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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109377

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109377

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109377
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantAARPI JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021, Mme Q G épouse C, et M. K C, agissant tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de A C, D O, N O et B C, représentés par Me Joseph-Oudin, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux à verser à Mme Q C la somme totale de 2 624 693,40 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de sa vaccination contre la grippe A (H1N1) ;

2°) de condamner l'ONIAM à verser à M. K C la somme totale de 45 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la vaccination de son épouse Mme Q C contre la grippe A (H1N1) ;

3°) de condamner l'ONIAM à leur verser, en qualité de représentants légaux de A, D, N et B, respectivement belle-fille et fils de Mme Q C, la somme de 37 000 euros chacun en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi en raison de la vaccination de cette dernière contre la grippe A (H1N1) ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'ONIAM ;

3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la narcolepsie avec cataplexie présentée par Mme Q C est la conséquence de la vaccination par Pandemrix reçue le 12 décembre 2009, en l'absence d'autre cause possible et d'antécédent personnel et familial ;

- l'ONIAM doit les indemniser des préjudices subis en application de l'article 2 de l'arrêté du 13 janvier 2010 ;

- les préjudices de Mme Q C s'élèvent à un montant global de 2 624 693,40 euros, se décomposant comme suit :

* 501 474 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire, dont 241 349 euros au titre de l'aide à la parentalité et 47 412 euros au titre de la tierce personne dans le cadre de son activité professionnelle ;

* 2 226 euros au titre des frais d'avocat exposés à l'occasion de la procédure devant l'ONIAM ;

* 135 171,40 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;

* 1 631 767 euros au titre de l'assistance par tierce personne après consolidation, dont 76 832 euros pour l'aide à la parentalité et 870 119 euros pour l'aide dans le cadre de son activité professionnelle ;

* 70 805 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 16 500 euros au titre des souffrances endurées et 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 20 000 euros au titre du préjudice exceptionnel d'anxiété ;

* 178 250 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 7 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

* 15 000 euros au titre du préjudice sexuel ;

* 20 000 euros au titre du préjudice d'anxiété après consolidation ;

- M. K C subit un préjudice d'affection évalué à 30 000 euros, ainsi qu'un préjudice au titre des troubles subis dans ses conditions d'existence, évalué à 15 000 euros ;

- A C, D O, N O et B C subissent chacun un préjudice d'affection qu'il convient d'indemniser à hauteur de 25 000 euros, outre un préjudice exceptionnel au titre des troubles subis dans ses conditions d'existence, évalué à 12 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Saumon et Me Roquelle-Meyer, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun lien direct et certain entre la pathologie de narcolepsie avec cataplaxie et la vaccination en litige n'est établi, en l'absence de preuve de symptômes avant 2018.

Par ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Un mémoire, présenté pour les consorts C, a été enregistré le 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 4 novembre 2009 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 ;

- l'arrêté du 13 janvier 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) 2010 ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jouslin de Noray, substituant Me Joseph-Oudin, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Q C, née le 14 décembre 1981, a reçu le 12 décembre 2009 une injection de vaccin Pandemrix contre la grippe A (H1N1). Estimant que la survenue de cette pathologie résultait de l'injection du vaccin, Mme Q C et son conjoint ont saisi l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) d'une demande indemnitaire, tant en leur nom personnel qu'au nom de leurs enfants, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. Le 8 janvier 2019, l'ONIAM a désigné le professeur R P, pharmacologue, et le docteur H J, neurologue, pour procéder à une mesure d'expertise. Les experts ont remis leur rapport le 3 mars 2021. Par une décision du 29 septembre 2021, l'ONIAM a rejeté les demandes d'indemnisation présentées par Mme Q C et son mari. Par la présente requête, les requérants demandent de mettre à la charge de l'ONIAM la réparation des préjudices subis du fait de la narcolepsie avec cataplexie dont est atteinte Mme Q C.

Sur la prise en charge du dommage par l'ONIAM :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population. () ". Aux termes de l'article L. 3131-4 du même code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22. () ". Les dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique prévoient la réparation intégrale par l'ONIAM, en lieu et place de l'Etat, des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention ou de soins réalisées en application de mesures ministérielles prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1, sans qu'il soit besoin d'établir l'existence d'une faute ni la gravité particulière des préjudices subis. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la réparation incombant à l'ONIAM bénéficie à toute victime, c'est-à-dire tant à la personne qui a subi un dommage corporel du fait de l'une de ces mesures qu'à ceux de ses proches qui en subissent directement les conséquences.

3. Par un arrêté du 4 novembre 2009, la ministre de la santé et des sports a lancé une campagne de vaccination facultative contre l'épidémie de grippe aviaire issue du virus H1N1 en application de l'article L. 3131-1 précité du code de la santé publique et aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 13 janvier 2010 susvisé : " Toute personne vaccinée contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 par un vaccin appartenant aux stocks constitués par l'Etat bénéficie des dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. ".

4. Lorsqu'il est saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination effectuée dans le cadre de mesures prescrites sur le fondement de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe. Il lui appartient ensuite, soit, s'il est ressorti qu'en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations subies par l'intéressé et les symptômes qu'il a ressentis que si ceux-ci sont apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou se sont aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressort pas du dossier qu'ils peuvent être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du certificat de vaccination produit à l'appui de la requête, que Mme Q C a bénéficié d'une injection du vaccin Pandemrix contre la grippe A (H1N1) le 12 décembre 2009, comme il a été dit au point 1.

6. En premier lieu, si l'ONIAM soutient que le délai d'apparition des symptômes de la narcolepsie avec cataplexie ne saurait être supérieur à un an, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du professeur P et du docteur J, que plusieurs études observationnelles menées en Europe, notamment en Suède, en Finlande, en Norvège et en France, ont montré un risque accru de narcolepsie chez les patients vaccinés contre le virus H1N1 par Pandemrix, vaccin utilisant un adjuvant administré à Mme Q C le 12 décembre 2009, le délai moyen d'apparition de la pathologie étant de 4,7 mois chez les adultes et de 3,9 mois chez les enfants et les adolescents. Le délai d'apparition des premiers symptômes suivant la vaccination chez les adultes se situe entre deux jours et 2,5 ans. Cependant, plusieurs études citées par la partie requérante ont admis que le risque de développer une narcolepsie perdure dans les deux années suivant la vaccination, délai retenu par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans ses points d'information du 20 septembre 2012 et 18 septembre 2013, par une étude finlandaise du 18 juin 2014 et par une meta-analyse de 2018.

7. En deuxième lieu, par la production d'une attestation de Mme L M, épouse I, mentionnant une extrême fatigue de sa fille Mme Q C dans les années 2010 et plus précisément en 2011, alors que la requérante était revenue vivre chez elle quelques mois, corroborée par l'attestation de Mme E F, ancienne collègue et amie de la requérante, évoquant un changement de comportement de Mme Q C, souvent somnolente avec des pertes de mémoire à compter de son retour de congé maternité, lequel s'est achevé le 15 février 2011, Mme Q C doit être regardée comme apportant la preuve de la survenance des premiers symptômes de la narcolepsie dès la fin du mois de février 2011, soit dans le délai de deux années mentionné au point précédent. La circonstance que le diagnostic que narcolepsie de type 1 n'ait été posé que bien après, au printemps 2018, est indifférente, compte tenu, d'une part, du caractère évolutif de cette pathologie et, d'autre part, du caractère peu spécifique des symptômes de la narcolepsie-cataplexie, qui peuvent, comme cela a été le cas en l'espèce, retarder le diagnostic de cette pathologie.

8. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise diligentée par l'ONIAM que les experts ont conclu à l'existence d'un lien de causalité entre le vaccin par Pandemrix et la survenue de la narcolepsie chez Mme Q C, après avoir examiné la méthode dite française ou méthode Bégaud et la méthode reposant sur une évaluation statistique des hypothèses alternatives à la responsabilité du vaccin, et avoir croisé les résultats de ces deux méthodes admises par la communauté scientifique pour conclure à l'existence d'un lien de causalité directe. Contrairement à ce que soutient l'ONIAM, les experts ne se sont donc pas fondés exclusivement sur les résultats d'une seule méthode et la circonstance qu'ils n'aient pas détaillé dans leur rapport l'application des méthodes préalablement exposées au cas de Mme Q C pour parvenir aux résultats qu'ils énoncent est indifférente, dès lors que l'ONIAM ne produit aucun avis médical de nature à justifier que l'application par les experts des deux méthodes précitées au cas de Mme Q C serait entachée d'une erreur.

9. Compte tenu tant du délai d'apparition de ces symptômes après la vaccination en litige, en l'espèce un peu plus de 14 mois, que des éléments scientifiques produits indiquant une apparition de ces symptômes jusqu'à 24 mois après cette vaccination et des conclusions du rapport d'expertise médicale diligentée par l'ONIAM, la narcolepsie avec cataplexie dont souffre Mme Q C, qui ne présentait aucun antécédent relatif à cette pathologie avant le 12 décembre 2009, doit être regardée comme étant imputable à la vaccination contre la grippe A (H1N1) par Pandemrix. Par suite, la réparation des préjudices subis par la partie requérante incombe à l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise médicale.

Sur les préjudices subis par Mme Q C :

10. Eu égard aux conclusions expertales et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme Q C au 15 mai 2020.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

11. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

12. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme Q C a nécessité une assistance par tierce personne, tant pour les tâches de la vie quotidienne que pour s'occuper de ses enfants, dès lors que les accès de somnolence l'amènent quotidiennement à être secondée par sa belle-mère ou son mari. Les premiers symptômes établis de la narcolepsie en lien avec le vaccin par Pandemrix datant de son retour de congé maternité, lequel s'est achevé le mardi 15 février 2011, il y a lieu de considérer que le besoin en assistance par tierce personne existe à compter du 16 février 2011. Par ailleurs, si les experts désignés par l'ONIAM évaluent à 3h30 le besoin d'assistance par tierce personne notamment pour les déplacements et les tâches de la vie quotidienne, ils incluent dans cette évaluation les interventions auprès des animaux, l'aide à la comptabilité et aux tâches administratives, alors que Mme C n'a débuté une activité agricole qu'à compter du 19 décembre 2017 et que l'activité agricole de son compagnon a débuté avant qu'ils ne se rencontrent. Compte tenu de ces éléments et du caractère évolutif de la maladie dont est atteinte Mme C, il y a lieu de retenir un besoin d'assistance par tierce personne de six heures par jour du 16 février 2011 au 31 décembre 2012, période comportant 685 jours, incluant cinq heures d'aide non spécialisée pour s'occuper des enfants, puis cinq heures par jour du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, période comportant 730 jours, incluant quatre heures d'aide à la parentalité, puis, du 1er janvier 2015 au 18 décembre 2017, période comportant 1 083 jours, un besoin d'aide par tierce personne de 4h30 par jour, incluant trois heures d'aide non spécialisée pour s'occuper des enfants, et enfin, du 19 décembre 2017, date de début de l'activité agricole de Mme C au 14 mai 2020, veille de la consolidation, période comportant 878 jours, il y a lieu de retenir un besoin d'assistance par tierce personne de 5h30 par jour, incluant 2 heures au titre de l'aide non spécialisée à la parentalité. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé, dès lors qu'il n'est pas justifié du recours effectif à une aide spécialisée, à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, Mme C ayant attesté sur l'honneur ne pas avoir perçu la prestation de compensation du handicap ni toute autre aide en lien avec ses besoins d'assistance par tierce personne, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme globale de 295 666,44 euros (412/365 x 15 x (685 x 6 + 730 x 5 + 1 083 x 4,5 + 878 x 5,5).

13. En deuxième lieu, Mme C a droit au remboursement des frais de conseil qu'elle a utilement exposés dans le cadre de la procédure de règlement amiable du différend. Compte tenu des trois factures d'honoraires du cabinet d'avocats Dante, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 226 euros exposée durant la procédure amiable.

14. En dernier lieu, le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.

15. Il résulte de l'instruction que Mme C exerçait depuis le 6 décembre 2007 la profession de négociatrice immobilière salariée au moment du dommage et qu'elle percevait un salaire annuel moyen net imposable de 34 211,87 euros, au regard des bulletins de paie des mois de décembre 2008 et décembre 2009 qui incluaient les diverses primes versées. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante ait présenté des symptômes de la narcolepsie de type 1 résultant de la vaccination en litige avant le 16 février 2011, de sorte qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir d'une perte de revenus avant cette date. En outre, il résulte de l'instruction que Mme C a été licenciée non pour inaptitude, mais pour faute, avant de se réorienter professionnellement, de sorte que la requérante n'établit pas que son licenciement soit la conséquence directe de son état de santé. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le congé parental d'éducation de Mme C du 10 décembre 2013 au 30 juin 2016, ayant suivi son congé maternité du 29 mai 2013 au 10 décembre 2013, choix pouvant impliquer une fatigue plus importante en raison de la présence de trois enfants en bas âge au domicile de la requérante, était rendu nécessaire par les symptômes liés à la vaccination en litige, lequel au demeurant n'a pas justifié un arrêt de travail, de sorte qu'il n'apparaît pas en lien direct avec cette vaccination. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les arrêts de travail prescrits consécutivement à la requérante du 27 avril 2013 au 28 mai 2013, immédiatement avant son congé maternité, soient en lien direct avec les conséquences de la vaccination litigieuse. Il s'ensuit que Mme C ne peut tout au plus prétendre qu'à l'indemnisation de la perte de revenus éventuellement subie du 16 février 2011 au 26 avril 2013 inclus.

16. Bien qu'invitée par courrier du 16 février 2024 à justifier des revenus perçus au cours des années 2011 à 2020 inclus, Mme C n'a justifié des revenus perçus qu'au titre des années 2009 et 2010 et à compter de l'année 2012. Il s'ensuit qu'elle n'établit pas avoir subi une perte de revenus pour la période en lien avec la vaccination par Pandemrix précédemment définie. Elle n'est donc pas fondée à solliciter une indemnisation au titre d'une perte de gains professionnels avant consolidation.

S'agissant de l'assistance à tierce personne permanente :

17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligentée par l'ONIAM, que l'état de santé de Mme Q C résultant de la vaccination en litige nécessite, à compter du 15 mai 2020, une assistance par tierce personne tant dans le cadre de la vie quotidienne que dans le cadre de son activité professionnelle, évaluée à 2h30 par jour. La requérante a attesté sur l'honneur ne bénéficier ni de la prestation de compensation du handicap, ni de toute autre aide au titre de ses besoins en assistance par tierce personne.

18. Au titre de la période échue à la date du présent jugement, il résulte du rapport d'expertise, et n'est pas contesté par l'ONIAM, que cette assistance a dû être complétée par une aide à la parentalité évaluée à deux heures par jour jusqu'aux sept ans de B, le dernier enfant du couple, soit un besoin d'assistance par tierce personne évalué à 4h30 par jour du 15 mai 2020 au 24 juillet 2020, période comportant 71 jours. Pour la période du 25 juillet 2020 au présent jugement, comportant 1 370 jours, le besoin d'aide à la parentalité est évalué à 1h30, de sorte que le besoin d'assistance par tierce personne peut être globalement estimé à 4 heures par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé, dès lors qu'il n'est pas justifié du recours effectif à une aide spécialisée, à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne permanente échue à la date du présent jugement doit être fixée à la somme globale de 98 194,27 euros (412/365 x 15 x (71 x 4,5 + 1 370 x 4)).

19. Au titre de la période à échoir à la date du présent jugement, dès lors que B, dernier enfant du couple, est âgé de 10 ans et demi et que Mme C n'élève pas seule ses enfants, il n'y a pas lieu de prévoir une aide à la parentalité pour la période à venir, de sorte que le besoin quotidien d'assistance par tierce personne doit être évalué à 2h30. Compte tenu de l'âge de Mme C à la date de la présente décision, après application du coefficient de capitalisation viagère de 43,822 déterminé à partir du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022 (table de mortalité sexuée - taux d'intérêt de 0 %), en appliquant le taux horaire moyen de 15 euros précité à raison de 412 jours par an, le préjudice de la requérante au titre de l'assistance par tierce personne à échoir doit être évalué à la somme de 677 049,90 euros (43,822 x 412 x 15 x 2,5).

20. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme totale de 775 244,17 euros (98 194,27 + 677 049,90) au titre de l'assistance par tierce personne permanente nécessitée par la narcolepsie avec cataplexie dont souffre Mme Q C.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme Q C a présenté un déficit fonctionnel évalué à 66% jusqu'à la date de consolidation, à l'exception de quatre jours de déficit fonctionnel total liés à deux hospitalisations pour procéder à des polysomnographies et à une ponction lombaire. Il y a lieu de considérer que le déficit partiel a débuté le 16 février 2011, au moment de l'apparition des premiers symptômes. Compte tenu de ces éléments, en retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme C au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme 33 442,80 euros (4 jours x 15 + 3 372 jours x 15 x 0,66).

22. En deuxième lieu, les souffrances physiques et morales endurées par Mme C ont été évaluées à 4 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM et eu égard à la durée de la période pendant laquelle Mme C a enduré ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 500 euros.

23. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligentée par l'ONIAM, que Mme C a subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 4 sur 7, en raison notamment de ses accès de somnolence, de cataplexies et d'une prise de poids liée à la maladie et au traitement, outre des réactions allergiques cutanées. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 3 000 euros à ce titre.

24. En dernier lieu, si Mme C sollicite une indemnisation au titre de son préjudice d'anxiété lié au caractère évolutif de la maladie incurable dont elle souffre, et aux effets secondaires des traitements qu'elle reçoit, un tel chef de préjudice est déjà pris en compte au titre des souffrances morales subies par l'intéressée pour ce qui concerne la période avant consolidation, et dans l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent pour la période post-consolidation. Il y a donc lieu de rejeter les demandes présentées tant au titre des préjudices extra-patrimoniaux temporaires qu'au titre des préjudices extra-patrimoniaux permanents.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

25. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligentée par l'ONIAM, que Mme C conserve depuis la date de consolidation des séquelles, du fait de cataplexies persistantes, de troubles cognitifs et notamment de mémoire, d'hallucinations quotidiennes, de fringales nocturnes, de difficultés d'organisation du quotidien, de palpitations, de sécheresse de bouche et de la nécessité d'avoir de nombreuses siestes quotidiennes. Il n'est pas contesté qu'elle présente, du fait de ces troubles, un déficit fonctionnel permanent évalué à 50 %. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme C, âgée de 38 ans à la date de consolidation, en lui allouant une somme de 140 000 euros.

26. En deuxième lieu, si le rapport d'expertise du professeur P et du docteur J mentionne que Mme Q C a dû arrêter l'équitation ainsi que d'aller à la piscine de façon hebdomadaire, par les pièces qu'elle produit, la requérante n'établit pas qu'elle pratiquait effectivement ces activités spécifiques de loisirs avant la survenance du dommage. En outre, les troubles dans les conditions d'existence pour les activités non spécifiques de loisirs sont pris en compte au titre du déficit fonctionnel permanent. Par suite, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

27. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligentée par l'ONIAM, que Mme C, qui souffre de cataplexies pluriquotidiennes, ainsi que d'une prise de poids et de la nécessité de devoir se coucher régulièrement par suite de la pathologie résultant de la vaccination en litige, présente un préjudice esthétique permanent évalué à 3,5 sur 7. Dans ces circonstances et compte tenu de l'âge de la victime, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant une somme de 5 000 euros.

28. En dernier lieu, si le rapport d'expertise du professeur P et du docteur J retient l'existence d'un préjudice sexuel en raison d'une " modification de la relation à l'autre du fait du changement physique par rapport à avant du fait de la prise de poids et parce qu'elle s'endort ", il résulte de l'instruction que les cataplexies surviennent à l'occasion d'émotions vives, de sorte qu'elles peuvent altérer les possibilités de réalisation de l'acte sexuel et impacter la libido du fait de la crainte de leur survenance. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice de Mme C en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 3 500 euros.

29. Il résulte de tout ce qui précède qu'une somme de 1 265 579,41 euros (3 500 + 5 000 + 140 000 + 3 000 + 7 500 + 33 442,80 + 775 244,17 + 2 226 + 295 666,44) sera mise à la charge de l'ONIAM au titre des différents préjudices subis par Mme Q C à la suite de la narcolepsie avec cataplexie résultant de sa vaccination par Pandemrix.

Sur les préjudices subis par les autres requérants :

30. D'une part, il résulte tout d'abord de l'instruction que M. K C, qui a rencontré Mme Q G en avril 2011, soit après l'apparition des premiers symptômes de ce qui sera identifié bien plus tard comme étant une narcolepsie de type 1, subit un préjudice d'affection et ainsi qu'un préjudice au titre des troubles dans ses conditions d'existence, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 12 000 euros. Il résulte ensuite de l'instruction que les enfants de Mme C, D O, N O et B C, subissent également un préjudice d'affection et des troubles dans leurs conditions d'existence du fait de la pathologie que présente leur mère à la suite de la vaccination en litige, dont il sera fait une juste appréciation en leur allouant chacun la somme de 5 000 euros. Il résulte enfin de l'instruction que A C, belle-fille de Mme Q S, dont les liens ne sont pas contestés par l'ONIAM, subit aussi un préjudice d'affection et des troubles dans ses conditions d'existence justifiant qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'ONIAM en réparation de ces préjudices.

31. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que le conjoint de Mme C, ses enfants et sa belle-fille subissent un préjudice permanent et exceptionnel, de sorte que les conclusions présentées au titre de ce préjudice doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

32. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance ; les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'ONIAM versera à Mme Q C la somme de 1 265 579,41 euros.

Article 2 : L'ONIAM versera à M. K C la somme de 12 000 euros.

Article 3 : L'ONIAM versera à M. C, en qualité de représentant légal de A C, une somme de 2 500 euros.

Article 5 : L'ONIAM versera à Mme C, en qualité de représentante légale de ses enfants D O et N O, une somme de 5 000 euros pour chacun de ces deux enfants.

Article 6 : L'ONIAM versera à M. et Mme C, en qualité de représentants légaux de leur fils B C, une somme de 5 000 euros.

Article 7 : L'ONIAM versera à M. et Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme Q G épouse C, à M. K C, agissant tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de A C, D O, N O et B C, et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J.-M. RIOU La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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