lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2109339 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MEMETI-KAMBERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2021 et 18 mars 2022, M. C A, représenté par Me Memeti-Kamberi, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à l'OFII de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 1910004 du 26 février 2020 par lequel le tribunal a, d'une part, enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), conformément au jugement nos 1606510 et 1706712 du 12 juillet 2018, de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile outre les frais liés à cette dernière instance et d'autre part, mis à la charge de l'OFII la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
2°) de liquider l'astreinte d'un montant de 20 euros à compter du 14 mars 2020 ordonnée par le jugement n° 1910004 du 26 février 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Memeti-Kamberi, avocate de M. A, de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'OFII n'a pas exécuté le jugement du tribunal administratif du 26 février 2020 et n'a pas procédé au versement, pour la période du 5 mai 2016 au mois de novembre 2016, de l'intégralité de l'allocation pour demandeur d'asile ni des frais non compris dans les dépens mis à sa charge par les jugements nos 1606510 et 1706712 du 12 juillet 2018 et n° 1910004 du 26 février 2020 ;
- il convient de procéder à la liquidation de l'astreinte d'un montant de 20 euros à compter du 14 mars 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'est pas redevable de la somme de 161,80 euros au titre de l'allocation pour demandeur d'asile et que les frais liés à l'instance nos 1606510 et 1706712 ont été mis à la charge de l'Etat.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Michel, conseillère,
- les conclusions de M. Larue, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'exécution du jugement du 26 février 2020 et la liquidation définitive de l'astreinte :
1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. () / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Selon l'article L. 911-7 du même code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. /Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". L'article L. 911-8 du même code dispose en outre que : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant. Cette part est affectée au budget de l'Etat. "
2. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de définition, par le jugement ou l'arrêt dont l'exécution lui est demandée, des mesures qu'implique nécessairement cette décision, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative d'y procéder lui-même en tenant compte des situations de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si la décision faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà de telles mesures en application de l'article L. 911-1 du même code, il peut, dans l'hypothèse où elles seraient entachées d'une obscurité ou d'une ambigüité, en préciser la portée. Le cas échéant, il lui appartient aussi d'en édicter de nouvelles en se plaçant, de même, à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée. En particulier, la rectification des erreurs de droit ou de fait dont serait entachée la décision en cause ne peut procéder que de l'exercice, dans les délais fixés par les dispositions applicables, des voies de recours ouvertes contre cette décision.
3. D'autre part, qu'il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.
4. Par un jugement nos 1606510 et 1706712 du 12 juillet 2018, devenu définitif, le tribunal a enjoint, à l'article 2 de son jugement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à l'OFII de verser à M. A l'allocation de demandeur d'asile pour la période courant du 5 mai 2016 à la fin du mois de novembre 2016 dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. A l'article 3 du jugement, le tribunal a mis à la charge de l'Etat, qui n'était pas partie à l'instance et auquel le jugement n'a pas été notifié, une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi sur l'aide juridique.
5. Par un jugement n° 1910004 du 26 février 2020, également devenu définitif à l'égard de l'OFII, le tribunal a, d'une part, prononcé à l'encontre de l'OFII, une astreinte de 20 euros par euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, à défaut du versement à M. A d'une somme de 1 661,80 euros, comprenant le solde de l'allocation pour demandeur d'asile due, pour 161,80 euros, ainsi que les frais de l'instance nos 1606510 et 1706712, pour 1 500 euros, et d'autre part, mis à la charge de l'OFII une somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
En ce qui concerne les droits à l'allocation de demandeur d'asile de M. A :
6. Contrairement à ce que soutient l'OFII, il résulte de l'instruction que, par un jugement nos 1606510 et 1706712 du 12 juillet 2018, devenu définitif, le tribunal a enjoint, à l'article 2 de son dispositif, au directeur de l'OFII de verser à M. A l'allocation pour demandeur d'asile pour la période courant du 5 mai à la fin du mois de novembre 2016, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Par un jugement n° 1910004 du 26 février 2020, devenu définitif, le tribunal a précisé les modalités d'exécution du jugement du 12 juillet 2018 en chiffrant à la somme de 161,80 euros le montant à verser à M. A. Dans ces conditions, l'OFII était tenu, en vertu des jugements des 12 juillet 2018 et 26 février 2020, devenus définitifs, de verser à M. A une somme de 161,80 euros au titre de ses droits au versement de l'allocation de demandeur d'asile pour la période courant du 5 mai 2016 à la fin du mois de novembre 2016. Or, à la date du présent jugement, l'OFII n'ayant pas pris les mesures propres à assurer l'exécution complète du jugement du 12 juillet 2018 en ce qui concerne les droits de M. A à l'allocation de demandeur d'asile, cet établissement public de l'Etat doit être regardé comme n'ayant pas exécuté ce jugement. Par suite, il y a lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, de procéder à la liquidation de l'astreinte pour la période comprise entre le 14 mars 2020, date à laquelle quinze jours se sont écoulés à compter de la notification du jugement du 26 février 2020, et le 4 juillet 2022, date de notification du présent jugement, soit un total de 843 jours. Toutefois, et compte tenu du montant dû à M. A, il n'y a pas lieu de porter le taux de l'astreinte prononcée à l'encontre de l'OFII à la somme de 20 euros par jour de retard, comme le demande le requérant mais de limiter le montant total de l'astreinte à la somme de 1 euro par jour en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 911-7 du code de justice administrative et de décider, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-8 de ce même code, que 50% de ce montant, soit la somme de 421,50 euros, sera affectée au budget de l'Etat.
En ce qui concerne les frais liés à l'instance nos 1606510 et 1706712 :
7. Si l'OFII fait valoir que le tribunal a, par son jugement nos 1606510 et 1706712, mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Memeti-Kamberi, avocate, M. A sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, il résulte toutefois de l'instruction que par un jugement n° 1910004 du 26 février 2020 du jugement, devenu définitif, le tribunal a enjoint à l'OFII, partie perdante dans l'instance nos 1606510 et 1706712, à verser à Me Memeti-Kamberi, avocate de M. A, la somme litigieuse de 1 500 euros. Par suite, il y a lieu de prononcer une astreinte à l'encontre de l'OFII, à défaut d'un versement de la somme de 1 500 euros correspondant à la somme mise à la charge de la partie perdante au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 par le jugement du 12 juillet 2018, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Le taux de cette astreinte est fixé à 30 euros par jour de retard à l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et ce jusqu'à la date à laquelle le jugement nos 1606510 et 1706712 aura reçu complète exécution.
En ce qui concerne les frais de l'instance n° 1910004 :
8. Il résulte de ce qui précède que le tribunal a, par un jugement n° 1910004, mis à la charge de l'OFII une somme de 800 euros à verser à Me Memeti-Kamberi, avocate, M. A au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Or, à la date du présent arrêt, l'OFII n'ayant pas versé la somme litigieuse à Me Memeti-Kamberi, avocate de M. A, il y a lieu de prononcer, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, une astreinte à l'encontre de l'OFII, à défaut d'un versement de la somme de 800 euros correspondant aux frais au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 mis à sa charge lors de l'instance du 26 février 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Le taux de cette astreinte est fixé à 30 euros par jour de retard à l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et ce jusqu'à la date à laquelle le jugement n°1910004 aura reçu complète exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A, présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'OFII est condamné à verser à M. A la somme de 421,50 euros à titre de liquidation de l'astreinte prononcée par le tribunal par son jugement du 26 février 2020 et, à l'Etat, la somme de 421,50 euros.
Article 2 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'OFII, à défaut d'un versement à Me Memeti-Kamberi de la somme de 1 500 euros correspondant aux frais mis à sa charge, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, par le jugement du 26 février 2020, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Le taux de cette astreinte est fixé à 30 euros par jour de retard à l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'OFII, à défaut d'un versement à Me Memeti-Kamberi de la somme de 800 euros, correspondant aux frais exposés et non compris dans les dépens mis à sa charge par le jugement du 26 février 2020, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Le taux de cette astreinte est fixé à 30 euros par jour de retard à l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et ce jusqu'à la date à laquelle le jugement n° 1910004 aura reçu exécution.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Lendita Memeti-Kamberi, au préfet du Nord, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie pour information au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au ministère public près la Cour de discipline budgétaire et financière.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
Mme Marion Varenne, première conseillère,
Mme Christelle Michel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
C. MICHEL
Le président,
signé
J.M B La greffière,
signé
C. VIEILLARD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 513344
07/04/2026
Conseil d'État — N° 513428
07/04/2026
Conseil d'État — N° 507600
07/04/2026