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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200298

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200298

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEMEYERE-HONORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022, Mme C E, agissant en qualité d'ayant droit de A B et en son nom propre, représentée par Me Demeyere-Honoré, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'ordonner, avant dire droit, une expertise aux fins " d'examiner Mme E et le dossier médical de A B, se prononcer sur la responsabilité du centre hospitalier de Douai et en déterminer les conséquences médico-légales, selon mission habituelle " ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum le centre hospitalier de Douai et la Société Hospitalière d'Assurance Mutuelle (SHAM) à lui verser la somme de 40 150 euros et la somme de 60 000 euros, sous toutes réserves, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2021, date de sa demande d'indemnisation préalable, et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices subis par son fils, A B, et de ses préjudices qu'elle a subis, en raison de la prise en charge de son accouchement à compter du 9 novembre 2020, par cet établissement de santé ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai et de la SHAM, in solidum, la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 76-1 du code de justice administrative, ainsi que les " entiers " dépens.

Elle soutient que :

- contrairement aux expertises judiciaires, les parties ne peuvent pas adresser de dires aux experts avant que le rapport ne soit déposé auprès de la CCI ;

- l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) n'était pas partie aux opérations d'expertise alors que les circonstances du décès de A pouvaient constituer un accident médical non fautif indemnisable au titre de la solidarité nationale ;

- les experts écartent l'asphyxie périnatale comme cause de l'encéphalopathie ischémique en contradiction avec les signes cliniques caractéristiques d'une asphyxie périnatale et d'une souffrance fœtale présents, en particulier la circulaire du cordon autour du cou ;

- il n'est pas établi que l'échantillon de pH veineux sur lequel se fondent les experts pour écarter toute asphyxie périnatale soit représentatif ;

- les experts n'ont pas recherché les éventuels manquements du centre hospitalier de Douai aux recommandations et aux règles de l'art ;

- le centre hospitalier de Douai a commis une faute en ne réalisant pas d'échographie de terme le 11 juillet 2020, à 48 heures du dépassement du terme ;

- il a commis des fautes en ne procédant à aucun examen clinique ni aucune échographie après le constat d'une seconde bradycardie, de plus de 5 minutes, le 11 juillet 2020 à 14h20, et alors que le rythme des contractions utérines n'était pas bon et en ne décidant pas de procéder à une césarienne en présence de tels éléments cliniques ;

- en conséquence, une nouvelle expertise doit être ordonnée ;

- en tout état de cause, la responsabilité du centre hospitalier de Douai est engagée pour faute à raison du défaut d'échographie anténatale, du défaut d'examen clinique après le deuxième ralentissement du rythme cardiaque fœtal de 7 minutes, et de la réalisation tardive d'une césarienne ;

- il en est résulté des préjudices subis par A en qualité de victime directe pour un montant de 40 150 euros qui se décompose comme suit :

* déficit fonctionnel temporaire : 150 euros ;

* souffrances endurées : 40 000 euros ;

- ainsi que des préjudices subis par la requérante en sa qualité de victime indirecte, pour un montant de 60 000 euros, se décomposant comme suit :

* frais d'obsèques : " réservés " ;

* préjudice d'affection : 30 000 euros ;

* préjudice d'accompagnement : 30 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le centre hospitalier de Douai et la Société Hospitalière d'Assurance Mutuelle (SHAM), représentés par Me Segard, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 13 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- les observations de Me Demeyere-Honoré, représentant Mme E, et de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Douai.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, alors enceinte depuis le 5 octobre 2019, a été hospitalisée au centre hospitalier de Douai le 9 juillet 2020 pour un déclenchement du travail pour terme en voie de dépassement. Après la pose de trois dispositifs intra-vaginaux Propess à 9h40, 22h10 et le 10 juillet 2020 à 23h45, suivie de surveillance du monitorage, il a été décidé, le 11 juillet 2020, de procéder à un déclenchement par Syntocinon. Admise en salle de travail à 11h07, Mme E a reçu une analgésie péridurale à 11h30 puis une perfusion de Syntocinon à 11h40 au débit initial de 12ml/h, augmenté à 24ml/h à 13h. Les membranes du col de l'utérus ont été rompues artificiellement à 11h50, sans liquide amniotique. Un capteur interne de contractions utérines a été posé à 13h montrant 4 contractions toutes les 10mn. Le monitorage fœtal, jusqu'alors normal, a enregistré un ralentissement de 4 minutes à 13h55. Le Syntocinon a été arrêté à 14h15. Un nouveau ralentissement profond de 7 minutes, dit " bradycardie fœtale " a été enregistré à 14h20. A 14h27, l'obstétricien de garde, appelé trois minutes auparavant, ayant constaté que le rythme était redevenu normal, a décidé de poursuivre le travail. La dilatation cervicale était de 3 cm. Un ralentissement profond de 3 mn a été constaté à 14h50, suivi d'une perte du signal que le repositionnement du capteur n'a pas récupéré. Ont été prescrites à 14h59 par l'obstétricien, une tocolyse, administrée de 15h à 15h05, et une ampoule IV de Terbutaline à 0,25mg, pour interrompre les contractions utérines le temps de regagner la salle de travail. L'échographie pratiquée à 15h10 ayant identifié une bradycardie fœtale, une césarienne code rouge a été décidée. L'examen anatomopathologique du placenta sera normal. A est né à 15h19 avec une circulaire du cordon autour du cou, sans activité cardiaque, sans respiration spontanée, gris hypotonique et sans mouvement spontané. Il présentait une anoxie périnatale importante. Le pH à la naissance était de 7,26 et le taux de lactate de 4 mmol/1. Le score d'Apgar était de 0/4/4. Après des manœuvres de réanimation immédiates, l'enfant a retrouvé une fréquence de 140 battements par minute. Devant les signes d'hypovolémie, un cathéter par voie veineuse périphérique pour remplissage a été mis en place mais n'a pas tenu. Un second arrêt cardiaque est survenu à 19 minutes de vie et un cathéter veineux ombilical a été posé en urgence, pour administration d'une dose d'adrénaline, un rinçage et un remplissage de 80 ml de sérum salé isotonique. L'enfant a retrouvé une fréquence cardiaque à 137 battements par minute avec une saturation à 100% en air ambiant. A 25 minutes de vie, il a été intubé d'une troisième sonde puis ventilé au masque et au ballon sur sonde et, devant la souffrance fœtale avec anoxie périnatale importante, il a été transféré en urgence en maternité de niveau 3 au centre hospitalier d'Arras, pour mise en hypothermie. Pris en charge dans cet établissement de santé à 21h, A présentait une encéphalopathie anoxo-ischémique de stade Samat 2 avec convulsions cliniques. Il a été mis en hypothermie contrôlée. Il était en coma réactif, puis peu réactif. Les électroencéphalogrammes effectués les 12, 13 et 15 juillet 2020 ont montré la persistance d'un tracé de grade III, pauvre ou inactif. L'IRM du 13 juillet 2020 a révélé un œdème cérébral majeur avec un index de résistance dans la cérébrale antérieure à 0,33. La persistance de l'œdème et d'un index de résistance élevé avec des noyaux gris centraux hyper-échogènes a été constatée le 14 juillet 2020. Le 15 juillet 2020, l'IRM a mis en évidence un hyper-signal significatif de l'ensemble des noyaux gris centraux en diffusion avec des lésions symétriques. L'examen neurologique réalisé le 14 juillet 2020 a montré que l'enfant était hypotonique, peu réactif. Outre le traitement par Keppra débuté à son arrivé au centre hospitalier d'Arras, le nourrisson a reçu deux remplissages et un soutien par Noradrénaline du 13 au 15 juillet 2020, une ventilation à haute fréquence du fait d'une hypertension artérielle pulmonaire de niveau systémique pendant 48 heures. Le 15 juillet 2020, en réunion collégiale, il a été décidé de limiter les thérapeutiques actives et d'orienter le nourrisson vers des soins palliatifs de confort. L'accord des parents a été recueilli sur cette décision. A est décédé le 15 juillet 2020.

2. Estimant que le décès de A était imputable à des fautes du centre hospitalier de Douai, Mme E a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) le 15 octobre 2020. Celle-ci a désigné, le 20 octobre 2020, les Pr D, pédiatre spécialisé en réanimation et Milliez, gynécologue obstétricien, en qualité d'experts, lesquels ont rendu leur rapport le 25 janvier 2021. Sur la base de celui-ci, le 10 mars 2021, la CCI a émis un avis par lequel elle a considéré que le décès de l'enfant n'était pas la conséquence directe et certaine d'un acte de prévention, de diagnostic ou de soins et écartait la responsabilité de l'établissement de santé précité. Mme E a adressé, le 2 novembre 2021, une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier de Douai, qui est restée sans réponse. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal que soit ordonnée, avant-dire droit, une expertise médicale et de condamner in solidum le centre hospitalier de Douai et la SHAM, son assureur, à lui verser la somme de 40 150 euros et la somme de 60 000 euros, en réparation des préjudices subis par son fils, et des préjudices qu'elle a subis, en raison de la prise en charge de son accouchement, à compter du 9 novembre 2020, par cet établissement de santé.

Sur la demande d'expertise :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. / (). "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport des experts désignés par la CCI qu'ont été mis en place, le 9 novembre 2020, un monitorage fœtal et le 11 juillet 2020, à 13h, un capteur interne de contractions utérines. Le 11 juillet 2020, à 13h55, une première anormalité du rythme cardiaque est observée avec un ralentissement, ou bradycardie, de quatre minutes. A 14h20, un deuxième ralentissement du rythme cardiaque fœtal est apparu, profond, d'une durée de 7 minutes, un retour à la normale étant noté à 14h27 lors de l'arrivée de l'obstétricien. A 14h50, un troisième ralentissement, profond, a lieu, pendant 3 minutes puis le signal sera perdu, malgré le repositionnement du capteur, pendant 17 minutes à compter de 14h53 jusqu'à 15h10, moment de l'échographie qui révèle une bradycardie et conduit l'obstétricien à poser l'indication d'une césarienne " code rouge ", c'est-à-dire très urgente. A naît le 11 novembre 2020, en état de mort apparente, son cœur ne battant pas, l'enfant ne respirant pas, n'étant pas réactif à la stimulation. Le nourrisson est décédé le 15 juillet 2020 d'une encéphalopathie anoxo-ischémique. Selon les experts, la cause de celle-ci est la naissance en état de mort apparente de l'enfant et son absence d'adaptation à la vie extra-utérine. Ils ont estimé que le centre hospitalier de Douai n'avait commis aucune faute dans la prise en charge obstétricale, que ce soit au cours du suivi de la grossesse, du déclenchement du travail, de la surveillance en salle de travail, ou de la césarienne. De même, ils ont retenu que la prise en charge pédiatrique a été conforme, dès la naissance, lors des manœuvres de réanimation et de leurs suites. Ils ont écarté tout défaut de diagnostic.

6. Si les experts désignés par la CCI ont conclu à l'indétermination de la cause de la naissance en état de mort apparente de A, ils ont affirmé successivement que " de façon certaine " elle n'était pas due à une asphyxie perpartum, l'enfant n'ayant jamais présenté de " dette d'oxygène " pendant le travail " malgré les modifications épisodiques du monitorage " puisqu'elle " n'était pas liée de façon certaine " à une asphyxie per partum. Pour cela, ils se sont fondés exclusivement sur le pH veineux autour du cordon, mesuré à 7,26, et le taux de lactates à 4meq/l, à la naissance, incompatibles avec une asphyxie fœtale du travail ou de la naissance, tout en ayant noté que ces mesures étaient " paradoxal(es) " et " discordant(es) " avec une naissance en état de mort apparente. En outre, s'ils ont estimé que la cause de la naissance en état de mort apparente de A ne correspondait à aucune de celles recensées par la documentation médicale, il ressort du rapport d'activité 2018 du registre des handicaps de l'enfant et observatoire périnatal (REHOP), cité par les experts, que, parmi les causes de naissance en état de mort apparente figurent une pathologie des annexes telles que le cordon ombilical autour du cou, une anomalie fœtale constitutionnelle dont le dépassement du terme, ou une asphyxie lors de l'accouchement. Or, les experts n'ont pas indiqué les éléments les ayant conduits à écarter l'existence de la circulation du cordon ombilical autour du cou de A comme cause d'une naissance en état de mort apparente ni les implications d'une telle anomalie.

7. Par ailleurs, il ressort de la littérature médicale citée par la requérante, Césariennes urgentes non programmées : intérêt des codes couleur pour la gestion optimale des urgences obstétricales ", les Docteurs René-Charles RUDIGOZ, Cyril HUISSOUD, Lisa DELECOUR, Simone THEVENET, Corinne DUPONT, Bull. Acad. Natle Méd., 2014, 198, no 6, 1123-1140, séance du 24 juin 2014, que : " Une autre question délicate est de savoir, en cas de bradycardie permanente, à quel moment il convient de prendre la décision de césarienne./ En effet, une décision trop précoce peut induire une césarienne excessive, alors même que le rythme cardiaque fœtal est susceptible de s'améliorer ; une décision trop tardive peut compromettre le pronostic fœtal. / À notre sens, en cas de bradycardie permanente, la décision de césarienne doit être prise de façon optimale entre 5 et 8 minutes après le début de la bradycardie. ". Selon cette même documentation, une césarienne de code rouge est caractérisée en cas de bradycardie prolongée, de rythme cardiaque du fœtus pathologique, de rythme cardiaque du fœtus intermédiaire ou d'échec d'extraction instrumentale avec rythme cardiaque du fœtus pathologique. Les experts ont indiqué, dans leur rapport à la CCI, que le retour à la normale du rythme cardiaque du fœtus à 14h27 ne devait pas entraîner d'indication à effectuer une césarienne à ce stade et que seul le résultat de l'échographie, effectuée à 15h10 et constatant une bradycardie fœtale, pouvait déterminer l'" indication désormais justifiée d'une intervention césarienne en urgence ". Or, il résulte de ce qui a été énoncé au point 5, que le fœtus avait présenté une bradycardie profonde de 7 minutes, entre 14h20 et 14h27, après avoir connu un premier ralentissement de son rythme cardiaque à 13h55 pendant 4 minutes. Les experts n'ont ainsi pas précisé en quoi, la bradycardie présentée à 14 h 20, la deuxième subie par le fœtus, ne nécessitait pas de procéder à une césarienne. Enfin, les experts ne se sont pas prononcés sur les implications d'une césarienne décidée à 15h10, après le résultat d'une échographie effectuée après 17 minutes de perte de signal du rythme cardiaque du fœtus, faisant suite à une troisième bradycardie de trois minutes.

8. Eu égard aux imprécisions et incohérences du rapport des experts désignés par la CCI énoncées aux points 5 à 7, et aux éléments résultant de l'instruction, l'état du dossier ne permet pas au tribunal administratif d'affirmer ou d'exclure que le décès de A survenu le 15 juillet 2020, au cours ou dans les suites de la prise en charge de l'accouchement de Mme E, soit imputable à cette prise en charge, ce qui fait obstacle à tout octroi de provision. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme E d'ordonner une expertise sur ces points, dans les conditions précisées dans le dispositif du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en l'état actuel du litige, les conclusions présentées par Mme E au titre de dépens qu'elle aurait exposés doivent être réservées.

10. Il résulte également de ce qui a été dit précédemment qu'en l'état actuel du litige, les conclusions présentées par Mme E et celles présentées par le centre hospitalier de Douai et la SHAM, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réservées.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme E, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise, au contradictoire du centre hospitalier de Douai et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, avec mission de :

1°) prendre connaissance du dossier et de tous les documents concernant Mme E et A B ;

2°) décrire les conditions de la grossesse de Mme E, ses antécédents ainsi que ceux du père de A B et préciser les conditions dans lesquelles le décès de A B est survenu ;

3°) se prononcer sur la ou les causes et origines du décès de A B ;

4°) préciser les éléments cliniques devant conduire à reconnaître ou à écarter l'existence d'une asphyxie anténatale ou périnatale de A ;

5°) expliquer les conséquences d'une circulaire du cordon ombilical autour du cou, en particulier dans la survenance d'une asphyxie anténatale ou périnatale ;

6°) préciser les cas dans lesquels une césarienne doit être décidée et dire les éléments de l'espèce devant conduire à décider ou non d'une césarienne ;

7°) dire les éléments pouvant expliquer la discordance entre la naissance en état de mort apparente et le pH veineux autour du cordon et le taux de lactates normaux à la naissance ;

8°) se prononcer sur la ou les causes et origines de la naissance en état de mort apparente de A B ;

9°) en cas de faute dans la prise en charge de Mme E et de son enfant, dire si celle-ci est intégralement à l'origine du décès ou si celui-ci était, au regard de l'état de A comme de l'évolution de cet état, certain ou du moins probable et fixer éventuellement un taux de perte de chance en expliquant les modalités de cette fixation ;

10°) décrire la nature et l'étendue des éventuels préjudices subis par A ;

11°) décrire la nature et l'étendue des éventuels préjudices subis par Mme E du fait du décès de A ;

12°) donner au tribunal, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, toutes les informations ou appréciations utiles, lui permettant de déterminer les responsabilités et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. L'expert déposera son rapport, dans un délai de cinq mois, au greffe du tribunal en deux exemplaires, qui sera notifié conformément aux dispositions du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert communiquera un pré-rapport aux parties, en vue d'éventuelles observations dans les conditions prévues par l'article R. 621-7 du code de justice administrative, avant l'établissement de son rapport définitif. Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires.

Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 5 : Les conclusions de la requête tendant à la condamnation du centre hospitalier de Douai et de la SHAM à verser à Mme E, à titre de provision, des sommes en réparation des préjudices subis par son enfant et par elle-même sont rejetées.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au centre hospitalier de Douai, à la Société Hospitalière d'Assurance Mutuelle et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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