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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200378

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200378

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200378
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALEXIA FASSEU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 janvier 2022, enregistrée le 20 janvier 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 8 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Fasseu, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes.

Il soutient que :

- il n'a pas répondu aux propositions de rectification car il n'a pas réceptionné les courriers qui lui ont été adressés ;

- il n'a pas appréhendé les revenus distribués par la société Sbed, devenue Diziteu Info ;

- n'étant pas le maître de l'affaire, aucun manquement délibéré ne peut lui être imputé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 25 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'issue de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société Diziteu Info, anciennement dénommée Sbed, le service vérificateur a considéré qu'elle avait distribué des revenus à M. A, qui en avait été le président du 22 mars 2017 au 8 mars 2018, et il a taxé les sommes correspondantes entre ses mains à l'impôt sur le revenu sur le fondement du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a en conséquence été assujetti au titre des années 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

3. À supposer que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales ait été soulevé, il résulte de l'instruction que le service a notifié par lettre recommandée avec accusé de réception la proposition de rectification du 10 mars 2020 à la société Diziteu Info, à l'adresse de son siège social à Grigny, telle qu'elle ressort des informations déposées au greffe du tribunal de commerce d'Evry le 21 septembre 2018, à défaut de déclaration souscrite au titre de l'impôt sur les sociétés des exercices clos les 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018. Néanmoins, celle-ci n'a pu être remise, tout comme d'ailleurs les précédentes correspondantes envoyées au cours de la procédure d'imposition de cette société, faute de destinataire connu à cette adresse. Le service a par la suite envoyé cette proposition de rectification à M. A, en sa qualité de président au cours de la période vérifiée, à son adresse à Cambrai mentionnée dans sa déclaration de revenus de l'année 2019, par un courrier du 29 juin 2020 envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier, ainsi que la proposition de rectification du 6 juin 2020 adressée à M. A à cette même adresse, ont été retournés au service après que le destinataire ait été avisé des plis sans les réclamer. Si M. A fait valoir qu'il a été hospitalisé du 11 mai 2020 au 17 juin 2020 et qu'il a été contraint par son propriétaire de quitter son domicile à compter de juillet 2020, ces circonstances sont sans incidence sur la régularité de la notification des propositions de rectification à la seule adresse portée à la connaissance du service. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit de réponse du contribuable prévu par les dispositions précitées des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () / Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en Conseil d'État ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 6 juillet 2020 adressée à M. A, qu'à la suite des opérations de vérification de comptabilité de la société Diziteu Info, anciennement dénommée Sbed, le service a évalué d'office les résultats imposables à 37 119 euros pour l'exercice clos le 31 décembre 2017 et à 119 406 euros pour l'exercice clos le 31 décembre 2018. Il a considéré que ces bénéfices, qui n'avaient été ni mis en réserve, ni incorporés au capital, devaient être regardés comme des revenus distribués au sens des dispositions précitées du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, et qu'ils avaient été appréhendés par M. A. En outre, le service a constaté qu'au cours de l'exercice clos le 31 décembre 2017, des virements avaient été effectués des comptes de la société ouverts dans les livres de la Banque Nationale Populaire, de la Société Générale et de la Banque Postale vers un compte ouvert au nom de M. A pour un montant total de 29 915 euros et que des retraits d'espèces avaient été effectués au cours du mois de mai 2018, soit postérieurement à la démission de M. A, sur le compte ouvert au nom de la société dans les livres de la Banque Postale à partir des distributeurs automatiques de billets situés à Cambrai ou Neuville-Saint-Rémy pour un montant total de 118 490 euros, alors que le nouveau président avait déclaré une adresse à Grigny lors de la modification des statuts de la société le 9 mars 2018. Par ailleurs, le service a observé que, si M. A était le président et associé unique de la société jusqu'au 8 mars 2018, il avait toutefois conservé seul la signature sur les comptes bancaires de la société ouverts dans les livres de la Banque Postale, de la Caisse d'Epargne, du Crédit Mutuel, de la Banque Nationale Populaire, de la Société Générale et de la Banque Populaire du Nord, nonobstant un procès-verbal du 9 mars 2018 consignant sa démission et la cession de l'intégralité de ses parts au nouveau président.

6. M. A, qui supporte la charge de la preuve en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales pour s'être abstenu de présenter des observations à la proposition de rectification qui lui avait été régulièrement notifiée, se borne à soutenir qu'il n'était qu'un gérant de droit de la société Sbed jusqu'à sa démission. Il fait en outre valoir qu'il a cédé la totalité de ses parts au nouveau président. Toutefois, cette cession n'a fait l'objet d'aucun acte de cession enregistré et les circonstances que le tribunal de commerce d'Evry n'aurait pu enregistrer les modifications de statuts sans qu'il soit justifié de la cession des parts et qu'un débit de 15 euros soit inscrit au 28 décembre 2017 sous la mention " souscription de part sociale A " au compte courant ouvert au nom de la société dans les livres du Crédit Mutuel Nord-Europe ne sont pas de nature à l'établir. Dans ces conditions et alors qu'au demeurant le service a considéré M. A comme le maitre de l'affaire, l'intéressé ne peut être regardé comme apportant la preuve qu'il n'a pas appréhendé les revenus distribués en litige. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale l'a regardé comme ayant appréhendé ces distributions et les a imposées entre ses mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, au titre de l'impôt sur le revenu des années 2017 et 2018 sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

8. L'administration fiscale, qui se prévaut des fonctions et de l'implication de M. A dans la gestion de la société, mais aussi de la nature, de l'importance tant absolue que relative des rectifications, M. A n'ayant pas déclaré un montant de revenus suffisant pour être imposable à l'impôt sur le revenu alors que les sommes taxées entre ses mains à l'issue du contrôle dont il a fait l'objet au titre des deux années d'imposition en litige s'élèvent à 156 526 euros, et de la répétition des manquements ayant consisté à omettre de déclarer une partie significative de ses revenus, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de M. A de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui lui ont été infligées, en application de l'article 1729 du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes. Ses conclusions à fin de décharge doivent dès lors être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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