jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109296 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DE FOUCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 8 juillet 2022, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Pharmacie du Beffroi, représentée par Me de Foucher, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 ainsi que des intérêts de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration doit justifier de la délégation de signature de l'auteur de l'avis de mise en recouvrement des impositions en litige ;
- l'administration ne s'est pas pleinement conformée à l'avis de la commission des impôts, qui a admis le principe de la déductibilité de la provision tout en émettant des réserves sur son quantum et son mode de calcul ;
- elle est fondée à comptabiliser et déduire une provision en raison d'une baisse de son chiffre d'affaires et de ses résultats ;
- elle est fondée à déterminer la dépréciation de son fonds de commerce en fonction du chiffre d'affaires, conformément à la méthode qui a été utilisée pour sa valorisation lors de son inscription à l'actif avant sa cession par l'ancien exploitant ;
- l'évaluation effectuée au moyen d'un test de dépréciation au sens de l'article 214-15 du plan comptable général n'est pas applicable à la période contrôlée.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal du Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouanneau,
- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,
- et les observations de Me de Foucher, représentant la SELARL Pharmacie du Beffroi.
Considérant ce qui suit :
1. La SELARL Pharmacie du Beffroi a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2014 au 31 août 2016. Une proposition de rectification a été adressée à la société par courrier du 20 février 2018, le service vérificateur ayant remis en cause le caractère déductible d'une provision pour dépréciation de fonds de commerce comptabilisée au titre de l'exercice clos en 2015 pour un montant de 420 045 euros et cette provision ayant fait l'objet d'une reprise partielle de 70 220 euros au titre de l'exercice clos en 2016. La société a saisi la commission des impôts qui a émis le 7 décembre 2020 un avis favorable aux rectifications envisagées. La SELARL Pharmacie du Beffroi a présenté une réclamation le 31 mars 2021, qui a donné lieu à une décision explicite de rejet le 24 septembre 2021. La SELARL Pharmacie du Beffroi demande au tribunal de prononcer la décharge de l'ensemble des impositions supplémentaires mises en recouvrement.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de l'avis de mise en recouvrement :
2. Aux termes de l'article L. 206 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne l'impôt sur le revenu et les taxes assimilées et l'impôt sur les sociétés, les contestations relatives au lieu d'imposition ne peuvent, en aucun cas, entraîner l'annulation de l'imposition ".
3. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires, qu'elles font obstacle à ce que le contribuable obtienne la décharge de l'une des impositions qu'elles mentionnent au seul motif que l'avis de mise en recouvrement qui l'a établie aurait été signé par une autorité territorialement incompétente. Il y a lieu ainsi d'écarter comme inopérant le moyen tiré de l'incompétence du comptable public soulevé par la requérante.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
4. En premier lieu, la requérante se prévaut de ce que le service vérificateur n'aurait pas tenu compte de l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui aurait validé le principe de la déductibilité de la provision tout en invitant l'administration à en réévaluer le quantum et le mode de calcul. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'en procédant aux rectifications contestées, le service vérificateur ne se serait pas conformé à l'avis de la commission. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes de l'article 38 sexies de l'annexe III du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment les terrains, les fonds de commerce, les titres de participation, donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise qui constate, par suite d'événements en cours à la clôture de l'exercice, une dépréciation non définitive d'un élément de son actif immobilisé, peut, alors même que celui-ci est amortissable, constituer une provision dont le montant ne peut excéder, à la clôture de l'exercice, la différence entre la valeur nette comptable et la valeur probable de réalisation de l'élément dont il s'agit, à la condition notamment que le mode de calcul de la provision soit propre à exprimer avec une approximation suffisante le montant probable de cette dépréciation.
7. Il résulte des mentions de la proposition de rectification du 20 février 2018 que le fonds de commerce de la SELARL Pharmacie du Beffroi a été acquis le 30 juin 2012 pour un montant de 1 750 000 euros, les éléments incorporels de ce fonds ayant été évalués à 1 730 000 euros. Au titre de l'exercice clos le 31 août 205, la SELARL Pharmacie du Beffroi a comptabilisé une provision de 420 054 euros pour dépréciation du fonds de commerce, laquelle a été reprise à hauteur de 70 220 euros au titre de l'exercice clos le 31 août 2016. Pour calculer le montant de la provision, la SELARL Pharmacie du Beffroi s'est fondée sur l'évolution de son chiffre d'affaires, un taux de 82,78 % ayant ainsi été appliqué pour déterminer la valeur du fonds de commerce à la clôture des exercices 2015 et 2016.
8. L'administration a refusé d'admettre en déduction du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés cette provision pour dépréciation du fonds de commerce au motif que la SELARL Pharmacie du Beffroi, en se fondant exclusivement sur l'évolution de son chiffre d'affaires, qui ne constitue pas un indicateur pertinent des éventuelles pertes de marge ou de rentabilité, n'a pas fait usage d'une méthode de calcul appropriée. L'administration a également estimé que la référence faite, par la société requérante, à des études nationales diligentées par le groupe INTERFIMO et le Groupement Conseil Gestion Pharmacie, ne saurait justifier le montant de la provision, les données issues de ces études n'étant pas propres à la SELARL Pharmacie du Beffroi.
9. Il résulte de l'instruction que, pour procéder à une comparaison pertinente du chiffre d'affaires et des bénéfices réalisés entre l'exercice clos en 2011, avant de l'acquisition du fonds de commerce par la SELARL Pharmacie du Beffroi, et les exercices en litige, le service vérificateur a procédé à des retraitements tenant compte des différences de mode d'exploitation du fonds dans le temps. En effet, le cédant exploitait le fonds sous forme individuelle et était imposé selon les bénéfices industriels et commerciaux, tandis que l'exploitation sous forme de société s'est accompagnée de la création de postes de charges nouveaux, notamment des frais de gérance, des intérêts d'emprunt et des charges locatives, ce dont le service vérificateur a tenu compte en appliquant des corrections aux résultats déclarés au cours des exercices clos en 2015 et 2016. Les résultats ainsi retraités mettent en évidence que la SELARL Pharmacie du Beffroi a réalisé au cours de l'exercice clos le 31 août 2015 un chiffre d'affaires de 1 533 533 euros, en diminution de 11,3 % en comparaison de l'exercice précédent, ce qui ne s'est toutefois pas traduit par une baisse conjointe et notable de ses résultats, le bénéfice étant passé, au cours de cette même période, de 129 364 euros à 108 284 euros. Entre l'exercice clos le 31 août 2015 et celui clos le 31 août 2016, le chiffre d'affaires a connu une progression de 5,33 %, passant à 1 615 242 euros au cours de l'exercice clos le 31 août 2016 et le bénéfice s'établissant à 214 040 euros. Au cours des exercices clos entre le 31 août 2014 et le 31 août 2016, le taux de marge de la SELARL Pharmacie du Beffroi est resté relativement constant, entre 32 et 33%. La circonstance que l'activité commerciale de la société requérante aurait subi une dégradation des facteurs locaux de commercialité, consécutive à la fermeture d'une supérette, ainsi que les conséquences de l'évolution de la politique nationale de remboursement des médicaments par l'assurance maladie, n'est pas un élément de contexte propre à la société requérante de nature à fonder la passation d'une provision pour dépréciation. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas que les provisions pour dépréciation de son fonds de commerce qu'elle a comptabilisées correspondent à une perte probable, et non simplement éventuelle. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la provision pour dépréciation du fonds de commerce constituée par la SELARL Pharmacie du Beffroi.
10. Il résulte de ce qui précède que la SELARL Pharmacie du Beffroi n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 ainsi que des intérêts de retard.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, au titre des frais exposés par la SELARL Pharmacie du Beffroi et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Pharmacie du Beffroi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie du Beffroi et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal du Nord.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Barre, conseillère,
M. Jouanneau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. JOUANNEAU
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026