jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2110213 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEQUIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 décembre 2021 et 21 juin 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Adil, représentée par Me Lequien, demande au tribunal :
1°) à titre principal, la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, la restitution des sommes indûment perçues par le Trésor, assorties des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- concernant les frais de déplacement, de restauration et d'hébergement que l'administration a refusés d'admettre en déduction du résultat des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 de la société Adil comme remboursements à Mme A, l'administration fiscale ne se positionne pas sur le fondement du redressement et ne démontre pas le désinvestissement des sommes de l'entreprise, ni leur appréhension par Mme A ;
- elle entend se prévaloir des énonciations du paragraphe n° 210 des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-RPPM-RCM-10-20-10 ;
- concernant les revenus de locations meublées non professionnelles, en raison de la décision du Conseil constitutionnel du 8 février 2018 n° 2017-689 QPC et des informations publiées sur le site " service public ", l'administration les a à tort imposés selon le régime " micro-BIC " ;
- les rémunérations de la gérante, Mme A, déduites de son bénéfice imposable ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu et la méthode de comparaison utilisée par l'administration fiscale est critiquable ;
- les pénalités ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions de décharge des revenus distribués sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par la SARL Adil ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Adil exerçant une activité de contrôle technique de véhicules et dont Mme A est la gérante, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a porté sur la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 à l'issue de laquelle elle a été assujettie à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017. Au titre des exercices clos les 30 septembre 2016 et 2017, l'administration fiscale a seulement réduit les déficits déclarés sans que ces redressements entraînent le paiement de cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société Adil demande seulement la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'imposition des revenus distribués, impositions personnelles mises à la charge de Mme A, la gérante de la société, sont inopérants.
3. En second lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° () les dépenses de personnel et de main d'œuvre () ". Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Il appartient au contribuable, quelle qu'ait été la procédure suivie à son encontre, de justifier que les rémunérations déduites de son bénéfice imposable correspondent à un travail effectif.
4. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 1er août 2018 que pour déterminer le montant des fractions de salaires considérées comme excessives versées par la société à Mme A, l'administration a procédé à une comparaison du salaire des gérants de contrôle technique de la région dunkerquoise. Les centres de contrôle technique retenus pour cette comparaison sont ceux qui ont eu une activité sur les années 2015, 2016 et 2017 et dont le gérant a perçu des salaires et était domicilié dans le dunkerquois. Pour chacune des années 2015, 2016 et 2017, une moyenne annuelle des salaires des gérants des centres de contrôle technique a été calculée et la différence entre cette moyenne et le salaire comptabilisé sur le compte " rémunération Mme A " a été considéré comme une charge non-déductible. La requérante critique la méthode. Elle fait valoir que sur les
17 centres de contrôle technique du secteur de Dunkerque, seuls 3 ont été retenus par l'administration fiscale alors que leurs chiffres d'affaires sont très inférieurs au sien et qu'aucun ne détient comme elle, deux établissements. L'administration fiscale soutient en défense que les autres centres ont été écartés en raison de leur soumission à un régime d'imposition différent de celui de la SARL Adil (imposition à l'impôt sur le revenu en tant qu'entrepreneur individuel dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux et non à l'impôt sur les sociétés), ou en raison de la perception par le gérant d'une rémunération inférieure à 10 000 euros. Elle fait aussi valoir que la SARL Adil a cédé le fonds de commerce de son établissement secondaire situé à Téteghem le 4 janvier 2016. Ainsi, Mme A ne gérait qu'un seul centre de contrôle technique au cours des années 2016 et 2017. Cette cession a généré une baisse du chiffre d'affaires déclaré de la SARL Adil sur les exercices postérieurs à cette cession : 488 737 euros pour l'exercice clos en 2015, 358 922 euros pour celui clos en 2016 et 331 850 euros pour celui clos en 2017. Le chiffre d'affaires de la société au titre de la période vérifiée ne représente donc pas le double de celui des centres de contrôle technique pris en référence, a fortiori pour les exercices clos en 2016 et 2017. Au surplus, qu'alors même que le chiffre d'affaires de la SARL Adil a baissé de 26,56 % entre l'exercice clos en 2015 et celui clos en 2016, notamment avec la cession de l'établissement secondaire en janvier 2016, les rémunérations de Mme A ont doublé, passant de 70 000 euros à 140 000 euros. Il suit de là qu'en se bornant à critiquer de manière non sérieuse, les éléments d'appréciation que l'administration a fournis, la société Adil ne justifie pas que les rémunérations de Mme A déduites de son bénéfice imposable ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu.
Sur les pénalités :
5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
6. L'administration fiscale qui se prévaut de la qualité de la gérante de la société qui ne pouvait valablement ignorer que le montant de ses rémunérations est très nettement supérieur à celles perçues par ses confrères exerçant les mêmes fonctions, de la circonstance que ces rémunérations ont doublé au titre de l'exercice clos en 2016 par rapport à l'exercice précédent alors même que le chiffre d'affaires avait baissé de plus de 26 % et que l'établissement secondaire avait été cédé en janvier 2016 et de l'évaluation par la gérante elle-même de son salaire mensuel à 4 000 euros lors des entretiens qui se sont déroulés dans le cadre du débat oral et contradictoire, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la société Adil de se soustraire à l'impôt et par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré de 40 % qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Adil n'est pas fondée à demander ni la restitution, ni la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, cotisations et pénalités qu'elle n'a pas acquittées. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Adil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Adil et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
La rapporteure,
Signé
A. JaurLe président,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026