lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2110056 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 décembre 2021, 4 octobre 2022 et
6 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Freger, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 930,89 euros au titre des préjudices qu'il a subis en raison de l'illégalité fautive de l'arrêté du 15 novembre 2018 par lequel le préfet du Nord lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes en sa possession et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, assortie des intérêts et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'annulation par le tribunal administratif de Lille de l'arrêté préfectoral portant dessaisissement de ses armes permet de retenir le principe de la responsabilité de l'Etat pour l'illégalité fautive de cet acte ;
- il a subi différents préjudices dont le montant total s'élève à 7 930,89 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
21 septembre 2023 à 12 h 00.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour l'élément demandé en vue de compléter l'instruction par lettre du
25 septembre 2023.
Vu :
- le jugement n°1900265 du 18 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 15 novembre 2018 du préfet du Nord ordonnant à M. B de se dessaisir de toutes les armes en sa possession et lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie ;
- l'ordonnance n°2110079 du 17 mai 2022 par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Lille a condamné l'Etat à verser à M. B une provision de 302 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 novembre 2018, le préfet du Nord a ordonné à M. B de se dessaisir de toutes les armes en sa possession et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie. Par un jugement n°1900265 du 18 mars 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 15 novembre 2018 pour vice de procédure et erreur de droit. Par un courrier du 15 septembre 2021, reçu le 21 septembre suivant, M. B a demandé au préfet du Nord de lui verser, au titre de l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis, la somme de 7 930,89 euros, à la suite duquel une décision implicite de rejet est née, le 21 décembre 2021, du silence gardé par le préfet. Par une ordonnance du 17 mai 2022, la juge des référés du tribunal administratif de Lille, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a condamné l'Etat à verser à M. B, à titre de provision, la somme de 302 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
2. Il ressort des termes du jugement n°1900265 rendu le 18 mars 2021 par le tribunal administratif de Lille, devenu définitif, que l'arrêté du 15 novembre 2018 par lequel le préfet du Nord lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie dont il est en possession dans un délai de trois mois et lui a interdit d'acquérir ou détenir des armes de toute catégorie a été annulé, d'une part, pour méconnaissance du contradictoire préalable et, d'autre part, pour erreur de droit, le préfet du Nord ne pouvant légalement se fonder sur les seuls faits mentionnés au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour ordonner le dessaisissement des armes du requérant. Dans ces conditions, il convient de considérer que l'illégalité fautive de l'arrêté du 15 novembre 2018 est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne le lien de causalité :
3. Si toute illégalité qui entache une décision constitue en principe une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité au nom de laquelle cette décision a été prise, une telle faute ne peut donner lieu à la réparation du préjudice subi par le destinataire de la décision lorsque, les circonstances de l'espèce étant de nature à justifier légalement la décision, le préjudice allégué ne peut être regardé comme la conséquence du vice dont cette décision est entachée.
S'agissant du lien de causalité entre l'erreur de droit et les préjudices invoqués :
4. Le préfet du Nord fait valoir que la décision de dessaisissement des armes de
M. B était justifiée au fond dès lors qu'il ressort de l'enquête administrative du
31 janvier 2018, complétée le 15 octobre 2019, que le comportement du requérant laisse craindre une utilisation dangereuse de ses armes pour lui-même ou pour autrui. Il se prévaut à nouveau de certains faits inscrits au TAJ pour estimer établir la dangerosité du comportement du requérant mais pour lesquels des recherches complémentaires ont été réalisées.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du courriel du
15 octobre 2019 du commandant divisionnaire de la circonscription de sécurité publique de Valenciennes Agglomération, que les faits mentionnés au TAJ de violence ayant entraîné une ITT n'excédant pas huit jours et de port prohibé d'armes, de munition ou de leurs éléments de catégorie 1 ou 4, commis le 9 juin 2003 à Condé sur l'Escaut portent sur une procédure au cours de laquelle le requérant " a été formellement mis en cause pour avoir braqué des individus avec une arme de poing de calibre 357 magnum non approvisionnée, qu'il portait à la ceinture, dans le but de leur faire peur car ils importunaient sa concubine ". Selon ce courriel, à la suite de cette procédure, le requérant aurait fait l'objet de poursuites judiciaires " puisque convoqué à comparaître à l'audience du TGI de Valenciennes le 17 septembre 2003 ". Si M. B n'a pas fait l'objet de condamnation pour ces faits, il ne conteste pas la matérialité des faits tels qu'ils sont rapportés.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du courriel du
15 octobre 2019 du commandant divisionnaire de la circonscription de sécurité publique de Valenciennes Agglomération, que les faits mentionnés au TAJ de vol de véhicule commis le
8 mars 2003 à Prouvy portent sur une procédure au cours de laquelle le requérant a été " mis en cause pour avoir volé une motocyclette qu'il n'avait pas restituée après l'avoir essayée dans le but de l'acheter " puis " a bénéficié d'un classement sans suite, suite au désistement du plaignant ". Selon ce courriel, le requérant aurait fait l'objet de poursuites judiciaires pour ces faits de vol de véhicule " puisque convoqué à comparaître à l'audience du TGI de Valenciennes le 17 septembre 2003 ". Si M. B n'a pas fait l'objet de condamnation pour ces faits, il ne conteste pas la matérialité des faits tels qu'ils sont rapportés.
7. Enfin, il ressort des termes de l'ordonnance d'homologation du vice-président du tribunal de grande instance de Valenciennes du 4 août 2016, produite par le préfet en défense, et revêtue pour ce qui concerne la matérialité des faits de l'autorité absolue de chose jugée, que le requérant a acquis sans autorisation, le 14 août 2011, un chargeur 22 LR M16, de catégorie B, qu'il a également acquis sans autorisation, le 2 juin 2015, une arme de poing UNAREX calibre 22, de catégorie B et deux boîtes de cartouches 22 LR + 29 cartouches 22 LR, une arme d'épaule CBC 22 LR avec lunette de visée et silencieux, de catégorie C ainsi qu'une arme d'épaule WALTER lever action 4,5 mm, une arme calibre 12 Baikal, une arme d'épaule NORINCO NR87 calibre 12, une arme de poing UNAREX CALIBRE 4,5 mm, une arme de poing GAMO P800 calibre 4,5 mm, deux boîtes de plombs calibre 4,5 mm, quatre cartouches 12 brenneke, et 19 cartouches calibre 12 Gomme Cogne. Il ressort des termes de cette même ordonnance que le requérant a été condamné à quinze jours d'emprisonnement délictuel avec sursis, et à la confiscation d'armes dont il est propriétaire ou dont il a la libre disposition, en excluant que ces condamnations soient mentionnées sur le bulletin n°2 de son casier judiciaire. Eu égard à la gravité des faits de vol, commis le 8 mars 2003, et des faits de violence commis par le requérant le 9 juin 2003, qui dénotent une complète absence de maîtrise de soi et de discernement dans l'utilisation des armes, et à la commission de nouveaux faits délictueux le 14 août 2011 ayant donné lieu à une condamnation pénale de quinze jours d'emprisonnement délictuel avec sursis, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même mesure de dessaisissement et d'interdiction de détention ou d'acquisition d'armes s'il n'avait pas commis l'erreur de droit censurée par le juge.
S'agissant du lien de causalité entre le vice de procédure et les préjudices invoqués :
8. Il résulte de ce qui précède, que les circonstances de l'espèce sont de nature à justifier légalement la décision de dessaisissement et d'interdiction de détention ou d'acquisition d'armes de sorte que les préjudices matériel, moral et les troubles dans conditions d'existence qu'aurait subis M. B du fait de l'illégalité de l'arrêté du 15 novembre 2018 ne peuvent être regardés comme la conséquence du vice de procédure dont cette décision était entachée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le lien de causalité direct et certain entre les illégalités fautives dont sont entachées la décision litigieuse et les préjudices que le requérant estime avoir subis n'est pas établi. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'indemnisation des préjudices que lui auraient causés ces illégalités ne peuvent qu'être rejetées, le rejet de ces conclusions ayant nécessairement pour conséquence que le requérant restitue à l'Etat la provision allouée par l'ordonnance n°2007266 du 17 mai 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Lille.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
J. HORNLa présidente,
signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026