, il résulte d'une lettre du département de la Haute Savoie du 15 mars 2019, et de son bulletin de salaire de février 2019, que le salaire versé en janvier 2019 à Mme G ne prenait pas en compte son arrêt maladie. Ainsi, au titre de février 2019, elle a dû rembourser la somme de 1 213,17 euros avant prélèvement à la source, soit 1 073,19 euros pour 23 jours sur 26. Par suite, elle a perçu, après cette compensation d'un trop-perçu, la somme, au titre du mois de janvier 2019, de 476,32 euros (1 549,51 - 1 073,19) pour la période précitée. Compte tenu de ce qui précède, en l'absence de l'arrêt maladie, Mme G aurait dû percevoir la somme de 1 572,33 euros (2 119,23 x 23/31), soit une perte brute d'un montant de 1 096,01 euros (1 572,33 - 476,32). Il résulte de l'instruction que pour la période précitée, y compris pour le 27 janvier 2019, date à laquelle Mme G était démissionnaire, la caisse primaire d'assurance maladie a versé des indemnités journalières d'un montant de 765,45 euros. Par suite, Mme G a subi une perte nette d'un montant de 330,56 euros (1 096,01 - 765,45), qui sera mise à la charge du centre hospitalier.
66. D'autre part, eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'indemniser la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire de la somme de 765,45 euros, solde de la perte brute de gains professionnels après application du principe de priorité à la victime.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux (avant consolidation) :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
67. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que Mme G a présenté, d'une part, un déficit fonctionnel temporaire de 25%, en lien avec la découverte de résidus métalliques " en latéro-utérin D et G " du 24 mai 2018 au 30 septembre 2018, considéré comme la fin de la convalescence post hystérectomie. D'autre part, durant cette intervalle, l'expert retient un déficit fonctionnel temporaire total du 16 au 20 juillet 2018 correspondant à son hospitalisation pour hystérectomie. Enfin, l'expert retient un déficit fonctionnel temporaire évalué à 10% pour la période du 1er octobre 2018 au 30 novembre 2019, date de la consolidation. Ainsi, Mme G a eu un déficit fonctionnel temporaire évalué à 100% pendant 5 jours, à 25% pendant 125 jours et à 10% pendant 426 jours.
68. Dès lors, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, issu du barème indicatif de l'Oniam, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme G au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme de 1 182,75 euros [(15 x 5 x 1) + (15 x 125 x 0,25) + (15 x 426 x 0,10)], qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Calais.
S'agissant des souffrances endurées :
69. Compte tenu du rapport d'expertise, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, évaluées par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7, selon le barème indicatif de l'ONIAM, à la somme de 2 700 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Calais.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
70. Il résulte du rapport d'expertise du Dr E que Mme G a subi un préjudice esthétique temporaire en raison de son intervention chirurgicale du 17 juillet 2018, du fait des cicatrices de laporotomie et de coelioscopie. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation, eu regard du barème indicatif de l'ONIAM, de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 850 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux (après consolidation) :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
71. Compte tenu du rapport d'expertise, Mme G présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 6 % en lien direct avec l'hystérectomie soit la perte de son utérus dont elle a été victime. L'intéressée était âgée de 42 ans à la date de consolidation de son état de santé le 30 novembre 2019. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme G, en évaluant son préjudice à la somme de 10 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
72. Il résulte du rapport d'expertise du Dr E que Mme G a subi un préjudice esthétique permanent en raison des cicatrices de laparatomie et de coeliscopie. Dans les circonstances de l'espèce, par référence au barème de l'ONIAM et du référentiel Mornet, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 100 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
73. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions de l'expert, que ce dernier évalue le préjudice à 2 sur une échelle de 7, à titre temporaire, alors qu'aucune nomenclature ne prévoit de cotation de ce préjudice et que le déficit fonctionnel temporaire, aux termes de la nomenclature Dintilhac, indemnise le préjudice sexuel antérieur à la consolidation. Il n'y a donc pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice, déjà pris en compte au titre du déficit fonctionnel temporaire.
Sur les sommes mises à la charge du centre hospitalier de Calais :
74. D'une part, eu égard à ce qui précède, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement hospitalier la somme de 20 763,96 euros, à verser à Mme G (1 123,09 + 841,56 + 330,56 + 636 + 1 182,75 + 2 700 + 1 850 + 10 000 + 2 100).
75. D'autre part, le centre hospitalier défendeur est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire la somme demandée de 4 688,09 euros (3 922,64 + 765,45).
Sur les intérêts :
76. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
77. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire a droit aux intérêts de la somme citée plus haut, à compter de la date d'enregistrement du mémoire au greffe du tribunal, soit le 2 juin 2023.
Sur les conclusions tendant à ordonner l'exécution provisoire du jugement :
78. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". En outre, aux termes de l'article R. 811-14 du même code, applicable à la procédure contentieuse administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ". Aucune disposition particulière ne fait obstacle, en l'espèce, au caractère exécutoire du présent jugement, sous réserve, en cas d'appel, des dispositions relatives au sursis à exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce que le tribunal déclare le présent jugement exécutoire sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
79. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
80. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire la somme de 1 191 euros.
En ce qui concerne les dépens :
81. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".
82. En premier lieu, d'une part, en application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais la somme de 2 861,03 euros, comprenant l'allocation provisionnelle de 1 500 euros accordée par l'ordonnance du 6 avril 2022 visée ci-dessus, au titre des frais d'expertise du Dr E, expert, liquidés et taxés à cette somme par l'ordonnance, visée ci-dessus, du juge des référés du 21 novembre 2022.
83. D'autre part, il ressort des écritures de la requérante que l'expertise médicale lui a engendré des frais de transport, à savoir des frais d'hôtel et des frais kilométriques.
84. La réunion d'expertise a eu lieu le 20 juillet 2020 à Mont Saint Agnan (76136). Mme G démontre que la distance séparant son domicile, qui n'est plus celui indiqué au titre des frais de déplacement hors expertise et qui est situé en Haute-Savoie, de la réunion d'expertise est de 703 kilomètres. Ainsi, eu égard à cette distance, il y a lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation de frais d'hôtel qui ont été nécessaires, compte tenu de cette distance, à la somme de 59,34 euros. De même, eu égard à ce qui précède, à savoir que l'intéressée est détentrice d'une voiture dont la puissance fiscale est de 6 chevaux, il y a lieu d'indemniser le coût engendré par les frais de déplacement pour un aller-retour, avec un coût par kilomètre, en 2022, de 0,665 euros, à la somme de 934,99 euros (703 x 2 x 0,665). Par conséquent, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais la somme de 994,33 euros (59,34 + 934,99).
85. En second lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire n'a pas exposé de dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions relatives aux dépens, présentées par la caisse, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
86. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
87. En premier lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier de Calais la somme de 1 888,30 euros (2 524,30 - 636) au titre des frais exposés par Mme G et non compris dans les dépens, dont elle justifie par la production de factures. Par ailleurs, les factures n°FAC002642 et n°FAC002915 constituent des frais d'instance relevant de la procédure devant le juge des référés du tribunal administratif de Lille. Or, l'ordonnance, visée plus haut, du 10 février 2022, en son point 4, a réservé l'indemnisation des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, compte tenu des motifs du présent jugement et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement hospitalier défendeur la somme de 516 euros mentionnée dans la facture correspondant aux frais d'honoraires et à des frais divers relevant de l'instance des référés et la somme de 532,30 euros mentionnée dans la facture correspondant aux honoraires de préparation et d'assistance à l'expertise ainsi que les frais de déplacements, qui constituent des frais exposés et non compris dans les dépens rattachables à la procédure devant le juge des référés et donc à la présente instance. Par conséquent, la somme de 2 936,60 euros, qui correspond aux frais exposés par l'intéressée dans la présente instance y compris en référé, sera mise à la charge du centre hospitalier de Calais.
88. En second lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement hospitalier de Calais le versement à l'ONIAM d'une somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : Le centre hospitalier de Calais est condamné à verser à Mme G la somme de 20 763,96 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Calais est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire la somme de 4 688,09 euros avec intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2023.
Article 4 : Le centre hospitalier de Calais est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 5 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 861,03 euros sont mis à la charge du centre hospitalier de Calais.
Article 6 : Les frais de déplacement de Mme G pour l'expertise, d'un montant de 994,33 euros, sont mis à la charge du centre hospitalier de Calais.
Article 7 : Le centre hospitalier de Calais versera à Mme G la somme de 2 936,60 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, au centre hospitalier de Calais, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au département de la Haute-Savoie et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Copie pour information sera adressée au Dr E, expert.
Délibéré après l'audience publique du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. Riou
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. Fougères
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026