mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200093 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier 2022 et le 15 juin 2022, Mme C H, représentée par Me Boulanger, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner une expertise médicale ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Lille à lui verser la somme de 294 839,60 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement en 2017 ;
3°) de déclarer le jugement opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois ;
4°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Lille ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Lille une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la reprise chirurgicale du 9 mai 2017, au cours de laquelle le nerf sciatique poplité externe a été endommagé, n'était pas nécessaire du fait de la disparition de l'infection ;
- le rapport d'expertise amiable est incomplet, en l'absence d'élément sur la question de l'utilité de cette intervention, pour laquelle aucune réponse n'a été donnée, de sorte qu'une expertise est nécessaire ;
- à titre subsidiaire, ses préjudices s'élèvent à un montant global de 294 839,60 euros, se décomposant comme suit :
* 500 euros au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation et 224 891,60 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente ;
* 4 548 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 8 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 44 900 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
* 3 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par un mémoire, enregistré le 14 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, qui exerce l'activité de recours contre tiers pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale en vertu des décisions du directeur général de la caisse nationale d'assurance maladie des 31 janvier 2019 et 1er janvier 2020, s'en rapporte sur la demande d'expertise formulée par Mme H.
Elle soutient qu'elle entend intervenir en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale pour demander le remboursement des prestations qu'elle a servies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Lille, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- une expertise n'est pas utile au regard du rapport d'expertise réalisé à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) ;
- aucun manquement ne peut être reproché au centre hospitalier régional universitaire de Lille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. En septembre 2001, Mme H, née le 23 mars 1974, a bénéficié de la mise en place d'une prothèse de hanche gauche en raison d'une coxopathie. A compter de 2011, elle s'est plainte de douleurs persistantes au niveau de la face externe de la hanche gauche et une inégalité de longueur des membres inférieurs a été constatée, de sorte qu'une chaussure orthopédique lui a été prescrite. Le 13 août 2015, il a été procédé au changement de cotyle avec anneau de Müller et cotyle cimenté au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille. Les suites de l'opération ont été simples. Le 8 février 2017, en raison de douleurs, une ponction de la hanche gauche a été réalisée au CHRU de Lille et un test bloc est associé à la ponction. Les cultures effectuées à partir de cette ponction sont revenues positives à un staphylocoque doré et à probionibacterium acnes. Une reprise de la prothèse avec changement a alors été envisagée. Une nouvelle ponction réalisée le 16 mars 2017 est toutefois revenue stérile. Le 9 mai 2017, Mme H a bénéficié d'un changement de pièces prothétiques, d'une fémorotomie et de la mise en place d'une plaque Burch du cotyle avec greffe osseuse au CHRU de Lille. Les suites post-opératoires ont cependant été marquées par un déficit du nerf sciatique externe. Le 14 juin 2017, un électromyogramme a mis en évidence une atteinte sévère du nerf fibulaire, ce qui a été confirmé par un autre électromyogramme réalisé le 31 octobre 2017. Un électromyogramme effectué le 7 mars 2018 a permis de retrouver une atteinte tronculaire bilatérale du nerf fibulaire sévère à gauche et minime à droite. Le 19 mars 2018, un déficit sciatique en voie de récupération, avec récupération de la sensibilité et amélioration de la motricité, a été constaté. Le 11 décembre 2018, à l'occasion d'une consultation médicale au cours de laquelle une nouvelle ponction de la hanche gauche sera proposée, il est noté que Mme H ne marche plus depuis six mois et se déplace en fauteuil roulant. Un électromyogramme réalisé le 21 février 2019 a mis en évidence une très discrète amélioration du nerf fibulaire. Du 9 mai 2019 au 29 mai 2019, Mme H a été hospitalisée au centre de l'Espoir afin de réaliser un bilan d'une paraparésie spastique. Elle continue de ressentir des douleurs et d'utiliser un fauteuil roulant pour ses déplacements.
2. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), saisie le 12 mars 2020 par Mme H à fin d'indemnisation de ses préjudices, a ordonné une expertise, confiée au docteur J B, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologique, et au professeur A F, spécialiste en maladie infectieuses, lesquels ont rendu leur rapport le 12 février 2021. Par avis du 11 mars 2021, cette commission a rejeté la demande d'indemnisation de Mme H, estimant que le CHRU de Lille n'avait commis aucune faute indemnisable et que les conditions d'engagement de la solidarité nationale n'étaient par ailleurs pas remplies. Par une ordonnance du 9 septembre 2021, le juge des référés de ce tribunal a rejeté les conclusions de Mme H à fin d'expertise, au motif qu'il appartiendra au juge du fond, dans le cadre de ses pouvoirs d'instruction et s'il l'estime utile à la solution du litige, d'ordonner une expertise complémentaire sur les points qui lui paraitraient insuffisamment précisés dans le rapport d'expertise ordonné par la CCI. Par un courrier du 20 octobre 2021 adressé au CHRU de Lille, Mme H a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, le paiement d'une somme de 294 839,60 euros en réparation de ses préjudices. Par la présente requête, Mme H demande au tribunal, à titre principal, d'ordonner une mesure d'expertise et, à titre subsidiaire, de condamner le CHRU de Lille à lui payer la somme précitée.
Sur la demande d'expertise et la responsabilité du CHRU de Lille :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "
4. Mme H, à l'appui de sa demande d'expertise, soutient que l'intervention du 9 mai 2017 n'était pas fondée du fait de la ponction articulaire stérile réalisée deux mois plus tôt, produisant un courrier en ce sens de son médecin-conseil, le docteur G E, du 28 septembre 2021. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du courrier du docteur D I du 13 mars 2017, que la reprise du versant acétabulaire de la prothèse de la hanche gauche de la requérante a été décidée, certes après une ponction positive à staphylocoque aureus et propioni bacterium acnes, mais à la suite de douleurs persistantes " plutôt d'allure mécanique ", en raison d'une " suspicion de descellement en tout cas de la mauvaise intégration du fait du défect osseux assez important au niveau de l'acétabulum ", avec pour objectif de ponter le défect osseux et de réaliser une greffe osseuse, et non de traiter l'infection bactérienne précitée, susceptible d'être soignée par un traitement antibiotique. Il résulte par ailleurs du compte-rendu opératoire du 9 mai 2017 que les vis qui étaient censées maintenir l'anneau de Müller n'avaient plus aucune tenue et qu'une grosse perte de substance osseuse dans le fond de l'acétabulum au niveau de la paroi antérieure a été constatée. A cet égard, contrairement à ce que soutient la requérante, tant le compte rendu opératoire établi le 10 mai 2017 que le courrier de sortie du 17 mai 2017 mentionnent l'existence d'un scanner pré-opératoire, qui a confirmé cette perte de substance osseuse. Il s'ensuit que l'existence ou non d'une infection était ainsi sans incidence sur l'indication opératoire du 9 mai 2017 liée en réalité au descellement de la prothèse de la hanche gauche de la requérante. Les experts désignés par la CCI pour procéder à l'expertise précitée ont d'ailleurs conclu au caractère conforme de la prise en charge de Mme H par le CHRU de Lille, notamment quant au choix du traitement et la réalisation des actes médicaux en cause. Ils ont également abordé, à la page 4 de leur rapport, la question de l'indication opératoire, contrairement à ce que soutient la requérante. S'ils ne se sont pas prononcés de nouveau sur cette question dans la conclusion du rapport, cela n'implique nullement qu'ils n'auraient pas examiné ce point avant d'estimer que le choix du traitement était conforme (p 8 du rapport). Il s'ensuit que Mme H n'est pas fondée à solliciter qu'une nouvelle expertise médicale soit ordonnée, ni même à demander la condamnation du CHRU de Lille à l'indemniser des préjudices dont elle fait état et qui ne répondent pas, au vu du rapport d'expertise précité, aux conditions d'anormalité et de gravité nécessaires pour une prise en charge au titre de la solidarité nationale.
Sur la déclaration de jugement commun :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la caisse doit être appelée en déclaration de jugement commun dans l'instance ouverte par la victime contre le tiers responsable, le juge étant, le cas échéant, tenu de mettre en cause d'office la caisse si elle n'a pas été appelée en déclaration de jugement commun.
6. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, qui a été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions, présentées par Mme H, tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
7. Aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance ; les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Lille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme H au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme H la somme demandée par le centre hospitalier régional universitaire de Lille au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C H est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier régional universitaire de Lille présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois et au centre hospitalier universitaire régional de Lille.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
J.-M. Riou La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026