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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200148

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200148

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200148
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDRAME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2022, M. F D, représenté par Me Drame, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au même préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer le titre sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

-il est insuffisamment motivé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité du refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Drame, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant guinéen né le 28 décembre 1990 à Conakry (République de Guinée) est entré en France au cours de l'année 2009, sous couvert d'un visa " étudiant ". II a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant ". En janvier 2021, il a sollicité un changement de statut pour obtenir un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 29 juillet 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Dans la présente instance, M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, Mme C A de la Perrière, signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation à cet effet par arrêté du préfet du Nord en date du 24 mars 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs l'Etat dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque donc en fait et sera écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. D. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. D, le préfet a pris en compte l'ensemble des documents adressés par son employeur à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, du travail et de l'emploi. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a séjourné régulièrement en France de 2009 à 2020, sous couvert de titres de séjours portant la mention " étudiant ". Il est célibataire et sans enfant. Si quatre personnes déclarent avoir noué des liens amicaux avec lui, cette circonstance ne saurait, à elle seule, faire regarder la décision attaquée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors qu'il ne produit aucun autre élément de nature à attester de son insertion dans la société française ou de l'intensité des liens qu'il aurait noués sur le territoire.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Faute d'illégalité entachant le refus de titre de séjour, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

P. B

Le président,

signé

Ch. BAUZERANDLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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