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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200059

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200059

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200059
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS BEJIN-CAMUS-BELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 janvier 2022 et 8 mars 2022, M. A B, représenté par la société civile professionnelle (SCP) Bejin-Camus-Belot, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'enjoindre à l'administration fiscale, sur le fondement de l'article R. 611-10 du code de justice administrative, au besoin sous astreinte, de communiquer l'entier dossier relatif à la vérification de comptabilité dont la société Kartex Création Conception a fait l'objet.

Il soutient que :

- en ne lui communiquant pas, malgré sa demande du 3 août 2020, l'intégralité des documents sollicités et qui ont fondé les rehaussements qui lui ont été notifiés, l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;

- la société Kartex Création Conception a été privée de la garantie du débat oral et contradictoire au cours de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet ;

- la qualification de " maître de l'affaire " ne peut lui être opposée dès lors que la société Kartex Création Conception est une société à associé unique et que l'administration fiscale ne démontre pas l'existence de flux financiers ou une confusion de patrimoine ;

- il est fondé à se prévaloir de la réponse ministérielle à la question écrite n° 38296 de M. C, publiée au journal officiel du 20 avril 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino, première conseillère,

- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Kartex Création Conception, en liquidation judiciaire depuis le

1er juillet 2019, dont M. B était président et associé unique, exerçait une activité de commercialisation et distribution de tous articles ou produits de toutes marchandises de toutes natures en vue de l'achat pour la revente. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le vérificateur, après avoir rejeté la comptabilité, a procédé à une reconstitution du chiffre d'affaires.

2. M. B a été assujetti, au titre de l'année 2017, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales, qui résultent de la taxation entre ses mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de distributions correspondant aux rectifications apportées aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés de la société Kartex Création Conception. M. B demande au tribunal la décharge de ces impositions ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales :

" L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

4. Il résulte des dispositions précitées qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.

5. Il est constant que, par courrier du 3 août 2020, M. B a sollicité la communication de divers documents auprès de l'administration fiscale. Avant la mise en recouvrement des impositions contestées, le service n'a communiqué à l'intéressé qu'une partie de ces documents. Le requérant soutient que la communication partielle des documents sollicités a entaché la procédure d'imposition d'irrégularité. Toutefois, il résulte de l'instruction que, pour fonder les rehaussements en litige, le vérificateur a utilisé le fichier des écritures comptables remis le 30 septembre 2019, les relevés bancaires du compte BNP Paribas obtenus par un droit de communication en date du 14 mai 2019, les documents comptables (factures d'achats, factures de vente) récupérés auprès du tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe le 5 juillet 2019, les informations provenant du système commun d'échanges de renseignements entre Etats membres de l'Union européenne (VIES-VAT) qui centralisent les informations des bases de données prévu par le Règlement Communautaire. L'ensemble de ces documents a été communiqué au contribuable. Par ailleurs, d'une part, il résulte de l'instruction que plusieurs des documents demandés, en particulier l'avis de vérification, le procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité, les courriers adressés à Me Marlière es qualité de liquidateur et le procès-verbal de remise des fichiers des écritures comptables du 10 décembre 2019 ne constituent pas des renseignements ou documents obtenus de tiers. D'autre part, l'administration fiscale soutient, sans être contestée, que les échanges avec Me Marlière n'ont donné lieu à aucune retranscription. En tout état de cause, aucun des documents ayant fait l'objet d'un refus de communication n'a été utilisé pour fonder les rehaussements en litige. Par suite, les moyens tirés d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ainsi que du principe du contradictoire, du principe de l'égalité des armes et d'une violation des droits de la défense ne peuvent qu'être écartés.

6. En second lieu, en vertu du principe d'indépendance des procédures concernant une société de capitaux et son associé, l'éventuelle irrégularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard de la société Kartex Création Conception est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition distincte suivie à l'égard de M. B, qui ne saurait dès lors utilement soutenir que cette société a été privée de la garantie du débat oral et contradictoire au cours de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes de l'article 110 de ce code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / () ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du

10 mars 2020 adressée à la société Kartex Création Conception jointe à la proposition de rectification du 12 mars 2020 adressée à M. B, qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la société Kartex Création Conception, dont M. B était le président et l'unique associé, l'administration a rejeté la comptabilité, reconstitué le chiffre d'affaires et a estimé que les recettes non déclarées par cette société s'élevaient à la somme de 237 789 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017. Elle a estimé que ce bénéfice, n'ayant été ni mis en réserve ni incorporé au capital, devait être considéré comme des revenus distribués imposables au titre de l'année 2017 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, entre les mains de M. B, en sa qualité de maître de l'affaire.

9. Contrairement à ce que soutient M. B, la démonstration de l'appréhension de revenus distribués par le maître de l'affaire ne présuppose pas la mise en exergue par l'administration fiscale d'une quelconque confusion de patrimoine ou de flux financiers entre la société distributrice et le bénéficiaire des revenus distribués mais, ainsi qu'il a été dit au point 7, la preuve par l'administration que le contribuable, qui dispose seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, de sorte qu'il peut être présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

10. Pour établir que M. B doit être regardé comme le seul maître de l'affaire, l'administration fiscale se prévaut de ce qu'il était président et unique associé de la société Kartex Création Conception, qu'il était seul habilité à prendre l'initiative de l'embauche du personnel, seul habilité à faire fonctionner les comptes bancaires, seul à s'occuper de la gestion commerciale de la société, des relations avec les fournisseurs et les clients, qu'il assumait la charge du démarchage des clients, proposait les devis et rédigeait les factures. Elle en a déduit que l'intéressé gérait en toute autonomie la société et disposait sans contrôle de ses fonds. En se bornant à soutenir que la qualification de maître de l'affaire ne peut lui être opposée s'agissant d'une société à associé unique, le requérant ne conteste pas sérieusement les éléments apportés par l'administration fiscale.

11. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués en litige, imposables sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, et de leur appréhension par M. B. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le service a taxé ces sommes entre ses mains à l'impôt sur le revenu, sur ce fondement, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

12. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. ".

13. M. B ne peut utilement invoquer la réponse du ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance à la question écrite n° 38296 du député Florian C, publiée au journal officiel du 20 avril 2021, qui est postérieure à l'année d'imposition en litige et qui, au demeurant, ne réserve pas la qualification de maître de l'affaire au seul cas de la confusion des patrimoines et n'apporte pas, ainsi, une interprétation différente de la loi fiscale.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication de l'entier dossier relatif à la vérification de comptabilité dont la société Kartex Création Conception a fait l'objet, que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

Mme Jaur, première conseillère,

Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Célino

Le président,

Signé

J.-M Riou La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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