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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2200428

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2200428

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2200428
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantINGELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 janvier, le 2 décembre 2022, et le 18 décembre 2023, Mme E B, représentée par la SELARL Ingelaere et Partners Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice moral résultant des agissements de ses supérieurs hiérarchiques ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle subit depuis octobre 2016, de la part de sa hiérarchie, un harcèlement moral se manifestant par la suppression et le refus de rétablissement d'une prime liée à la direction effective des accueils collectifs pour mineurs, l'absence d'affectation sur un poste de la commune lui permettant de prendre son grade après réussite du concours d'animateur principal de 2nde classe, son affectation en juin 2020 sur un poste d'adjoint d'accueil laquelle a également le caractère d'une discrimination syndicale, des demandes indues relatives à sa demande d'aménagement d'horaires en raison de son état de grossesse, des remarques désobligeantes et des critiques, une agression verbale de son directeur général des services le 17 septembre 2020, ainsi qu'une note du maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem du 25 septembre 2020 adressé à l'ensemble du personnel de la commune la prenant personnellement à partie ;

- la commune a méconnu son obligation de garantir la santé, le bien-être et la sécurité au travail de ses agents ;

- l'accident dont elle a été victime le 17 septembre 2020 est imputable au service ;

- elle est fondée à demander la réparation du préjudice subi à hauteur de la somme de 40 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022 et le 2 février 2023, la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem, représentée par Me Robillard, conclut au

- au rejet de la requête ;

- à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

-à ce que soit infligée à Mme B une amende pour recours abusif au titre des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le harcèlement moral n'est pas établi ;

- la requérante ne justifie d'aucun préjudice indemnisable ;

- l'administration n'a pas été saisie d'une demande d'imputabilité au service de sa pathologie ;

Par une intervention enregistrée le 2 décembre 2022, le syndicat Confédération française démocratique du travail (CFDT) Communaux 62, représenté par Me Ingelaere, demande que le tribunal fasse droit aux demandes de Mme B et à ce qu'il mette à la charge de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- la responsabilité de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem est engagée quant à l'accident imputable au service et au harcèlement moral subis par Mme B.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code du travail ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°2006-1693 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;

- les observations de Me Blanco, substituant Me Ingelaere, représentant Mme B ;

- et les observations de Me Robillard, représentant la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B a été recrutée en janvier 2015 en tant qu'agent contractuel affecté au service animation. Par un arrêté du 23 décembre 2015, le préfet du Pas-de-Calais, vu notamment les délibérations concordantes des deux communes, a créé, à compter du 1er janvier 2016, une commune nouvelle constituée des communes de Saint-Martin-au-Laërt et de Tatinghem prenant pour dénomination Saint-Martin-lez-Tatinghem. Mme B a été titularisée dans le garde d'adjoint d'animation de 2de classe à compter du 16 février 2016. Le 17 septembre 2020, elle fait l'objet de réprimandes appuyées de la part du directeur général des services de la commune. Elle est placée en arrêt de travail du 18 septembre 2020 au 3 octobre suivant pour " syndrome anxio-dépressif ". Le 21 septembre 2020, elle dépose une plainte pour harcèlement au travail, depuis le 1er octobre 2016, visant M. D, directeur général des services de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem. Cette plainte a été classée sans suite. Par un courrier du 30 septembre 2021, reçu par la commune le 8 octobre suivant, Mme B a demandé au maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem, de lui verser la somme de 40 000 euros au titre de l'indemnisation du préjudice moral résultant des agissements de sa hiérarchie, à la suite duquel une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le maire de la commune. Par un courrier reçu par les services de la commune le 1er octobre 2020, Mme B a sollicité la protection fonctionnelle eu égard aux faits de harcèlement moral dont elle s'estime victime. Par un arrêté du 23 octobre 2020, le maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle. Par la présente requête, Mme B demande de condamner la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice moral résultant des agissements de ses supérieurs hiérarchiques.

Sur l'intervention de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) Communaux 62 :

2. Selon les statuts qu'il produit, le syndicat intervenant a pour objet de " regrouper les salariés d'un même secteur d'activité en vue d'assurer la défense individuelle et collective de leurs intérêts professionnels, économiques et sociaux, par les moyens les plus appropriés ". Il justifie ainsi d'un intérêt suffisant à intervenir au soutien de la requête présentée par Mme B. Son intervention doit, par suite, être admise.

Sur la responsabilité de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

S'agissant du harcèlement moral :

3. Aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Enfin, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes "

4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

Quant à la suppression et au refus de rétablissement d'une prime liée à la direction effective des accueils collectifs pour mineurs :

5. Mme B soutient que la suppression de sa prime liée à la direction effective des accueils collectifs pour mineurs de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem à compter de l'année 2017 est intervenue après sa déclaration relative à la création d'une section du syndicat de la Confédération française démocratique du travail - Communaux 62. Ces éléments de fait sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de même que le refus, en juin 2019, du rétablissement de cette prime.

6. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des bulletins de paye de la requérante de 2016 que la requérante a perçu en août 2016 une prime communale de 1000 euros et en décembre 2016, une rémunération au titre d'heures supplémentaires d'un montant de 398,88 euros. Il résulte également de l'instruction, et notamment de l'attestation du 18 janvier 2022 de l'ancien maire de Tatinghem, en fonction de mars 2008 à janvier 2016, également ancien maire délégué de la nouvelle commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem de janvier 2016 à octobre 2017, que d'une part ce dernier, lors du recrutement de Mme B au poste d'adjointe d'animation " coordination enfance jeunesse manifestation " assorti de la mission " direction des accueils collectifs pour mineurs (A) ", a décidé de l'attribution d'une prime de 200 euros brut pour chaque semaine de direction effective des A, et d'autre part, que cette prime a été versée, exceptionnellement, sous forme de rémunération d'heures supplémentaires en décembre 2016, en contrepartie de la direction A effectuée durant les vacances de la Toussaint 2016 par Mme B. Il est constant que la rémunération de cette fonction annexe a cessé à compter du 1er janvier 2017 alors même que la requérante a assuré à compter de septembre 2017, date de son retour de congés, la direction périodique des A. Par un courrier du 7 juin 2019, Mme B a demandé le rétablissement de cette prime, si besoin par le truchement de l'indemnité de sujétions, fonctions et expertise (IFSE). Par un courrier du 19 juin 2019, le maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem a refusé d'une part le rétablissement de la prime de 200 euros par semaine de direction des A en raison de son illégalité, dès lors qu'elle n'est prévue par aucun texte, et d'autre part l'intégration d'une telle prime dans l'IFSE de la requérante au motif que la délibération fixant le cadre général de mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel ne comprend pas de prime liée à l'exercice de fonctions de responsable de centre de loisirs. En outre, si Mme B se prévaut de ce qu'une prime d'encadrement est versée à ses collègues, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, alors même que Mme B excellerait dans l'exercice de direction des A, la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem démontre que la suppression fin 2016 de la prime de direction périodique des A et le refus de son rétablissement le 19 juin 2019 sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

Quant à l'absence d'affectation sur un poste de la commune lui permettant de prendre son grade après réussite du concours d'animateur principal de seconde classe :

7. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 14 août 2019, Mme B a indiqué au maire de la commune sa réussite au concours d'adjoint territorial d'animation de 2nde classe et son souhait d'être nommée sur un poste de directeur du centre de loisirs municipal. Par un courrier du 4 janvier 2020, Mme B a indiqué au maire de la commune sa réussite au concours d'animateur principal de 2nde classe et son souhait de bénéficier de son nouveau grade en occupant un emploi dans la commune. Par un courrier du 31 janvier 2020, le maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem a répondu à Mme B que " le grade d'animateur correspond au poste de responsable du service animation socio-culturelle aujourd'hui occupé par M. C () l'hypothèse d'un examen de votre nomination dans ce grade ne pourrait s'envisager qu'à l'aune du départ de votre responsable sur un autre emploi et sous toute réserve des mêmes aptitudes professionnelles démontrées ". Dans ces conditions, à la date du courrier du 31 janvier 2020, l'absence d'affectation de Mme B sur un poste de la commune correspondant à son grade après réussite du concours d'animateur principal de 2nde classe ne constitue pas un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

8. En outre, si Mme B se prévaut de de la création par une délibération du 17 juin 2021 du conseil municipal d'un poste d'animateur territorial à temps complet, la commune fait valoir sans être utilement contestée que cette création visait à en faire profiter un autre agent, occupant un poste d'encadrement depuis plusieurs années et inscrit sur liste d'aptitude au grade d'animateur territorial. Dans ces conditions, la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem démontre que l'absence de nomination de Mme B sur le poste d'animateur territorial à temps complet créé par la délibération du 17 juin 2021 du conseil municipal est justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

Quant à l'affectation en juin 2020 sur un poste d'adjoint d'accueil à la Maison du Rivage :

9. Mme B avance que, par une note du maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem du 25 juin 2020, elle a été affectée sur un nouveau poste d'adjointe d'accueil de la Maison du Rivage et que cette nouvelle affectation s'est accompagnée de la cessation de la fonction occasionnelle de direction des A qu'elle assurait auparavant, laquelle a été confiée à un autre agent. Ces circonstances sont des éléments de fait, dans le contexte rappelé au point 5, susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

10. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de la note du maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem du 25 juin 2020 que, suite aux élections de mars 2020, la suppression des deux communes déléguées a été décidée, la mairie déléguée de Tatinghem devenant à compter du 1er juillet 2020, une annexe de la mairie de Saint-Martin-lez-Tatinghem, et qu'une réorganisation des affectations des agents, dans le contexte de la crise sanitaire liée au covid-19, a été décidée dans un but de rationalisation, ayant eu notamment pour conséquence d'affecter Mme B à des missions d'adjointe d'accueil de la Maison du Rivage, lieu du développement de la vie sociale et culturelle de la commune comprenant notamment une bibliothèque-médiathèque et un cyber-centre. En outre, la requérante n'apporte aucune précision sur la nature véritable de ses nouvelles fonctions et en quoi elles constitueraient une dégradation de ses conditions de travail, si ce n'est qu'elle a perdu sa fonction occasionnelle de direction des A. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport du 22 novembre 2019 du directeur général adjoint, que la requérante n'a pas donné satisfaction dans cette fonction dès lors que le conseil d'école et la directrice du groupe scolaire ont eu à se plaindre d'incidents survenus pendant les activités de A, comprenant notamment la disparition de matériel scolaire à la rentrée des vacances de la Toussaint (matériel de sport, poste radio, jeux, bidons de peinture, tricycles), l'utilisation sans accord préalable du bureau de la directrice du groupe scolaire par la responsable de l'accueil de loisirs, le défaut de verrouillage de l'établissement pendant que les animateurs et les enfants de A sont en activités extérieures. Ces faits ne sont pas contestés par la requérante. Dans ces conditions, la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem démontre que l'affectation en juin 2020 de Mme B sur un poste d'adjoint d'accueil à la Maison du Rivage et le retrait d'une de ses attributions sont justifiés par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate.

11. Enfin, en se bornant à faire valoir que deux agents adhérents de la CFDT, dont la requérante, ont été placés sur un nouveau poste, basé en tout ou partie à la maison du Rivage, à la différence d'autres collègues adhérents d'autres syndicats, sans indiquer en quoi cette affectation à la maison du Rivage revêtait un caractère dévalorisant, alors qu'au demeurant il résulte de l'instruction qu'un autre adhérent CFDT a changé de fonctions dans le cadre de la réorganisation mais n'a pas été affecté à la maison du Rivage, la requérante n'apporte pas d'éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes.

Quant aux demandes indues relatives à sa demande d'aménagement d'horaires en raison de son état de grossesse :

12. Il résulte de l'instruction que le courrier du maire du 10 septembre 2020 indiquant à Mme B que sa demande d'aménagement d'horaires pour motif de grossesse doit être accompagnée d'un document médical attestant de son état de grossesse, sans qu'une attestation sur l'honneur ne soit suffisante, ne constitue pas un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dès lors que, contrairement à ce que soutient la requérante, la production d'un tel document médical ne saurait être considérée comme un motif fallacieux de refus. Il en va de même de l'argument tiré de ce que la commune a, dans un premier temps, indiqué qu'un avis du médecin du travail était nécessaire afin de lui accorder un aménagement d'horaire à raison de sa grossesse. En outre, si elle allègue de " nombreux courriers " qui lui auraient été adressés sur ce sujet, elle n'en justifie pas, ne produisant que le courrier du 10 septembre 2020 précité. Au surplus, il résulte de l'instruction que le 15 septembre 2020, Mme B a adressé à la commune un calendrier de grossesse et il n'est pas contesté que le 17 septembre suivant, sa demande d'aménagement d'horaires a été acceptée.

Quant aux remarques désobligeantes et aux critiques de sa hiérarchie :

13. Mme B soutient qu'elle est l'objet de remarques désobligeantes et de critiques indues de sa hiérarchie et fournit à l'appui de cette allégation deux attestations d'anciens agents de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem qui font état de pressions psychologiques, de critiques concernant le surnom par lequel ses collègues l'appellent, et de sous-entendus malveillants formulés par sa hiérarchie. Si les attestations produites demeurent vagues hormis en ce qui concerne le surnom de la requérante, ces circonstances sont des éléments de fait, dans le contexte rappelé au point 5, susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

14. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir la commune en défense, que Mme B s'est signalée par des comportements provocateurs et des manquements professionnels qui peuvent légitimement faire l'objet de critiques de la part de ses supérieurs hiérarchiques. A cet égard, il résulte de l'instruction que Mme B s'étant présentée en tenue de plage au travail, le maire a diffusé une note le 7 juillet 2018 relative à l'interdiction des tongs et shorts de plage sur le lieu de travail. De plus, ainsi qu'il a été exposé au point n°10, il résulte de l'instruction qu'en tant que responsable de A, elle n'a pas donné satisfaction dans l'exercice de ses fonctions. Dans ces conditions, la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem démontre que les remarques critiques de sa hiérarchie à l'égard de la requérante sont justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement.

Quant au comportement du directeur général des services du 17 septembre 2020 :

15. Mme B avance avoir été violemment prise à partie par le directeur général des services de la commune le 17 septembre 2020 alors qu'elle se trouvait à son poste de travail à l'accueil de la Maison du Rivage. A l'appui de ses allégations, elle produit le compte-rendu circonstancié qu'elle a elle-même rédigé le lendemain ainsi que l'attestation d'une bénévole de la médiathèque de la Maison du Rivage confirmant la tenue, pendant une cinquantaine de minutes, de propos critiques visant Mme B, prononcés publiquement sur un ton colérique par le directeur général des services. En outre, les écritures de la commune en défense reconnaissent que le directeur général des services a " ce jour-là haussé le ton et assené force réprimandes à son interlocutrice ". Ces circonstances sont des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

16. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des comptes-rendus du directeur général des services du directeur général adjoint, et d'un agent du service des ressources humaines, ces deux derniers étant présents lors de l'altercation, que Mme B a ostensiblement ignoré leur présence pendant quelques minutes, de sorte qu'il a fallu que le directeur général des services la hèle pour qu'elle daigne se retourner et répondre à son salut, et a adopté une attitude provocatrice durant l'échange, au cours duquel a également été constaté qu'un lecteur de radio en direct était ouvert sur son ordinateur. Dans ces conditions, le comportement du directeur général des services du 17 septembre 2020, eu égard au comportement inadéquat de la requérante, n'a pas excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique de sorte que le comportement du directeur général des services du 17 septembre 2020 doit être regardé comme étant justifié par des considérations étrangères à tout harcèlement.

Quant à la note du maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem du 25 septembre 2020 adressée à l'ensemble du personnel :

17. Mme B soutient que le maire a démontré sa volonté de l'ostraciser par une note du 25 septembre 2020, adressé à l'ensemble du personnel dans laquelle il lui fait reproche d'avoir saisi, dans un but personnel, la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) pour production des actes relatifs aux primes et indemnités versées par la commune à ses agents. Si la commune fait valoir en défense que ce courrier visait à " assurer l'ensemble des agents sur le fait que la diffusion de documents intéressant leurs situations personnelles respectives ne nuirait pas à leurs propres intérêts et n'aurait pas non plus vocation à se voir instrumentalisée à des fins partisanes ", il résulte des termes mêmes de la note du 25 septembre 2020 que le maire y a indiqué que la demande adressée par Mme B à la CADA a été faite au nom du syndicat CFDT mais devait être interprétée comme un détournement de la mission de ce syndicat dans le but de satisfaire les fins personnelles de la requérante. Dans ces conditions, alors que cette note a été adressée par un courrier adressé à l'ensemble du personnel de la commune, cette dernière ne démontre pas que la note du maire de Saint-Martin-lez-Tatinghem du 25 septembre 2020 est justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

18. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, les éléments de faits, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre de Mme B.

S'agissant de la garantie de la santé, du bien-être et de la sécurité au travail :

19. Si Mme B soutient que l'employeur public est garant de la santé, du bien-être et de la sécurité au travail de ses agents, elle n'apporte aucune précision relative aux prescriptions de santé ou de sécurité au travail méconnues par son employeur autre que le harcèlement moral, de sorte qu'à supposer qu'une telle méconnaissance soit invoquée, aucune faute n'est établie.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

S'agissant de l'accident de service :

20. Il résulte de l'instruction que la requérante n'a pas formulé de demande d'imputabilité au service et ne saurait dès lors être fondée à engager la responsabilité de la commune sur le fondement de la responsabilité sans faute. En l'absence de faute commise par la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem, aucune indemnité complémentaire réparant le préjudice moral ne saurait en outre être accordée à Mme B.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem et non compris dans les dépens.

24. Le syndicat Confédération française démocratique du travail (CFDT) Communaux 62, en sa qualité d'intervenant, n'est pas partie à l'instance et ne peut ainsi revendiquer l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la Confédération française démocratique du travail - Communaux 62 est admise.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Mme B versera une somme de 500 euros à la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties et de la Confédération française démocratique du travail - Communaux 62 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la commune de Saint-Martin-lez-Tatinghem et au syndicat Confédération française démocratique du travail - Communaux 62.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2200428

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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